PREFACE. XV
croit-on que l'on sépare les maladies des organes en en i'ormant une classe de maladies générales ? Que l'on prouve donc alors qu'en leur donnant tous, ou presque tous, les organes pour siège, on ne leur en donne aucun; que l'on prouve rloncque jusqu'ici les scrofules, le scorbut, la syphilis, etc. , à qui on ne reconnaît pas de siège spécial, ont été placés dans un monde chimérique, au-delà des organes; que l'on n'a jamais examiné ceux-ci pour y reconnaître ces maladies; que ne les ayant jamais recherchées et reconnues dans les viscères, c'est par une bizarre inconséquence que l'on a agi sur ces organes et qu'on les a guéris jusqu'à ce jour; que l'on prouve donc que Irs phlegmasies cutanées, muqueuses, séreuses, que les hémorrhagies des diverses parties, etc. , ne se rattachent dans la classification de PiNELà aucun organe; qu'elles ne les rappellent pas Je moins du monde , bien qu'elles en portent le nom ; que si la nosographie de cet auteur n'a pas dit tout ce que l'on a d't avant ou depuis lui, c'est parcequ'elle n'a pas raconté les maladies dans l'ordre alphabétique, ou dans un ordre plus bizarre encore, mais suivant des affinités naturelles plus ou moins frappantes; que l'on prouve donc que toutes les imperfections de ce livre découlent de la coordination méthodique des maladies, et de cette coordination toute seule; que l'on prouve donc encore, pour être conséquent, que la nouvelle doctrine, en divisant les affections de l'homme en maladies par irritation et par défaut d'action vitale, ne jette pas les fondements d'une classification; que ces divisions capitales ne rappellent pas la nature, mais le siège de ces maladies; qu'alors la nouvelle doctrine toujours conséquente n'établit point le contraire de ce qu'elle se propose; qu'en disputant avec acharnement pour classer telle maladie dans les inflammations, les subinflammalions , et autres divisions aussi naturelles, plutôt que parmi les maladies d'un autre genre, elle est profondément convaincue que les classifications fondées sur la nature même des maladies n'ont pas la moindre importance; que l'on prouve donc enfin que c'est surtout d'après les organes qu'elle varie ses moyens thérapeutiques , et non d'après le genre de la maladie ; que par exemple elle ne traite pas en général les inflammations par les mêmes moyens ; qu'elle n'oppose pas les saignées aux pblegmasies aiguës des méninges et du cerveau, comme à celles
XVI PUEFACE.
de la gorge ou de la poitrine ; aux phlegmasies de restomac et de l'intestin, comme à celles de la vessie et de l'utérus ; que d'ailleurs un pareil mode de traitement serait contraire aux résultats de l'expérience; et qu'enfin il est par là démontré qu'il est beaucoup plus important de reconnaître les organes malades que l'essence de la maladie, pour la traiter convenablement, quoique notre thérapeutique soit toujours fondée d'abord sur la nature appréciable de l'affection.
Jusqu'à ce que l'on ait prouvé toutes ces choses, jusqu'à ce que l'on ait mis un peu d'accord entre les principes de la métaphysique contradictoire de la nouvelle doctrine , nous persisterons à croire à l'utilité, à l'importance des classifications naturelles, à les regarder comme le résultat immédiat des perceptions de l'intelligence humaine, qui ne peut concevoir les choses que par leurs analogies et leurs différences.
ET