‹ Traité des cancers de l'estomacChapitre 10 sur 11 · CAUSES ET DESCRIPTION DES CANCERS DE · texte numérisé non relu

CAUSES ET DESCRIPTION DES CANCERS DE

l’estomac.

Des causes.

En méconnaissant la nature du mairies auteurs ont erré sur ses causes : les uns ne l’attribuent qu’à une disposition de l’organisme^ mais comme la maladie augmente en raison du mauvais traitement , l’expérience prouve bien alors que l’on confond le plus souvent les erreurs de l’art avec les désordres des fonctions. Au reste, c’est la pratique îa plus commune : nous rejetons nos torts sur la nature. Les autres plus modernes ne voient, pour causes de ces maladies, que des phlegmasies chroniques de la membrane muqueuse gastrique. Sans doute, dans quelques cas, cette cause existe j mais elle est rare, et bien plus rare qu’on ne pense 5 car si cet ordre de choses avait lieu , dès le début de ces maladies, les praticiens qui ont recours aux drastiques , devraient constamment aggraver le mal au lieu de le guérir parfois , meme après une longue existence. D’ailleurs l’anatomie pathologique devrait montrer les plus grands désordres sur cette muqueuse; tandis qu’ils existent dans les systèmes subjacens, malgré que ce soit sur sa sur» face que soient tombés les stimulans. Mais tel est

Pempire des systèmes : on repousse les faits et le& raisons les plus simples pour encadrer des idées qui toujours sont le fruit de la médiocrité ou d’une folle imagination.

Que nous dit l’expérience? que cette maladie n’est qu’un degré d’une altération première des fonctions d’un ou de plusieurs tissus de l’estomac ; et que ces tissus ne se désorganisent qu’après avoir long-temps souffert sous l’influence des causes qui les conduisent à ce terrible état. Or, comme il nous est impossible de distinguer le point où finit le premier degré et commence le second, pour juger ces mêmes causes, nous devons remonter à celles qui font naître les premiers désordres.

Parmi elles, les plus communes sont l’habitation dans des lieux élevés et exposés au nordj le passage subit du chaud au froid 5 l’usage des boissons froides pendant qu’on est en sueur; la suppression d’hémorragies habituelles; l’aménorrhée; la disparition plus ou moins subite d’une affection herpétique ou rhumatismale; une nourriture habituelle trop succulente; des indigestions; des excès de liqueurs alcooliques ; des corps étrangers introduits dans l’estomac; l’abus des purgatifs ou d’autres stimulans ; et parfois les affections morales; profondes.

Après ces causes, il en est une autre, peu comîhune , mais réelle, qui est presque toujours acquise, et qu’on nomme disposition cancéreuse.

L/ne expérience décisive prouve qu’on ne peut la contester, et cette expérience vaut bien le jargon puéril de Técole qui la nie.

Ces causes ayant produit le premier degré d’altération, lorsqu’elles cessent d’agir, ce sont les corps qui mettent en jeu les dssus gastriques qui amènent le second degré ; alors c’est le sang qui i est contenu dans les capillaires sanguins gastriques , et qui est ou en trop grande quantité , ou d’une qualité non naturelle pour ces vaisseaux; ce sont les alimens portés sur la muqueuse gastrique; ou enfin le défaut de rapports des tissus organiques entre eux, une fois placés dans un état morbide. Pour l’action de cette dernière cause, voici mon idee : le tissu malade recevant une trop grande somme d’excitant soit général, soit particulier; et sa nutrition non naturelle étant plus active, il augmente de volume; par cette augmentation étant forcé de prendre un espace qui lui manque, il repousse les systèmes organiques environnans ; mais ces derniers réagissant sur le système affecté, les rapports naturels de ceux-là avec le premier cessent; ils ont une action qui tient de celle des corps étrangers ; et de là , comme dans le panaris, il en naît une cause qui aggrave et entretient le mal : vérité ineonnue jusqu’à ce joTu en medecine, et rarement appliquée en chirurgie.

Par la même raison , le défaut de rapports des organes entr’eux tine fois malades, produisent le même pliénomène; et voilà pourquoi, dans le cas qui nous occupe, la marche, la station, fexercice, réquitation sont des causes qui entretiennent le mal.

Sous rinfluence de toutes ces causes , le tissu malade ne conserve plus les mêmes propriétés vitales ;

sa nutrition s’altère , avec elle la trame de l’orga- «

nisme ;; et à la longue ce dernier présente un volume plus considérable , il est plus épais , il est trèsdense, et, sous le rapport de cette qualité et de sa couleur, il imite parfaitement le cartilage. Dans quelque tissu que se forme le cancer, une fois qu’il existe , la sensibilité de ce tissu devient animale , avec un caractère plus ou moins douloureux , et il perd toute faculté contractile.

Vu dans toute sa simplicité, dans tous les systèmes où il naît il est toujours le même ; l’état calleux des bords d’un ulcère cutané , l’endurcissement des muscles , de l’encéphale , etc. , prouvent cette vérité.

A mesure que le mal se développe, le système organique dont l’existence est la plus liée au système malade , modilie sa structure et ses propriétés vitales^ à l’instar du premier dont il reçoit l’influence continuelle, identifie son existence avec la sienne, et devient comme lui une substance liomogène.

Chaque système organique agit à son tour de même , et à la longue Ton Yoit un organe qui présentait tant de diversités sous le rapport de sa structure , être réduit à un état identique.

Alors par suite d’une mauvaise nutrition , et de la réaction non naturelle de tous les tissus., fortement irrités , un point de l’organe s’enflamme, se transforme en abcès , s’ulcère , et il s’établit un écoulement dont la matière est en raison de l’organe qui la fournit : nouvel état que l’on a appelé ulcère cancéreux; tandis que jusque-là c'est le nom de squirre qui caractérise cette désorganisation.

Cette ulcération est un bien en ce qu’elle devient une espèce de débridement qui , d’un coté, rend l’action des tissus moindre, et qui , d’un autre, en diminuant la nutrition par l’écoulement qu’elle procime, calme l’irritation.

Si on eut observé les causes de la maladie , leur action , les efforts de la nature pour calmer les douleurs , on eût imité cette dernière dans tous les cas accessibles à nos sens; en détruisant la réaction des tissus par des débridemens profonds , et en établissant des écoulemens abondans, on eût guéri une foule de ces cas graves , au lieu de leur sacrilier souvent des appareils organiques entiers. On m’objectera que les tissus sont alors toujours désorganisés; mais on se trompe; j’ai des faits qui détruisent cette objection, et prouvent ce que j’avance 5

et , éiitr’aiitfes , celui d’un squiri*è du muscle deltoïde chez une femme de soixante ans , deyenu très-volumineux, et qui, malgré son ancienneté, après avoir résisté à tous les remèdes antiphlogistiques et fondans, ne disparut que par des incitions nombreuses , et si profondes qu’elles atteignaient toute l’épaisseur du muscle.

Un cancer n’est donc que cet état d’un système malade, remarquable par sa structure qui pré- ^nte un tout homogène, offrant une grande densité, une espèce d’état cartilagineux doué d’une sensibilité animale douloureuse, et dépourvu de toute contractilité organique sensible.

Les médecins en ont fait un être terrible 5 d’autres, en émettant une opinion contraire, n’ont rien fait pour prouver que les premiers étaient dans leur tort*, car jamais une lésion organique bien prononcée, surtout dans les systèmes autres que le glanduleux , ne sera détruite par les antiphlogistiques ^ et les succès qu’on en a retirés, n’ont point changé les idées des premiers , ni diminué en rien les craintes qui , de ceux-ci , sont passées au peuple; parce que, encore une fois, ce ne sont pas des sangsues qui détruisent la réaction très-prononcée des tissus, réaction essentiellement funeste dans toutes ces maladies.

Ces propositions générales sont absurdes, parce qu’à l’extérieur on peut obtenir des succès en débridant, et (|u’il n’en est pas de même à l’intérieur.

Ici le pronostic doit changer*, et la graTité de la maladie, à moins d’nne disposition particulière , sera en raison du traitement , c’est-à-dire que si l’on soumet les tissus affectés , soit à leurs fonctions , soit à des corps stimulans , la sensibilité toujours dans de faux rapports, le mal deviendra terrible ^ tandis que par un traitement et un régime physiologiques qui constituent la méthode opposée que j’indique , ce même mal n’offrira souvent que des dangers presque imaginaires, ainsi que le prouve l’expérience.

Symptômes,

On cherche dans les auteurs , mêHie classiques , la description de là maladie qui nous occupe-, mais ils ne présentent sur elle que quelques idées qui en peignent le dernier degré. Par cette raison, on la confond , quelquefois , avec une névrose de l’estomac ou avec une phlegmasie de sa muqueuse 5 et, le plus souvent, avec Un simple engorgement des capillaires sanguins de ce viscère.

Gomme cette maladie présente plusieurs degrés différens, et que le premier est toujours confondu avec une altération commençante des fonctions des tissus gastriques, erreur qu’il est impossible de reconnaître , tant qu’un traitement physiologique n’a pas été mis en usage , nous diviserons sa description en trois périodes. Cette division n’est pas dans la nature^ mais nous Fadmettons

comme un moyen de l’apprécier.

Première période.

Appétit irrégulier et capricieux; dégoût commençant pour les corps 'gras; digestion un peu lente; sécrétion saliyaire augmentée ; flatuosités rares; cîialeur âcre ressentie à Pépigastre, surtout par la présence des liqueurs alcooliques; pouls plus fréquent, mais moins plein que dans l’état ' naturel; et un affaiblissement général, caractérisent cette période.

Deuxième période.

Dans la seconde période, le malade, instruit par expérience, a fixé son choix sur une espèce d’aliment ; il use des laitages et des fruits ; il éprouve une sorte d’aversion pour les substances grasses; la digestion est plus enrayée, elle provoque des nausées fréquentes, quelques vomissemens, de nombreuses flatuosités, des pituites abondantes; le malade commence à se plaindre de douleurs et d’une pesanteur épigastriques; douleurs qui sont augmentées par l’inspiration et la marche, sm'tout par la pression exercée sur cette région devenue très»sensible ; parfois elles s’étendent le long de la colonne vertébrale et des articulations des membres supérieurs; le malade croit être atteint de rhumatismes , et cette erreur lui est commune avec beaucoup d’hommes de l’art. Les muqueuses sont pâles ; le derme d’une couleur terne, est sec au toucher; les urines sont rares; les excrétions alvines laissent entre

elles de longs intervalles 5 le pouls est plus fréquent et plus petite quelquefois il est lent, selon que le mal influence une région plus ou moins étendue de capillaires sanguins, ou qu’il cause de vives douleurs; la maigreur se prononce; les extrémités sont toujours froides; le moral est altéré, il est faible , susceptible d’un commerce difficile , et souvent tourmenté par les craintes de la mort.

Troisième période.

Dans la troisième période , le malade redoute toute espèce de boisson et d’aliment; il voudrait annihiler les fonctions digestives, ou, si le besoin l’emporte, il éprouve des vomissemens cruels , ou, dans le cas contraire, sa digestion est très-laborieuse, accompagnée de flatuosités continuelles, et de flots de pituites ; la chaleur épigastrique est parfois brûlante comme celle de l’érysipèle ; les douleurs ont un caractère fixe; mais elles sont plus etendues; leur domaine est presque devenu celui de l’économie entière ; la pression exercée sur la région supérieure de l’abdomen diminue la pesanteur énorme que ressentie malade dans cette meme région, et, dans le plus grand nombre de cas , découvre une tumeur très-sensible , dure , peu mobile , d’un volume variable, et d’une forme plus ou moins arrondie ; l’inspiration est devenue encore plus accablante aussi-bien que la marche; le malade n’ose plus se tenir debout; mais courbé vers la terre, les mains appuyées sur la région du

mal, il craint jusqu’au lit ou il trouvait parfois un baume à ses douleurs ^ ,et le soir , toujom's plus souffrant jque le matm, il voudrait que la nuit fut moms qu’un rêve , ou moins que le terme le plus court de la dul'ee , un instant. I-j,a langue est d une pâleur extrême -, le teint d’une couleur terreuse et jaunâtre j les urines, plus limpides, so-nt devenues plus rares, ainsi que les excrétions alpines, qui comptent souvent entre elles des demi-mois entiers. Une fièvre lente mine le malheureux patient, dont la soif esjt toujom’s peu vive.^ le pouls est fréquent et petit 5 le malade n’est plus qu’un squelette hideux qui soupire apres la solitud® ^1 le repos. Ses amis les plus ffdeles n oseut plus ,in~ terrompre son morne s,ile?'ie,e j il est blase sur les erreurs dont on berce l’imagination des mourans j et si quelqu’un a l’art de le tromper un instant , il lui prodigue tous les signes de l’anntie, etso!n<^t" ï’eur dissipée, il l’accable de haine. Il se détaché ^ffe tous les objets qui hrent le charme de sa vie , et le plaisir -.de s’isoler est le seul qui lui restcj rarement il craint la mort; mais il soupire apres ses bienfaits , les plus grands après ceux de la vie ; enfin, -épuisé au physique comme au moral, la nutrition viciée depuis long-îtemps sous tous les rapports, sa faiblesse est extreme et generale; le cœur n’envoie plus vers le cerveau soit la quantité, soit la qualité de sang requise poui' son existence; cet organe du sentiment succombe, et avec lui tous les autres appareils de l’économie.

Division des cancers.

Envisagées par rapport à leur siège , ces maladies devraient être divisées d’après les systèmes organiques de l’estomac; mais dans raltération des fonctions digestives à l’état chronique , l’impossibilité de distinguor les symptdnies que caractérisent les altérations de chaque tissu, nous force a repousser cette division, et à ne les considérer que par rapport a la région qn’eîles détruisent. Partant de cette idée nous en établissons quatre espèces : la première a son siège sur la grande courbure de l’estomac; la seconde sur la petite courbure la troisième atteint la région cardiaque j et la quatrième le pylore.

Gn mconnait la première espèce à Üa des digestions, et à la pesanÆeui’ épigastrique considérablement accrue pendant le teavaii digestif; celle qui est sur la petite courbure est reconnue, par le siégé de la douleur et son acnité pendant que l’estomac est en action. On se rend compte de la troisième par la gêne et la douleur plus ou moins vive ressentie au moment du passage des alimens dans le cardia; les vomissemens des matériaux nutritifs apres un certain temps qu’ils sont parvenus dans l’estomac, sont le signe de la quatrième espèce.

Considérées par rapport à leur degré, ces lésions sont à l’état de squirre tant que la présence de l’alcool , du vin , ou du bouillon gras à une tem~-

pérature élevée , ne causent point des douleurs indicibles accompagnées d’une chaleur brûlante ; dans le cas contraire, elles sont à l’état d’ulcère cancéreux.

Ces maladies , dans leur première période , me paraissent curables , si l’on raisonne par analogie. Elles n’ont point ce caractère dans les autres périodes -, mais elles ne deviennent mortelles en peu de temps que par un mauvais traitement-, les preuves se tirent des faits. Dans le cas contraire ,: ce phénomène n’existe point -, ces maladies se prolongent jusque dans un âge avancé, et n’ont que des progrès insensibles.

Tous les âges y sont sujets; mais l’enfance bien moins que la jeunesse; et presque toujours on les observe dans les premières années de la décadence de la vie. Tous les individus d’une sensibilité optuse y sont disposés.

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