CHAPITRE II
vue ^ ses compagnons se plaignent en disant : Nous nous sommes fatigues au travail toute la journée, et celui qui ne s'est donné de la peine que pendant deux heures reçoit autant de salaire que nous? Cest que, répondit le roi, celuici a accompli davantage eu deux heures que vous dans une journée entière. De même» lorsque R. Boun eut étudié la loi jusqu'à lage de vingt-huit ans, il la' connaissait mieux qu'un savant ou qu'un homme pieux qui l'aurait étudiée jusqu'à l'âge de cent ans. •
A la mort de R. Simon bar-Zebid, R. Lia arriva pour faire son éloge funèbre: Quatre objets, dit-il, servent à l'usage habituel; et tous, s'ils sont perdus, peuvent se remplacer : Il y a une mine pour T argent et un endroit d!où Von lire Ter pour T affiner; h fer se retire de la poussière, et la pierre fournit Fairain (Job, xxTiu, 1 et 9) : tous ces objets, s'ils sont perdus, peuvent être remplacés. Mais s'il meurt un savant, qui en présentera un autre en échange? Qui tiendra sa place ? Où trouver la sagesse et queUe est la place de rintelligence? Ne se dérobe-t-elle pas à tout être vivant (Job , xxvii , 1 a ) ? R. Lévi dit : Si les frères de Joseph ont eu le cœur troublé en faisant une trouvaille (l'argent retrouvé dans les sacs), comme il est écrit (Genèse, xui , s8) : Ils furent comme hors d'eux-mêmes , à plus forte raison doit-il en être de même de nous , qui avons perdu R. Simon bar- Zel)id !
Lorsque R. Lévi bar-Sisi mourut, le père de Samuel vint et fit son éloge funèbre ; il dit : Le but de tout le discours qui a été entendu, c'est d'inspirer la crainte de Dieu (Ecclésiaste, xi, i5). A qui R. Lévi bar-Sisi ressemble-t-il? A un roi qui aurait une vigne, dans laquelle il y a cent ceps de raisins, produisant chaque année cent tonneaux de vin. Il s'est arrêté d'abord à cinquante, puis à quarante, puis à trente, puis à vingt, puis à dix, et enfin à un seul qui produit cent tonneaux de vin, et dont le goût lui semblait préférable à celui de toute la vigne. Ainsi en fut-il de R. Lévi bar-Sisi, que Dieu préférait à tous les hommes. C'est pourquoi il est écrit (ibid.) : Cest là toute rhumanité, c'est-à-dire : Celui-ci (R. Lévi) est l'équivalent de tous les hommes ensemble.
Le noDuné Cahana était un jeune homme pieux et zélé lorsqu'il arriva ici (en Palestine); il fut aperçu par un homme sans foi et impie, qui lui demanda (pour le railler de sa piété) : Quelle voix y a-t-il en ce moment au ciel? (Que dit-on là-haut?) Il vient d'être décidé, dit-il, que cet homme est condamné à mort. Et la prédiction se réalisa. Un autre le voit et lui adresse la même question. Même solution, aussi exactement prédite. Hélas! ditCahana, pourquoi ai-je quitté mon pays et ses gens pieux, et suis-je venu ici commettre des péchés? Pourquoi suis-je venu prévoir la mort des enfants de la terre d'Israël? Je ve^x m'en aller et m'en retourner au pays d'où j'arrive? Il se rendit donc auprès de R. Yochanan et lui dit : Si un homme est méprisé
par sa mère (ia Palcstiiie), mais honoré et cliëri par une autre femme de &on père (Babylone), doit-il se rendre auprès de celle-ci? Oui, répondit R. Yochanan; et Cahana s'en retourna à Babylone. Lorsqu'il fut parti, on vint dire à R. Yochanan de quel côté Cahana s'était dirigé. Gomment, dit le rabbi, ii •s'en va sans prendre congé! — Ce qui! t'a demandé, lui dit-on, c'était sa manière de prendre congé (car, par sa mère et sa belle-mère, il voulait indiquer les deux pays qui le traitaient si différemment).
Lorsque R. Zeira arriva en Palestine, il alla se faire saigner; puis il voulut acheter une livre de viande au boucher (pour reprendre des forces pendant la convalescence). «Que coûte, lui demanda-t-il, cette mesure? — Cinquante pièces de monnaie et un coup à recevoir. — En voici soixante, lui dit-il; mais fais-moi grâce du coup, v L'autre refusa. — tr En voici soixante-dix. y> Nouveau refus. — «rEn voici quatre-vingts; en voici quatre-vingt-dix; en voici cent.» Toujours le même refus. — rrEh bien, donc, lui dit-il, fais selon ton habitude.?) Vers le soir, il se rendit à la maison de prière : r Rabbins, leur dit-il, quel singulier usage vous avez chez vous, qu'un honmie ne puisse manger une mesure de comestibles sans qu'on lui donne un coup? — Qui vous a fait croire cela, lui dirent-ils? — Un tel boucher, répondit-il. r> On le fait chercher pour qu^il explique sa conduite, mais on ne trouva qu'une bière à emporter (il était mort subitement). rrQuoi, lui dit Rabbi, tu as été tellement irrité que tu l'as voué à la mort? — Je vous jure, répondit Zeira, que je n'ai pas éprouvé de colère contre lui et que je me suis soumis à ce qui m'a paru être un usage local, y)
Lorsque R. Yassa arriva ici (en Palestine), il se rendit, après s'être fait raser, aux eaux chaudes de Tibériade. Un mauvais plaisant le rencontre et lui donne un coup sur la nuque. Jusqu'à présent, dit R. Yassa, le collier de cet homme est libre (c'est-à-dire la corde qui doit l'étrangler n'est pas encore serrée, mais cela ne tardera pas). Sur ce, l'archonte (un magistrat romain) survint pour juger un brigand. Ledit moqueur assista au procès et voulut railler l'accusé. Le juge, s'adressant à ce dernier, lui dit : «Avais-tu des complices?^? L'accusé lève les yeux, et, voyant celui qui le raille, il dit : tr Celui-là qui se moque de moi m'a assisté.^ On le saisit, on le juge, et il avoue qu'il a tué un homme. On les fit donc sortir tous deux chargés de deux poutres (pour être mis soit en croix ^ soit à la potence). A ce moment, comme R. Yassa sortait du bain, le condamné lui dit : frCe collier qui tout à l'heure était libre est déjà serré. — C'est, répondit-il, ton mauvais sort qui en est la cause (et non Taffront que lu voulais me causer en me maltraitant), w N'est-il pas écrit : Ec maintenant w vous moquez plus, de peur que vos liens ne se fortifient (Isaïe, xxvni,
' Jugement romain.