‹ Traité des Berakhoth du Talmud de Jérusalem et du Talmud de BabyloneChapitre 2 sur 266 · A L'IMPRIMERIE NATIONALE · texte numérisé non relu

A L'IMPRIMERIE NATIONALE

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INTRODUCTION

Nous prions le lecteur qui ouvrira ce volume de ne pas le feuilleter sans nous avoir entendu au préalable, et de ne pas juger ce travail, quelque prétentieux qu'il puisse paraître, sans avoir écouté notre défense. Des objections contre notre projet, tendant à nous détourner de cette voie , nous ont déjà été adressées et le seront sans doute encore. Mais, si l'on veut bien nous le permettre, nous essayerons de les réfuter avec l'appui de voix plus autorisées que la nôtre, et pour nous justifier du reproche de présomption qu'on pourrait nous opposer, présentons ici la suite historique de ce travail et son origine.

Plusieurs personnes qui aiment encore le Talmud , et parmi elles des orientalistes académiciens, nous ont engagé à entreprendre la présente traduction ^ ; elles nous ont fait l'honneur d'insister à plusieurs reprises; elles ont fait valoir la grandeur du projet, et nous avons cédé à leur invitation de traduire un texte complet. Car si, après les excellents travaux partiels qui ont paru récemment sur la matière, on peut encore attacher quelque intérêt au Talmud, ce n'est qu'à la condition de posséder intégralement la version textuelle. Nous avons accepté cette tâche, non sans hésiter, par des raisons qu'il est presque inutile d'exposer, et dont il est encore plus aisé de se rendre compte soi-même , pour peu qu'on connaisse la matière; aussi nous serions-nous abstenu, si ce travail avait jamais été fait en une langue moderne quelconque^.

' Les approbations qui nous sont par- qu'il nous soit permis d'en tenir compte, venues (comme leslettresde M. Ad. Franck et encore moins de les publier, et d autres juges) sont trop flatteuses pour ' Voir S 8.

II INTRODUCTION

Ce sujet est si vaste, et les questions qu'il comporte sont tellement complexes, qu'on ne saurait les résoudre d'un trait. Pour faire face aux observations qui se présentent en foule, il est indispensable de procéder par méthode, et d'adopter les divisions suivantes :

1° Des idées populaires et vulgaires répandues sur le Talmud ^

2° Son origine historique, sa formation.

3** Quel est son contenu fondamental ?

h"" Analyse par la description de quelques exemples.

5° Persécutions qu'il a subies et comment il a lassé l'oppression des siècles.

6^ Manuscrits talmudiques dans les diverses bibliothèques publiques de l'Europe.

7° Commentaires sur cet ouvrage, résumés; règles d'interprétation.

8* Premier projet de traduction en France; pourquoi il n'a pas abouti.

9® Difficulté du langage.

1 0** Etendue et plan du présent travail.

1 1® Doctrine philosophique du Talmud. Conclusion.

C'est seulement après l'examen de ces diverses questions, traitées séparément, que l'on pourra se rendre compte de cette œuvre el de sea périls.

Idëes populaires sur le Tairnud.

En effet, les obstacles sont multiples, plus embarrassants les uns que les autres, et ont de quoi effrayer l'esprit le plus téméraire. Comment reproduire d'une manière intelligible une conversation décousue, oii les idées se suivent sans style ni enchaînement, où l'art de la rhétorique est complètement inconnu ?

Mais d'abord, qu'est-ce que le Talmud? Telle est la question qui se présente avant tout, cr Quelle est la nature de cette étrange

' Les savants écrivent souvent Thalmud. Nous avons cru devoir réserver le th (anglais) pour le n non ])onctué.

INTRODUCTION. - m

production, dont le nom, presque imperceptiblement, comn^ence à devenir un des mots qui sont familiers à l'Europe*? Partout, il semble que le Talmud nous poursuive : nous le rencontrons dans la théologie, dans la science et même dans la littérature générale. Il n'est pas un manuel consacré aux diverses branches de la science biblique, géographie, histoire sainte, chronologie, numismatique, qui ne fasse allusion au Talmud. Les défenseurs de toutes les opinions religieuses en appellent à ses maximes. Il y a plus : non-seulement tous les lettrés , les érudits du judaïsme et du christianisme, mais encore ceux de l'islamisme et du dogme de Zoroastre y ont recours dans leurs analyses des doctrines , des dogmes , de la légende et de la littérature. Prenons un volume récent de dissertations ar chéologiques ou philologiques : que ce soit un mémoire sur un autel phénicien, sur une tablette cunéiforme, sur les poids et mesures de Babylone, ou sur les monnaies des Sassanides, nous sommes sûrs d'y trouver ce mot mystérieux : le Talmud I Ce ne sont pas seulement ceux qui ont retrouvé Talphabet des langues perdues de Ghanaan et de l'Assyrie , d'Himyar ou de la Perse de Zoroastre , qui appellent le Talmud à leur aide; les écoles modernes de philologie grecque et latine commencent à tirer parti des matériaux de l'école classique qui y sont épars. La jurisprudence, à son tour, a fini par s'apercevoir que, sans parler de l'influence du Talmud sur l'étude des Pandectes et des Institutes, on trouve auissi cachées dans ces labyrinthes quelques-unes des lois mêmes des Mèdes et

des Persans, qui jusqu'ici n'avaient été qu'un mot vide de sens.

Il en est de même de la médecine, de l'astronomie, des mathématiques et du reste. L'histoire de ces sciences pendant la période qu'embrasse la. composition du Talmud ne peut plus s'écrire sans consulter les notions conservées dans cet ouvrage cyclopéen comme dans une vaste cité ensevelie. Cependant, indépendamment des faits qui appartiennent essentiellement à ces branches de la science, le Talmud contient d'autres faits d'une plus grande importance

' Quarterly Review d'octobre 1867 (arlicle de M. E. Deutsrli).

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