CHARPIE
moins cotonneux , plus durs , plus raides , plus solides et plus lourds.
La charpie courte ou menue est formée de filamens courts , et mal unis par cela même. Elle est d'ailleurs remplie de nœuds durs au toucher , qui proviennent pour ]a plupart de la manière dont elle a e'të pre'pare'e , comme on le verra plus bas.
La charpie , quelle qu en soii Fespèce , étant apposée sur une surface couverte d'une mince couche d'eau s'y applique très promptement, et à vue d'œil, dans toute ou presque toute son étendue , par un phénomène de capillarité; elle s'humecte et absorbe en un moment autant de liquide qu elle peut s'en pénétrer.
Ayant pris deux mèches de charpie d'une longueur et d'un poids égal, coupées toutes deux avec des ciseaux à leurs extrémités , mais faites l'une avec du vieax linge, l'autre avec du linge neuf, je les pliai en deux parties égales ; je rangeai trois verres l'un à côté de l'autre sur la même ligne , et je mis les deux mèches à cheval et dans la même position sur les bords de deux verres voisins ; je remplis alors celui du milieu où chacune plongeait , tantôt avec de l'eau , tantôt avec du vin , tantôt avec de l'huile, etc. , pour juger à la fois de la faculté absorbante de la charpie tirée du linge vieux y et de la charpie tirée du linge neuf.
Il résulte de ces expériences que la charpie absorbe l'eau, le vin, très promptement, avec une grande facilité, et sans interruption ; que celle qui est faite avec de la toile neuve, en absorbe davantage que celle qui est retirée d'un linge médiocrement usé , résultat qui est en opposition avec les idées généralement reçues ; que ni l'une ni l'autre n'absorbent facile ûent l'huile. Il est certain qu'elles n'absorbent pas sensiblement le pus; quelles n'en absorbent guère que la partie la plus
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fluide , ce qui csl fort peu de chose. C'est ce que prouvent CCS plumasseaux qu'on relire si souvent presque secs de dessus une partie en pleine suppuration; ilsprouvent encore que l'on s'est exaijerë la faculté absorbante de la charpie. Que si, par conse'quent, des plumasseaux en sont tout imbibes, cela lient à ce qu'ils ci* ont ëlé en quelque sorte inondes.
La charpie étant répandue sur des corpuscules légers^ comme le sable et la poussière, ils y adhèrent proniplement, au point qu'il devient difficile de les détacher.
La charpie fine excite et échauffe les plaies ou les ulcères sans les irriter, elle les avive, les tient rouges et vermeils , et tandis qu'elle y absorbe la parlie la plus fluide du pus, la parlie solide et albumincuse de ce dernier y reste attachée. Elle même, la charpie, adhère aux points que la suppuration ne tient pas continuellement Immides , et particulièrement aux bords des solutions de continuité , si l'on n'a pas le soin de les couvrir d'une bandelette découpée enduite de cérat.
La charpie grossière , employée aussi à nu cl à sec sur une plaie ou un ulcère , ne les excite pas seulement^, elle les irrite, et peut y déterminer des saignemens ou une tiop abondante suppuration , qui retardent la cicatrisation. Il y aurait peut-élre même du danger à l'employer sur de grandes plaies. Absorbe-t-ellc mieux que les précédentes les fluides de la suppuration ou le sang ? Je l'ignore. Les expériences que j'ai citées plushaut portent à le croire.
Quant à la charpie courte ou menue , elle pourrait irriter, par les nodosilés qu'elle préscnle, et d'ailleurs, par cela même, absorber moins aisément les fluides des plaies ou des ulcères,
La charpie , suffisamment couverte de cérat ou de tout autre enduit gras , ne s'attache point aux plaies y
CHARPIE, î î
îors même que celles-ci sont sèches. Elle ne les excite pas, d'ailleurs, d'une manière manifeste, si le corps gras qui la recouvre est bien frais; enfin elle en absorbe plus difficilement les fluides. Or, puisque très fre'querament on ne craint pas de l'enduire de ce'rat y même dans le cas d'une abondante suppuration , il suit de là que ge'néralement , en exage'rant beaucoup l'activilë absorbante de la charpie sur les plaies ou les ulcères , on y attache plus d'importance dans les livres que dans la pratique.
De la manière de remployer. On l'emploie en chirurgie sous les formes assez variées de plumasseaux , de gâteaux, de boulettes , de boules , de bourdonnets , de tampons , de mèches et de tentes , ou même en masses irregulières assez considérables.
Usages. Elle sert tantôt à prévenir le contact de l'air ou des corps étrangers ; tantôt à modérer une pression fatigante ou insupportable ; tantôt à déterger une plaie réunie, ou non réunie, immédiatement; ici, à remplir les vides qui restent entre les différentes pièces d'un appareil ; ailleurs, à dilater une ouverture ou un conduit rétrécis. Dans certains cas, on en fait des boules ou des boulettes compressives , et dans d'autres , des plumasseaux que l'on couvre de raédicamens.
En général, on n'emploie guère et on ne doit employer sur les solutions de continuité on sur les membranes muqueuses et la peau nue que la charpie fine. Il ne faut se servir de la charpie brute et de la charpie menue que pour combler des vides, comprimer une partie, ou recouvrir la charpie fine. Tel est aussi le seul usage à faire de celle qui a servi , et qu'on a d'ailleurs parfaitement blanchie. On recouvrira les plaies douloureuses, sèches ou saignantes avec de la cliarpie enduite de cérat frais ; on pourra, au contraire, retrancher ce médicament
toutes les lois que la suppuralion sera abondanie, et que d'ailleurs il n'en résultera pas d'irritation.
Préparation. La charpie doit être faite avec du linge à demi usé, d'un tissu peu serre', blanc de lessive, et que la blanchisseuse n'a point colore' en bleu ou endurci par de l'empois. Dans certains cas, où l'on pourrait craindre q\ie le linge dont on serait obligé de se servir lût empoisonné par des miasmes délétères et contagieux, il serait très prudent de le passer au chlore, et ensuite de le bien laver.
On a recommandé de rejeter le linge blanchi à la chaux ou à l'eau de javelle. Tant de précautions ne sont guère permises que dans les cas où l'on est amplement pourvu de linge de bonne qualité; mais, pour peu qu'il soit rare , je ne crois pas qu'il y ait grand risque à se servir de celui que je viens de dire et qu'on aurait rejeté dans le cas d'abondance. Il n'y en aurait certainement aucim à employer sur des points de la peau parfaitement sains de la charpie qu'on aurait retirée de ce linge. On pourrait d'ailleurs en faire l'usage que nous avons conseillé en parlant de la charpie grossière (p. lo).
Il est plus rationnel de refuser le linge de rebut des casernes, des prisons et des hôpitaux : cependant ce précepte souffre encore des exceptions , s'il peut être assaini avec avanlaire.
La charpie ne doit être faite que par des personnes propres, et dans un lieu propre. Des gens sales, grands priseurs , couverts de vermine ou affectés de la syphilis, peuvent lui communiquer des propriétés maliaisantes et dangereuses.
Il y a peut-être un peu de sévérité dans ces préceptes ; mais on s'écarte si souvent des règles les plus rationnelles', qu'on ne risfjue rien de commander trop pour que l'on obéisse assez.
CHARPIE. l5
Pour faire de la charpie , coupez le linge que vous aurez choisi, en morceaux carrés d'au moins cinq travers de doigt de large ou plus, selon la longueur dont vous aurez besoin. Tenant un morceau de la main gauche , saisissez les fils par leur exlre'mite' avec le bout ou les ongles de l'index et du pouce de la main droite, sur l'un des bords du linge ; saisjssez-les un à un , ou deux à deux au plus à la t'ois, tirez-les sans secousse, parallèlement, à peu près à leur direction. En prenant plus de deux fils ensemble , souvent, surtout si le linge est use', les fils, au lieu de céder et de venir facilement , se tendent, se rapprochent , se pressent, se nouent en petites masses et enfin se cassent. La charpie qu'on en retire s'obtient plus difîicilement , elle est peu homogène, et se lie mal; elle est remplie de nœuds que l'on est souvent oblige' de rejeter, et il en re'sulte des pertes réelles de temps, de main d'œuvre et de matière.
Lorsqu'on a besoin de longue charpie pour faire de grandes mèches ou des tentes, par exemple, il faut tailler les morceaux de linge très longs et élroils, redoubler de précautions, et suivre plus scrupuleusement encore dans la préparation de cette charpie, les règles que nous venons de prescrire pour faire la charpie la plus commune. Ces détails pourront sembler oiseux aux chirurgiens des grandes villes; ils ne le seront pas pour ceux qui, pratiquant leur art dans les villages et les hameaux, sont souvent obligés de préparer eux-mêmes et à la hâte la charpie dont ils ont besoin, ou d'ensei-^ gner à des hommes peu intelligens la manière de la préparer.
Conservation de la charpie. Dans les grands établlssemens , elle doit être rassemblée à mesure qu'elle est faite , conservée dans un lieu parfaitement sec , bien aéré et élevé d'im étage au-dessus du sol , car elle se
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pique et moisit par l'humidité. Il ne faut point l'entasser, parccqu a la longue elle s'altère, ses lilamcns adhèrent de plus en plus intimement, elle finit par former de petites niasses dures, et doit perdre sa faculté' absorbante. Par conséquent, il ne faut pas la conserver trop long-temps sans l'agiier et la Lattre. Serait-il convenable de la carder? comme l'a propose Lombarû (i). Je ne le pense pas. Cette ope'raiion la hache en charpie mcnuc-
Depose'e trop près des salles, des latrines, de la boucherie , de la chambre des morts, dans les hôpitaux, elle contracte, dit le professeur Percy, des qualités nuisibles; elle devient l'excipient de toutes les e'manations animales et de germes contagieux. On conservait depuis plusieurs années, à 1 Hôtel- Dieu de Paris, de la charpie qui était cmmagasine'c à porte'cdes salles; distribuée aux blesse's de l'une des sanglantes journées de la révolution, la pourriture d'hôpital se manifesta sur les plaies du plus grand nombre d'entre eux, et il a paru à M. le professeur Pelletan, qui nous a révélé ce fait, que celte «harpie en était la seule cause. Si celte conséquence n'est pas rigoureuse , elle est au moins très probable.
CHARPIE RàPEE.
La charpie nipée n'est qu'une sorie de duvet floconneux de la couleur du linge ([ui a servi à la former.
Caractères etpropriélés. Elle est douce au toucher, ei se malaxe avec les doigts. L'air qui la pénètre la a'end si légère que le moindre souffle femporte. Com.mc la" charpie brute, elle adhère à la poussière sur laquelle on la répand. Déposée doucement par flocons sjir la surface d'une petite masse d'eau tranquille, il se dévc-
{i) Inlroddct. somm. sur Tari des p;>nseîncns, arl. chnrple.