‹ Traité des caractères physiques des pierres précieuses, pour servir à leur détermination lorsqu'elles ont été tailléesChapitre 26 sur 58 · Électricité produite par la chaleur · texte numérisé non relu

Électricité produite par la chaleur

État particulier des corps qui deviennent électriques lorsqu'on les chauffe.

Nous avons vu que le frottement qu’on fait subir à un corps isolant,ne met en activité à la surface de ce corps qu’un seul des deux fluides électriques, qui est tantôt le fluide vitré, comme dans le cas de la Topaze, et tantôt le fluide résineux, comme dans le cas du succin. La chaleur produit un effet beaucoup plus remarquable sur les cristaux de certaines substances

.qui, après avoir été exposés à son action, ont leurs sommets dans deux états contraires, dont lun est dû à la présence du fluide vitré, et l’autre à celle du fluide résineux. Les forces de ces fluides sont comme concentrées dans deux points situés à l’intérieur, près des extrémités

du cristal, et qui portent le nom de pôles, auquel on ajoute les épithètes de vitré et de résineux pour les distinguer l’un de l’autre.

Ici se présente une autre différence , non moins digne d'attention, entre les corps dont il s’agit et les corps isolans ordinaires. Les effets électriques que présentent ces derniers dépendent souvent du fluide qui s’est dégagé autour d’eux à l’aide du frottement , et qui s’échappe ensuite peu à peu en vertu de la répulsion mutuelle de ses molécules. Si leur fluide naturel subit une décomposition, elle est très limitée et ne s'étend qu'aux couches voisines de la surface. Il en est tout autrement des corps électriques par la chaleur ; leurs effets sont produits uniquement par les actions des fluides qui composent leur fluide naturel. Le dégagement de ces fluides a lieu dans toutes les couches situées autour de l’axe. Ces corps, en un mot, se suffisent à eux-mêmes. Le fluide qui agit en eux n’est susceptible ni d’accroissement ni de diminution ; il ne varie que par les divers mouvemens que la chaleur imprime aux fluides particuliers dont il est l’assemblage.

Dans la description que j'ai*donnée de la Topaze et de la Tourmaline, j'ai fait connaître

une particularité que présentent les cristaux dont il s’agit, et qui consiste en ce que les formes de leurs sommets s’écartent de la symétrie vers laquelle tend en général la cristallisation ; c’est-à-dire que parmi les faces qui se montrent sur un des sommets, il y en a quel- -ques-unes qui ne se répêtent pas sur le sommet opposé, et, dans certains cristaux, les deux sommets n’ont aucunes faces communes. IL semble que, pendant la formation des mêmes corps , les forces contraires des deux fluides aient exercé sur l’arrangement des molécules une influence dont le cristal a conservé l’empreinte. |

Résultat d'une expérience faite avec une Tourmaline complète.

Je vais donner une idée de la manière dont se fait le passage à l’état électrique, en prenant pour exemple la Tourmaline que j'ai nommée 4sogone, et que représente lafigure 49, pl. IL:On -assujétit le cristal par le milieu de son prisme

entre les deux branches d’une pince d’acier garnie d’une vis de pression, et attachée à un manche de bois; on place ensuite ce cristal visà-vis d’un brasier eton ly laisse pendant quél-

ques minutes. À mesure que la chaleur le pénètre, elle décompose le fluide électrique qu'il renferme naturellement, etdétermine les deux fluides composans à se.séparer et à s’écarter Jun de l'autre par des mouvemens contraires qui ont lieu dans le sens de l’axe du cristal. Le fluide vitré se porte vers le sommet supérieur, qui est terminé par six faces, et le fluide résineux vers le sommet inférieur, qui n’a que trois faces. Telle est l'énergie avec laquelle agit la Chaleur pour produire ces mouvemens, que la force coercitive n’est pas capable de les arrêter. Pour que la Tourmaline devienne susceptible de donnerdes signes d'électricité, lorsqu’après lavoir retirée on la présente à l’un des appareïls dont je parlerai plus bas, il faut qu’elle soit parvenue à un certain degré d’échauffement. Au-delà de ce degré, sa vertu va.en augmentant à mesure que laction de la chaleur, devenant plus énergique, met en hberté de nouvelles quantités de chaque fluide ; mais cet accroissement de vertu n’a lieu que jusqu’à un certain terme, passé lequel, si le corps continue de s’échauffer, sa vertu commencera à diminuer, de manière qu’à un terme plus reculé elle s’évanouira. Il arrive assez souvent que la

Tourmaline se trouve dans ce dernier état lorsqu'on la retire de devant le brasier. Pour qu'elle agisse sur l’appareil, il faut la laïsser revenir elle-même à la limite qu’elle tavait dépassée : c’est alors que son effet est le plus grand possible. À mesure qu’ensuite elle se refroidit, sa vertu va en S’affaiblissant, parce que les’deux fluides n’éprouvant plus le même obstacle à léur tendance pour se réunir, en cédant à leur attraction mutuelle, leurs molécules franchissent , les unes aprés les autres, les espaces qui les séparent, en sorte que le fluide électrique qu’ils composaient avant l’expérience se reforme peu à peu, et que la Tourmaline finit par reprendre son état ordinaire, de manière cependant que la durée de sa vertu électrique se prolonge toujours plus où moins au-delà du terme du refroidissement. C’est leflet de la force coercitive, qui alors exerce, quoique seule, une action qui rallentit les mouvemens par lesquels les deux fluides se portent l’un vers l'autre, et retarde le retour de la Tourmaline à son état naturel. Le délai de ce retour ne s’étend pas ordinairement au-delà d’un quartd'heure, ou au plus d’une demi-heure ?

Il en est tout autrement lorsque la pierre

soumise à l'expérience est un cristal de Topaze, pris sur-tout parmi ceux que l’on trouve en Sibérie et qui sont imcolores. Cette pierre pa raît être douée d’une grande force coercitive, et c’est pour cela qu’en général elle ne s’électrise pas’aussi fortement que la Tourmaline par l’intermède de la chaleur ; mais, d’une autre part, elle continue, après le refroidissement , de donner des signes d'électricité pendant un temps considérable, qui va quelquefois jusqu’à 20 heures et au-delà (1).

Toutes les Tourmalines que j'ai observées avaient leur pôle résineux à l'endroit du sommet le plus simple, qui est l’inférieur dans les variétés que représentent les figures 49, 5o et 51, et leur-pôle vitré à l'endroit du sommet le plus composé. Dans la variété de Topaze que Von voit fig. 21, le sommet le plus simple, qui de même est ici l’inférieur, était au 1 contraire le siége du pôle vitré.

J’ai choisi comme exemple un | cristal complet de Tourmaline, pour donner une idée de

(1) Quelques Tourmalines s’assimilent, sous ce rap port, à la Topaze. J’en ai une de Ceylan, qui, après avoir été chauffée, n'a cessé d’agir sur l’aiguille qu’au bout de vingt-quatre heures.

152 TRAITÉ DES CARACTÈRES PHYSIQUES la corrélation qui existe entre la constitutiort électrique du cristal et sa forme géométrique, Les fragmens de cristaux qui appartiennent à une substance électrique par la chaleur présentent un fait très curieux, en ce que chacun d'eux a, de même que le corps dont il faisait partie, deux pôles, Pun vitré, l’autre résineux, qui résident dans deux points opposés, et dont chacun est situé du même côté que son analogue dans le cristal complet. Le plus petit fragment détaché d’une des extrémités d’an pareil cristal, où il n’y avait qu’un seul pôle’, le éonserve et en acquiert à Pinstant un second qui prend naissance à endroit opposé. Il en résulte une espèce de paradoxe que la théorie éclaircit en expliquant le fait d’après des considérations dont le détail nous mènerait trop loin.

Il suit de ce que je viens de dire, qu’une pierre précieuse qui à été tirée d’un cristal électrique par la chaleur , a deux pôles que Fon peut déterminer à Paide de Pexpérience.

Manière de reconnaître si une pierre précieuse est électrique par la chaleur, et de déterminer ses pôles.

Lorsqu'on veut seulement s'assurer si une de ces pierres jouit de la propriété dont 1 a

git, il suffit, après Pavoir fait chauffer, de Pap) procher d’un des globules qui terminent Pai-: ouille nr (fig. 57, pl. IH). Dans quelqu'état que : soit le point de la pierre par lequel on la présentera à ce globule, il y aura attraction, d’après les principes qui ont été exposés plus haut.

Mais si l’on se propose de déterminerles deux pôles d’un corps doué de lx même propriété;tk; est nécessaire de le présenter à un autre corps qui soit électrisé. Je supposerai que celui qu’on veut soumettre à l’expérience soit une ‘Fourmalime. Les cristaux de ce minéral. qué lon trouve en Espagne. et dont, la forme est: celle: dun cylindre mince et allongé, sont très propres à ce genre d'expériences. La plupart ont. été fracturés à leurs extrémités, et ainsi on ne; peut deviner d'avance à laquelle répond le pôle vitré ou résineux, comme dans le cas où l’on: aurait un cristal pourvu de ses sommets natu-: rels : il faut que ce soit expérience qui le dise. Après avoir fixé la Fourmaline dans la pinée dont j'ai parlé Lo haut, et lavoir exposée pendant un instant à Vavtos de la chaleur, on présentera ses deux extrémités successivement,

aù petit barreau sp de Spath d’Islande( fig. 59)

électrisé par la pression. L’extrémité dans la-

quelle résidera le pôle vitrérepousseraleSpath, et celle qui sera le siége du pôle résineux laturera. Dans les expérienees de ce genre, où les corps que l’on emploie ont une certaine longueur, on doit avoir l'attention de diriger celui que l’on fait mouvoir de manière que sa lon- gueur soit perpendiculaire à celle de l’autre, pour obtenir la plus grande action possible.

Actions réciproques de deux Tourmalines électrisées | par la chaleur.

: Si l'on a une seconde Tourmaline semblable à la précédente, on peut, en combinant leurs actions, ajouter à l'expérience un nouveau degré d'intérêt. L'appareil dont je me sers dans ce cas, et que représente la fig. 6r, est composé.essentiellement de deux pièces; l’une est une tige d'argent ou de cuivre ab fixée sur une rondelle cc, et terminée supérieurement par une pointe d’acier très aiguë ag. L'autre pièce consiste principalement dans uné lame rectangulaire de même métal, relevée en équerre à ses deux extrémités, où l’on a pratiqué des échancrures o, Z. Cette lame est percée en son milieu d’un trou circulaire pour recevoir une petite chape x de Cristal deroche ou d’Agathe,

qu est maintenue par un cercle métallique au moyen de deux vis s,.z. L’aiguille ag fait lot fice d’un pivot qui entre dans une petite ouverture pratiquée en dessous de la chape. Vers les extrémités de la surface inférieure de la lame hk, sont attachés deux fils métalliques pi, wy, dirigés un peu obliquement à celte surface, et terminés par deux globules qui sont destinés à faire descendre le centre de gravité de l’ensemble, de manière que la lame reste toujours soU= tenue pendant son mouvement de rotation.

Après avoir fait chauffer les deux Tourmalines, on en place uné que représente 777 dans. l’échancrure 2k, et l’on approche successivement de ses deux extrémités un autre corps que l’on a électrisé à l’aide du frottement. Si ce corps est, par exemple, un morceau de succin ou un bâton de cire d’Espagne, le pôle de la Tourmaline sur lequel il agira par répulsion sera le pôle résineux de la pierre, et celui qu'il attirera sera le pôle vitré. On présentera ensuite lun.des deux pôles de la seconde Tourmaline successivement aux deux pôles de celle qui sera

dans l’appareil. S'il repousse le pôle vitré

de celle-ci et attire son pôle résineux Tr, On en çonclura qu'il est le pôle vitré de la seconde Fe

| … | 156 TRAITÉ DES CARACTÈRES PHYSIQUES Tourmaline. S'il produit des effets inverses des précédens, ce sera le pôle résineux. On saura * donc d’ avance le nom de l’autre pôle qui est resté sans action, et si on le substitue au premier, l'attraction se changera en répulsion, et # réciproquement, comme on a dû ke attendre.

Tous ces résultats sont une suite du principe tabli plus haut, que les pôles de même non:

se rt of et que les pôles « de nom différent s'attirent. On à cet avantage dans les expériences de ce genre, qu elles réussissent très bien, même par un temps humide. C’est une suite de ce que les deux fluides , après leur sé- . par ation, restent engagés dans les corps où ils sont à Pabri de toute influence extérieure.

Si l on donne à à la seconde Fourmaline une position fixe, élevée au-dessus de celle de la Tourmaline qui est dans l appareil, de manière ‘que les. deux axes. soient parallèles et éloignés de quelques millimètres lun de l’autre, et si en même temps les pôles d der nom dHÉeRt se COrrespondent, les deux F pierres conserveront leurs positions respectives; mais si elles s se regardent par I les pôles de même nom, la Touraine de lap pareil commencera à tourner jusqu’à à ce qu’elle ait fait une demi-révolution autour de

DES PIERRES PRÉCIEUSES. 15% son centre, et, après quelques oscillations, elle se fixera AR RUOn de l’autre en vertu de lat: traction réciproque des pôles de nom différent.

On peut faire la même expérience de manière que les deux Tourmalines changent de rôle, en fixant celle de l'appareil et en suspen= dant l’autre à un fil de soie. Ce sera alors celle-ci qui tournera jusqu’à ce que les pôles de nom. différentse trouvent l’un au-dessous de l'autre. Le même effet aurait lieu dans le cas où la Touraline suspendue à un fil serait plus courte que celle de l'appareil, pourvu que cette dernière eût assez de force pour agir aux distances qui | résulteraient de la différence de longueur.

Si la seconde Tourmaline , que nous supposons de nouveau être fixe, se trouve placée d’un côté ou de l’autre de mA de l'appar reil, et dans le même alignement, élle : n'y unes aucun mouvement dans le cas où les deux pôles voi- Sins seraient denom différent ; mais s’ils étaient de même nom, la Tournai de l'appareil fer rait une dre autour de son centre pour se mettre, à l égard de l autre, dans la position exigée par l attraction électrique. J'au: ral OCCASION “de revenir sur ce résultat et sur le précédent. lorsque je traiterai du Magbétione

- Examinons maintenant avec détail ce qui se passe dans les expériences précédentes, en nous bornant à la dernière, parce qu'il sera facile d'appliquer aux autres ce que j'en dirai. Soit

MN (fig. 62) la Tourmaline fixe et mn celle qui est mobile; désignons par V, » les pôles vitrés et par R, r les pôles résineux. La figure a été tracée dans la supposition que la Tourmaline nn ; située avant’ l'expérience sur-une direction commune ap; aVeC la Tourmaliné fixe, aît commencé à tourner. autour de son centre c, ‘en sorte que le pôle r ait décrit l'arc or, et le pôle » l'arc ps. Chaque mouvement de cette Tourmaline n'étant que la continuation de ceux qui ont précédé, il nous suflira de considérer la manière dont va s’opérer celui qu elle est disposée à à prendre maintenant > pour bien concevoir tout le reste.

Or, chaque pôle V ou R de la RE 10 fixe agit sur les deux pôles de la Tourmaline mobile. Le pôle V attire à lui le pôle r, et l'effet de cette attraction est de déterminer ce dernier pôle à tourner, en décrivant le nouvel arc rs. De plus, le pôle V exerce sur le pôle # une répulsion dont l’effet est de lui faire décrire l'arc vx, et il est évident que la répulsion dont

il s’agit conspire avec l'attraction de V sur r pour solliciter la Tourmaline à continuer sa rotation dans le même sens.

D’une autre part, le pêleR repousse le pôle et attire le pôle v, et ces deux actions, qui ont lieu-en sens contraire de celles du pôle V, produisent dans la Tourmaline une tendance à rétrograder dans les arcs ro, sp qu’elle avait d'abord parcourus. Mais comme elles s’exercent de plus loin et plus obliquement que celles du pôle V, ces dernières sont prépondérantes, en sorte que, tout compensé, la Tourmaline poursuit sa marche, qui est seulement rallentie par les actions du pôle R. Les mêmes efets se répétent dans les instans suivans : jusqu’ à ce que la Tourmaline ayant fait une demi-révo- Jution autour de son centre, se retrouve sur la ligne ap dans une position renversée à l’égard de eelle qu’elle avait au commencement de l’ex- “périence, en sorte que son pôle résineux r étant ‘alors tourné vers le pôle vitré V de la Tourma-

line MN, elle reste immobile après quelques hs ve (a.

(1) Lorsque l’on place la Tourmaline MN, on ne peut aligner si exactement ses pôles , à l'égard de: ceux de

On peut déterminer les pôles d’une pierre précieuse que l’on aura fait chauffer , en se ser- vant de la Tourmaline renfermée ae l’appa:

reil (fig. 61). On la présentera successivement aux deux pales c de celle-ci par différens points, jusqu” à ce qu’ on en ait trouvé deux qui ag1ssent par répulsion, l'un sur un des deux pôles | dont il s’agit, l’autre sur le pôle opposé. J’indique ici deux répulsions sur deux pôles différens de la Tourmaline, plutôt qu'une répulsion et une attraction sur le même pôle, ce qui paraîtrait devoir suffire pour remplir le but proposé ; mais l’autre moyen est plus : sûr , parce que l'attraction peut avoir lieu, : non-seulement entre deux points déjà dans l’état électrique

autre Tourmaline, que les actions réciproques de ces deux pierres s’exercent toutes dans la‘ direction de la ligne ap, dont le prolongement se confond avec l’axe de la première. Elles se rejettent toujours un peu au-delà ou en deçà de cette ligne. Dans le premier cas, la Tourmaline mn commence à tourner, en décrivant l’arc or, .comme je l’ai supposé. Dans le second cas, elle tournerait en sens contraire. La position qui satisferait à la condition que la Tourmaline mn ne prit aucun mouvement, se rapporte à un de ces équilibres qui n’existent que dans la pensée, et que l’on perdrait son temps à vouloir saisir par l’expérience. |

avant d’être mis en présence l’un de l’autre ] mais encore entre un point doué d'électricité et un autre qui serait encore dans l’état ordinaire au moment où on l’ approche du premier, au lieu que la répulsion suppose qu’ avant l’expérience les deux points jouissaient déiè ft de la vertu électrique.

Ayant soumis à l'action de lappareil dont je viens de parler, une Tourmaline taillée des États-Unis, d’une figuré ovale, que j'avais fait chauffer, j'ai reconnu que ses pôles électriques étaient sit: uLés aux deux extrémités de : son grand diamètre, d’où j'ai conclu qu elle avait été taillée de manière que la surface de sa table était parallèle, ou à peu près, à l’axe du canon de Tourmaline dont on l'avait tirée. Dans une Tourmaline de Ceylan ,un des pôles répondait au centre de la table et l’autre au point opposé, d’où il résultait que sa table se trouvait située perpendiculairement à Paxe du canon de Tourmaline sur lequel le lapidaire avait travaillé. On peut ainsi deviner, au moyen de lélectricité, dans quel sens a été taillé le corps qui a fourni la matière d’une pierre précieuse ‘élec-

trique par la chaleur. PR

Action d'une Tourmaline sur un corps auparavant dans son état ordinaire.

Nous avons vu qu’un corps qui était primitivement dans son état ordinaire, et que l’on soumettait à l’action d’un autre corps électrisé, soit vitreusement, soit résineusement, acquérait toujours une tendance à s'approcher de ce dernier. On obtient un résultat du mêmegenre lorsque l’on présente un doigt ou tout autre corps conducteur successivement aux deux pôles de la Tourmaline rnn (fig. 61). Supposons d’abord que l’on place le doigt à une petite distance du pôle vitré +; le fluide qui ré: side dans, ce pôle agira sur le fluide naturel du doigt avec l’excès de sa force sur celle du fluide résineux 7, qui s'exerce de plus loin ; il décomposera ce fluide naturel de manière qu’une partie du fluide résineux, qui est un de ses com- ‘posans, sera attirée vers l'extrémité du doigt, et que le fluide vitré, qui était uni à cette dernière, sera repoussé du côté opposé; et parce que toute action est réciproque, le fluide résineux du doigtattirera à son tour celui du pôle, en sorte que l'extrémité »7 de la Tourmaline, entraînée par le mouvement de ce dernier fluide, s’approchera du doigt. Si l’on présente

ensuite ce doigt au pôle résineux 7 de la Tour-

maline, l'effet sera le même, par une suite de

ce que ï action de ce pôle attirera vers V extré= mité du doigt le fluide vitré dégagé du fluidé\ naturel.

Une Tourmaline taillée est susceptible de devenir un objet d’amusement, au moyen d’une petite expérience qui n’exige aucun appareil, et qui offre l'inverse du cas précédent; en faisant naître, dans le corps auquel on présente la pierre, un mouvement pour s’élancer vers elle. C’est un petit instrument électrique que Fon peut porter en bague, et qu’il suffit d’exposer un instant à la chaleur d’un charbon ardent et d'approcher ensuite d’une parcelle de papier fin, pour qu’il l’enlève et la tienne suspendue à sa surface. Les Tourmalines vertes du Brésil, qui sont les plus communes, et qui, dans le pren des artistes, portent ta nom | d Émeraude, ont leur couleur offusquée par une teinte sombre qui les met fort au-dessous de l’'Émeraude du Pérou; mais si une pareïlle pierre n’arien dans son aspect de bien flatteur pour loœil, elle a, par ses propriétés, le pouvoir de lui donner une surprise agréable, |

164 TRAITÉ DES CARACTÈRES PHYSIQUES 7: Action sur l'aiguille aimantées

L’ aimant, qui a été pris d'abord pour ! une ÿ rre, ainsi que l’atteste le nom de pierre d’aiamant qu'on lui donne encore dans le langage vuleaire, est une véritable mine de fer qui a la PHRAUELE d'attirer un autre fer. On a même remarqué depuis long-temps que aimant com munique au fer cette propriété, et in n est personne qui n ait joui dela surprise que fait naître la sympathie: apparente qui existe entre un mor ceau de fer aimanté et une aiguille à à coudre, lorsqu' on en.est témoin pour la première fois.

Ænalogie entre les actions des Aimans et celles Tonrmalines électrisées.

gd divers eflets qui dépendent de la pro+ priété dont je viens de parler, et à laquelle on a donné le nom de magnétisme, sont expliqués d'avance quand on a bien conçu ce qui sepasse dans le développement de la vertu électrique acquise par les corps isolans, sur-tout par ceux qui, comme, la Tourmaline et la Topaze, la doivent à l’action de la chaleur. À la vérité, tout nous porte à croire que le fluide qui i produit ces effets, et que l’on appelle fluide magnétique,

diffère, par sa mature, du fluide électrique, puisque le fer et deux autres métaux (1) sont les seuls COrps sur. lesquels il exerce son pouvoir, tandis que { toutes les substances connues sont soumises à celui du fluide électrique. Du reste, les deux fluides se ressemblent } par leur Hd ct et suivent les mêmes règles dans leur manière d’ agir, en sorte qu'on ferait une allusion très Juste « en appelant uné Tourmaline chauffée un petit aimant électrique. |

Les détails dans lesquels ] je vais entrer sur ce sujet seront donc d'autant plus faciles à saisir, qu'ils n’offriront autre chose qu’une manière de traduire les explications que jai données des effets de la vertu électrique, en celles qui, se rapportent aux effets du magnétisme. Mais ces dernières acquerront un prit surcroit d'intérêt par leur liaison avec un des phénomènes naturels les plus remarquables, qui est connu de tout le monde, je veux dire celuique présente une aiguille aïimantée suspendue librement, en se dirigeant d'elle-même sur une ligne « qui va du nord au sud.

Fa correspondance entre. les deux espèces

{) Le cobalt et le nickel.

“166 TRAITÉ DES CARACTÈRES PHYSIQUES d'effets dont J'ai parlé, nous conduit à consi- - dérer le fluide magnétique comme étant aussi composé de deux fluides différens, réunis l’un à l’autre dans l’intérieur du fer, tant que ce métal ne donne aucun signe de magnétisme ; mais qui, dans le cas des effets magnétiques , sont séparés et exercent chacun ‘une action particulière.

Comparons maintenant l'effet de frottement exercé par un aimant sur une aiguille d'acier semblable aux aiguilles de boussole, avec celui de la chaleur sur une Tourmaline pour la rendre électrique. À mesure que le frottement agit sur l'aiguille, il décompose le fluide magnétique qu’elle renferme, en sorte que les deux fluides, dont celui-ci est l'assemblage, se meuvent, après leur séparation, vers les deux extrémités de l'aiguille, où leurs actions se concentrent dans deux points auxquels on a donné “depuis long-temps le nom de pôles, qui a passé ensuite dans le langage de lélectricité. Pendant que le frottement continue d’agir, la vertu magnétique s’accroit continuellement jusqu’à une certaine limite, et lorsqu'elle y est parvenue, on dit que l'aiguille est aimantée & satu-

DES PIERRES PRÉCIEUSES. 167 ration (1). On voit qu’à cet égard aiguille diffère de la Tourmaline, dans laquelle la vertu électrique disparaît à un certain terme, pendant. que la pierre s’échaufle de plus en plus, pour réparaître ensuite à un moindre degré de chaleur. Une autre différence entre les deux corps consiste en ce que la force coercitive de laiguille est incomparablement plus grande que celle de la Tourmaline, et même que celle de la Topaze, puisque l’aiguille conserve son magnétisme pendant un grand nombre d’années, et souvent sans altération bien sensible. Jeparle ici de la force coercitive de l'acier ,-car celle du fer doux est extrêmement petite, et c’est pour cela que les corps dont ce fer a fourni la matière, perdent leur vertu magnétique un instant après qu’on les a séparés de laimant qui lavait fait naître. mi

Ayant placé l’aiguille sur un pivot, comme on le voit fig. 63, si l’on en a une seconde qui. ait été pareïillement aimantée, et qu’en la tenant à la maïn on présente un de ses pôles et

(1) Je donnerai plus bas la méthode d’aimanter une aiguille, en se, servant de deux barreaux d’acier, qui. déjà soient eux-mêmes à l’état de magnétisme, . :

468 TRAITÉ DES CARACTÈRES PHYSIQUES ensuite l’autre successivement aux deux pôles de l'aiguille mobile, on ne fera autre chose que se servir du fluide magnétique pour répéter ‘une expérience électri ique , savoir, celle dans laquelle on donne les mêmes positions respecüves à deux Tourmalines, dont on tient l’une et dont l’autre est placée dans l'appareil que l on voit fig. Gr; c ’est-à-dire que les deux ai= mans se repousseront par les pôles qui renfermeront la même espèce de fluide, et qu'il y aura attraction entre ceux dans lesquels résideront les fluides d’espèce différente. Ces faits n’ont pas besoin d’ explication : il suffit de les énonéer. On emploie souvent un barreau aimant, que l’on substitue à la seconde aiguille, pour obtenir des eflets semblables. | L’analogie entre les deux espèces de COrps se soutient relativement à un fait tres curieux que ] ai cité en parlant des propriétés de la Tourmaline, et qui consisté en ce que la vertu polaire renaît dans le plus petit fragment détaché de cette pierre, n'importe à mel endroit. On peut vérifier ce fait, à l’égard des corps magnétiques, en se servant d’un bout de fil de fer d'environ 8 centimètres (3 pôuces) de longueur, | tel que celui dont on fait des cordes de piano,

et qui se coupe aisément avec des ciseaux. Après avoir redressé, autant qu'il est possible, ce fil de fer entre tr doigts, on l’aimante par un des procédés connus de tous les physiciens (1 1); puis on le présente par différens points à une aigrulle aimantée, et l’on trouve qu il a ses deux moitiés Ne deux états opposés. On détache ensuite une portion de ce fil, prise yers une des extrémités, et longue, par exemple, de 2 centimètres es de 9 lignes), et on la raccourcit par degrés, e en coupant toujours plus près de la même extrémité. Chacune des nouyelles parties qui résultent de cette sous-division estencoreun aimant complet, dont chaque extrémité agit par attraction sur.un des pôles de Paie, et par répulsion sur l’autre (2).

On pourrait appeler les Tourmalines et les aimans les polypes du règne minéral.

EE al du globe terrestre sur les DER aimantées.

ri est i ici le moment de faire connaître les noms qui ont été donnes aux deux fluides, et

(1) On pent employ er celui à ä l’aide duquelo on aimante une aiguille ordinaire, et que j ‘indiquerai bientôt. | (2) Jai expliqué cette espèce de paradoxe magné-

ÿ70 . TRAITÉ DES CARACTÈRES PHYSIQUES

dont l’origine est d'autant plus remarquable,

que c’est, en quelque sorte, l'aiguille magné-. tique elle-même qui les a dictés. Jai déjà parlé

. d’un phénomène qui n’est ignoré de personne,

savoir, celui que présente une pareille aiguille yen suspendue, en se dirigeant sur une ligne qui va du nord au sud. Les mouvemens même qu’elle fait d’abord, en se balançant audelà et en-decà de cette ligne, annoncent la force de l’agent invisible qui la sollicite à en prendre la direction. En vain vous l’en écartez jusqu’à lui faire faire autour de son centre une demi-révolution qui la dirige en sens contraire. Toujours fidèle à elle-même, elle revient à sa première position dès qu’elle est libre, et ses balancemens, qui semblent offrir l'image de J’inconstance, se terminent par un retour CONStant à la fe qui la rappelle.

Cette observation et d’autres du même genré offrent la preuve que le globe terrestre faut la fonction d’un véritable aimant, quelle qu’en soit la cause. Les deux pôles de cet aimant sont

tique, d’après les principes de la théorie, Traité élémentaire de Physique, à° édition, tome IT, pages à &a, ei suivantes. ÿ |

situés sur l’axe, l’un dans la partie du nord, l’autre dans celle du midi. Supposons l'aiguille placée à l’équateur ; sa position sera la même, à l'égard de laimant dont il s’agit, que celle de la petite Tourmaline suspendue à un fil par rapport à une Tourmaline plus longue 777 placée en dessous d’elle dans l’appareil fig. 61. La : relation entre ces deux Tourmalines représente exactement, quoiqu'en petit, celle qui a lieu : entre laiguille et l’aimant du globe terrestre. Or, la Tourmaline suspendue à un fil se dirige toujours de manière que son pôle vitré est tourné vers le pôle résineux de celle qui est audessous , et réciproquement. Inutilement vous la dérangez de cette direction; elle la reprend constamment après quelques oscillations.

C’est la même chose relativement à l'aiguille magnétique. Le nom du pôle qu’elle tourne vers le nord doit être celui du pôle du grand aimant qui est situé vers le midi, et réciproquement. Or, les noms des pôles de cet aimant s'offrent comme d’eux-mêmes. Celui de ces pôles qui réside dans la partie du nord est bien. évidemment le pôle boréal, et celui qui a son siége dans la partie du midi, est le pôle austral. Par une suite nécessaire, le fluide en ac-

tivité dans le premier pôle est le fluide boréal,

et-celui qui sollicite le second pôle, estle fluide

austral. Le pôle de l'aiguille qui regarde lenord

doit donc être appelé le pôle austral de cette

aiguille, et celui qui est tourné vers le midi

doit porter le nom de pôle boréal. Les pôles

une fois nommés, les fluides le sont d'avance.

Ainsi, les noms d’austral et de boréal, qui

ont l’air d’être pris à contre-sens lorsqu'on les. applique à l'aiguille, sont réellément employés

dans leur signification naturelle.

Jnclinaison et déclinaison de l'aiguille.

J'ai supposé l'aiguille placée à l’équateur, en l’assimilant à la petite Tourmaline située au-dessus de celle de lappareil, dé manière.

que les pôles de l’une étant à des distances égales de ceux de lautre, les directions dés: deux axes sontparallèles entre elles: Si lon faisait avancerla petite Tourmaline dans un sens

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