CHAPITRE PREMIER
(les souffraaces. Ce sont : la Loi, la terre promise et le inonde à venir. Pour la Loi, on le sait par ce verset (déjà cité) : Heureux Vhomme que Dieu châtie , et tu rinstruis par ta loi; pour la Palestine , par celuin^i : Comme un pire châtie sonfh^
r Etemel ton Dieu te réprimande (Deutéronome, vni, 5), et il est dit ensuite : Lorsque r Etemel ton Dieu f amènera dans le bon pays ^ ce qui est une allusion à la vie future ; car il est dit : Le commandement est une lumière, la loi une clarté , et les remontrances de la punition servent de chemin à la vie (Proverbes, vi, 9 3). On a enseigné , en présence de R. Yochanan , que celui qui s'occupe de Tétude de la Loi, ou de bienfaisance, ou de Tensevelissement de ses fils, est digne du F. 6^ pardon de ses fautes. R. Yochanan dit qu'on comprend cela pour Tétude de la Loi et la bienfaisance , car il est dit : Par la grâce et par la vérité, les péchés sont pardonnes (Proverbes, xvi, 6); or, la grâce représente les bonnes œuvres, car il est dit (ibid. 21) : Celui qui poursuit Téquité et la grâce trouvera la vie, la justice et F honneur; la vérité symbolise la Loi, car il est dit {ibid. 93) : Acquiers la vérité et ne la vends pas. Mais comment sait-on qu'il est tenu autant de compte de Tensevelissement des enfants? Un vieillard enseigna au nom de R. Simon qu'on le conclut de l'emploi simultané des termes pv, péché. Il est dit, d'une part, au verset précité : Par la grâce et la vérité le péché sera pardonné; et il est dit ailleurs (Jérémie, xxxii, 18) : // venge les péchés des ancêtres sur le sein de leurs errants.
R. Yochanan dit: Les plaies, comme la lèpre ou la privation des enfants, ne sont pas considérées comme des douleurs imposées à titre d'épreuves et annulant les péchés. Pourquoi les plaies ne le sont-elles pas ? N'est-il pas enseigné (par une beraitha) que celui qui a sur lui l'une des quatre sortes de taches prévues par la loi^ est considéré comme un autel du pardon? Oui, mais ce ne sont cependant pas les douleurs qui prouvent l'amour de Dieu; ou bien encore, on peut résoudre le problème, en disant que l'enseignement de la Beraitha a été fait chez nous (en Rabylonie), tandis que l'avis de R. Yochanan vient de la Palestine; ou bien enfin, le premier avis s'applique au cas où les plaies sont secrètes, et le second, à celui où elles sont visibles (car alors, conmie la douleur est plus grande, le pardon a plus de portée). Et la privation d'enfants ne sert-elle pas non plus à effacer les fautes? Dans quel cas? Est-ce lorsque des parents en ont eus et qu'ils les ont perdus? Mais R. Yochanan^, contrairement à son avis précité, ne semblait-il pas prouver que la perte des enfants est un châtiment d'amour, en montrant aux personnes en deuil, pour les consoler, un
^ Au commencement du traité Negâ'im * Ce rabbin, qui eut dix fils , les perdit
(des plaies), Mischnâ, 6' partie, on ex- tous; il conserva un os de son dernier-né
piîque quelles espèces sont déclarées im- pour le montrer aux personnes en deuil
pures par le Lévitique. qu'il allait consoler.
ossement de sod dixième enfant mort ? Il n y a pourtant pas de contradiction : la privation d*enfants n'est pas un châtiment d'amour lorsqu'on n'en a jamais eu , et elle en est un au cas où l'on en avait et qu'ils sont morts. Lorsque R. Hiya bar-Aba tomba malade , R. Yochanan se rendit auprès de lui et lui demanda : Ces châtiments te sont-ils agréables à supporter» pour leur récompense future? — Ni eux, répondit le malade, ni même leur récompense. — Donne-moi la main , lui dit R. Yochanan ; il le souleva ainsi et le rétablit. Lorsque R. Yochanan tomba malade, R. Hanina alla le voir; il lui adressa les mêmes questions, obtint les mêmes réponses et le rétablit également. Pourquoi R. Yochanan eut-il besoin d'une intervention étrangère et ne se guérit-il pas seul? Parce qu'il est dit : Le captif ne peut se délivrer lui-même de la prison ^ Lorsque R. Éléazar devint malade , R*. Yochanan alla le voir, et remarqua qu'ÉIéazar couchait dans une chambre noire. Il découvrit son bras et répandit ainsi un rayon de clarté^. Il vit alors que R. Éléazar pleurait, et il lui en demanda la cause : Est-ce que tu regrettes de n'avoir pas assez étudié la Loi ? N'avons-nous pas appris qu'il importe peu qu'on s'y livre souvent ou rarement, pourvu qu'on applique son attention à adorer le Créateur ? Te plains-tu de ta pauvreté? Mais est-ce que chaque personne peut avoir deux tables servies de mets? Est-ce de h privation de tes enfants ? Vois l'ossement de mon dernier enfant mort. — Non, répondit R. Éléazar, je pleure sur ce que ta beauté pourrira un jour sous terre. — Pour cela, répondit le visiteur, tu as raison de pleurer; et ils mêlèrent leurs larmes. Sur ce, il lui adressa les questions déjà faites à R. Hiya bar-Aba; il obtint de R. Éléazar les mêmes réponses, et il le rétablit pareillement. Lorsque R. Houna vit que quatre cents de ses tonneaux de vin étaient devenus aigres, il reçut la visite de R. Juda, frère de R. Sala le Pieux, accompagné de rabbins, ou de R. Ada bar-Ahaba, accompagné de rabbins, qui l'engagèrent à scruter ses actions. Est-ce que je vous inspire des soupçons? leur demanda R. Houna, — Mais, objectèrent-ils, peut-on supposer que Dieu fasse quelque chose sans raison? — Si quelqu'un, répliqua-t-il, connaît un fait â ma charge, qu'il le dise. — Nous avons appris, répondit l'un d'eux, que tu ne donnes pas la part de tes ceps de vigne à ton jardinier'. — Ne croyez pas, dit-il, qu'il me laisse une parcelle de ce qui lui revient; il me vole le plus souvent. — C'est encore un tort, répondirent-ils, de voler le voleur. — Je m'engage, dit-il enfin, à lui remettre cette part. Et sa situation changea : selon les uns, le vinaigre perdit de son aigreur, et le vin redevint bon ; selon d'autres, le vinaigre devint si cher qu'on le vendit au prix du vin (ce qui annula la perte).
^ La maladie est considérée comme une fol. 8/i*, que le corps de R. Yochanan était
prison, puisqu'elle vous oblige de rester d'une blancheur éblouissante, au logis. ^ Cette partie lui est due. Voir le
* On raconte au traité Baba Mecia, même traité, fol. ]o8^