SOMMAIRE GÉNÉRAL
Sous le nom de constructions rurales, nous avons voulu désigner les bâtiments qui sont nécessaires aux cultivateurs pour les besoins divers d'une exploitation agricole : leur disposition, leur aménagement, leur édification feront l'objet de ce Traité et y seront considérés au point de vue de l'économie agricole ; c'est-à-dire que nous essayerons d'indiquer les systèmes les plus avantageux à la fois pour le constructeur et l'usager, dans les circonstances si variées que l'on rencontre dans nos campagnes.
Chacun de ces bâtiments doit satisfaire à des conditions particulières qui dépendent d'abord de l'usage spécial auquel il est destiné et en même temps des relations indispensables à conserver dans l'ensemble de la constitution du domaine.
De là deux parties distinctes dans notre travail : dans la première seront exposées les conditions spéciales que chaque genre de bâti^ ment doit réunir pour satisfaire au but proposé, et les moyens usités
pour remplir ces conditions, c'est-à-dire les dispositions diverses les plus favorables à la destination des locaux; dans la seconde partie, il sera traité de l'agglomération des bâtiments nécessaires à une entreprise agricole , de leur réunion en corps d'exploitation , de leur situation relative, de l'éloignement ou du rapprochement qu'il faut observer entre les diverses constructions pour la commodité du service journalier, des conditions économiques qu'il est désirable de réunir, de tout enfin ce qui constitue l'ensemble du domaine.
— Envisagés dans leur destination particulière, les bâtiments d'une exploitation rurale peuvent encore être divisés en groupes correspondant à chacune des parties qui concourent au but général. Les uns serviront à l'habitation des hommes, aussi bien des chefs appelés à diriger les cultures que des serviteurs ou ouvriers employés comme aides; d'autres renfermeront les animaux domestiques, dont le travail ou les produits constituent les principaux éléments de la prospérité des entreprises agricoles; d'autres resserreront les ustensiles, les machines, les instruments de l'agriculture; d'autres, enfin, abriteront les récoltes et les produits du sol, et serviront à la préparation qu'il est presque toujours indispensable de leur faire subir préalablement à leur consommation ou à leur exportation par le commerce. Chacune de ces catégories de bâtiments composera les éléments d'un chapitre correspondant dans la première partie de ce traité.
La maison d'habitation devait nécessairement avoir la priorité dans l'ordre de nos études : l'amélioration de la demeure de l'homme des champs est un but trop utile à atteindre pour que nous n'ayons pas essayé d'y contribuer de tous nos efforts. Qui n'a bien des fois gémi, en parcourant nos campagnes dans la plus grande partie de la France, de voir les affreuses cabanes où nos paysans étaient réduits à se loger, c'est-à-dire à prendre leurs repas, à vivre en famille, à élever leurs enfants, à se reposer du travail, à se livrer à un sommeil réparateur? Combien y a-t-il de ces bâtiments qui puissent satisfaire à leur destination d'une manière convenable? Appelé à
construire des maisons de cultivateurs, nous avons cherché à nous rendre compte de ce qu'il fallait établir pour leur usage, nous avons examiné avec le plus grand soin les besoins de l'homme des champs et les satisfactions qu'il devait trouver dans son habitation, suivant les diverses circonstances où il peut se trouver placé. En décrivant les moyens à employer dans ce but, nous avons voulu faire pour la classe de nos ouvriers agricoles ce que tant d'autres ont essayé pour les ouvriers de nos manufactures ou de nos cités.
La salubrité d'une habitation devant être la principale préoccupation d'un constructeur, il fallait d'abord indiquer les moyens de l'obtenir : les conditions générales d'établissement qui comprennent l'exposition, le pavage, le plafonnage, les portes et fenêtres, les auvents, le perron extérieur, l'élévation au-dessus du sol environnant, ont été détaillées l'une après l'autre; leur description a été complétée par des considérations sur la distribution et la convenance générales du local. C'est alors qu'il fallait examiner et ranger les habitations en diverses classes : sans attacher une grande importance à des divisions dont il serait plus que difficile de déterminer les limites, nous avons d'abord parlé des habitations pour les journaliers, puis de celles nécessaires au chef d'une petite culture, à celui d'une moyenne exploitation, au directeur d'un grand domaine.
Des exemples divers ont été présentés pour chacune de ces catégories, principalement pour les deux premières, celles des journaliers et des petits cultivateurs : leurs habitations appellent une étude attentive, parce qu'elles doivent nécessairement être peu coûteuses dans leur construction, et cependant être salubres et commodes. Les distributions d'habitations pour moyennes exploitations pourront fournir des indications utiles. Enfin, pour les grands domaines où le propriétaire est souvent le chef des cultures, en insistant sur une disposition qui permette la surveillance de l'œil du maître, nous devions nous borner à trois ou quatre exemples, ne voulant point écrire sur les maisons de plaisance, villas, châteaux, qui étaient hors du cadre de notre traité.
Le logement des animaux domestiques est souvent encore bien
négligé dans nos exploitations rurales, quelquefois même dans celles qui sont conduites avec discernement et habileté. Cependant de la bonne tenue des écuries et des étables dépend la prospérité des animaux, qui en sont un des principaux agents ou produits. La salubrité de ces locaux doit donc appeler l'attention première du constructeur : il trouvera dans notre travail d'abord les conditions d'établissement communes à tous les logements d'animaux, ce qui a rapport à l'abri contre l'humidité, à l'exposition, à la lumière, à l'aération et à l'assainissement, àl'établissementdes ventouses, quel'ondoit regarder comme l'un des principaux moyens d'assurer la santé des animaux. 11 pourra ensuite parcourir l'exposé des conditions pour l'établissement des locaux particuliers aux diverses espèces. Aussi, pour les écuries, l'exposition, la construction des portes, des fenêtres, des rouleaux dans les portes, du sol, du pavage, des pentes, des rigoles d'écoulement, des plafonds, des diverses compositions d'auges et de râteliers, les séparations entre les animaux, les anneaux pour les attacher, le coffre à avoine, la sellerie et sa disposition sont passés en revue détaillée et complétée par l'évaluation des dimensions en surface qu'il convient de donner aux chevaux, et celles de la hauteur de l'écurie. Viennent ensuite l'appréciation des diverses dispositions d'écuries dans les bâtiments et de la surface qu'elles réclament suivant qu'elles sont simples ou doubles, en long ou en travers dans les constructions, avec ou sans couloirs pour l'alimentation; ainsi que celles des boxes servant à l'élevage ou à l'entretien des chevaux, des loges pour haras, des abris en plein air pour les juments et poulains. La comparaison entre les dimensions nécessaires à une écurie et celles d'une étable termine cette section.
Des détails analogues sont donnés pour les étables : après l'indication des parties semblables à celles des écuries, on trouvera les détails de construction des crèches, auges, râteliers, séparations, des pavages, des planchers à claire-voie, l'évaluation des dimensions que réclament généralement les animaux de l'espèce bovine, puis les dispositions diverses d'étables , simples ou doubles , longitudinales, transversales, mixtes, circulaires, avec ou sans couloir pour la distribution des aliments, des boxes de systèmes variés, des étables et boxes à veaux.
Les bergeries sont traitées avec les mêmes détails pour la construction de leurs diverses parties, des crèches simples ou doubles, fixes ou mobiles ou transportables, pour les dimensions de surface exigées par les bêtes à laine, pour la disposition des locaux en bergeries à travées simples, doubles, multiples, transversales, à compartiments, à couloirs, avec planchers à claire-voie, avec parcs attenants pour la promenade des moutons.
Pour les porcheries, nous avons parlé des modifications à apporter aux exemples précédents dans la construction des portes et des fenêtres, du pavage, des auges, du placement de celles-ci, des séparations entre les loges, des cours attenantes, des dimensions des unes et des autres, des bassins et baignoires; des dispositions de porcheries simples ou doubles, avec ou sans couloir, etc. ; des dispositions générales d'ensemble qu'il convient de leur donner pour former des établissements distincts ou des annexes à une exploitation rurale.
Nous avons cru devoir ensuite consacrer quelques mots au logement du compagnon de l'homme, du chien; le chenil a été étudié sous les distinctions de loges à chiens, de petits et de grands chenils, avec leurs dépendances et accessoires.
Un petit animal, élevé quelquefois dans nos exploitations, a fourni le sujet d'une autre division; le lapin peut être entretenu dans des loges, des cabanes, des clapiers, des garennes artificielles dont diverses variétés ont été décrites.
Après les mammifères, les oiseaux devaient occuper dans notre travail une place relative à l'importance qu'on leur accorde dans les domaines : nous avons parlé des conditions générales d'établissement poulailler , de sa salubrité, de son aération, de son exposition, des précautions à prendre contre les animaux nuisibles, des détails de construction de portes, fenêtres, juchoirs, nids, mangeoires, abreuvoirs, épinettes, etc. Les exigences particulières à chaque espèce, aux poules, dindons, paons, faisans, perdrix, cailles, pigeons, canards, oie^et cygnes, ont été décrites et suivies de la représentation de dispositions diverses pour l'ensemble des basses-cours, communes, à compartiments ou mixtes.
Les deux dernières divisions de ce chapitre sont consacrées aux insectes, aux abeilles et aux vers à soie, qu'on élève comme accessoires des cultures, les premières presque partout en France, les seconds dans les parties méridionales seulement. Les ruchers à l'air libre, les ruchers couverts et les ruchers fermés ont leur description particulière et précédée de l'énumération des conditions nécessaires à la prospérité des abeilles. Les magnaneries étudiées avec détails sommaires ont été divisées en deux classes, l'une destinée à la production de la soie d'une manière permanente ou temporaire, l'autre destinée à la multiplication des vers : cette division est le résultat d'appréciations portées sur les circonstances dans lesquelles se sont produites les maladies si désastreuses dont les vers à soie ont été victimes dans ces dernières années.
A côté de ces instruments animés, s'il est possible de s'exprimer ainsi, l'agriculture emploie d'autres instruments, des machines, des outils, des appareils divers. Pour la conservation de ces objets, des abris sont indispensables. Un chapitre est destiné à la description des chambres à outils, des ateliers, des hangars, des remises; nous avons choisi, dans la variété de construction qu'ils présentent, les dispositions les plus élémentaires à la fois et les plus aptes à satisfaire aux besoins de nos exploitations.
Un quatrième chapitre est consacré aux bâtiments qui ont pour but la conservation des récoltes, des produits du sol et à leur préparation rustique, c'est-à-dire celle qu'il est nécessaire de leur faire subir avant de les livrer au commerce. On y trouvera des détails sur la construction des fenils ou magasins à fourrages , des granges pour les grains , avec ou sans emplacement pour des machines à battre , des gerbiers couverts ou découverts , des supports de meules , des cages à maïs , des graineries ou greniers pour la conservation des grains, des fruiteries, des séchoirs employés pour la dessiccation des plantes économiques et principalement du tabac, des serre-légumes, des silos, des caves, celliers, vendangeoirs, des laiteries, des glacières, des bûchers, des fours et fournils, des fourneaux pour la pré-
paration des aliments destinés au bétail, des féculeries et distilleries rurales, etc. Nous rangeons dans la catégorie des produits d'une exploitation les fumiers , et nous parlons de la disposition de leur emplacement, des fosses et réservoirs à purin, des pompes pour son usage, des filtres pour eaux d'égout, des latrines rurales fixes ou mobiles , qui peuvent être considérées comme les annexes des emplacements pour fumiers.
Un autre chapitre contient la description succincte des constructions destinées à recueillir les eaux dans une exploitation rurale, réservoirs, étangs, bassins, citernes, abreuvoirs, sources, puits, puisards.
Le sixième et dernier chapitre traite des clôtures fixes ou mobiles, barrières, chemins, ponts, ponceaux et passerelles, utiles dans les alentours des domaines.
— La seconde partie a pour- but tout ce qui concerne la réunion des divers bâtiments nécessaires à une exploitation. La multitude des circonstances variables suivant les pays, le climat, la nature du sol, la proximité ou l'éloignement des lieux d'écoulement pour les produits, des voies de communication, des cours d'eau, des terres en culture, étant Ja cause d'une grande diversité dans les spéculations agricoles , il n'était pas possible de poser des règles pour la composition d'une exploitation par rapport à son importance ; il fallait se borner à des indications générales sur la concordance qu'il serait à désirer qu'on pût établir entre les constructions d'un domaine, pour satisfaire avec le plus d'avantage et d'économie possible aux intentions de son chef. C'est avec ces réserves que nous avons parlé de la situation la plus favorable pour asseoir un domaine, ainsi que de l'emplacement des diverses constructions relativement les unes aux autres. C'était une introduction pour arriver aux différentes formes qu'on donne aux cours, ou à la disposition des bâtiments sur une seulo-ligne , sur deux lignes , sur deux , trois ou quatre côtés d'un rectangle , d'un carré , d'un polygone , et même sur un plan formé de la réunion de plusieurs de ces figures : les exemples des prin-
cipales formes comportent, à côté de vues d'ensemble (pl. 1, fig. 1, frontispice), les détails de distribution intérieure. Cette étude a été terminée par la présentation de plusieurs projets réunissant divers avantages que nous voudrions toujours voir ménager lors de la construction d'un domaine, à savoir : la facilité de surveillance par le chef et la faculté de pouvoir agrandir ou modifier les bâtiments sans détruire l'ensemble , lorsque les circonstances l'exigent et dans une certaine limite, bien entendu.
— Dans une troisième partie, qu'il eût peut-être été plus rationnel de faire précéder les deux autres, nous avons donné des détails sur divers modes de construction, des renseignements sur quelques matériaux. Les limites imposées à ce livre nous ont obligé à être très-succinct dans leur description : des développements ont cependant été donnés à ce qui regarde la couverture des bâtiments, partie importante, mais toujours trop négligée dans les constructions rurales. Ces détails, auxquels a été joint un essai de devis des frais d'établissement, ne seront de quelque utilité qu'aux personnes qui n'ont point encore fait bâtir; c'est pour cette raison que nous les avons relégués à la fin de notre travail.
— Enfin, pour compléter les données historiques rapportées dans notre préface sur les bâtiments ruraux et sur les écrivains qui s'en sont occupés à diverses époques , nous avons dressé un catalogue des principaux ouvrages publiés sur ce sujet, d'après les documents puisés dans notre collection particulière, dans les bibliothèques publiques et dans les recueils bibliographiques. Cette nomenclature pourra faciliter les recherches aux personnes qui voudront étudier les divers systèmes de constructions rurales proposés jusqu'à ce jour : nous leur aurons ainsi fourni le moyen de compléter les connaissances dont nous avons eu pour but de propager les éléments , dans l'intérêt de la santé de nos cultivateurs et de la prospérité de notre production agricole.