‹ Traité des Berakhoth du Talmud de Jérusalem et du Talmud de BabyloneChapitre 33 sur 266 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Je ne sais, dit-il, quel esl Tusage chez vous; mais je vous souhaite ie salut, selon notre habitude.

R. Yossë bar-R. Halephta faisait Téioge de R. Meir devant un habitant de Siphon et le nommait : grand homme, saint homme, homme modeste. Il vit une fois des personnes en deuil le samedi et il leur donna le salut: ^ Est-ce, lui dit-on, parce que tu es de son avis que tu fais son ëloge? — Quel mal, rëpondit-il, y a-t~il à cela? J'ai vu le samedi des gens en deuil, et je les ai salues. — ^^Vous pouvez, dit-il, connaître parla la force de son raisonnement (et en tirer une conclusion) : il est venu faire savoir que le deuil est suspendu le samedi.^ Cela est conforme à ce verset (Proverbes, x , âs) qui dit : La bénédiction de Dieu enrichit (cela se rapporte à la bénédiction du samedi), et il ny. aura plus de tristesse chez elle (cela est relatif au deuil) ; comme il est dit de David (II Samuel, xix, 3) : Le roi s'afflige de la perte de son fils (où il s'agit aussi de deuil); donc, le samedi le deuil cesse.

8(7). Lorsque mourut son serviteur Tobie, il agréa des condoléances : ffNe nous as-tu pas appris, lui dirent-ils encore, qu'on ne reçoit pas de consolations pour la mort des esclaves ? — Mon serviteur Tobie, répondit-il, ne ressemblait pas aux autres esclaves, car il était bonnête et pieux. ^

Faut-il conclure de ces paroles que, pour d'autres gens libres, on accepte les consolations? Oui; aussi a-t-on enseigné avec précision : On n'accepte pas de consolations' pour la perte des esclaves. Lorsque la servante de R. Éliézer molirut, ses disciples entrèrent pour lui présenter des consolations, qu'il n'a pas acceptées. Pour les éviter, il se rendit dans la cour intérieure , et ils le suivirent; il rentra dans la maison, et ils Ty suivirent encore. Il me semblait, ditil, que vous vous contentiez d'eau tiède, tandis que l'eau chaude même ne suffit pas pour vous brûler (c'est-à-dire que vous ne faites pas attention à mes recommandations les plus graves). N'a-t-on pas dit qu'on n'accepte pas de consolations pour la perte des esclaves? Ce n'est pas qu'on les considère les égaux des bêtes de somme; mais, si l'on n'accepte pas de consolations pour des gens libres qui vous sont étrangers, il en est à plus forte raison de même pour les esclaves. Aussi, lorsque quelqu'un perd son esclave ou une bêle de somme, on lui dit : Dieu te remplacera ta perte. Lorsque mourut R. Hiya bar-Ada, neveu de Rar- Kapara, R. Éliézer accepta des consolations et le pleura, parce que R. Hiya b.- Ada avait été son disciple. Cela prouve qu'un élève doit vous être aussi cher ^{ti'un fils. Il alla lui faire cette oraison funèbre :

' La formule des consolations et Ipiip cérémonial se trouvent au chapitre m.

li est dit : Mon bten-^ûmé est descendu au jardin y au parterre des plantes aromartiques, pour paître son troupeau dans les jardins (Cantique des cantiques, yi, s). Comment se fait-il qu'après avoir parlé d'un jardin, il soit question de plusieurs? Voici rinterprétation de ce verset : Mon bien-aimi, c'est TEternel; e^f descendu au jardin, c'est-à-dire dans l'univers; vers k parterre des plantes aromatiques, c^est Israël; pour faire paître son troupeau dans les jardins, ce sont les autres nations de la terre; et pour cueiUir des roses, ce sont les justes qu'il leur enlève. Citons un exemple comme comparaison : à quoi notre sujet ressemble-t-il ? A un roi qui aurait un fils qu'il aimerait outre mesure. Que fait le roi? II lui construit un jardin ; lorsque le fils accomplit les volontés de son père , celui-ci parcourt l'univers pour examiner quelles sont les plus belles plantes, afin de les faire transporter dans le jardin de son fils. Mais, s'il est irrité de la conduite de son fils, il en arrache toutes les plantes. Il en est de même pour les israélites lorsqu'ils accomplissent la volonté du Seigneur : il parcourt le monde et il recherche quel sage il y a parmi les autres nations du monde, pour l'amener aux israélites et l'attacher à eux, comme, par exemple, letro et Rahah. Mais lorsqu'ils irritent le Seigneur, il leur enlève les justes qui sont parmi eux.

Un jour, R. Hiya bar-Aba et ses compagnons, ou, selon d'autres, R. Yossé bar-R. Halaphta et ses compagnons, ou bien encore R. Akiba et ses compagnons, étaient assis à étudier la loi sous un figuier. Or, le propriétaire l'examinait et en cueillait les fruits chaque jour. Comme les docteurs se crurent l'objet de ses soupçons, ils changèrent de place. Le lendemain, le propriétaire revint auprès d'eux et leur dit : Mattres, pourquoi me privez-vous du plaisir de voir ce commandement (l'étude de la Loi) accompli chez moi? C'est que, répondirent-ils, nous avions peur d'être soupçonnés par toi. Le matin il est venu leur faire savoir le motif de sa conduite : c'est qu'il venait exposer les fruits à la fraîcheur du matin; mais conune, à l'arrivée des rayons du soleil, ils pourrissaient, le propriétaire les retirait. Cela prouve que le propriétaire du figuier savait à quel instant il faut en cueillir les produits. De même, le Très-Saint sait à quel instant les sages doivent se retirer du monde, et il les enlève.

Lorsque R. Bonn bar-R. Hiya mourut, R. Zeira alla le pleurer: Au cultivateur le repos est agréable, est-il dit, qu'Hait mangé peu ou beaucoup (Ecclésiaste, v, 1 1) ; il n'est pas écrit quU dorme peu ou beaucoup, mais quil mange peu ou beaucoupK A quoi ressemble le cas de R. Boun bar R. Hiya (mort jeune)? A un roi qui aurait engagé à son service beaucoup d'ouvriers, dont l'un était plus actif à son travail. En voyant cela, que fait le roi? Il l'emmène et fait avec lui des promenades en long et en large. Au soir, les ouvriers arrivent ponr se faire payer, et il paye également au complet celui avec lequel il s'était promené, A celle

' Le sommeil est l'image de la mort et le manger celle de la vie.

Page 1