XIV PREFACE
l'objet et la base des classifications naturelles. Le chimiste qui reconnaît un sulfate de fer dans le composé qu'il analyse, l'y reconnaît aux caractères communs des sulfates et des sels de fer, et à des caractères propres à l'espèce (\ui l'occupe ; mais il ne sait et ne peut rien savoir de plus sur son essence. Le rhéteur, ou le philosophe, qui définit l'homme un animal raisonnable, le définit évidemment d'après ses analogies avec les animaux , et d'après la différence qui l'en distingue sous le rapport de la raison. Si, engénéral, nous définissons ainsi les choses par le genre et la différence, comme le disent les scolastiques, c'est-à-dire par leurs analogies et leur différence, c'est que nous n'en avons pas d'autre idée et que nous ne pouvons concevoir une autre définition que celle qui exprime notre pensée. Ces définitions si naturelles ne sont au fond qu'une véritable classification de l'objet défini. N'esl-il pas manifeste, en effet, que, par la vieille définition que je viens de rappeler, l'homme est séparé des minéraux et des végétaux, placé parmi les animaux, et distingué entre tous ces derniers?
Si donc nous ne connaissons des choses et de leur essence que leur identité ou leurs analogies et leur différence; si nous n'en pouvonsrien apprendre, rien dire et rien enseigner de plus, n'est-ilpasévident que nous nepouvons rien apprendre, rien enseigner sans une classification tacite ou proclamée ? Cette conséquence, qui nous semble nécessaire, pourra bien cependant n'être pas admise par la doctrine dite physiologique , ou par ses sectateurs, qui, après avoir proscrit les classifications nosologiques en particulier, sous prétexte qu'elles séparent les maladies des organes et créent des êtres imaginaires , ont proscrit les classifications en masse. Je ne m'arrêterais pas ici à des idées aussi bizarres, si elles n'eussent servi de point de départ dans les attaques que la mauvaise foi et l'ignorance ont dirigées ensemble ou tour à tour contre les classifications en général.
S'il est des dispositions morbides générales dans lesquelles tous les organes tendent à s'enfliammer ou à s'affecter de diverses autres manières ; si les fièvres essentielles sont des maladies de ce genre, comme nous l'avons démontré dans notre thèse ( i),
(i) Eecitcrchcs d'itnat., de pliys. et de palliol .Vnris , i825, chez BtcHEi jeune, place de l'École-dc-lMcdecine.