CHAPITRE IV
possible d*admettre que R. Yocbanan conteste ce point. Il faut donc corriger Tavis de R. Chanina : c'est qu il s'agit de la prière du samedi soir comme dans les deux faits racontés plus haut, et c'est ce que R. Yocbanan conteste.)
Ou bien, même sur ce point, il n'y avait pas lieu de contester, attendu que Rab (est d'accord avec R. Chanina et) ordonna à son orateur d'annoncer en public que celui qui voulait dire la prière du samedi soir avant la nuit le pouvait et que R. Cbiya bar-Vawa fit de même. (Ils sont donc en majorité contre R. Yocbanan.)
Chez R. Yaiiaïe on enseignait que celui qui est couché n'a pas besoin de se lever (pour faire la prière du soir, qi)i n'est pas obligatoire); mais, dit R. Zéira, chaque fois que je fis ainsi je tremblai. d'éprouver des terreurs nocturnes; il faut donc (si l'on veut se coucher avant la nuit) se conformer à l'avis de Rabbi et de R. Hiya bar-Vawa.
R. Jacob bar-Acha dit: Il est dit plus haut que la prière du soir est obligatoire selon R. Gamaliel, et facultative d'après R. Yehoschoua; on peut établir un rapprochement entre cette discussion et celle relative à la prière de clôture (néUa). D'après R. Gamaliel la récitation de la néUa ne dispenserait pas de celle de la prière du soir, tandis que R. Yehoschoua serait pour l'affirmative.
Il arriva qu'un élève ayant demandé à R. Yehoschoua ce qu'il en était de la prière du soir, celui-ci lui répondit qu'elle est facultative ; ayant posé la même question à R. Gamaliel, elle est obligatoire, lui dit-il; mais R. Yehoschoua m^a répondu qu'elle est facultative. — Quand j'entrerai demain à l'assemblée, lève-toi et pose (à nouveau ta question). Le lendemain l'élève fit comme il était convenu et répéta sa question au sujet de la prière du soir : EHe est obligatoire, lui répondit R. Gamaliel . — Mais, répliqua-t-il, R. Yehoschoua m'a dit qu'elle est facultative. — Est-il vrai, reprit Gamaliel s'adressant à R. Yehoschoua, que tu as exprimé cette opinion? — Non. — Lève-toi dcnc, hii dit R. Gamaliel, et que l'on témoigne contre toi ^ R. Gamaliel, assis sur son siège, donna l'enseignement, tandis que R. Yehoschoua se tenait debout. L'assemblée (froissée par cet acte d'autorité) se mit à murmurer et dit à R. Choutzpit le tourgueman (l'orateur chargé de développer aux élèves la pensée du maître) de déterminer la leçon, et elle ordonna à R. Zinoun le servant d'annoncer la clôture. Alors toute l'assemblée se leva et, s'adressant à R. Gamaliel, lui dit: Qui donc n'a pas ressenti les effets de ton orgueil? Immédiatement, on nomma R. Eléazar ben-Azaria (nassi à la place de R. Gamaliel); il était âgé de seize ans, mais (par un miracle) sa tête fut ce jour même remplie de vieillesse; ses cheveux blanchirent.
R. Akiba fut fort affligé (de ce qu'on lui avait préféré R. Eléazar ben-Azaria);
' L'accusé était obligé de se tenir debout pendant la déposition des témoins.
puis, pour se consoler, il se dit: Ce n'est pas qu il soit plus instruit que moi , mais il doit sans doute son élection à son origine plus illustre (que la mienne). Heureux Thomme à qui ses ancêtres créent des droits; heureux celui qui trouve un appui en euxl R. Éléazar ben-Azaria était le descendant d'Ezra à la dixième génération. Combien y avait-il de sièges (dans Técole, le jour où R. Eléazar occupa pour la première fois la dignité de nassi)? Quatre-vingts, selon R. Jakob bar-Sissi, outre les élèves qui se tenaient en dehors de la barrière; trois cents, selon R. Yosé'bar-R. Boun (R. Gamaliel avait été très-sévère pour l'admission dans Tenceinte du bethrdin et de Fécole). C*est dans ce sens qu'il faut expliquer ces paroles de }a miscbnâ, qui prouvent l'élection de R. Éléazar : Voici l'enseignement donné par R. Éléazar ben-Azaria aux sages dans la vigne de Yamnie; y avait-il donc une vigne à Yamnie? Il ne s'agit donc ici que des élèves qui étaient rangés devant lui en lignes comme les ceps d'une vigne.
Immédiatement (après l'élection de R. Éléazar ben-Azaria), R. Gamaliel alla chez 'tous (les membres du tribunal) pour se réconcilier; il se rendit aussi chez R. Yehoschoua , et le rencontra faisant des aiguilles. C'est de cela que tu vis? lui dit-il. — Jusqu'à présent n'avais-tu point souci de le savoir? Malheur à la génération que tu diriges ! — Je te demande de me pardonner (reprit Gamaliel; ce que R. Yehoschoua lui accorda). On envoya également chez R. Éléazar ben-Azaria (d'après les uns) un blanchisseur; d'autres disent que c'était R. Akiba, qui s'exprima en ces termes : Celui qui est cohen (prétte) fils de cohen doit foire l'aspersion ^
Celui qui n'est ni cohen ni fils de cohen peut-il dire à celui qui est cohen fils de cohen : Tes eaux sont des eaux de citerne^; tes cendres, des cendres venant du four'? R. Éléazar lui répondit : Vous lui avez pardonné; allons ensemble (frapper) à la poiie de R. Gamaliel (pour l'inviter à reprendre la dignité de nassi). Cependant on ne priva pas R. Éléazar de tous ses honneurs : on le maintint conmie ab-beth-din (vice-président du tribunal suprême) ^.
2. R. Nechounia ben-Hakana faisait, en entrant à l'école et à sa sortie, une courte prière. Quel est le but de celte prière, lui demanda-t-on? A mon entrée, répondit-il, je prie pour qu'il n'arrive
^ R. Éléazar descendait d'une famille aspergée par le prêtre. Cette eau devait
pontificale, celle d*Ezra; tandis que R. être prise dans un courant. (Voyez Nom-
Akiba était, d'après la tradition, descen- bres, ch. iix.) dant d*on païen converti au judaïsme, ' Et non de la vache rousse. (Voyez ibid,)
* Toute personne atteinte d'une impu- * Voyez Talmud de Babyhne, ch. iv,
reté majeure devait, pour se purifier, être fol. q8*.
aucun accident par ma faute; et à ma sortie, je rends grâce (à Dieu) du sort qu'il m'a fait.
Que disait-ii à son entrée? «r Qu'il te soit agréable, Eternel mon Dieu , Dieu de mes pères, de ne pas me causer d'irritation contre mes disciples, ni à mes disciples contre moi; que nous ne déclarions pas impur ce qui est pur, ni pur ce qui ne Test pas; que nous ne défendions pas ce qui est permis et que nous ne permettions pas ce qui est défendu, afin que tu ne sois méprisé ni dans ce monde ni dans le monde futur. ^ Que disait-il à la sortie (du beth-hamidrasch)? ff Je te rends grâce, Etemel mon Dieu, Dieu de mes pères, de ce que tu as placé mon sort parmi ceux qui fréquentent les écoles et les synagogues, et non parmi ceux qui vont dans les théâtres et les cirques , car moi et eux nous travaillons et nous veillons : je travaille pour hériter TÉden , et eux ils travaillent pour leur perdition, comme il est dit : Tu n'abandonneras pas mon âme à la tombey tu ne livreraspas tonjour à laperdition (Psaume xvi, lo). R. Pedath, au nom de R. Jakob bar-Idi, R. Elazar, après chacune des trois prières obliga* toires de la journée, ajoutait ces paroles: frQuil te soit agréable, Éternel mon Dieu, Dieu de mes pères, qu'il n'entre point de haine contre nous dans le cœur des hommes, ni dans notre cœur contre les honunes; que nul ne soit jaloux de nous, ni que nous ne soyons jaloux de personne; que (l'étude de) ta loi soit notre travail pendant toute notre vie, et que nos paroles soient (agréées) par toi comme des supplications.^ R. Chiya bar-Aba ajoutait encore (ces paroles) : ^Unis nos cœurs dans la crainte de ton nom; éloigne-nous de tout ce que tu hais; rapproche-nous de tout ce que tu aimes, et agis envers nous avec bonté en faveur de ton nom.?) Dans l'école de R. Janée, on enseignait qu^en se réveillant on doit réciter la prière suivante : tr Sois loué. Éternel qui fais revivre les morts ^; Seigneur, j'ai péché devant toi; qu'il te plaise, Éternel mon Dieu, de me donner un cœur bon, un sort heureux, de bons penchants, un bon compagnon, une bonne renommée, un œil bon^, une âme bonne et modeste, un esprit humble; que ton nom ne soit pas profané parmi nous et que nous ne devenions pas la risée du monde; que notre avenir ne soit pas la destruction, ni notre espérance la mort (éternelle); fais que nous ne soyons pas obligés (d'avoir recours) aux dons des hommes et que notre nourriture ne dépende pas d'eux, car leurs dons sont minimes, mais la honte qu'ils vous infligent est grande; que notre sort soit (à l'étude de) ta loi et avec ceux qui accomplissent ta volonté; reconstruis ton parvis, ta ville et ton sanctuaire' bientôt, de nos jours.??
' D*après les rabbins, l'état de sommeil ^ Cela signifie : Fais que nous soyons
est un soixantième de la roort. (Babli, charitables. (Voyez Proverbes , xxii , g.") même traité, fol. h'j,) ^ Le temple et la ville de Jérusnlem.
R. Hiya bar-Vawa priait ainsi : «r Quil te soit agréable, Éterael notre Dieu, Dieu de nos pères, de disposer nos cœurs à faire devant toi une pénitence sincère, aGn que nous ne soyons pas honteux devant nos ancêtres dans la vie future ^ T> Selon R. Youdan, de Técole de R. Ismaël, il était ordonné à ïamoraï^ de faire cette prière après les explications.
R. Tanchoume bar-Isbloustiska priait comme il suit : rrQuil te soit agréable. Eternel mort Dieu, Dieu de mes pères, de briser et d'enlever le joug des mauvaises passions qui sont dans notre cœur, car tu nous as créés pour accomplir tes volontés; c'est notre devoir de les remplir, c'est aussi ton désir et le nôtre; ce qui nous en détourne, c'est le levain qui est dans la pâte '; or, il est clair devant toi , tu sais que nous n'avons pas en nous assez de force pour lui résister; qu'il te plaise donc, Éternel mon Dieu, Dieu de mes pères, de faire résider parmi nous l'amour, la fraternité, la paix et l'amitié; que notre fin soit heureuse, que notre espérance se réalise; augmente le nombre de ceux qui étudient (la Loi) ; fais que nous nous réjouissions de notre sort dans l'Éden (la vie future); fais-nous acquérir un bon cœur et un bon compagnon ; que nous nous levions (chaque jour) et que nous trouvions ce que notre cœur désire, et que les aspirations de notre ame montent vers toi en bien.?)
ff A ma sortie, je rends grâce pour mon partage.^
Selon R. Aboun (ces mots signifient) : Je rends grâce à Dieu , qui m'a donné en partage une intelligence et de bonnes œuvres^.
3. Selon R. Gamaliel, on doit réciter tous les jours les dix-huit bénédictions; d'après R. Yehoschouah, il suffit du résumé des dixhuit bénédictions; R. Akiba dit que celui qui sait bien sa prière par cœur doit réciter les dix-huit; sinon, il suffit du résumé*.
Pourquoi dix-huit bénédictions? R. Yehoschouah ben-Lévi dit : C'est par
' Si nos âmes étaient placées, devant le trône céleste, sur im degré inférieur à celui qu occupent les âmes de nos ancêtres.
* Tout chef d'école avait un amoraî ou orateur qui transmettait aux élèves l'enseignement du maître et était chargé de soutenir la discussion.
* Expression figurée pour exprimer les passions qui ont leur siège dans le cœur.
^ Une intelligence saine, qui ne tombe pas dans Terreur et ne déclare pas pur ce qui est impur, etc. de bonnes œuvres, parce qu'il est patient avec ses élèves.
* Ce livre était rare à celte époque dans la Palestine: on faisait apprendre les prières par cœur dès l'enfance. Il y avait dans chaque communauté un homme , le hazan , chargé spécialement de ce soin. (Voye^ Mischnâ, I? partie, tr« Sabbath,)