HISTORIQUE DES SPARADRAPS , OU TISSUS AGGLUTINATIFS
Malgré le fréquent emploi que les Grecs et les Romains firent des emplâtres , ils n'imaginèrent pas de s'en servir à rapprocher les lèvres des plaies. Le bandage , la suture , la fibulation , étaient leurs moyens unissans. Quand on veut rapprocher des parties qui s'éloignent , dit Hippocrate , on met la bande à deux globes (;i). « Si l'on ne peut rapprocher avec des linges , on doit mettre des agrafes , ou faire une suture (5). » Il y a, suivant Celse , deux moyens de réunion : si la division est profonde et béante , si les lèvres en sont difficiles à rapprocher, la suture ne convient pas, préférez les agrafes que les Grecs appellent àyxTvipaç. ({Sutura quidem aliéna est, imponendœ verojibulœ sunt (4). » Galien tient le même langage : le bandage, la suture , les agrafes , voilà les trois moyens de réunir
(i) § xm.— (3) Laborat. du chir. , § 8.— (5) M— (4) Lib. V, cap. xxn, 5 ^S.
les plaies (i). De ces trois moyens le dernier n'est pas connu, et, maigre' les discussions des commentateurs, l'on ne sait pas au juste ce que les Grecs veulent dire par ày>cT7ipa;, et les Latins ^diV fibula. On dirait toujours, en les lisant, qu'ils n'écrivaient que pour leurs contemporains (2). J'ai rapporte textuellement ces passages pour montrer que les anciens ne comptaient pas leurs emplâtres au nombre des moyens qu'ils employaient pour rapprocher les lèvres d'une plaie , et que Spiien- GEL, ou son traducteur , s'est probablement trompe' en rendant r/e//z (la gastroraphie e'tant h\\.e) gliitinantia injicienda de Celse (3) par on applique encore des emplâtres aggliitinatifs (4). L'auteur romain commande d'appliquer des mëdicamens que l'on croyait alors produire , de'terminer , ou au moins favoriser la cicatrisation. Le même pre'juge' a traduit autrefois la même ide'e dans notre langue par le mot inc ar natif j ou mieux encore par les mois consolidatif\ glutinatoire, etc. On trouve la preuve de ce que nous disons , 1 " dans le silence des auteurs poste'rieurs qui ne comptent point les emplâtres aggluiinatifs au nombre des unissans des plaies; et 2° dans la distiiiciion qu'ils ont le soin d'établir entre les moyens desline's à rapprocher les lèvres des plaies , et à les glutiner ou cicatriser. « Si donc il n'y a aucune déperdition de substance, dit le traducteur de GtiY DE Ciiauliac (5) , il faut essayer de consolider cela par me'dicamens doux aux plaies sanglantes , ou, comme on les appelle, con^ solidatifs. » Et Tagault (6) : (( Avant que glutiner
(1) Alt médicin., I. 90. — (a) V. cependant à ce sujet Mont- FAtcoN , Anliq. expliq. , t. m, part, i, liv. 11, et pi. 27, 3o. — (5) Lib. vu , ch. xvi. — (4) Hist. de la méd. , t. ix, p 92. — (5; Traité m , doct. i , c. lu, des plaies , vein. et art. , p. a58. — (6) Ouv. cit. , liv. II, chap, iv, p. 295.
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les choses distantes, il faut les appliquer et faire joindre. )) «Si la plaie est grande, de sorte que les parties ne peuvent se joindre Tune à l'autre par telle dëligature , il faudra user de suture , et après déligature , et sutures faites , nous userons de remèdes glutinatoi" res. »
Ces exemples suffisent, je crois , pour prouver que les glutinantia de Celse n'e'taient pas employe's pour maintenir rapproche'es les lèvres d'une plaie , comme nous le faisons aujourd'hui : d'ailleurs on en trouve la contre -preuve dans les auteurs mêmes que je viens de citer. En effet , Tagault (l), que nous avons vu recommander les me'dicamens glutinatoires par-dessus la suture , comme le faisait l'encyclope'diste romain , parle ensuite , dans le même chapitre , de l'usage des agglutinatifs \ et comme on ne les employa d'abord qu'en appliquant un emplâtre sur chacune des lèvres de la plaie , pour coudre ensuite les deux bords voisins des emplâtres ensemble , ainsi qu'il le recommande, cet auteur en fait une cinquième espèce de suture, que depuis on a de'signêe sous le nom de suture sèche.
Le bon Paré (2), que l'on pourrait appeler, pour sa naïveté , le La Fontaine de la chirurgie , a bien distingué l'agglutinatif qxii joint et assemble les parties distantes et séparées d'avec les médicamens cicatrisatifs. A fimitation de ses devanciers , ii conseille la suture sèche pour les plaies des joues , « afin que les cicatrices ne demeurent laides ; car il y a plusieurs qui craignent tel accident , et principalement les belles damoiselles(3). » Fabrice d' Acquapendente (4) ne veut
(ij iQst. , p. 5o4. — (2) Liv. XXVI, chap. xvii, p. 1102. — (3) Lit. x, chap. xxvi , p. 58o. — (4; Part, i, liv. ii, chap. v , p. 226.
pas que l'on couse ensemble les bords voisins des emplâtres , parceque l'on ne peut panser ni nettoyer librement la plaie. J.-L. Petit a proposé , pour le pansement des plaies, des emplâtres fenêtres, dont on trouve les figures dans Heister (i).
Depuis ces chirurgiens , on se sert chaque jour davantage des agglutinatifs pour re'unir les plaies , et on les emploie sous la forme de bandelettes.
Remarque. Quoique j'aie parlé des coussins et des attelles dans la première partie , immédiatement après m'être occupé des tissus agglutinatifs , je ne ferai leur historique ici qu'à l'occasion des appareils de fractures.
historique des pessaires.
Connus d'abord chez les Grecs sous le nom commun de y.oXKu^iov ou x.o)^>.o'jpiov , collyre , que l'on appliquait à tous les médicamens composés , solides , oblongs et arrondis , ils furent aussi désignés sous le nom plus spécial de TreGcro; , ttégo; ou xettoç. Ces instrumens étaient primitivement, ainsi que l'indique leur nom commun xoWvuptov , des composés médicamenteux. Ils étaient formés de laine hachée et des substances minérales, végétales ou animales, les plus bizarres , quelquefois même d'escrémens (2). On en faisait un usage fréquent et presque universel pour les maladies des femmes. On s'en servait dans les intentions, bien mal fondées et bien ridicules à nos yeux , de favoriser la conception (5), un écoulement abondant des règles,
(i) PI. 2,fig. 11, 11, 11, et pi. 4 , fig. 7. — ('2)Hiproc., liv. de la superf. , t. 11, p. 472 et suiv.; t. iv, liv. de la nal. de la fem., p. 3j, 54, 58, 40 et suiv. Paul Eginet., lib. vu, c. XXIV ; et Dioscor. , lib. i, c. cxuii. — (5) Liv. hippocratiq. de la superf. , t. 11, p. 462.
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de purger la matrice, de provoquer lappariliou des règles chez les filles, etc. (i), pour rappeler les lochies (2), pour irriter Torilice de Tulérus (ô^; en uu mot, on s'en servait beaucoup plus pour agir sur les proprieLes vitales de cet organe. que pour le soutenir.
Absyrte , pour maintenir réduite la matrice d'une jument, insinua dans la vulve une vessie vide et l'insuffla au moyen d un chalumeau. Cette espèce de pessaire des hippiatres a ëtë conseille pour la femme par Albu- CASis : (c Accipe vesicam ovis , et intromitte vesicam totam in vulvam ejus , deinde siiffla in canulam... douée injletur vesica intra vulvam (4)-^^ Blegny (5), Bellocq , Levret (6) s'en sont depuis servi , le premier pour soutenir le rectum , les deux autres pour y suspendre une he'morrhagie.
Outre les pessaires médicamenteux , A. Paré (7) a décrit et figure des pessaires de diverses formes ; de cylindriques , d'ovales , de ronds perces dans le centre , d'ovoïdes, etc. compose's de he'ge enduit de cire, et destines à soutenir Vamariy (matrice) dans sa chute ; ces pessaires sont garnis d'un cordon pour les retirer. Fabrice DE HiLDEN, Scultet , en ont propose' d'analogues. Blegxy (S) décrit un pessaire de liège quadrilatère que Ton revêt de cire, et qui est destine aux femmes 5 les nascailes , petits pessaires de la grosseur d'un petit œuf de poule, et que Ton destine aux filles; enfin un pessaire à ressort de son invention, lequel a la forme d uu boudiu légèrement courbe, creuse' d'un canal ou-
(1) Hippoc. , p. 472 et suiv. — (aj Id. . de la nat. de la fem. ; t. IV, p. i8. — (5) Id. ^ p. 27. — (4) Lib. m. ch. XXIX. — (5) Art de guérir les hern. , p. aSo. Paris ^ 1676. — (6) Art des accouch. , 5' édit. , p. 545. — (7) Liv. xxiv, ch. XLviii, p. g6S. — (8) Art de guérir les hern. , part, ii, »ect. n. ch. vu, p. 259 et suiy. Paris, 1676.
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vert aux deux bouts , et qui est formé d'un bourrelet circulaire à chaque extromitë, d'un ressort de fil de fer dans son corps et d'une fine toile cire'e qui rcvét tout le ressort. Goelicke (i) a depuis proposé, comme tout nouveau , un pessaire fait avec un fil de fer élastique revêtu de toile cire'e , lequel a beaucoup d'analogie avec celui de Blegny. Heister craint qu'il ne se rouille , et pre'fere des pessaires ovalaires, circulaires et quadrilatères , faits en bois et revêtus de cire (2). Il parle d'ailleurs de pessaires de bois dur , d'ivoire , d'argent, d'or, et de lie'ge enduit de cire (3).
Arnaud (4) trouve des inconve'niens à tous les pessaires imaginés jusqu'à lui. Les uns s'introduisent de force dans le vagin , les autres librement. Les premiers sont maintenus en place par la seule action du vagin : des seconds , les uns sont soutenus au moyen de tiges , et attachés par des liens retenus à une ceinture; d'autres sont fixés par des branches de fer ; d'autres sont arrêtés dans le vagin par des ressorts qui s'y écartent. La nécessité ayant paru obliger l'auteur à en imaginer un meilleur, il propose un bouchon d'ivoire percé dans son milieu.
Juville décrit un pessaire d'ivoire qui se compose d'une cuvette, d'un manche creux, à l'extrémité intérieure duquel est montée une plaque quadrilatère alongée , destinée à se tenir sous les grandes lèvres , et à en éloigner les cordons suspenscurs qu'elle porte à ses quatre angles (5). Néammoins comme la plaque
(i) Nouv. mélli. de réJ. les chut, de matrice. Halle , 1710. — (a) Part. 11, sect. y, ch. clvii , l. 11, p. 4^*^- — (^) -^^•» p. 487. — (4) Traité des bcrn., part, i, sect. n, ch. xxvii, t. i, p. a58 et suiv. Paris, 1749- — (5j Traité des band. hern. , sect. xn , p. 177, pi. i3, fig. a. Paris, 178G.