‹ Traité des constructions rurales et de leur dispositionChapitre 10 sur 89 · JARDINS · texte numérisé non relu

JARDINS

Les jardins sont encore une annexe indispensable des bâtiments d'un domaine. Leur position doit être autant rapprochée que possible de l'habitation; la communication directe est même utile. Dans les petites ou dans les moyennes exploitations, le jardin trouve place, presque toujours, derrière la maison; dans les grands domaines, où les jardins ont plus d'étendue et se divisent en verger, en fruitier, en potager, il est quelquefois plus difficile de les grou-

per autour de l'habitation : alors il faut réserver toujours un jardinet, quelque petit qu'il soit, auprès de celle-ci : pendant la belle saison, le chef peut s'y reposer un instant, sans s'éloigner de chez lui et sans compromettre la surveillance générale.

— Le potager d'un petit domaine, où ne se trouvent généralement pas d'arbres fruitiers, doit être à côté des bâtiments, en bon terrain, et exposé au soleil; il faut éviter que de grands arbres le couvrent de leur ombrage, ou qu'ils épuisent le terrain par leurs racines s'étendant quelquefois fort loin. La clôture sera de préférence un mur à hauteur d'appui ou plus élevé, établi en pierres sèches ou autrement; les clôtures en palissades peuvent être employées, mais elles ont Tinconvénient de durer peu; les haies vives, en aubépine, en troëne, etc., servent d'asile aux insectes qui ravagent les plantes cultivées.

Le jardin d'un domaine moyen est ordinairement à la fois fruitier et potager, c'est-à-dire que la culture des arbres fruitiers y est mêlée avec celle des plantes potagères ; les premiers sont soumis à la taille, et disposés soit en pyramides ou formes analogues dans l'intérieur du jardin, soit en espaliers le long de ses parois latérales. Celles-ci, à notre avis, devraient toujours être formées par des murs» en maçonnerie économique autant que possible, en pisé, en bauge même; la hauteur sera de 2 à 3 mètres. Un chaperon et même un auvent avec saillie pour abriter les espaliers y sont très-utiles (voir Clôtures fixes, pages 550 à 553). Les frais d'établissement d'une pareille muraille sont plus que compensés par les produits que donnent les arbres taillés en espaliers.

Les jardins des grands domaines doivent être clos aussi par des murs autant que possible, surtout les fruitiers-potagers; le verger seul, où sont des arbres fruitiers à haute tige, pourrait, à la rigueur et à cause de son étendue, être fermé par des haies vives ; mais il vaut encore mieux l'entourer par des murs où l'on appuie des espaliers; on garantit ainsi les fruits contre les animaux nuisibles et contre les maraudeurs.

Les jardins d'agrément, comme les jardins mixtes, c'est-à-dire à

la fois de produit et de récréation, attiendront au logis du chef d'une grande exploitation, au moins par une de leurs extrémités.

— Quant à la disposition des jardins, la régularité et la symétrie doivent être observées dans ceux qui sont destinés uniquement à la culture des légumes ou à celle des arbres fruitiers soumis à la taille, comme la simplicité dans tous les autres; nous renverrons, pour l'étude de cette disposition, aux ouvrages spéciaux, principalement à celui de G. Thoiiin {Plans raisonnes de toutes les espèces de jardins, in-folio, 58 planches, 1828, 3e édition). Celui qui s'occupe du •tracé d'un jardin, quel qu'en soit le genre, le jardiniste, consultera encore avec fruit le travail de M. Chevreul sur le contraste des couleurs (déjà indiqué page 611); avant l'exécution d'un projet de jardin, comme moyen de se rendre compte de l'effet qu'il produira, il sera bon de rappeler le conseil donné par le savant auteur, de tracer sur un papier gris le plan des massifs que l'on veut former, et de coller, sur les points qui représentent ceux que l'on destine aux différentes plantations, de petits cercles de papier de la couleur des fleurs des végétaux ou de celle de leur feuillage : on jugera ainsi de l'effet que présenteront les plantations; il sera alors facile de les modifier, s'il y a lieu, sans courir le risque d'effectuer inutilement des travaux plus ou moins considérables.

Page 1