‹ Traité des constructions rurales et de leur disposition (volume 3)Chapitre 3 sur 31 · L. BOUCHARD -HUZARD · texte numérisé non relu

L. BOUCHARD -HUZARD

PROPRIÉTAIRE-AGRICULTEUR, PROFESSEUR A PONTLEVOY ET ORLÉANS, PRINCIPAL DU COLLÈGE DE NOGENT-LE-ROTROU, MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ d'hORTICULTURE, DE CELLE d'encouragement POUR l'INDUSTRIE NATIONALE, ETC., DIRECTEUR DES ANNALES DE L'AGRICULTURE FRANÇAISE, IMPRIMEUR-LIBRAIRE, A PARIS, OFFICIER DE l'université, CHEVALIER DE LA LÉGION d'HONNEUR,

PRÉFACE

Les bâtiments ruraux forment un sujet d'étude qui n'a pas été jusqu'à présent traité par un grand nombre d'écrivains; du moins, si quelques travaux relatifs aux constructions utiles à l'agriculture ont été publiés, on ne peut en rencontrer les éléments que disséminés au milieu d'instructions agricoles ou de projets d'architecture. Les ouvrages spéciaux appartiennent tous à notre siècle, et ils sont plutôt présentés comme des essais que comme des guides dont les instructions s'appuient sur les données d'une longue expérience.

Chez les anciens, dans les auteurs qui sont parvenus jusqu'à nous, on ne trouve rien de relatif à la maison d'habitation du cultivateur : on rencontre bien, dans Caton, dans Varron, quelques descriptions, quelques préceptes même relatifs à la construction des villas; mais ces villas étaient plutôt des maisons de campagne, des habitations de plaisance, que des demeures à l'usage des laboureurs. Les écrits des poëtes latins font foi du luxe employé dans ces censtructions, et on pourrait en trouver la confirmation dans ce témoignage de Pline, qui, donnant le conseil de ne bâtir que lorsqu'on a planté ses champs, et même, après

cela, de ne pas se hâter, ajoute en forme de proverbe : Il vaut

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mieux profiter de la folie des autres : Optimum est [ut vulgo dixere) aliéna insania frui (Pl. Nat. Hist., liv. XVIII, chap. V).

Quant aux constructions relatives aux produits de la culture, on ne trouve, dans les six auteurs agronomiques dont nous avons les ouvrages (Caton, Varron, Virgile, Columelle, Pline et Palladius), que quelques données fort incomplètes sur l'établissement des greniers à grains, des aires à battre, des fosses à fumier, des parcs à moutons, des étables à bœufs, des stalles [bubilia) pour une paire de bœufs appariés au joug.

Cependant Columelle s'étend un peu plus que les autres auteurs sur l'ensemble et les dépendances de la villa, et fait voir que quelques-uns des bâtiments dont elle était formée avaient une destination agricole ; en effet, il la divise en trois parties : Vurbana, la rustica et la fructuaria. « La première contient le logement du maître; la seconde comprend la cuisine, l'habitation des domestiques de culture, les étables, etc. ; dans la dernière sont le cellier à l'huile, le pressoir pour la faire, le cellier au vin, les magasins à foin, les greniers, etc. » Il donne quelques conseils sur la manière dont elles doivent être construites, ainsi que sur leur situation ; mais les détails ne sont pas assez circonstanciés pour qu'on puisse s'en former une idée suffisante {Agriculture des anciens, par A. Dickson).

Vitruve, qui vivait au siècle d'Auguste, n'a pas dédaigné de consacrer un chapitre de son célèbre ouvrage, les x livres d'architecture, à diverses parties des constructions servant à l'agriculture : il est à regretter qu'il ne se soit pas étendu davantage sur un sujet qu'il devait être si bien à même de traiter. A côté de quelques recommandations assez difficiles à comprendre, comme celle de bâtir l'étable à bœufs près de la cuisine et de faire en sorte que des crèches on voie la cheminée et le soleil levant, « afin que les bœufs ne deviennent point hérissés, » elles écuries au contraire dans le lieu le plus chaud, pourvu qu'il ne regarde

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pas la cheminée, « car les chevaux qui sont d'ordinaire près du feu deviennent hérissés : » à côté de ces précautions singulières, on trouve dans ce chapitre quelques indications très-bonnes, telles que les suivantes : « L'exposition des étables sera au levant ; celle du lieu où l'on sert [sic] l'huile, au midi ; celle du pressoir, du cellier à vin, des greniers à blé, à la bise ou au septentrion. Les granges, fenils et greniers devront être loin de la maison, à cause du feu; la largeur des étables à bœufs ne doit pas être moindre de 10 pieds, ni plus grande que de 15, et leur longueur sera réglée sur cette supposition que chaque couple de bœufs doit au moins occuper 7 pieds ; la grandeur des bergeries et chèvreries doit être telle que chaque bête n'ait pasv'moins de 4 pieds 1/2 de place ni plus de 6 ; si le pressoir n'est pas à vis, mais à arbre, il faut que le local ait au moins 40 pieds de longueur et 16 de largeur, ce qui suffira pour y travailler à l'aise ; si l'on a besoin de deux pressoirs, il faudra que le lieu ait 24 pieds de largeur. » (Traduction de Ch. Perrault, 1673.)

Il eût été intéressant de connaître l'état des constructions rurales chez les autres peuples de l'antiquité, et principalement chez les Grecs, oii cinquante auteurs, suivant Varron, avaient écrit sur l'agriculture ; dans leurs livres, il est probable qu'on eût rencontré quelques descriptions de bâtiments ruraux, quoique le climat de la Grèce permette une grande simplicité à cet égard. Malheureusement leurs travaux ont été perdus.

Le premier livre publié en français (vers 1505) dans lequel il soit question de constructions rurales est la traduction de l'œuvre latine d'un auteur qui vivait au xni* siècle. Maistre Pierre de Crescent, de Boulogne-la-Grasse, dans son Liure des Prouffits chÀpestres et ruraulx, a donné quelques préceptes généraux sur les dispositions des bâtiments d'un domaine : il parle « du côgnoistre la bonté ou la malice du lieu habitable, des vens, de leaue conuenable à la vie de l'homme, des cours, hostels et

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combles que Ion doit diuersement faire en diuers lieux, de la disposition de la cour et habitation de par dedans, » mais il s'explique peu sur cette distribution intérieure; le seul détail suffisant qu'il donne en parlant des cours est l'indication pour l'endroit « par ou Ion y peult entrer et yssir, dune largeur de 12 pieds pour passer charettes de foin. » Il insiste beaucoup sur la recommandation de bien choisir l'emplacement du domaine, « affin que par trop grât haste, après le faict ne s'ensuiue dure pénitence du dômaige des parsônes ou des biens, laquelle Ion nesperoit pas quant on edifioit. »

L'auteur français qui a écrit le premier sur l'art rural, Ch. Estienne, docteur en médecine et imprimeur du Roi (1), dans son Agriculture et maison rustique, publiée en 1564, augmentée en 1570 par J. Liébault, son gendre, aussi docteur en médecine, et réimprimée plus de soixante fois depuis, a reproduit tout ce qui nous a été transmis par les anciens sur les constructions de la campagne. Le chapitre cinquième, le Bâtiment et pour pris de la maison rustique, commence ainsi : « Achète paix et maison faite, dit le bon père de famille. » Ce précepte, qui, pris à la lettre, serait peu propre à faire perfectionner les bâtiments ruraux, est suivi d'indications générales à suivre pour l'assiette d'un domaine. On trouve ensuite quelques renseignements sur la tenue des étables : « Fasse la fermière que les servantes curent

(1) Ch. Estienne est l'un des membres de la famille des célèbres et savants imprimeurs de ce nom. Il était le troisième fils de Henri Estienne, chef de la famille, le frère puîné de Robert Estienne, auteur du Thésaurus lingux latinw, et l'oncle de Henri Estienne, auteur du Thésaurus linguas grxcœ, tous imprimeurs du roi, ainsi que plusieurs autres descendants de Henri; Ch. Estienne avait publié en latin, sous le titre de Prxdium ruslicum (auctore Carolo Stephano, 1555, in-8°), le traité qu'il traduisit ensuite sous le litre ù: Agriculture et maison rustique (in-4<>), et mit au jour en 1564, année de sa mort. — Voyez Note bibliographique sur l'Agriculture et maison rustique, par Ch. Estienne et J. Liébault et sur la Chasse du loup par Jean de Clamorgan , ou étude des différentes éditions de ces ouvrages , par L. Bouchard-Huzard. (Fragment de la Chasse du loup, par J. de Clamorgan. Édition de 1806.) Paris, gr. in-S», 40 pages.

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souvent l'étable, car il n'est rien qui fasse tant de bien aux vaches et tant les préserve après le bon fourrage que la netteté de leurs étables ; qu'elles remplissent soigneusement les trous qui sont en l'aire de l'étable où leur pissat croupit, et sèment sur l'aire quelque sable et gravier pour leur entretenir le paturon. »

Nous arrivons au Théâtre d'agriculture et mesnage des champs par Olivier de Serres, seigneur du Pradel, etc., publié en 1600. Cet admirable ouvrage, qui sera longtemps encore un modèle pour les écrivains agricoles par la profondeur des idées, par la clarté, la précision, la bonhomie du style, contient d'excellentes indications, malheureusement trop peu développées, sur les constructions nécessaires à une exploitation. Dans le cinquième chapitre du premier livre intitulé : Dessein du bastiment champestre, Olivier de Serres parle d'abord de l'emplacement à donner au domaine; il indique la position préférable dans diverses circonstances : « ne pouvant prescrire loi certaine, où, comment, et de quoi édifier l'habitation champestre, chacun s'accommodant selon ses moyens et le lieu auquel il est assis, qui le plus souvent, imposant nécessité, contraint dresser le bastiment autrement qu'on ne souhaiteroit » et d'ailleurs prévient-il : « les choses de ce monde ne sont parfaictement accomplies, estant chacune commodité suivie de son contraire. »

A l'imitation des anciens, il donne les conseils suivants, où respirent les principes de la plus sage économie.

« Le logis sera proportionné aux terres d'alentour, d'autant qu'il faut que de là sortent les despenses du bastiment et de son entretien. Et c'est le dire de Caton et autres anciens qui ont commandé de commencer la maison par la cuisine : c'est-à-dire, regarder premièrement au revenu. Se donnera-on aussi garde des fautes (pour les prévenir) qu'en cet endroit firent ces deux grans mesnagers romains, Quintus Scevola et Lucius Lucullus; dont l'un bastit trop petit logis, et l'autre trop grand ; chacun

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d'eux avec incommodité. Car c'est perte de n'avoir lieu assés ample pour vous loger à l'aise avec vostre famille, pour recevoir vos amis, et pour serrer les fruicts que vostre terre porte et le bestail qu'y nourrissés ; comme, au contraire, c'est jetter son argent dans la rivière, voir se ruiner et desfaire soi-mesme que bastir trop amplement et sans nécessité. Et faut qu'à la longue la vanité de telle entreprise soit la fable du peuple, quand ayant basti une grande et superbe maison, elle demeure vuide par faute de revenu : et qu'il falle employer plus de temps à la balier [balayer] qu'à en labourer les terres : et qu'enfin on soit contraint, pour en payer les serrures, vendre et la maison et le domaine, et faire acheter ses folies à autrui. »

Il ajoute qu'il faut laisser à chacun la liberté de se loger à l'aise selon ses moyens « et d'autant qu'on ne peut jamais aller tant justement, qu'en laissant le milieu on ne chée en quelque extrémité, il vaut mieux que nostre mesnager tumbe de ce costé, de faire sa maison un peu trop grande que trop petite ; par ce qu'avec la bénédiction de Dieu, sa famille s'accroist de jour à autre, et en bien mesnageant, la quantité des fruicts de sa terre s'augmente. »

Suit rénumération des locaux nécessaires à l'habitation du gentilhomme campagnard, à laquelle il ne manquera rien, comme on peut le voir par ce passage : « ès galletas du costé du septentrion, sont dressés des privez communs pour les serviteurs, et d'autres pour les servantes, avec leurs montées séparées pour l'honnesteté. » Il indique bien l'orientation, la position relative de ces divers locaux, mais il n'en détaille pas la disposition particulière, si ce n'est celle d'une pièce : tout ce qu'il dit à propos de la cuisine sera lu avec fruit par celui qui veut construire une habitation rurale, quand même il devrait s'arrêter à cette boutade du profond écrivain : « Le dire de messire Anne de Montmorency connestable de France est remarquable, que le gentilhomme

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ayant atteint jusques à cinq cens livres de revenu, ne sçait plus que c'est de faire bonne chère, parce que voulant trancher du grand, mange à sa salle à l'appétit de son cuisinier, oii auparavant prenant ses repas à sa cuisine se faisait servir à sa fantaisie.»

Ce n'est que dans les diverses parties du Théâtre qu'on rencontre quelques détails sur Igi construction des aires à battre, des granges, des greniers à blé, des lieux à fromages, des ruchers, des clôtures, des cisternes, et des celliers « dont la facile descente incite le père et la mère de famille de les aller souvent visiter comme en se proraenans, pour le bien de leur mesnage. »

Combien il est à regretter qu'Olivier de Serres n'ait pas parlé du logement des animaux domestiques;, qii'il n'ait pas écrit un traité complet d'architecture rurale !

Peu de temps après la publication du Théâtre d'agriculture, un jeune architecte parisien, Ponsard, dans son Traité de l'élection ET CHOIX DES LIEUX SALUBRES (1617), a dit quelques mots des étables, des poulaillers et colombiers; ses indications sont fondées sur les préceptes de Ch. Estienne et d'Olivier de Serres.

Le père Vanière, jésuite, qui écrivit au commencement du XVIII® siècle dans le langage de Virgile, et presque sur le plan du Théâtre d'Olivier de Serres, un poëme remarquable paru en 1710 sous le titre de Pr^dium rtjsticum, a consacré plusieurs passages à des préceptes relatifs aux constructions rurales.

Citons quelques bons conseils contenus dans le premier livre :

Ne fundus villam, neque fundum urbana vicissim

Villa requirat : agro sit par domus

Villœ felicibus utere donis :

Dat lapides mûris lellus; dat lucus inemplam Materiem tectis, operisque fabrilibus ; idem Et virides ramos et caedua ligna ministrat, Quais lateres calcemque coquas. Vel fossile terris Efuitur, fluvio vel de propiore pelilunj

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Advehitur plaustris sabulum : quse cuncta parabis Nastentes priiis incipiant quam surgere mûri (1).

Depuis cette époque, toutes lesMaisons rustiques, \esBons Mesnagers n'ont fait à peu près que reproduire ce qui avait déjà été publié ; il en est de même des Dictionnaires, des Cours d' agriculture, si l'on excepte toutefois celui de l'abbé Rozier (1781) où se trouvent des détails assez étendus sur les constructions rurales.

Cependant cette absence de publications ne comporte pas chez les architectes l'exclusion de connaissances spéciales ; on en peut juger par quelques granges, quelques écuries ou étables qui subsistent encore aujourd'hui et qui furent, pour la plupart, construites par des ordres religieux à la fin du xvn* ou au xvni' siècle.

Pendant la même période de temps, il ne semble pas qu'on se soit occupé davantage de constructions rustiques chez les nations voisines. Quelques auteurs, qui n'y ont consacré que peu de lignes, doivent être cependant cités. En Itahe, on trouve d'abord Alberti, auteur d'un livre De re yEDiFiCATORiA (1485). A côté d'assez bonnes indications pour la disposition des mangeoires dans les étables et écuries, on y lit le conseil de ne point placer les fenêtres au-dessus de la tête des animaux, recommandation très-bonne, mais pour laquelle il donne un motif qui doit nous sembler ridicule : « Gardez aussi que les rayons de la lune ne pénètrent par les fenestres iusqu'à leurs testes. Si vne de ces bestes est malade, les rayons de ladicte lune luy sont si dangereux quelle pourroit mourir pour en estre battue. » On peut ju-

(1) Une petite maison ne convient pas pour un grand domaine, pas plus qu'un château pour un fond de terre de peu d'étendue : que l'habitatioa soit proportionnée au terrain... Emploie les ressources que lu as l'avantage de trouver sur ton fond. Le sol fournira des pierres pour les murs; la futaie donnera des matériaux pour le toit et les œuvres de menuiserie, sans que tu aies besoin de les acheter; on y trouvera aussi des fagots et des ramilles pour cuire la brique et la chaux. Le sable de carrière sera tiré du sol, ou celui que fournit la rivière voisine sera amené dans des chariots : tu auras eu le soin de tenir tout cela prêt, avant de commencer à élever tes murailles.

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ger de l'esprit religieux du pays et du siècle par cette recommandation de placer dans le domaine, « tout ioignant l'entrée, vne belle chapelle relouée sur vn plan de digne maiesté, où les amiz suruenans voisent (auant toute œuure) faire leurs prières et orai- ' sons à Dieu pour se réconcilier en sa grâce, et où le père de famille, en reuenant des champs à sa maison, aille prier pour soy et pour la tranquillité de son train et mesnage. » (Trad. de J. Martin, 1552.) On y lit encore : « Le métayer doit estre sur sa porte afin que nul n'entre ou saille de nuyct à son desceu, et quon nemporte rien hors du logis quil ne le voie. » Vient ensuite Grapaldi, qui, dans son livre De partibus ^dium (14-94), donne des indications assez détaillées sur les divers logements d'animaux domestiques : equile, hara, ovile, bobile, caprile, hœdile, agnile, aviarium.

En Allemagne, Golerus (1665),Florini (1722), Hirschfeld (1785), Meinert (1788), Behrens (1796), Riem, Reutter et Heine (1799); et en Angleterre, Switzer (1718), Chambers (1763), Carter (1780), Lugar(1791), Middleton (1793), Laing (1800), étaient les précurseurs des nombreux écrivains qui se sont depuis occupés de ce sujet dans les deux pays. La plupart de ces anciens auteurs n'ont parlé qu'accessoirement des constructions rustiques.

Ce n'est qu'au commencement de notre siècle qu'apparurent quelques ouvrages spéciaux relatifs aux constructions rurales, sous l'inspiration des encouragements donnés par la Société centrale d'agriculture (1) ; nous aimons à en rappeler l'origine, parce que

(1) La Société centrale d'agriculture ouvrit, ea 1790, un concours pour un mémoire sur l'art de perfectionner les constructions rurales; sur les treize projets envoyés, aucun ne fut jugé digne de recevoir le prix. L'année suivante, huit manuscrits furent encore envoyés; le prix fut décerné à M. de Perthuis, élu depuis membre de la Société, pour un mémoire qui, paru en 1805, étendu et perfectionné ensuite, est devenu le Traité d'architecture rurale (1810). Ce n'est qu'après la publication du programme de concours de la Société française que le Bureau d'agriculture de Londres engagea les architectes anglais à s'occuper aussi des moyens de perfectionner ce genre de constructions.

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notre aïeul en fut l'un des promoteurs. Le Traité d'architecture RURALE, par M. de Perthuis (1810), est le seul ouvrage formant un ensemble complet; malheureusement l'auteur n'y a donné qu'un petit nombre d'exemples^ et son livre est aujourd'hui assez difficile à rencontrer. Les autres publications ne furent que des essais ou ne traitèrent que de parties séparées ; on doit distinguer parmi elles la traduction d'un ouvrage anglais faite par de Lasteyrie ( 1802) , V Architecture rurale de Saint-Félix de Mauremont (1820), et les Essais sur les constructions rurales économiques, par Lusson et Morel de Vindé (1824). Les autres ouvrages, ainsi que les traités généraux d'agriculture, dictionnaires, etc., ne contiennent guère que des... imitations de ceux que nous venons de citer ou des travaux publiés en assez grand nombre en Angleterre et en Allemagne à la même époque, et dont la majeure partie est peu applicable dans notre pays.

Cependant les constructions rurales sont moins avancées que celles des villes, et l'architecture des campagnes est encore loin de la perfection que cet art a atteinte dans les cités. « L'art de loger les hommes, les animaux et les récoltes avec simplicité, solidité, économie est le premier problème que l'on ait à résoudre dans la science des campagnes. » (François de Neufchâteau et Huzard : notes à Olivier de Serres, édition de 1804.) Nous avons tenté d'en faciliter la solution.

En publiant le résultat de nos études sur les constructions rurales, études dont l'origine a été la nécessité d'élever pour nousmêmes divers bâtiments de ce genre, et que le désir d'être utile à d'autres nous a fait continuer depuis vingt-cinq années, nous avons eu pour but de fournir quelques renseignements aux propriétaires, peut-être de leur éviter d'assez longues recherches, et do leur présenter, non des modèles à suivre, mais des exemples

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qui pussent leur fournir des indications utiles : les constructions que nous avons fait élever, celles que nous avons visitées dans de nombreuses excursions, celles enfin que nous avons tirées des publications de nos meilleurs auteurs (1), fourniront aux agriculteurs une assez grande variété de dispositions pour leur permettre de choisir celles qui seront le mieux à leur convenance. C'est pour les propriétaires ruraux que nous avons écrit : nous n'avons point la prétention de rien apprendre aux ingénieurs et aux architectes qui se sont occupés de cette question : nous serons, toutefois, heureux s'ils veulent bien trouver, dans certains exemples, quelques parties de dispositions nouvelles, principalement dans ceux de l'ensemble des bâtiments nécessaires à une exploitation, s'ils rencontrent quelque utilité dans l'appréciation des mesures en surface et en capacité que nous avons établies avec le plus grand soin, et s'ils daignent consulter notre livre comme un mémento des conditions recherchées dans les constructions pour les agriculteurs.

Du reste, comme nous avons toujours indiqué les localités oii sont situés la plupart des bâtiments que nous avons décrits, il sera possible d'aller les visiter, de s'assurer des dispositions qu'ils présentent, en vérifiant les changements que nous nous sommes permis d'y apporter afin de remédier aux inconvénients que nous y avons aperçus ou qui nous ont été signalés. On remarquera que nous avons modifié les éléments de construction de beaucoup de bâtiments ; il suffisait de faire connaître leur dispo-

(1) Une discussion récente nous oblige à consigner ici une déclaration. Si nous nous sommes permis de reproduire quelques parties de constructions rurales publiées par quelques auteurs, c'est que nous nous y sommes cru autorisé par des traités passés, à diverses époques, avec les auteurs et nous ou notre famille.

Nous citerons, entre autres, Bella, Bonafous, Chabert, Gilbert, Huzard, Lusson, de Lasteyrie, Legavrian, le vicomte Morel de Vindé, Malézieux, Martin (d'Elbeuf), Menjot-d'Elbenne, Parmentier, de Perthuis, Tessier, etc.

Nous avons toujours religieusement indiqué les noms des auteurs auxquels nous faisions quelque emprunt.

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sition, qui était presque toujours indépendante du choix des matériaux employés.

Le texte de notre traité est accompagné de nombreuses planches et de figures dans le texte ; toutes ont été dessinées par nous ; quelques vues perspectives ont été seulement retouchées par un crayon plus exercé que le nôtre.

La plupart des croquis ont été tracés sur le terrain même ; nous y avons fait les modifications reconnues nécessaires pour des constructions devant être présentées comme exemples : c'est dire que nous en avons éliminé tout ce que les circonstances locales avaient fait disposer d'une manière vicieuse ou peu recommandable. Une petite partie des planches est la représentation des constructions que nous avons fait élever. Quelques-unes seulement sont des projets dont l'exécution nous semblerait réunir toutes les conditions nécessaires dans les circonstances pour lesquelles ils ont été établis.

Chaque planche représentant une construction contient l'élévation principale du bâtiment, presque toujours une élévation de côté, le plan avec la disposition intérieure du rez-de-chaussée, pour quelques maisons d'habitation celle du second étage, et une ou plusieurs coupes en travers permettant de voir les détails renfermés dans la hauteur de l'édifice.

Les p^dnches où sont figurées les réunions de bâtiments constituant des exploitations rurales comprennent un plan principal, et à côté une élévation ou une vue pittoresque permettant déjuger l'aspect général du domaine, la hauteur relative des bâtiments, la symétrie de leur disposition, l'emplacement des annexes, de l'exploitation, des chemins, abreuvoirs, jardins, etc.

Outre ces planches, des dessins placés dans le texte à côté de leur explication reproduisent les principales parties accessoires des constructions, toutes les fois qu'il nous a semblé nécessaire d'en indiquer les détails. Quelques exemples de dispositions gé-

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nérales ont été ajoutés de même à côté des passages où elles sont décrites.

Il eût été désirable que tous les dessins eussent été faits suivant la même échelle de proportion ; mais il était impossible de renfermer des plans d'ensemble dans les limites du format de notre livre, en leur donnant la grandeur qu'il était convenable de prendre pour les parties séparées.

Nous avons donc adopté deux échelles principales : l'une de O^jOOB par mètre pour toutes les planches de la première partie représentant des constructions séparées; l'autre, de 0",002 par mètre pour les planches de la deuxième partie, où sont figurés des plans complets d'exploitations d'importances diverses. Les vues perspectives qui accompagnent ceux-ci ont été basées sur une même proportion : leur premier plan est dessiné à la même échelle 0",002 par mètre.

Les détails intercalés dans le texte ont cependant nécessité une grandeur différente pour leur représentation ; la plupart sont k l'échelle de 0'",01 par mètre, toujours indiquée en note à côté de la figure. Quelques petits plans d'ensemble, rapportés également dans le texte, sont à l'échelle de O", 001. Enfin très-peu de détails n'ont pas reçu de grandeur proportionnelle ; il est facile d'en concevoir les dimensions à l'inspection du dessin ; et, nous le répétons, il ne s'en trouve qu'un très-petit nombre.

Le complément naturel de notre travail était l'indication des prix de revient pour la construction des divers bâtiments qui y sont décrits ; mais les circonstances dans lesquelles on construit à la campagne, dans les diverses parties de la France, sont si variables, qu'il eût été nécessaire, pour la même construction, d'établir dix ou douze estimations différentes, ce qui eût dépassé les limites de notre cadre.

Nous avons donc dû choisir, parmi les devis que nous avions

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dressés, celui qui nous a paru être l'expression d'un prix moyen en France, dans la région pour laquelle nous avons écrit (à une distance de 10 mynamètres environ de Paris).

La pierre, la brique, la chaux, le sable, les bois varient essentiellement de prix, principalement en raison des moyens de transport et de la distance à parcourir pour la mise à pied d'œuvre. Souvent presque tous les matériaux sont trouvés sur les dépendances de l'exploitation même; d'autres fois il faut aller les chercher fort loin ; souvent des matériaux provenant d'anciennes constructions doivent être utilisés pour les nouvelles. Quand le cultivateur opère lui-même les transports, il y a une économie réelle, qui est quelquefois moins considérable qu'elle le paraît, mais dont il faut tenir compte.

Si à ces diverses circonstances on joint l'appréciation des salaires dus aux ouvriers, qui varient en raison de leur activité, et qui sont presque toujours d'autant moins élevés que les ouvriers sont moins aptes à produire et moins habiles, ce qui fait qu'une construction coûte souvent très-cher lorsqu'elle est opérée par des ouvriers à bon marché, on reconnaîtra que les devis de constructions ne peuvent guère être fixés que pour l'endroit même où l'on se propose de bâtir. Toute autre appréciation serait presque toujours considérablement erronée.

Nous ne terminerons pas cette préface sans adresser nos remercîments à toutes les personnes qui ont bien voulu nous fournir des renseignements, à celles qui nous ont accueilU avec tant de bienveillance dans nos voyages, et nous ont permis de visiter leurs domaines, à celles qui nous ont autorisé à reproduire les plans de leurs constructions, à nos collègues de quelques sociétés agricoles qui nous ont donné des avis, aux professeurs enfin dont nous nous sommes efforcé de profiter des leçons. C'est un devoir pour nous de citer :

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Notre oncle J. B. Huzard, fils, médecin vétérinaire, membre et trésorier perpétuel de la Société impériale et centrale d'agriculture de France, membre de l'Académie de médecine, du Conseil général d'hygiène et de salubrité publiques, des Sociétés philomathique , d'horticulture, d'encouragement pour l'industrie nationale, etc., officier de la Légion d'honneur; auteur des Haras domestiques, de l'Esquisse de nosographie vétérinaire, etc.

Notre beau-frère, M. J. Tremblay, attaché au Ministère de l'agriculture, du commerce et des travaux publics ;

MM. Hervé Mangon etNadault de Buffon, professeurs à l'École des ponts et chaussées ;

M. Trélat, professeur au Conservatoire des arts et métiers ;

M. Londet, professeur d'économie rurale à l'École impériale de Grand- Jouan, et rédacteur en chef des Annales de l'agriculture française^ dont nous dirigeons la publication depuis près de vingt-cinq années.

Nous associerons à ces remercîments les artistes qui se sont chargés de reproduire nos dessins, comme graveurs, MM. A. Belhatte, Badoureau, Biaise et Breval ; et, comme dessinateurs sur bois, avec nous. M"" A. Belhatte, et MM. Errard, Coulon et Barbier (1).

(1) Nous croyons devoir y ajouter tous ceux qui ont pris part à l'exécution matérielle de notre œuvre dans l'imprimerie et la librairie fondées, il y a un siècle (1759), par mon bisaïeul Vallat-la-Ghapelle (1), continuées (1771) par sa veuve (2), consacrées aux sciences agricoles et vétérinaires (1792) par mon aïeule M. R. Huzard (3), d'après les conseils de son mari (4) et plus tard de son fils (5), continuées et développées (1824) par mon père (6), continuées ensuite (1841) par ma mère (7), et que nous l'aidons aujourd'hui à diriger dans l'intervalle de nos études.

(1) Ancien secrétaire de M. de Maleslierbes (alors directeur de la librairie), auteur du Calendrier des lois et règlements du royaume de 1762 à 1767, 7 vol. in-18 (1763-1770), libraire au Palais, sur le perron de la Sainte Chapelle. — (2) Marie Bardé, veuve VaIlat-la-Cl.apelle, libraire au Palais, salle Dauphine, et plus tard, imprimeur-libraire, rue de la Jussienne. — (3) Marie-Rosalie Huzard née Vallat-la-Chapelle, imprimeur-libraire, rue de l'Eperon, à Paris. — (4) J. B. Huzard (voir la dédicace). — (5) J. B.

Huzard (voir page 23) (6) h. Bouchard, gendre Huzard (voir la dédicace). — (7) A.J. BoucUard,

née Huzard, imprimeur-libraire à Paris.

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En résumé, nous n'avons voulu présenter, dans notre traité, que des études élémentaires sur les constructions rurales ; peutêtre un jour pourront-elles servir à quelque autre comme point de départ pour des travaux plus complets. Puisse cet espoir se réaliser dans l'intérêt de notre agriculture, et disposer le public à l'indulgence que nous sollicitons pour ce livre !

Pour nous, si nous réussissons à faire construire pour nos cultivateurs des habitations salubres et commodes, ne fût-ce que quelques-unes, nous aurons atteint le but que nous nous étions proposé, et toute notre ambition sera satisfaite. Depuis la première publication de notre travail (1858-1860), nous avons eu quelque contentement à cet égard ; nous avons lu quelques écrits traitant des diverses parties des constructions rurales, et nos indications ont été consultées par leurs auteurs; nous avons vu élever plusieurs domaines et beaucoup de bâtiments ruraux pour lesquels on a bien voulu suivre nos conseils. C'est ce qui nous permet d'espérer que les agriculteurs feront bon accueil à cette seconde édition, dan^, laquelle ont été apportées quelques modifications et de nombreuses additions.

Si quelque bienveillant critique daigne nous signaler les imperfections qu'il aura pu encore remarquer dans notre œuvre, nous nous empresserons de les corriger en le priant d'agréer nos remercîments, et nous essayerons de désarmer la sévérité de son jugement en lui répétant, comme le faisait dernièrement un savant académicien à la fin d'un travail dont l'objet est infiniment plus élevé que le nôtre, ces deux vers d'Ovide {ex Ponto, lib. III, chap. ix) :

Da veniam scriptis, quorum non gloria nobis Causa, sed ulilitas offlciumque, fuit.

.luin 1869.

Louis BOUGHARD-HUZARD.

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