SECTION III
Nous désignons sous ce titre, et comme s'appliquant après les premières pièces d'appareil . les bandes et les pièces de linge qui servent à les envelopper.
1° BANDES (P. IV, F. I, III, V, Vil).
Une bande est une sorte de lien de toile , de coton, de calicot, de laine, de flanelle, de drap ou de peau, flexible, mince et étroit. Chaque bande a deux extrémités qu'on appelle ses chefs; une suite de points intermédiaires, qu'on nomme son corps , son plein; et appliquer une bande par son plein, c'est l'apposer sur une partie par les points intermédiaires à ses deux bouts. Une bande a enfin deux bords et deux surfaces; cellesci doivent être distinguées l'une de Tautre : nous le ferons plus tard. L'une des extrémités peut être divisée en plusieurs lanières (P. IV, F. vi, 1 , 1 ) : les bandes sont alors fendues. Leur plein peut être, comme celui des compresses, perforé de plusieurs ouvertures ou boutonnières (même P. , F. vii, 2, 2) : ce sont alors des bandes perforées.
La plupart de nos bandes sont faites de toile usée, qu'on a taillée avec des ciseaux. Celles des Allemands sont faites, depuis quelques années, d'un tissu neuf, lacbe, clair et léger, de deux, trois ou quatre travers de doigt de largeur; elles sont garnies sur leurs bords, comme certains rubans de soie , de petites boucles ou anses , qui sont formées par le fil réfléchi sur luimême, allant et revenant alternativement d'un bord à
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l'autre de la bande. Elles proviennent de ce qu'en tissant ces bandes on a disposé sur leurs bords un long crin de cheval que l'on a retire ensuite et qui a laisse' au lieu d'une lisière peu extensible les petites boucles dont nous venons de parler. Percy nomme ces bandes bouclées (i).
Elles ne s'effilent point et s'usent moins vite que les nôtres. D'ailleurs la flexibilité, la laxité, la mollesse de leur tissu les égalent au moins aux bandes de vieux linge. Ainsi elles sont de beaucoup préférables à ces dernières , et seraient d'une grande économie pour les hôpitaux. Il serait par conséquent de la plus grande importance que , pour ainsi dire , on les naturalisât en France. En attendant, je dois prévenir qu'on peut s'en procurer ù Paris, chez M. Verdier, chirurgien herniaire (a).
Les chirurgiens sont fort difficiles dans leurs ouvrages sur le choix des bandes, et beaucoup moins délicats et moins dédaigneux dans la pratique. 11 ne faut jamais trop recommander les choses inutiles ou de peu d'importance ; l'abus des recommandations jette de la défiance dans l'esprit de l'élève, frappe de discrédit les auteurs ainsi que la théorie de l'art, et fait ensuite négliger les règles les plus impérieuses.
1° Qu'une bande qui est faite de linge vieux ait ses bords coupés à droit fil; que les ourlets en soient retranchés, s'ils blessent la peau par leur immédiate apposition sur son tissu, s'ils nuisent à l'application du bandage ; mais qu'à cet égard la sévérité ne soit point poussée à l'excès. La misère d'un malade doit rendre le chirurgien économe : vouloir pratiquer son art dans la
(i) Dict. (les se. méd. , art. dcligation. (a) Rue Notrc-Dame-des-Vicioircs > n" ^o.
BANDliS. 14Ô
chaumière du pauvre Je la même manière que dans le palais du riche, ce n'est pas savoir le praiiquer.
2" Que la bande soit, autant que possible, uniforme et non traversée par toutes sortes d épaisses coutinres qui la froncent , en rendent l'emploi peu commode et l'application pénible au malade 5 que par conséquent les bandes ajoutées les unes aux autres le soient sans ourlets.
5" Donnez-leur des longueurs et des largeurs relatives au volume des parties que vous devez recouvrir de leurs circonvolutions; que celles qui doivent s'appliquer sur les lèvres, les doigts, aient ati plus un travers de doigt de largeur; que celles destinées à la télé, aux pieds, aux mains, aux membres supérieurs . aux jambes, en aient deux ou trois ; que celles destinées au tronc et aux cuisses en aient quatre environ , à moins que vous ne les destiniez à faire un des bandages iuvaginés ou unissans que nous décrirons par la suite. Quant à letu- longueur, ne donnez jamais plus de huit mètres (un peti moins de sept aunes) de longueur à celles qui doivent s'appliquer sur la tête; de douze mètres (dix aunes), ce qui est déjà beaucoup , à celles que vous destinez pour le tronc; mais n'emplovez dans aucun cas dix-huit mètres ou seize aunes de toile à faire certains bandages, un spica, par exemple, ainsi que vous le trouverez recommandé dans les livres.
Je n'ai sans doute pas besoin de dire que ces longueurs doivent varier d ailleurs selon le volume des pièces d'appareil , et selon la grandeur et la grosseur des sujets sur lesquels on doit appliquer les bandes.
De longues bandes sont toujours pénibles à appliquer : si la peine ne retombait que sur le médecin, ce serait un faible inconvénient; mais pensez-vons quun malade assis sur son lit ou ailleurs, souvent nu
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OU découvert, au moins en partie, quelquefois pendant les rigueurs de l'hiver, n'en soit pas incommode' et ne coure aucun risque ? Croyez-vous qu'une position fatigante , quelquefois encore des mouvemens pénibles continués trop long-temps, soulagent ses souffrances, lorsque, débile, e'puise' même, il peut à peine se tenir sur son se'ant?
De longues bandes d'ailleurs sont difficiles à serrer à point , et comme le bandage qui re'sulte de leur application se relâche très promptement, lors mcmc qu'elles sont suffisamment serre'es , on est presque toujours forcé de les serrer trop pour qu elles le soient assez. Les bandages qui en résultent réclament une surveillance plus attentive et des applications réitérées plus fréquentes , plus de patience de la part du malade qui les souffre , plus de peine de la part du médecin qui les fait. De longues bandes enfui , pour n'en pas dire plus , sont fatigantes à supporter; elles échauffent, gênent, irritent et tourmentent les malades, qu'elles tiennent liés, garottés et dans une sorte de torture.
Toutes les fois que nous pouvons remplacer un bandage composé d'une ou plusieurs longues bandes par un bandage plus léger, plus commode à porter, plus solide, plus prompt à appliquer et à enlever, empressons-nous de donner la préférence à celui-ci.
Cette règle nous dirigera toujoiu's dans le cours de cet ouvrage, et nous concevons fespérance d'ime révolution désirable et salutaire dans cette partie de la chirurgie. Nous renverrons à la partie historique les bandages trop longs que l'on peut remplacer avec avantage par de plus courts , ou bien nous raccourcirons les bandes qui servent à les faire.
Comme les bandes d'ailleurs ne forment pas toujours des bandages solides, comme elles se relâchent promp -