DES CANULES , DES SONDES ET DES BOUGIES
Tous ces instrimiens sont plus ou moins longs et terminés par deux extrémités , l'une destinée à rester toujours au dehors des organes, Vautre au contraire destinée à pénétrer dans leur intérieur. Je nommerai la première extrémité externe , et la seconde extrémité interne. L'extrémité externe des canules et des sondes porte encore le nom de pavillon.
Les canules et les sondes forment des instrumens souvent cylindriques , creusés intérieurement d'un ca-
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nal ouvert directement aux deux bouts dans les canules (P. III, F. IX, x), et seulement au bout externe dans les sondes; mais ouverte encore dans ces dernières par un ou deux trous latéraux placés près de l'extrémité interne (F. i, lïi, xii, 2, 2, 2). Ces ouvertures sont les jeux des sondes.
CÂNVLES KASàLES.
Ce sont des canules d'argent ou de gomme élastique, qui doivent avoir au moins le volume des sondes , n° 8 (P. III, F. viii,8).
On les emploie lorsqu'on tamponne les fosses nasales avec des bourdonnets pour soutenir les os du nez fracturés. On y a recours bien plus pour que la respiration ne soit pas interrompue par le tamponnement que pour soutenir ces os.
Les canules doivent être d'abord introduites dans le nez, et ensuite les bourdonnets seront placés autour de ces instrumens. Je conseille de placer ces bourdonnets comme on le lait dans le tamponnement du périnée, opération décrite plus haut; seulement on tamponnera beaucoup moins fort. J'a^uterai enfin qu'iln'cstpas nécessaire que les bourdonnets sortent par les narines; il suffit d'y conserver le pœud des ligatures des premiers bourdonnets introduits.
Ces canules se fixent au rfioycn d'un double T du nez, qui sera décrit plus bas, et auquel on les attache.
DES CANtLES IARYNCÉES (P. 11^ F. ix).
Ce sont des canules d'argent d'une longueur variable, longues de deux à quatre centimètres (un pouce et demi) , selon l'embonpoint du cou du malade ; larges d'au moins cinq millimètres (deux lignes et demie) , ou
CANULES LARYNGÉES. 85
même plus ; épaisses de quatre à cinq millimèlres , garnies à leur ou\erlure extérieure de deux anneaux (F. IX, 1, i), ou de deux rebords latéraux perce's chacun d'une ouverture où Ton passe le ruban qui doit les fixer autour du cou. Le canal de ces instrumens doit être aussi grand que possible , sans trop amincir leurs parois.
On a de semblables canules simples de Bauchot, qui s'adaptent parfaitement à un broncbotome, instrument l'orme d'une lame montée d'une manière fixe sur son manche , comme la tig^ d'un trois- quarts ou d'un poinçon.
Le docteur Georges Mar.tin en a aussi propose' de doubles , qui seraient composées de deux canules , dont Tune , plus petite', entrerait dans l'autre , qu'elle remplirait exactement. Elles devraient avoir les parois aussi minces que peut le permettre la résistance et la force qu'il faut toujours leur conserver. Elles seraient d'ailleurs conforme'es comme une canule simple : la plus grande aurait au moins quatre ou cinq millimètres d'épaisseur , sur un centimètre de large à peu près , et elle devrait remplir exactement Touverture artificielle du larynx et de la trachée, pour pouvoir s'y maintenir plus invariablement, et empêcher le sang de la plaie d'y couler.
Usages, L'emploi de ces instrumens est indiqué pour beaucoup de chirurgiens , mais non pour tous. Lorsqu'on a pratiqué la laryngotomie entre les cartilages thyro'ide et crico'ide, suivant la méthode proposée par Yicq-d'âzyr , ou que l'on a ouvert transversalement la trachée entre deux de ses cartilages , pour remédier à une suffocation imminente produite par une angine ou par la compression qu'un corps étranger retenu dans l'œsophage exerce sur la trachée-artère ; leur usage est alous indiqué pour maintenir béante
et libre l'ouverture artificielle du larynx ou de la trache'e-artère.
Préparation. Sous ce titre , je ne me propose pas de parler delà fabrication des canules laryngées, mais seulement de la manière de les préparer pour être employées.
Les canules doivent être enfile'es par les ouvertures de leurs rebords ou de leurs anneaux latéraux, d'un petit cordon ou d'un petit ruban d'un demi-travers de doigt de large , lequel ruban formera sous le corps de la canule une anse qui l'embrassera, tandis que ses deux cbefs libres traverseront se'pare'ment , cliaCun de leur côte, l'un des anneaux de l'instrument.
Il faudrait, si l'on voulait se servir de la canule double, que les deux canules fussent toutes deux garnies de la même manière.
On pourrait encore , au lieu d'employer un seul cordon , en passer un dans cbacun des trous d'une même canule; mais il faudrait e'vilcr de faire contre les anneaux de l'instrument un nœud qui pourrait être douloureux pour la plaie.
Introduction des canules laryngées.
Il y a deux manières de placer pour la première fois une canule laryngée. i° On la place tantôt directement, après avoir incise' les parties molles avec un bistouri jusqu'au larynx et à la tracbée-arlère , et après avoir ouvert le larynx ou la iracbe'e-artère même , le premier entre le tbyroïde et le cricoïde, et la seconde entre ses premiers cartilages, ou entre le premier cartilage et le cricoïde. 2° Tantôt on a recours au broncholome de Bauciiot.
L'ouverture du larynx ou de la trachée, au moyen du bistouri , est une opération chirurgicale prélimi-
CANULES LARYNGÉES. 87
naire à l'introduction de la canule; je ne puis la de'crire sous aucun prétexte. La première introduction de la canule au moyen du broncholome est bien aussi une ope'ration chirurgicale; je la de'crirai ne'anmoins, pour qu'il ne reste rien d'obscur sur ce mode d'introduction des canules larynge'es , et parcequ'ici l'opération est confondue avec celle de l'introduction de la canule dont je suis obligé de parler.
Dans tous les cas , la situation du malade la plus commode pour placer une canule laryngée, c'est qu'il soit couché sur le dos , que le derrière du cou seul soit appuyé sur un coussin ferme , de manière à ce que la tête se renverse en arrière et que la région antérieure du cou devienne saillante. Mais, dans le premier cas , si, après l'ouverture du larynx ou de la trachée-artère, le sang s'écoule dans les voies aériennes et menace de suffoquer le malade, il faut lui faire incliner la tête en bas , chercher du bout du doigt l'ouverture artificielle , et lorsqu'on l'a rencontrée , diriger la canule le long de son bord, ou sur l'ongle, jusque dans cette ouverture.
On ne peut recourir au bronchotome , pour l'introduction d'une canule, qu'après avoir incisé toutes les parties molles qui recouvrent le larynx ou la trachéeartère, afin de n'êlre obHgé qu'à une faible pression sur la membrane qu'il doit percer pour pénétrer dans les voies aériennes.
La lame de cet instrument étant revêtue de sa canule qu'elle remplit exactement, et au bout de îaauelle son tranchant fait une saillie de deux millimètres environ (à peu près une ligne) , le chirurgien saisit l'instrument par son manche, en alongeant l'indicateur de la main droite sur la lame, jusqu'à un demi-travers de doigt de l'extrémité porte l'ongle de l'indicateur gau-
88 INSTKUMENS TOPIQUES,
che sur le point qu'il veut percer , ijlisse sur cet ongle le hout de la lame du bronchotojne, s'assure soiiiueusement et sans precipilatioUj avec l'indicateur et les doigts de la main gauche , de la rencontre exacte de l'instrument avec les parties qu'il doit percer, fixe, au moyen des mêmes doigts , le larynx ou la trachée , et enfonce d'un coup le Lronchotomc à travers la membrane cricothyroïdienne , ou entre les anneaux de la trachée.
Si l'instrument est Lien tranchant , il pénètre sans grande difliculte', entraîne avec lui la canule qui l'enveloppe, et sa lame , bientôt retenue par le bout de l'indicateur qui e'iait alonge' près de sa pointe , s'arrête avant d'avoir atteint le côte opposé du larynx ou de la trachée.
En transperçant la membrane qui unit les cartilages cricoïde et thyroïde en avant , il faut raser le bord inférieur du cartilage thyroïde, afin d'e'viter autant que possible de blesser l'anastomose des deux arte'rioles crico-thyroïdiennes , qui se fait sur le milieu de la hauteur de la membrane.
La canule e'tant inlroduiie avec le bronchotome, on retire celui-ci, tandis qu'on pousse celle-là un peu plus avant.
Le bronchotome enlevé ^ on s'assure, par la liberté des mouvemens de la canule , par la facilité avec laquelle l'air la traverse, qu'elle est bien dans les voies aériennes, qu'elle a transpercé, avec le bronchotome, la membrane interne du larynx et de la trachée-artère , et que cette membrane ne s'est pas décollée pour fuir devant l'instrument qui la poussait , ainsi qu'on l'a déjà vu arriver.
La double canule pourrait s'introduire par les deux procédés que nous venons d'indiquer; mais il seraitmieux de ne mettre primitivement en place, au moyen du bronchoiome, que la plus grande des deux qui la compo-
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sent, et. ce bronchoiome retire, il resterait à introduire la plus petite canule dans la première, opëraliou qui serait des plus simples.
Une canule trachéale étant placée . qu'elle soit siuiple ou double , il faut la fixer au moven du ruban ou des cordons qui passent par 1 ouverture de ses rebords , ou par se» anneaux latéraux. On les lie sur 1 un des côtés du cou , en les serrant assez pour éviter le déplacement des canules , qui tend incessamment à s opérer, mais non pas au point de gêner la respiration et la circulation. Si lou avait employé la double canule, ses deux canules devraient être également fixées... Mais ces choses sont si simples . que j ai en vérité honte de les écrire.
Cependant il est des auteurs qui, craignant de s'arrêter lorsquils se sont mis à tracer des règles, recommandent encore de couvrir 1 ouverture des canules larvnçées d'une fine naze, d un morceau de coton cardé ou dune éponge, de crainte que les corpuscules invisibles qui voltigent dans iair ne pénètrent dans les voies aériennes et les poumons. Que n établissent -ils donc aussi en précepte général de ne respirer qu à travers un voile de gaze?
Effets. Les canules laryngées étant apphquées , si la plaie en est exactement remplie, le sang ne peut s'écouler dans les voies aériennes , ei la respiration n'en éprouve aucune gène. Si au contraire la plaie n"en est point exactement remphe, le sang peut y pénétrer , les bronches s'engorger, le malade être pris d'mie toux fatigante, et succomber au milieu des angoisses de la suffocation.
Si les canules sont trop longues proportionnellement à 1 épaisseur des parties molles sous-cutanées , leur extrémité touchera à la paroi postérieure de la ira-
go INSTRUMENS TOPIQUES.
chee , deviendra incommode et même insupportable.
Dans tous les cas , comme ces canules sont fort étroites , que le mucus trachéal , rejeté habituellement par l'expecioralion, ne peut plus l'être, il s'engagera bientôt dans la seule issue qui lui reste, et il faudra souvent nettoyer finstrument, pour éviter les accidens ou le danger de la suffocation. C'est ici qu'on devra sentir l'avantage de la double canule , et les motifs de la préférence que nous lui accordons.
Soins consécutifs. Si , pour nettoyer la canule simple ou la double, vous pouviez chercher à la désobstruer, soit à l'aide d'un stylet, soit en soufQant dans son canal , vous n'éviteriez point la suffocation que vous tacheriez de prévenir , vous ne déboucheriez jamais qu'imparfaitement son canal oblitéré, vous repousseriez loujoiu's en partie, sinon en totalité, le mucus qui aurait besoin d'être expectoré , et vous obstrueriez de plus en plus la trachée-artère en rendant libre la canule. Si vous aviez mis en usage la canule simple, vous ne pourriez la bien et convenablement nettoyer qu'en la retirant un moment pour la replacer ensuite, et il n'est pas toujours aisé de la replacer du premier coup , sans incommoder considérablement le malade, et sans fatiguer l'ouverture laryngée ou trachéale.
Si au contraire vous vous êtes servi de la double canule , voyez quelle plus grande facilité vous aurez à la désobstruer ! Vous retirerez sans peine la petite canule de la grande, et lorsqu'elle sera bien lavée, vous l'y replacerez non moins aisément, et sans tâtonnement pénible pour le malade. Lui-même pourra faire cette petite opération au besoin, pourvu qu'en nouant les cordons des canules sur les côtés opposés du cou, vous le mettiez ainsi à même de bien distinguer celui de l'une d'avec celui de l'autre.
SONDES OESOPHAGIENNES. 9I
Remarque. Si, olDligë de pratiquer la bronchotomie sans s'y être attendu, on n'avait point de double ou de simple canule métallique, on pourrait employer un morceau de sonde de gomme élastique que l'on fixerait au moyen d'un ruban noue et arrête sur son extre'mite' exte'rieure par un point de couture. Ce morceau devrait avoir environ deux centimètres (un peu plus d'un pouce). On pourrait aussi prendre deux bouts de sonde engage's l'un dans l'autre comme les tubes de la double canule. Enfin on pourrait encore essayer de placer une soude assez volumineuse dans l'ouverture artificielle de la trache'e-artère, et l'y maintenir à l'aide d'un ruban ou d'un cordon, si le malade pouvait l'endurer.
Celte sonde serait surtout convenable si la bronchotomie avait e'te' pratiquée à la trache'e pour reme'dier à la suffocation produite par un corps étranger volumineux arrêté dans la partie la plus élevée de l'œsophage; si ce corps déplaçait ou comprimait tellement le larynx qu'il fût impossible d'y engager une sonde par son ouverture supérieure; si enfin il oblitérait tellement le canal de la trachée-artère, que l'air ne pût y pénétrer par une ouverture pratiquée à sa partie supérieure, parceque sa paroi postérieure, poussée en avant, s'appliquerait contre cette ouverture et la tiendrait fermée.
DES SONDES OESOPHAGIENNES.
Ce sont des sondes qui , comme l'indique letu" nom , sont destinées à être portées dans l'œsophage.
Ces sondes sont faites dégomme élastique. Elles ont une longueur suffisante pour s'étendre de l'ouverture antérieure de la bouche ou du nez jusque dans l'estomac. Elles doivent être de différentes grosseurs , pour servir à dilater l'œsophage rétréci à divers degrés. Leur extrémité externe est assez souvent évasée.
92 IMSTRUMENS TOPIQUES.
Ces sondes doivent être percées de deux jurandes ouverlures latérales, l'une au-dessus de l'autre, et au côte' oppose' l'une de l'autre ; ouvertures qu'on nomme les yeux de la sonde, ainsi que nous l'avons dit plus haut. Les sondes doivent avoir un stylet en fer qui les remplisse exactement, se termine à son extre'mitc externe, c'est-à dire à l'exlrëmiie' qui correspond au pavillon de la sonde, par un anneau. Ce stylet se nomme mandrin, et sert au besoin à donner de la solidité' à la sonde. Dans certaines circonstances on sera même oblige' d'avoir des sondes œsophagiennes d'argent pour vaincre une première fois l'obstacle du rétre'cissement et commencer sa dilatation. Le professeur BoYER s'est trouvé dans ce cas.
Usages. Si le pharynx et l'œsophage étaient rétrécis, soit par une dégénération squirrheuse, fibreuse, cartilagineuse ou même osseuse de leurs parois ; soit par l'épaississement de celles-ci ; soit par des brides ou des cicatrices vicieuses, suite de la cautérisation de leur surface interne par un liquide corrosif que le malade aurait employé pour se suicider; soit enfin par le gonflement des glandes jugulaires ou de la thyroïde, pourraiton espérer et tenter de dilater ces organes au moyen de sondes de gomme élastique, ainsi qu'on le fait pour l'urèthre, comme nous le dirons bientôt? Nous pensons qu'on pourrait, non seulement espérer, mais que 1 on devrait encore essayer cette dilatation, à moins que certaines circonstances, telles qu'une irritabihté trop vive ou l'inflammation de ces organes, n'en contre-indiquassent l'emploi. Nous cx'oyons que si la sonde ne causait point par sa présence le spasme de l'œsophage ou une irriiation fatigante, celui-ci céderait et se dilaterait peu à peu dans toute sa circonférence. 11 n'est point de tissu dont la compression ou la distension prolongées ne modifient la forme et la disposition , sinon directement, au moins
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à la longue par l'intermédiaire de la nutrition. Nous croyons pourtant qu'il serait difficile de rendre à l'œsophage et au pharynx leur extensibilité au moyen de sondes grossies successivement, si leur rëtre'cissement e'iait dû au développement morbide des glandes jugulaires ou de la thyroïde.
Introduction des sondes œsophagiennes .
Les sondes œsophagiennes de gomme e'iastique peuvent être introduites dans l'œsophage et l'estomac , par les fosses nasales ou la bouche; de là, deux proce'de's difFe'rens.
Premier procédé. Il est, dans tous les cas, pre'fe'rable au second , lorsqu'il est possible , parcequ'il est moins complique' et plus prompt. Par ce proce'de', la sonde est portée, toujours dégarnie de son mandrin, dans l'une des narines, et poussée directement d'avant en arrière, ou en la faisant tourner sur elle-même comme pour la tordre. Les narines ayant habituellement une largeur inégale, on a dû les sonder toutes les deux préliminairement pour choisir la plus large. La sonde parvenue dans le pharynx en heurte la paroi postérieure, le malade ouvre la bouche, et l'on accroche l'extrémité interne de l'instrument avec l'indicateur et le doigt du milieu de la main droite, pour l'empêcher d'entrer dans le larynx , ce qui arriverait souvent sans celte précaution , et pour la courber et la diriger dans la partie inférieure du pharynx et l'œsophage. Lorsqu'on s'est assuré qu'elle y est parvenue, on continue, s'il est possible, de la pousser jusque dans l'estomac. Si au contraire un obstacle 3 un rétrécissement trop étroit ou trop résistant pour îa sonde, en arrête la marche , il est temps alors d'avoir recours au second procédé.
Deuxième procédé. Lorsqu'on est obligé et décidé
à employer ce proce'de', il faut commencer par passer un fil à travers le nez, le pharynx et la bouche, au moyen de la sonde de Bellocq, décrite plus haut , de manière que fune des exlre'mites du fil sorte par la bouche et l'autre par le nez; mais on doit, comme dans le premier procède' , sonder les deux narines , et préférer la plus large à la plus étroite.
Pour passer ce fil, au moyen de la sonde de Bellocq, à travers le nez, le pharynx et la bouche , comme je Fai dit plus haut, l'instrument étant graissé d'huile d'olive, tournez-en la convexité en haut, portez-en l'extrémité interne dans la narine reconnue la plus large , poussezle ensuite lentement d'avant en arrière. Lorsqu'il sera parvenu dans le pharynx, au-delà du voile du palais, et qu'élevant un peu la sonde par son pavillon vous en distinguerez l'extrémité interne , poussez alors le stylet avec le pouce de la main gauche , qui doit tenir le pavillon immobile, comme nous l'avons exposé plus haut. Cependant , lextrémité boutonnée du ressort se déploiera , en se recourbant d'arrière en avant , sous le voile et la voûte du palais ; alors attachez un fil double, de la longueur d'un mètre environ, au bouton du stylet; ramenez celui-ci dans sa canule, et, retirant cette dernière des fosses nasales, vous entraînerez avec elle le fil attaché au bouton de son stylet , dont vous le détacherez aussitôt.
Ce fil placé , et sortant à travers la bouche et le nez par ses deux extrémités, vous confierez celles-ci à un aide qui les tiendra sur la joue correspondante à la narine que ce fil traverse. Vous prendrez la sonde que vous vous proposez d'introduire dans l'œsophage ; elle sera garnie de son mandrin recourbé convenablement ; vous ferez ouvrir la bouche au malade, qui devra être placé dans la direction la plus convenable pour que le fond
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de la gorge soit parfailement éclaire ; vous abaisserez et tiendrez abaissée la base de la langue , avec les doigts indicateur et me'dius. La sonde tenue de la main gauche près de son extrémité' externe , vous la porterez dans le pharynx , la dirigerez, autant que possible, du côte' de l'ouverture de l'œsophage , avec les doigts qui maintiendront la base de la langue , laquelle alors se soulèvera convulsivement contre la sonde; vous la pousserez peu à peu en me'nageant prudemment vos efforts. Si elle franchit le re'tre'cissement, vous attacherez solidement à son pavillon l'extre'miie' du fii qui sort par la bouche ; vous retirerez le mandrin et vous continuerez à pousser la sonde jusqu'à ce que son extrémité' externe elle-même soit parvenue dans le pharynx , sous le voile du palais ; alors , retirant à vous le bout du fil qui sort par le nez , vous ramènerez doucement au dehors , et par l'une des fosses nasales , l'extre'mité externe de la sonde.
Maigre' que , passe'e ainsi dans les narines , une sonde ait peu de tendance à se de'placer , vous la contiendrez au moyen d'un T du nez et d'un point de couture qui l'attachera à ce bandage. Ce point ne doit pas traverser le diamètre de la sonde , mais seulement un des points de la circonférence de son ouverture.
Si une sonde de gomme élastique e'taittrop faible pour vaincre le re'tre'cissement du pharynx ou de l'œsophage, et que le malade affaibli , exténue' de faim et dévoré de soif, eût un pressant besoin d'alimens et de boissons , il faudrait alors , à l'exemple du professeur BoYER , avoir recours à une algalie d'argent , parcequ'elle aurait plus de force et serait plus propre à vaincre une grande résistance. Elle ne pourrait être introduite que par la bouche , ainsi que les sondes de gomme élastique garnies de leur mandrin. Je n'ai pas besoin de dire qu'il ne
faudrait la pousser dans le rc'tre'cissement qu'avec la plus grande prudence et la plus grande attention , de peur de transpercer les parois du pharynx et de l'œsophage, et de faire une fausse roule.
Lorsque ayant franchi le rétrécissement du pharynx ou de l'œsophage , une sonde de gomme élastique ou une algaiie d'argent y est placée , il faut se hâter de s'assurer que la sonde ou l'algalie est bien dans cet organe , et non dans la trachée-artère, pour ne pas faire attendre plus long-temps au malade la nourriture et la boisson dont il peut avoir besoin , et pour ne pas injecter dans les poumons un bouillon que l'on destinerait à l'estomac.
Je fais un précepte de s'assurer que la sonde n'est point dans la trachée-artère, parceque si le plus souvent la glotte se resserre contre la sonde, si celle-ci en y pénétrant cause de l'irritation , de la toux , et les accidens de la suffocation , ces phénomènes n'arrivent pas constamment, et il peut se faire que la respiration ne soit pas le moins du monde troublée. Dans un cas semblable, Desault, abusé par le calme trompeur du malade, a injecté un bouillon dans les poumons , croyant l'adresser à lesiomac (1). Si une pareille méprise a e'té commise par un des chirurgiens les plus distingués du 1 8" siècle , pour n'avoir pas eu la précaution que je recommande, elle peut bien Télre par d'autres.
On pourra s'assurer aisément du lieu qu'occupe la sonde , en fermant les narines et la bouche du malade. Si la sonde est dans la trachée, il respirera par le canal de l'insirumeni 5 à chaque inspiration, l'air s'y précipitera en sifflant, et à chaque expiration il en ressortira sensible à la main placée à l'ouverture de la sonde, et
(i) Journal de chirurgie
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vaporeux et sensible à l'œil, si l'almosphère est à une tenipe'ralure basse. Si la sonde est dans l'œsophnge, il est évident que !e malade ne parviendra à respirer, quelque effort qu il tasse, qu'autant qu'il aura la bouche ou les narines ouvertes.
Si l'on suppose que les yeux de la sonde pourraient être assez solidement fërnie's par des nnicosités pour que le malade ne pût respirer par son canal, lors même qu'elle serait introduite dans la Irache'e-artèrc , il Y aurait toujours un moyen de s'assurer de la ])Osilion de la sonde: ce serait de porter rapidement le doigt dans Tarrière-bouche jusque sur l'ouverlure du l?rynx. Sans douie la base de la lani^ae et le pharynx se soulèveraient convulsivement , mais ils ne pourraient empêcher qu'on ne s'assurât promptement si 'ouverture du larynx est ou n'est pas traverse'e par la sonde.
Lorsqu'on sera bien certain de l'iniroduclion de la sonde dans l'œsophage, on injectera des bouillons nourrissans et des boissons dans Tesionjac, en les introduisant dans cet instrument au moyen d'un entonnoir.
Lorsque le malade a e'tê depuis un certain tenqDS soumis à l'usage des lavemens nutritifs , et prive' du plaisir de se nourrir par la bouche, renirc'e du bouillon dans l'estomac lui cause une sensation de'licieuse; et les premiers jours ces bouillons plus ou nioins char^e's de substance nutritive, de fécule, de semouille, etc. , suffisent à calmer son appe'tit et ses besoins; mais peu à peu l'estomac devient plus exigeant-
8i, ayant omis les pre'caulions que j'ai dites, on avait injecte un liquide dans la trachêe-rjrière, et que le malade fût pris subitement d'une toux convuUive et d'une suffocation imminente, il n'y aurait aucun douie sur le mal et sur le remède à lui opposer. 11 faudrait retirer aussitôt la sonde pour la replacer après que le malade
qS instrumens topiques.
serait parfailcmcni remis de la funesie méprise dont il
aurait e'ie la victime.
Effets de V introduction d'une sonde œsophagienne. La sonde d'argent ne pouvant passer par les tosses nasales, serait insupportaolc dans la bouche, et devrait cire promplcmcnt remplace'c par une sonde de i^omme dlasiiipic qu'on laisserait à demeure dans 1 œsop!iaij[e.
Chez une malade du })rofesseur BoYER, la sonde causa, pendant les cinq premiers jours, un peu d'irritation; le sixième , le craciicniint d'une matière piiritorme; au dixième, elle devint vacillanie et la malade put avaler naturellement une petite quantité de fluides; le quatorzième, la sonde étant reiire'e, elle en avala facilement; mais au bout de six jours la de'yiutition devint impossible. INI. BoYER eut alors recours à une sonde plus grosse que la première, mais l'œsophage ne cessa plus delà serrer e'iroitemcnt, et trois ans après l'emploi delà première sonde qui avait pu faire concevoir de flatteuses cspc'ranccs, la malade s'c'lcignit peu à peu, fluiie d'une nourriture convenable et suflTisante.
Cette observation d'une issue t'uncsle n'a pourtant rien de décourageant. L'avantage retiré de la première sonde fait espérer cju'on peut en retirer encore et de plus grands et de [>lus ilurables.
Soins conse'cufifs. Les faits dont je viens de parler ne portent-ils pas à établir en principes que l'on doit s'eilbrcer de dilater les réirécissemens du pharynx et de l'œsophage au moyen des sondes dégomme élastique; que celles-ci doivent être remplacées par de plus grosses si elles deviennent vacillantes; que leur usage ne doit être abandonné que lorsque le point lélrc'ci a repris sa dilatabilité primitive; qu'enfin il est prudent d'y recourir de nouveau aussitôt que le pharynx et l'œsophage commencent à se rétrécir de nouveau ?