XXVIIE PRÉFACE
de môts'que les classifications ne sont Pa seulement utiles , mais qu'elles sont si naturelles, qu'il n'y a pas de science, et: je pourrais dire qu’il n’est rien que l'homme APPART ou ie pla enseigne sans Classification.
Les classifications sont des méthodes par lescieliéà on Fapproche sous un même nom des choses analogues, et sous des noms particuliers des choses différentes ; ainsi le premier qui &. imaginé les noms communs plante, arbre, animal, homme, etc, et ensuite des noms propres ou des phrases pour les distin-. guer , celui-là a fait une classification qui existe dans toutes. nos langues, quoiqu’elle ne soit pas annoncée pour telles. On pourrait appeler tacites ces classifications qui existent réellement sans être proclamées.
Cette méthode est si naturelle que l'esprit humain ne sau— rait se passer des noms communs ou génériques. Aussi les langues vulgaires comme.les langues savantes sont-elles composées d'une multitude de ces noms généraux et particuliers que l’homme a évidemment inventés pour exprimer les ana- : logies et les différences qui l'avaient frappé dans les êtres.
tine physiologique, contre les classifications, dans le Journal universel des Sciences médicales, en février 4824, à l’occasion de la classification des maladies que j'ai publiée dans mes Recherches d'anatomie, de physiologie et de pathologie. Comme il avait apporté un ton tranchant dans toutes ses remarques, je crus d’abord qu’il avait par devers- lui des raisons qu’il n'avait pas daigné dire; mais je vis bientôt qu'il n’en avait : point. En effet, je désirai les connaître , je voulus répondre dans le journal même où j'avais été atiaqué , et alors mon adversaire souffrit que M. Régnault, rédacteur en chef de ce journal, mît entre nous deux ce qu'il appelle son impartialité, et me désignât fort honnêtement d’ailleurs les articles auxquels il me permettait de répondre. J’eus beau dire que la défense me semblait devoir être libre comme l’attaque, M. le rédacteur persista dans son impartialité , et l’expérience m’apprit ce qu’il,entendait par cette expression. Il y a des hommes dont les honnêtes gens ne comprennent pas d’abord le langage. Cependant la loi, un peu plus impartiale que M. Regnault, me donnait le droit de répondre; aussi en auraistje, profité, si je n’avais su trouver ici l’occasion d’accorder à M. Regnault et à son cher protégé l'honorable citation que je leur dois.
PRÉFACE, | XXIX Ce n'est pas seulement parmi les substantifs que l'on trouve des noms communs; les adjectifs qui expriment la même qualité , les verbes la même action, les adverbes: la même modification, les prépositions les mêmes rapports dans des choses différentes, sont encore des mots généraux. Or, si de tout temps; l'homme a partout imaginé des expressions de la même nature, s’il s'en sert partout avec un entraînement #nstinctif en particularisant par des termes propres ou par des phrases distinetives ce qu'il veut spécifier, qu’en conclure ? Que le vulgaire, comme le savant, classe irresistiblement les choses à mesure qu'il arrive à les connaître , et que ce serait bien peu comprendre l'esprit que de regarder comme un amusement inutile et frivole une méthode sans laquelle il ne pourrait exprimer ses pensées; c'est déjà dire sans laquelle il n’aurait pu rien apprendre ; mais démontrons cette autre proposition. | L'homme ‘ne connaît les choses que par leurs analogies et leurs différences, dont les plus saillantes font précisément l'objet-et la base des classifications naturelles. Le chimiste qui reconnaît un sulfate de fer dans un composé qu'il analyse, l'y reconnaît aux caractères communs des sulfatés et des sels de fer , et à des caractères propres à l'espèce qui l'occupe ; mais il ne sait et ne peut rien savoir de plus sur son essence. Le
rhéteur , ou le philosophe, qui définit l'homme un animal raï-
sonnable , le définit évidemment d’après ses analogies avec les animaux, et d’après la différence qui l'en distingue sous
le-rapport de là raison. Si, en général, nous définissons ainsi
les choses par le genre et la différence , comme le disent les scolastiques, c'est-à-dire par leurs analogies et leur différence, c'est que nous n’en avons pas d'autre idée et que nous ne pouvons concevoir une autre définition que celle qui exprime notre pensée. Ces définition®si naturelles ne sont, au fond, qu'une véritable classification de l'objet défini. N’est-il pas manifeste, en effet, que , par la vieille définition que je viens de rappeler , l'homme est séparé des minéraux et des végé-
XXX | PRÉFACE. É taux ; placé parmi les animaux, et distingué entre tous ces derniers ?
Si donc nous he connaissons des choses et de leur éssence … que leur identité ou leurs analosies et leur différence ; Si nous n'en pouvons rien apprendre, rien diré et rién enseigner de plus, n'est-il pas évident que nous ne pouvons rien apprendre, rien enseigner sans une classification tacite ou proclamée ? Cette conséquence, qui nous semble néeessaire, pourra bien cependant n'être pas admise par la doctrine dite physiologique ; où par des sectateurs qui, après avoir proscrit les classifications nosclogiques en particulier, sous prétexte qu'elies séparent les maladies des organes et créent des êtres imaginaires, ont proscrit les classifications en masse. Je ne m'arréterais pds ici à des idées aussi bizarres , Si elles n’eussent servi de point de départ dans les ‘attaques que la mauvaise foi et l'ignorance ont dirigées ensemble, ou tour à tour, contre les classifications en général. |
S'il est des dispositions morbides générales dans lesquelles tous les organes tendent à s'inflammer ou à s'affecter de divérses autres manières ; si les fièvres essentielles sont des maladies de cé gente, comme nous l'avons démontré. dans notre thèse (1), croit-on que l'on sépare les maladies des organes en en formant une classe de maladies générales ? Que l’on prouve donc alors qu’en leur donnant tous, ou presque . tous, les organes pour Siége, on ne leur en donne aucun ; que l'on prouve donc que jusqu'ici les scrofules , le scorbut, la Syphilis , etc., à qui on ne reconnait pas de siége spécial, ont été placés dans un monde Chimériqne , au-delà des organes ; que l'on n’a jamais examiné ceux-ci Pour y reconnaître ces maladies ; que, ne les ayant jamais recherchées et reconnues dans les viscères , c’est par une bizarre conséquence que l'on a agi sur ces organes et qu'on fes'a guéris jusqu’à ce jour ;
| à © (1) Recherches d'anatomie, de Physiologie et de Pülhologie. Paris, 1823, chez Béchet jeune, place de PÉcole-de:Médecine.
PRÉFACE. XxXxI que l’on prouve donc que les phlegmasies cutanées, muqueuses , séreuses , que les hémorrhagies des diverses parties, etc., ne se rattachent dans la classification de Pinel à aucun organe ;
* qu’elles ne les rappellent pas lemoins du monde, bien qu'elles en portent le nom; que si la nosographie de cet auteur n’a
pas dit tout ce que l’on a dit avant ou depuis lur, c'est parce qu’elle n’a pas raconté les maladies dans l'ordre alphabétique, ou dans un ordre plus bizarre encore, mais suivant des aflinités naturelles plus ou moins frappantes ; que l’on prouve doné que toutes les imperfections de ce livre découlent de la coordination méthodique des maladies, et de cette coordination toute seule ; qué l’on prouve donc encore, pour être conséquent, que la nouvelle doctrine, en divisant les affections de l’homme en maladies par irritation et par défaut d'action vitale, ne jette pas les fondemens d’une classification ; que ces divisions capitales ne rappellent pas la nature, mais le siége de ces maladies ; qu’alors la nouvelle doctrine, toujours conséquente, n'établit point le contraire de ce qu'elle se propose ; qu’en disputant avec achärnement pour classer telle maladie dans les inflammations, les subinflammations , et autres divisions aussi naturelles, plutôt que parmi les maladies-d'un autre genre, elle est profondément convaincue que les classifications fondées sur la nature même des maladies n’ont pas la moindre importance ; que l’on prouve donc, enfin , que c’est surtout d’après les organes qu'elle varie ses moyens thérapeutiques , et non d’après le genre de la maladie ; que par exemple elle ne traite pas en général les inflammations par les mémes moyens; qu’elle n’oppose pas les saignées aux phlewmasies aiguës des méninges et du cerveau, comme à celles de la gorge ou de la poitrine ; aux phlegmasies de l'estomac et de l'intestin, comme à celles de la vessie et de l'utérus; que d'ailleurs un pareil mode de traitement serait contraire aux résultats de l'expérience ; et qu'enfin il est par là démontré qu'il est beaucoup plus important de reconnaître les organes malades que l'essence de la maladie , pour la traiter convena-
XXXIL PRÉFACE.
blement, quoique notre thérapeutique soit toujours fondée . d’abord sur la nature appréciable de l'affection.
Jusqu'à ce que l'on ail prouvé toutes ces choses, jusqu'à ce que l’on ait mis un peu d'accord entre les principes de la métaphysique contradictoire de la nouvelle doctrine, nous persisterons à croire à l'utilité, à l'importance des classifications naturelles, à les regarder comme le résultat immédiat des perceptions de l'intelligence humaine, qui ne peut concevoir les choses que par leurs analogies et leurs différences (4).
(4) Ce passage , écrit dans un temps où la doctrine physiologique n’é-
tait pas encore morte, devient presque inutile aujourd’hui qu’elle est enterrée.
GONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES.
Il y a deux ordres d'opérations en chirurgie : des opérations chirurgicales proprement dites et des pansemens. La plupart des auteurs se sont peu embarrassés de les caractériser et de les définir, ou l’ont fait sans réflexion , et par conséquent avec peu d'exactitude. On ne triomphe pas, en couränt, des difficultés qu’on ne peut surmonter qu’en s’arrêtant à les combattre. Ainsi, pour n’en citer qu'un exemple , dire que « l'opération chirurgicale est une ac- » tion mécanique à l’aide de laquelle le l'E agissant » sur les diverses parties du corps, se propose d’en conser- » ver la santé et d’en guérir les maladies », et dire cent pages plus loin que « les pansemens consistent dans l’ap- »plication que l’on fait aux parties malades de moyens » propres à opérer, ou du Inoins à hâter leur guérison», c’est ne définir qu'incomplétement les opérations chirurgicales, et nerien faire pour les distinguer d’avec les pansemens : en effet, lé cathétérisme pratiqué pour reconnaître une mâladie, une opération de proth&e destinée à