DU TRAITEMENT
L’impossibilité de distinguer les symptômes d’une altération chronique des fonctions de l’estomac, de ceux d’une lésion organique, à moins que celle-ci ne soit évidente par le toucher , commande d’employer d’abord le traitement nécessaire soit pour combattre une h'ritation ou une phlegmasie gastrique. Les exemples nombreux de maladies d’estomac guéries malgré leur trop longue
duree qui les faisait meme confondre ayec des cancers^ nous engagent aussi à suivre cette route.
Du traitement danê le cas d’incertitude de
Cancer,
Mais quel sera alors ce traitement? Celui qui aura pour but de soustraire plus ou moins la sensibilité du tissu malade aux corps qui la mettent en jeu : ceux-ci étant pour elle des corps étrangers , jusqu’à ce degré où les forces de l’économie sont au-dessus de leur action : principe que j’ai développé dans ma thèse , et dont M. Broussais a tiré parti pour indiquer un traitement plus rationnel dans plusieurs maladies ^ vérité qu’il ignorait en 18165 ainsi que je le prouverai plus tard. On doit donc s’attacher à enlever ou à modifier les causes du mal; causes qui, dans l’état de santé, contribueraient à conserver cetté dernière, et qui, en maladie , augmentent l’activité du premier.
C’est l’ignorance de cette vérité qui a causé tant de victimes , et qui en cause encore tous les jours ; tandis que sa pratique a des succès qui tiennent du merveilleux : ce que je prouverai bientôt ailleurs.
Ainsi on doit d’abord soustraire insensiblement l’estomac aux alimens , et n’accorder au malade que la quantité nécessaire pour éviter la mort.
Cette quantité , par la même raison, sera prise parmi ceui^ dont l’action est la plus favorable
à la sensibilité de Torgane malade. Ce choix tom^ bera donc sur les crèmes de riz, les bouillies de semouille, de fécule de pomme de terre , de farine de bled , préparées au lait coupé avec moitié eau commune , et légèrement sucrées. On en usera à raison de dix à quinze cuillerées par jour selon l’état gastrique du madade. On pourra les remplacer quelquefois par des fruits tels que les raisins , les figues , les pommes cuites , etc. , et , en général, par tous les corps qui contiennent de la fécule, du mucilage ou du sucre, mais qui ne se-* ront jamais ni stimulans , ni acidulés.
Le motif qui ordonne ce choix, prescrit aussi de les prendre à une température froide , ou au moins voisine de ce degré.
Quand le malade sera arrivé à cette quantité d’alimens absolument nécessaires pour soutenir son existence, l’on devra, pendant deux, trois et quatre mois entiers même, selon l’intensité du mal, ne pas en augmenter la dose, parce que les vaisseaux absorbans qui ne sont plus irrités par sympathie, et qui ne sont pas tenus à un accroissement de fonctions , enlèvent avec plus de force les matériaux nutritifs accumulés dans la partie malade. Une autre raison qui commande cette marche, c’est que la sensibilité exaltée de la muqueuse étant viciée, par la privation prolongée on diminue cette susceptibilité, et on la ramène à son tj^pe naturel.
Les alimens que l’on prescrit doivent êire divi^
ses en plusieurs doses, autrement la contractilité gastrique trop fortement jmise en action, aggraverait le mal. , '
Si l’on fait un choix sous le rapport des alimens, si l’on précise bien leur quantité^ on doit suivre la même marche pour les boissons. Elles seront donc sucrées et mucilagineuses , mais à un, faible degré j l’oil ne tend, par leur action immédiate, qu’à calmer la sensibilité, et par leur absorption, à modifier les qualités du sang. On doit exclure l’usage de toutes celles qui sont aromatiques ou acb dules^ parce que dans tous les cas la membrane muqueuse supporte mal leur action; qu’elles peuvent nuire une fois absorbées, surtout si le mal n’est du qu’à une exhalation supprimée ; alors la crise est enrayée par les dernières boissons ; vérité que démontrent l’expérience et la physiologie. M. Broussais n’évite point cette erreur ; mais les noms ne détruisent pas ’ les faits ; et d’ailleurs , si la maladie est une phlegmasie de la muqueuse en se servant des acidulés , son traitement est une inconséquence. „ .
Si l’on est sévère sur la nature des boissons , on ne doit pas moins l’être sur leur quantité. Le malade n’en doit user que par petits verres à une certaine distance l’un de l’autre : l’estomac affaibli ne peut digérer une quantité ordinaire de tisane, et bien moins encore celle qui serait augmentée ;
vérité trop inconnue et peu généralisée 5 car, dans tous les cas où ce viscère est prostré comme le reste de l’économie, pourquoi exiger qu’il digère des masses de liquides plus fortes que dans l’état de santé, lorsqu^iI est dix foisiplus faible, souvent dix fois moins altéré, et que tous les autres organes sont plus ou moins condamnés au repos? la physiologie réprouve cette méthode, et l’observation me dit qu’elle fait de nombreuses victimes. M. Broussais était dans cette erreur en 1816 sur la remarque que je lui lis, et que me fit naître la mort d’un militaire auquel on avait fait prendre des boissons abondantes , que si la fièvre était une gastrite , cette quantité de liquide devait fortement augmenter la contractilité gastrique, et aggraver l’inflammation 5 il a renoncé depuis à cette méthode qu’il n’a pas su généraliser pour une foule de cas.
Elles seront donc prises en très-petite quantité, et toujours mesurées sui' les besoins du malade. Dans le cas contraire , on doit même renoncer à leur usage , excepté après chaque léger repas, pour faciliter la digestion. ,
Ces boissons seront composées d’eau laiteuse ou sucrée , d’une infusion de fleurs de mauve ou de violette, d’une décoction de racine de guimauve, de chiendent, de jujubes, de riz, d’orge perlé, d’escargots, de mou de veau, de cuisses 4e gre-
nouilles, etc., que Ton édulcorera avec du sirop de ces mêmes espèces de médicamens.
Elles seront prises à une tempéi'atiire d’été; plus iroides elles deviennent stimulantes en ne faisant qu’agir momentanément sur les voies digestives.
Si, à des époques diverses de la médecine, et selon la mode du jour, car la médecine, malgré la philosophie dont elle se dit sœur, se conforme aux idées soit gigantesques, soit puériles du maître qui , le plus souvent, doit ses couronnes à l’opinion du vulgaire*, si, dis -je, l’on a torturé par des stimulans les viscères dont les forces étaient épuisées, l’on n’est pas tombé dans des erreurs moindres en proscrivant les émissions sanguines : les mêmes motifs qui ordonnent la privation , prescrivent les saignées. En effet, n’est-il pas évident que du moment que l’estomac est malade, les vaisseaux capillaires sanguins qui le pénètrent éprouvent le même sort , soit qu’ils aient été primitivement ou sympathiquement affectés j et qu’il est donc indispensahle d’agir pour eux comme pour la muqueuse.
D’après ces idées, il est donc urgent de diminuer la masse sanguine selon la gravité de la maladie.
Ici, comme dans le cas précédent, on doit suivre une marche prescrite par la physiologie. S’il reste au malade des forces physiques considérables , on pratiquera d’abord une ou deux saignées générales
à un ou deux jours d’intervalle, ensuite l’on appliquera huit ou dix sangsues sur l’endroit douloureux , que l’on réappliquera à divers jours encore d’intervalle , jusqu’à ce que le pouls soit lent et peu développé. Dans toutes les maladies chroniques, comme dans les phlegmasies aiguës, on ne doit jamais recourir de suite à de vastes saignées 5 l’économie privée tout-à-coup de son excitant général , tombe dans un état de prostration 5 tandis que l’organe phlogosé,trèsdrrité, appelle une plus grande quantité de sang par le défaut de réaction des autres appareils organiques ^ et dès lors le mal devient plus grave, et presque toujours mortel chez le vieillard.
La saignée est encore nécessaire à des intervalles plus ou moins éloignés, afin de diminuer la masse sanguine à mesure qu’elle se reproduit aux dépens de la graisse que l’économie contient ou des alimens qu’elle reçoit.
Ce que j’ai dit des boissons peut s’appliquer, sous quelques rapports, aux émolliens placés sur le siège de la douleur, ils ont une partie de leur action.
Ils doivent être minces, larges, dans un état d’humidité continuelle , et toujours à une température de dix-huit à vingt degrés.
On les composera de tous les émolliens non aromatiques-, une éponge trempée dans une infusion de fleurs de mauve , ou une faible décoction de racines de guimauve, est le moyen le plus sim-
pie, et celui qui remplit les condi lions les plus arantageuses.
Dans l’emploi de ce remède beaucoup de pra» ticiens manquent leur but en se servant de corps trop secs et trop âcres.
Quel est l’elFet que l’on veut produire? celui d’enlever une quantité de chaleur animale , et pai" l’absorption de calmer la sensibilité gastrique, et de rendre le sang moins excitant. Or, par la sécheresse qu’ils ont, on ne peut enlever une grande quantité de chaleur, et moins encore calmer la sensibilité par l’absorptiun de l’humidité, puisqu’un effet contraire doit avoir lieu d’après leur composition. Les épithèmes de farine de graine de lin réunissent presque tous ces désavantages.
Mais si ce sont constamment des moyens simples qui nous préservent des horreurs de la mort, il en est un qui résulte des rapports des organes dans l’état de maladie , sans lesquels tous les autres moyens curatifs sont impuissans.
Si l’on juge en effet de la nature du remède d’après l’instinct de la vie qui nous commande d’éviter , dans le cas présent, la marche, la station prolongée, qui nous porte à nous courber en avant, à presser de nos mains la région douloureuse, et surtout à rechercher le repos du lit; si l’on juge d’après l’analogie et la physiologie, n’est-il pas évident aue du moment que l’estomac est irrité ou phlogosé , il tend par sa position , le malade étant debout, à ag-
graver ses désordres par le tiraillement qui naît du poids étranger de ce viscère, et de l’état des capillaires veineux; et que le repos soit en suppination, soit sur l’un des cdtés, est un remède urgent, moyen qui, jusqu’à ce jom^, a échappé aux médecins qui n’en ont fait que quelques applications? Il est cependant efficace, et l’expérience m’a démontré que sans lui l’on n’arrive que très-tard à une guérison certaine dans les cas peu intenses et jamais dans les cas gra ves.
Ces remèdes mis en usage pendant dix à vingt jours, alors remontant à la cause du mal, si elle est le résultat d’un écoulement périodique ou habituel, on cherchera à rappeler cet écoulement, par un stimulant appliqué sur le siège primitif du mal ou de la fonction interrompue ; si sa cause est la suite d’une exhalation cutanée plus ou moins supprimée, cause qui est la plus commune, on exposera tous les jours le malade à des bains de vapeur (i), avec la précaution de ne pas le laisser refroidir à sa sortie des bains, et de le placer dans un lit où l’on aura répandu des vapeurs au moyen de sucre brûlé sous draps ; des rubi-
(i) Gos jjajns je les fais prendre en plaçant le malade audessus d’nne cjuantké d’eaü très -cliaude et en le çouvrajit de manière cjue la vapeur se dirige sur tout soa corps. Quelquefois e le fais asseoir dans deux à trois pouces d’eau à une température de 3o degrés , et j’îtgîs coiame ci-dessus pour les vapeurs.
fia ns (i) seront appliqués non loin dn siège de la douleur, si le mal a été Telfet dhm irritant porté sur la muqueuse gastrique , ou bien encore le résultat de la cause précédente. Par la même raison, les frictions sèches (2) exercées sur tous les rriembres auront lieu deux fois par jour. Des-lors les épithèmes émolliens seront entièrement abandonnés, et Ton usera de ces bains, de ces rubifîans de ces frictions, conjointement avec les autres remèdes , jusqu’à la disparition de tout symptôme.
Tous ces remèdes doivent être subordonnes aux moyens précédens j l’expérience et la physiologie nous prouvent qu’on ne peut bien dériver et produire des crises ou rétablir des fonctions plus ou moins supprimées , qu’autant que le point sur lequel on agit devient plus sensible que celui déjà malade, et se maintient à ce degré de sensibilité : phénomène qu’on ne pourrait obtenir si , auparavant, on ne cherchait à calmer l’organe soulfrant , ou qu’on ne supposât qu’il fut légèrement affecté.
Ce traitement sera mis en usage aussi long-temps que l’exigeront les symptômes , et que le permettront les forces du malade. L’on doit etre severe
(1) Le vésicatoire de M. Bonvoisiu remplit ces conditions. On prend un morceau de taffelas d’Angleterre , on le mouille du côté qui est gommé j avec de l’acide acétique tres~concentré ( vinaigre radical ), et on l’applique sur l’endroit désigné.
(2) Pour les frictions on se servira d une étoffe de laine queL conque j la llanelle est celle qui est en usage.
dans îeür emploi, surtout ne pas redouter la faiblesse du malade, et de prolonger cet état , afin que les tissus condamnés au repos, et à Pabride toute excitation , reviennent à leur type naturel ; car il ne faut pas se le dissimuler , une fois la yie attaquée dans son organisme , ce n’est qu’avec lenteur qu’elle répare ses maux.
Si enfin on arrivait à ce point où la digestion du peu d’alimens que l’on prendrait ne fût pas altérée, on augmenterait leur quantité ainsi que celle des boissons, mais d’abord très- faiblement. Quelques jours plus tard, ils le seraient encore, toujours sans opérer d’autres cliangemens , et avec la précaution de ne recourir à cette augmentation qu’autant que les fonctions digestives seraient naturelles, et que l’appétit se ferait sentir après chaque repas. Dans le cas contraire, les alimens seraient des corps étrangers qui ramèneraient l’estomac a son affection morbide.
A mesure que la santé fera des progrès, on tiendra constamment la même route : l’on fera moins usage des vapeurs, des frictions, des rubéfians ; et l’on ne renoncera au repos qu’avec la sage précaution de porter au-dessous de l’ombilic une ceinture qui refoule en arrière les parois abdominales , et donne par ce moyen un point d’appui à l’estomac. Une fois que la digestion sera bien rétablie, on évitera les causes qui l’avaient troublée ; on n’usera que d’aîimens faciles à digérer, et l’on évi-
toa, pendant quelques mois, toute espèce d'épicerie
et de boisson stimulante.
Si, malgré la sévérité des remèdes prescrits, la digestion restait alteree, ou que cette alteration survînt dès les premières augmentations alimentaires , alors on devrait recourir a 1 usage d autres remèdes intérieurs, et toujours approuves par l’expérience raisonnée. Or, si l’on remarque que cette maladie peut n’être que ce qu’on appelle une névrose y ou bien un simple engorgement des
capillaires sanguins gastriques gndiiièiQ qui simule
dans ce cas un érysipèle, qui ne consiste, à son tour, qu’en un engorgement des capillaires sanguins cutanés, sans que dans aucun cas il y ait plilegmasie^ qu’elles peuvent durer pendant des années entières , comme les memes maladies situées à l’extérieur de l’économie, et enrayer comme elles les organes qu’elles ont envaliis, alors pourquoi ne mettrait-on pas en usage les memes moyens curatifs que l’experience indique pour ces memes cas , et que l’on prend parmi les drastiques des voies digestives?
En outre , si l’on remarque que les causes de ces maladies sont une exhalation soit cutanée, soit muqueuse supprimée, et que tant que cette exhalation n’est pas rétablie , le mal persevere, leur indication
se trouve au moins ordonnée.
Mais si nous interrogeons les faits , notre proposition est bien plus fondée : la medecine en est
riche 5 on a été jusqu’à croire que par ces remèdes on avait guéri des lésious organiques. Tovit nous commande donc leur emploi.
Ce que j’avance est en quelque sorte positif, si l’on ne perd pas de vue que dans les lésions organiques bien prononcées , ces stimulans , en opérant une sécrétion plus ou moins abondante, procurent constamment un soulagement quelquefois d’une durée inattendue^ et si l’on tient compte de la cause la plus commune de la maladie , et de la marche de cette dernière..
On me dira que je me trompe, et, d’après le jargon anti-physiologiste du jour, que si je guéris, je ne fais que modifier le mal. D’abord , il n’est pas vrai que, lorsque l’on stimule directement une phlegmasie, on la calme, et qu’on l’enlève subitement. A l’extérieur l’expérience prouve le contraire. Dans une véritable gastrite, à la suite d’un empoisonnement, à l’intérieur, par conséquent jamais les stimulans ne seront que pernicieux. Les modificateurs stimulans appliqués directement sur une phlegmasie , telle qu’on la considère dans son type, soit avec des symptômes faibles ou intenses, et non telle qu’on l’a décrite depuis quelques années, ces modificateurs, dis-je, ne font jamais qu’augmenter la gravité des symptômes.
Mais j’entends s’élever mille objections contre moi; l’on m’observera surtout qu’une mouche cantharide appliquée sur un érysipèle, le guérit parfois
avec une promptitude étonnante. Mais ces objedtions sont-elles bien solides? A-t-on bien distingué une phlegmasie du simple engorgement des capillaires sanguins ? et n’est-ce pas de cette eri^eur que naissent les contradictions sur la nature des médicamens? Croyez-moi, étudiez la cause de la maladie , rapportez cette dernière à son véritable siège, voyez quel est le but de la nature dans les affections morbides, vous serez moins sujet à être ridicule , en ne voulant pas nous faire adopter des idées que repousse la physiologie la plus positive; et vous saurez que Pon guérit un érysipèle, qui n’est qu’un simple engorgement de capillaires sanguins, en produisant une exhalation qui remplace celle qui était supprimée; et que dans le cas où cette maladie est une phlegmasie réelle , cette mouche l’accroît par son caractère stimulant.
" Mais tel est le sort de l’homme qui bâtit sur une fausse base; il devient systématique; il interprète mal les fonctions de la vie , les aliérations diverses de l’organisme; et, ne pouvant nier les faits, il torture le sens commun de la physiologie, pour paraître d’accord avec lui-même.
Parmi ces stimulans, le choix n’est pas indifférent. On doit porter son attention sur ceux qui agissent sur les premières voies, endroit ou siège le mal, et produisent des sécrétions abondantes. Sous tous ces rapports le tartre stibié mérite la pré-:
férence (i). Au reste, on pourra se servir de ce minéral les premiers jours, et ensuite, d\in autre
Faxatif qui porte spécialement sur les tuniques intestinales, tel que le sulfate de soude ou la rhubarbe. , ' '
Si l’on fait un choix des corps dont on veut se jServir^, tout nous dit de n’être pas moins attentif à leur mode d’administration. Gomme la maladie est ancienne , on ne doit les employer qu’à petite dose 5 mais par la même raison on en prolonge Fusage : une fonction long-temps interrompue ne peut que reprendre insensiblement son action.
On aura ainsi recours plusieurs fois à ces re^ mèdes , sans craindre d’exciter quelques vomissemens qui sont nécessaires par les raisons que j’en ai données plus haut^ mais avec la sage précaution de ne pas en abuser; de laisser un ou deux jours d’intervalle entre chaque dose, intervalle pendant lequel on administrera une boisson faiblement stimulante ou le tartre stibié en lavage; et de renoncer à tous les stimulans du moment qu’ils auront dé-
(i) Prenez tartrite de potasse antiraonié , deux gi'ains j eau distillée , quatre onces ; sirop de capillaire , une once ;
et formez une potion que l’on prendra en deux doses à une de— rai-.heure de distance i’une de l’autre*
Les deux premières fois on usera de celte potion ; ensuite d’un seul grain de tartre stibié en lavage ; et pendant les jours d’in- Icrvalle , d’uu seul quail de grain.
iruit le mal j ou que leur présence sur les voies digestives développerait des douleurs accompa^ gnées d’une ciialeur brûlante i
On calculera lem’s doses sur l’ancienneté de la maladie et les forces du malade *, elles peuvent s’étendre jusqu’à cinq ou six;, leur usage; est d’autant moins dangereux que toute espèce, de pblegmasie a été vivement combattue par les moyens les plus énergiques, et que l’expérience assure que même prodigués , ils ont opéré des succès inattendus.
Ces remèdes abandonnés , vient le traitement précédent, surtout le régime qui sont repris pendant quelques semaines. Si le mal persiste encore, n’oubliant jamais qu’un organe long-temps malade arrive à ce point , qu’il ne peut plus rem^ plir ses fonctions, alors il est prescrit^de l’aban^ donner à un repôs absolu. On soutiendra donc l’existence du malade à l’aide de lavemens nourrissans, et des boissons dont on usera tousles jours selon la méthode que j’indiquerai bientôt. Chez quelques individus , l’absorption des gros intestins est si énergique, que ce moyen peut suffire pour entretenir les forces de la vie presque à leur niveau ordinaire.
Mademoiselle Duménil, âgée de vingt-cinq ans , fdle d’un aubergiste de ce nom, demeurant à Oulchi-le-Château ( Aisne), ne reçut, en 1821, que des lavemens nourrissans pendant plus de qua-
rante jours , et, tant que dura leur usage, elle fit, saus peine, le service presque entier de la maison qui demandait beaucoup d’activité.
On prolonge leur emploi tant que l’exige l’espérance de la guérison , et roii essaie, après un certain temps , si la digestion est encore difficile. Si , malgré l’emploi de tous cés moyens em^atifs, la digestion reste dans un mauvais état, alors, convaincu que la maladie est une lésion organique bien prononcée , le médecin modifie le traitement.
Du traitement dans le cas de certitude de cancer.
Si le traitement donne cette certitude, les faits nous tracent alors la règle que l’on doit suivre ; ainsi de tous les stimulans l’on ne conservera que les frictions afin de diminuer la susceptibilité en irritant plusieurs points de l’économie 5 une ceinture autom’ de l’abdomen ne quittera point le malade ; les saignées locales moins fortes ne seront pas abandonnées, et l’on persévérera dans l’usage des autres remèdes , et , surtout du régime qui les suit. Par eux, le mal guérit du perd de sa gravité ^ ou devient stationnaire les faits cités viennent à l’appui de ce que j’avance. On peut même tout attendre de leur action : (j^uand on la considère, après un certain laps de temps , ses effets sont admirables, et ne me laissent nul doute qu’à la longue ils ne détruisent des cancers naissans.
Si avant ces épreuves la lésion organique est reconnue, Tétât du malade exige une modification dans le traitement; plus affaibli, les saignées seront moins abondantes , la diète moins prolongée ; jamais aucun stimulant ne sera ordonné , si ce n’est les frictions ; et pour le reste du traitement on se servira des moyens curatifs ci-dessus prescrits.
Lorsqu’après avoir essayé du traitement et du régime ci-dessus développés , les voies digestives ne peuvent plus supporter l’action d’aucun corps , ou qu’elles les reçoivent avec beaucoup de peine, alors convaincu qu’en eontinuant à les mettre en action, la mort est inévitable, il ne reste plus qu’à tenter les moyens suivans , sinon capables de détruire le mal, du moins propres à prolonger les jours de l’infortuné qui en est atteint.
Partant de cette idée première ; que la non-interruption des fonctions d’un tissu malade aggrave toujours le mal , les fonctions digestives seront soustraites à l’action de tout corps, soit solide , soit liquide ; et Ton reviendra aux lavemens nourrissans dont l’usage ne sera plus abandonné, et dont on n’a pas assez étudié les effets. Quant à la soif, on l’éteindra par l’absorption extérieure ou intérieure.
Le fait précédent, et une foule d’autres qu’on pourrait citer, mais mieux encote celui dont je vais donner le détail, confirment cette méthode.
Madame Martinet , épouse d’un négociant de ce nom , demeurant à Issoudun , département de
rindre,^ éprouva^ à l’âge de vingt-six ans, une indisposition j qu’un officier de santé caractérisa d’eitibarras gastrique, et contre laquelle on administra l’émétique à liaute dose. A la première indisposition succéda une gastrite intense, et dans l’espace de très-peu de jours, l’estomac fut tellement plllogosé, que toute espèce de boisson, même le jus, d’un grain de raisin provoquait des voniissemens»
Alors plusieurs médecins furent consultés 5 et , sur les instances du mari qui suppliait qu’on cherchât à prolonger l’existence de sa jeune épouse qü’on regardait comme destinée à Une mort certaine , on conseilla des laveméns nourrissans , et des bains pour eteindre la soif. Peu à peu le mal pei — dit de sa violence, et les forces furent bientôt moins anéanties. On essaya de nouveau les fonctions de l’estomac, mais en vain-, après plusieurs épreuves, on fut obligé de s’en tenir aux premiers moyens. Sans leur faire éprouver' aucune modification, la malade fut en état, datis l’espace de quelques mois, de se livrer à une grande partie des occupations ordinaires , et de passer six mois à la ville et six autres à la campagne. En 1816 elle ne suivait pas d’autre régime depuis plus de quatorze ans , d’après l’assurance positive que m’en a donnée son mari. Il est vrai qu’elle ne jouissait pas d’un embonpoint considérable , qu’elle ne possédait pas la plus grande fraîcheur, et que l’émail de ses dents avait totalement disparu, etc.i mais, cetté
demi-existence, si l’on peut s’exprimer de la sen te, n’est-elle pas préférable à la mort?
Voici quels étaient les moyens mis en usage potij: soutenir cette existence. On prenait une livre de bouillon de poulet fort gélatineux j on y faisait dissoudre deux onces de sjicre , et on ntofait le tont avec six jaunes d’oeuf. De ce compose, on formait un lavernent que l’on d,onnait dans la ma* tinée , pendant que la malade était d^^^s son fit , et où elle restait plusieurs lieures apres 1 avem piâs ? en évitant tout mouvement. Chaque d^nze jours on en prenait un à l’eau commnï*® avant le noqr-
rissant. '
Quant à la soif, elle se désaltérait en se plongeant chaque jour daiis mahain à la temperatqi’e de d j:^r huit.degrés.
Depuis j’ai eu occasion de me servir plusieufjS fois de ces lavemens^ mais je Jeur proféré Ips suiyans : Prenez trois onces de gomme a^'abique en poudre; faites dissoudre; mêlez cette dissolntjon avec une livre d’une décoction de pain blanc , a raison de six onces par décoction ; et ajontnz sncfe deux onces,
,On n’use de ce mélange qu’apres avoir pris et jrendu un lavement à Feau commnn^^ afin d^ ftet" toyer les gros intestins.
Quant aux moyens d’éteindi’6 la soif, on plonge tons les membres dans de l’ean pure, ou l’on applique des compresses humides siu* l’abdomen pendant quelques heures, et l’absorption éteint ce
sentiment toujours faible dans ces maladies , quand on est soumis à ce traitement. Si ces moyens étaient inutiles, je pense qu’on pourrait y suppléer par un demi ou un verre d’eau pure donné en lavement, six heures après avoir pris celui qui est nourrissant. On tenterait aussi parfois l’usage de tous ces moyens. Quant au bain, on doit le repousser comme causant de grands embarras et des inconveniens graves dans une foule de circonstances, à cause de la débilité du malade.
Il est vrai que les lavemens nourrissans n’auront pas un succès constant, parce que le malade sera agonisant ou chargé d’années, ou privé de forts vaisseaux lymphatiques qui vont se rendre aux gros intestins •, mais si l’on a soin de s’en servir à propos, les faits que j’ai cités, et une foule d’autres dont j’ai connaissance , me donnent la conviction qu’on peut en user avec succès dans beaucoup de cas , surtout lorsque le malade n’est pas trop affaibli par l’âge et le mal, ou par l’un des deux. Si l’on veut néanmoins obtenir d’heureux résultats, on doit bien prendre garde que chaque fois que l’on administre ces lavemens, l’estomac et les intestins grêles soient vides, pour que leurs fonctions mises en jeu ne troublent pas celles du rectum*, et, en outre, pour favoriser l’absorption, que les gros intestins soient nétoy és tous les cinq à six jours, à l’aide d’eau commune à dix-huit degrés prise en lavement.
Si ces moyens curatifs ne présentent aucune
l’essource, faut-il devenir sourd aux prières du moribond qui nous conjure de le défendre contre la mort prête à lui ravir le dernier souffle de la vie? La physiologie, cette science des merveilles, parce qu’elle imite la nature, ne peut-elle pas créer ce rare bienfait ? Suivant ses lois , ne l’obtiendrait-on pas à l’aide d’une ouverture abdominale qui pénétrerait jusque dans les intestins grêles , et qui imiterait un anus contre nature, sous le rapport de sa forme, et non de ses usages.
C’est aux seuls médecins physiologistes à résoudre cette question,*' par des expériences rigoureuses et multipliées. Sans doute, plus d’un lecteur esclave d’un amour-propre qui lui dit que le terme de ses connaissances doit être celui de tous les autres talens, en repoussera la tentative ; mais si l’on réfléchit que l’on n’aurait besoin que de pratiquer une ouverture très-étroite j que par conséquent le malade courrait moins de danger que pour l’établissement d’un anus artificiel, sans être sujet aux incommodités que fait naître ce dernier 5 qu’au moyen de cette ouverture, lesalimens introduits dans les intestins grêles , seraient soumis à une plus grande absorption , et donneraient une nutrition beaucoup plus forte, ce dont on ne peut douter d’après les lois de la physiologie; que, par ce moyen , l’estomac exempt de tout travail , à l’abri de tout mouvement , de toute cause irritante, les lésions organiques de ce viscère resteraient stationnaires, ou n’auraient qu’unç marche
très-lente , ou perdraient presque toujoui’s de leur intensité, ce que prouvent les faits que j’ai rapportés 5 que la plupart des individus chez lesquels on aurait à pratiquer cette opération, sont amenés, par la maladie elle-même , à un état de sensibilité qui rend les chances de l’opération moins douteuses 5 et que si l’on raisonne par analogie , elle scr rait bien moins grave que celles proposées pour des cas d’une moindre importance , et dont le succès est mille fois plus douteux 5 alors , pourquoi repousser ce que les lois de la vie et l’analogie admettent , surtout quand l’e:5^périence n’a pas prononcé contre elle ?
Enfin , si les lavemens n’obtiennent aucun succès, si l’on repousse l’opération qu’on propose, c’est le cas d’abandonner le moribond. Si néanmoins il arrive que .les lésions organiques soient vastes 5 que la contractilité de la fibre mi^culaire soit très-altérée *, et que la digestion soit lente ou très-pénible, on ne doit pas craindre alors de se servir de stimuians, de pilules fondantes, des .pastilles d’ipécacuana , pu de diverses substances alcoholiques , afin de provoquer un reste de contractilité gastrique , et d’aider la digestion. Ces excitans dont on a tant varié les compositions, sont surtout avantageux dans les squirres situés sur la grande courbure de l’estomac j mais on ne doit pas espérer qpe ces remèdes les guérissent*, et la raison en est simple : un tissu n’étant désorganisé que pour avoir été trop stimiüé, ce n’est pas
en ajoutant à la cause du mal , qu’on peut détruire ce dernier. Ils ne font qu’un bien passager que suit un plus grand mal ; Toilà pourquoi on ne doit s’en servir que dans cette dernière période, à moins
que, comme les D. . , les L..., on ne calcule la
vogue du médicament, et par inadvertance la mort du malade.
Dans le cas où les douleurs sont cruelles , on a recours a des extraits de ciguë, de jusquiame, ou à l’extrait gommeux d’opium , afin de les calmer, et de voiler ainsi le terme de nos maux.
Parmi les médecins, les uns commandent l’emploi des stimulans dans toutes les périodes de ces maladies j les autres j non moins exclusifs , suivent un traitement inverse, même dans le cas d’incertitude de lésion organique. L’auteur de 1 article Cancer ^ dans le Nouveau Dictionnaire de médecine y ouvrage appelé le côurt, par rapport au premier surnommé le long-, tandis que l’un n’est qu’un mourant qui enterre un mort , émet cette dernière opinion. Ne réputant comme Vrai'^, en médecine, que des faits concordans expliqués par une physiologie simple, nous repolissons ^ pour l’avantage de l’humanité , et l’empyrisme et les systèmes.
Les médecins qui partagent la première opinion , m’accuseront , sans doute , d’avoir mal compris la nature du mal , de n’avoir pas été esclave des opinions reçues j d’avoir proposé un traitement trop simple ou trop sévère, ou inutile, par-
ce qu’il n’émane point des rêveurs qui ont appauvri la plus auguste des sciences , mais qu on se rappelle qu’en écoutant l’instinct de la vie, qu’en étudiant les caractères du mal , qu’en s en rapportant aux faits , et qu’en s’etay ant des lois les plus simples de la physiologie, on ne redoute pas ce blâme au lit de la douleur.
Les médecins qui embrassent la seconde opinion nous diront que nous ne sommes que l’écho du traducteur du système tomasinien. Nous lem' répondrons à notre tour qu’ils se trompent. Gomme lui , sans doute, on se sert des antiphlogistiques *, mais on n’oublie pas la cause du mal \ on ne se fait pas de fausses idées de son caractère en le plaçant constamment dans le même système organique, lorsque tout prouve que ce siège lui est communément étranger 5 on ne le confond pas avec des affections morbides différentes, lorsque l’on n’a pas des idées positives sur son existence-, on n’arrête pas les crises au lieu de les favoriser, lorsque l’on est incertain du degi'e du mal^ on n’est pas en contradiction avec soi-même en irritant une phlegmasie ; on n’oublie point les rapports des organes dans les maladies-, on ne repousse point l’expérience parce qu’elle flétrit de mesquines idées j on ne torture pas la physiologie pour dénaturer l’action des re mèdes les plus simples -, et enfin l’on ne présente pas un traitement incomplet ou dangereux sous plusieurs rapports.