XI) INTRODUCTION
Or,danslespierresditesortentalesqui appartiennent au Corindon, le fer, combinéavec différentesquantités d’oxigène qui font varier le tissuque ses molécules présentent à la lumière, parcourt presque tous les degrés du spectre solaire (1), en se mêlant alternativement au Rubis, à la Topaze, à l'Émeraude, au Saphir et à l’Améthyste. Quelquefois il passe
brusquement d’une couleur à lautre dans le même individu, dont les différentespartiesoffrentséparémentlejaune de la Topaze ét le bleu duSaphir, ou cette dernière couleur et le rouge du Rubis.
Plus souvent des teintes accessoires se fondent imperceptiblement dans la couleur principale, dont elles modifient le ton. Ainsi une teinte de bleu, en s’asso-
(1) On appelle ainsi l’image colorée que fait naître sur une surface blanche la lumière du soleil qui a passé à travers un prisme. Les couleurs dont elle est peinte sont successivement le violet, l’indigo , le bleu, le vert, le jaune, l’orangé et le rouge.
INTRODUCTION. Xi ciant à un rouge très élevé et tirant un peu à l’obscur , donne le rouge de cochenille. Si dans le même cas la couleur dominante est le rouge vif, on a le rouge cramoisi. Si la teinte additionnelle est le violet, le mélange sera le rouge de rose | foncé, ou le rouge de giroflée.
L’acide du chrome qui colore le Spinelle, admet aussi des nuances accessoires de jaune et de bleu; et telle est la différence qui en résulte entre les tons
de couleurs des divers individus, que les
amateurs distinguent ici deux espèces, savoir, le Rubis spinelle et le Rubis balais, dont l’un est caractérisépar le rouge ponceau ou par le rouge de rose foncé, et l’autre par une teinte plus faible de rouge de vinaigre.
Parmi les autres pierres telles que les Aigues-marines ou Béryls de Sibérie, les l'opazes du même pays et celles de Saxe et du Brésil, etc., on trouve également des séries d’individus dans lesquels la
sav INTRODUCTION.
couleurdominante estplusoumoimsmo:
difiéeparlesteintesadditionnellesqu’elle s'associe. .! | x Lé éclat est aussi Pt de varier jusqu’à un certain point dans la mème espèce, par l'effet de diverses causes accidentelles, dont l’une est l’influence de Ja couleur elle-même, qui en changeant de ton d’un individu à l’autre, détermine une réflexion plus ou moins abondante des rayons qui la font naître.
Ces détails suffisent pour montrer la possibilité qu’une pierre précieuse en impose à l'œil, par sa ressemblance avec une autre pierre d’une nature toute. différente. Ainsi, un Rubis spinelle d’une belle couleur rouge peut être pris pour un Rubis oriental (1), et les méprises de ce genre ne sont pas sans exemple (2).
Il ya des Topazes quiaprèsavoir été rou-
(1) Musée mineral, de M. le a de Drée. Pa ris, 1811, pag. 80.
(2) Pujoulx, Minéral. des gens dumonde, p. 260.
INTRODUCTION. xv
gies par l’action du feu, imitent parfaitement certains Rubis balais (1). On a découvert au Brésil des Tourmalines d’un rouge vif, que l’on met au rang des pierres précieuses, et que des hommes de l’art à quielles étaientinconnues, ont rapportées les unes au Rubis oriental, les autres au Rubis spinelle. Parmi les Aigues-marines jaunes de Sibérie, il en est qui ne diffèrent pas sensiblement par leur aspect de certaines Topazes du Brésil, avec lesquelles on les confond quelquefois (2). Le Saphir blanc approche beaucoup du Diamant par sa limpidité et par son éclat (5), en sorte qu'il faut y regarder de près pour ne pas s’y méprendre (4). Le mélange du rouge au-
(1) L'auteur de l’article Diamantaire de l’Encyclopédie méthodique, Arts et Métiers , tom. Il, r'°partie, pag. 148, suppose que cette Topaze est lé véritable Rubis balais, et n’en connaît point d’autre. Ô
(2) Pujoulx, chid., pag. 268. (3) Tbid, pag. 247.
(4) J’ai été témoin d’une méprise de ce genre.
XVj INTRODUCTION.
rore et d’un peu de brun a été appelé rouge hyacinthe, du nom d’une variété deZircon qui présente cette couleur.On trouve des Grenats qui en offrent une imitation si parfaite, que, suivant RomédelTsle, «il n’est pas possible de décider à la couleur seule, si une pierre taillée et mise en œuvreestde l’espèce de l’'Hyacinthe ou de celle du Grenat (1).»
On connaît aujourd’hui une troisième espècedepierre que j’ai appelée Z'ssorite [Kanéelstein de Werner (2),çquipartage la même couleur, en sortequ’il arrive assez souvent que ceux à qui l’on présente l’une ou l’autrede ces troispierres, nomment constammentl’Hyacinthe, etquelquefois la variété appelée Æyacinthe-labelle. Je suppose icique parmilespierres qui circulent dans le commerce sous le nomd’/7yacinthes s’en trouvequisont
(1) Cristallogr., tome IT, pag. 340 , note 57. (2) J'en donnerai plus bas une courte description, parce qu’elle est encore peu connue.
xvi)
hi ‘HS
dela naturedu Zir: Don, ( quoique, jusqu 1h toutes celles que j ’ai été à F port : ée de e voir soient des Essonites (1). Je n’en. connais qu’une seule qui appartienne au Zircon, et quiaété tirée d’un cristal de cette substanceque j’ai fait tailler moi-mème. Elle a beaucoup de ressemblance par son aspect avec l’Essonite; mais on jugera par le tableau qui sera er à la fin de cet Ouvrage, combien elle en diffère par ses propriétés.
Ces exemples, auxquels je pourrais en ajouter beaucoupd’autres s’il était nécessaire, m'ont fait naître l’idée de choisir les caractères physiques susceptibles
(1) Brisson, en parlant de l’Hyacinthe (Pes. spécif., pag. 74, n° 124), lui attribue la forme du Zircon. Mais la pierre taillée qu’il a pesée, et qu'il croit être de ia même espèce, était visiblement un Essonite, attendu qu’elle en avait la pesanteur spécifique, qui était de 3,6873, au lieu que si elle eût appartenu au Zircon, elle aurait donné au moins 4,2. M. Jameson dit que dans le commerce on substitue souvent au Zircon, tantôt l’Essonite, tantôt un Grenat d’une faible teinte. À pi of Mineralogy , tome T, pag. 23.
XVI) INTRODUGON deu observés dans les pierrés pré- | uses tail es D parm mi ceux qui sont indiqué ae Hi traités de Minéralogie, pour les espèces auxquelles appartiennent ces pierres; d’y joindre les résultats de mes propres observations, et de présenter le tout sous la forme d’une méthode applicable à à la détermination des pierres dont il s’agit. Il m’a paru que cetteméthodeseraitutileauxartistesqui taillent ces pierres et à ceux qui en font le commerce, pour vérifier les indications du coup-d’oeil. |
— Mais c’est sur-tout pour ceux qui forment des collections de ces pierres, que montravailest destiné.On peut dire que parmi les objets qui font partiede ce que nous regardons comme nos richesses,
ce sont les seuls sur lesquels la plupart deceuxquiles possèdent n’aient aucunes connaissances positives. L'idéequecequi “leur a été présenté comme Rubis oriental est réellement une fle ces pierres si
INTRODUÔTION. xix recherchées, qui tiennent le premier rang après le Diamant, est pour eux le sujet d’une satisfaction dont ils ne jouissent que sur parole. J ai ny qu'ils seraient jaloux de pouvoir s'assurer, par des épreuves décisives, de l'authenticité d’un objet auquel ils auraient mis un prix proportionné à l'estime qu’ils y attachent, et de juger si le nom sous lequel ils l’ont acquis est conforme à ce:
lui que leur dicteront ses caractères.
D'ailleurs, les é épreuves dont il s’agit sont’ liées à des expériences faites par elles-mêmes pour intéresser. L'opération de la pesanteur spécifique fournit un moyen très ingénieux de comparer les poids de divers corps, à égalité de volume, avec celui d’un pareil volume d’eau. fs double réfraction, l'un des phénomènes les plus curieux, parmi ceux qui ont rapport à la théorie de la lumière, n’appartient jusqu'ici qu'aux êtres du règne minéral, et c’est le tra-
xx INTRODUCTION.
vail du lapidaire qui la rend susceptible
d’être facilement observée dans les pierres précieuses. C’est encore uniquement dans le même règne qué se trouvent les cristaux qui acquièrent des pôles, électriques par l’action de la chaleur: On connait parmi eux deux espèces de pierres précieuses, la Tourmaline et la Topaze, distinguées, l’une par l’énergie, et l’autre par la durée de sa vertu, après le refroidissement. Plusieurs des mêmes pierres sont remarquables par la faculté de conserver pendant très long-temps l'électricité acquise à l’aide du simple frottement. Enfin, le magnétisme joue, à l'égard des pierres précieuses, un rôle particulier, dans l'expérience où l’aiguille soustraite à l’action du globe terrestre, par l'intervention d’un barreau aimanté, cède à l'attraction presque infiniment petite du fer oxidé, qui colore diverses pierres précieuses. Après s’être borné pendant long-temps à jouir du
INTRODUCTION. xx) plaisir devoir ces belles pierres avec les yeux de l’amateur, on ne peut être qu’agréablement surpris d’éprouver com bien elles gagnent encore à être regardées avec les A du physicien.
Mon travail n’était pas encore terminé, lorsque je me suis senti sollicité ?
par un motif bien puissant, à y mettre la dernière main, et à ‘en accélérer la publication : c’est l’accueil qu'il a reçu de M. Henri-Philippe Hope, qui a bien voulu en prendre connaissance, pendant le séjour qu’il a fait cette année à Paris, etagréer avant son départ, l hommage d’un exemplaire manuscrit de ma
méthode. A ce témoignage d’intérèt, il
en à ajouté un autre qui offre à la fois une preuve de sa générosité, en ornant ma .collection de plusieurs objets, très rares, dont je n’avais que des analogues trop peu caractérisés pour donner des
résultats. décisifs. Dans la vue de. se
mettre à portéede faire lui-même desapplications de la méthode, ils "est procuré