ANNEXES POUR HABITATIONS D'OUVRIERS
Dans les grandes exploitations, il est souvent utile de pouvoir offrir des logements à proximité du domaine aux familles d'ouvriers que Von y emploie la plus grande partie de l'année. En leur procurant un logement confortable, en même temps qu'économique pour eux, et un petit jardin, on peut s'attacher quelques-uns d'entre eux et les engager à se fixer pendant une ou plusieurs années près du domaine où ils trouvent du travail.
Nous n'avons pas à revenir sur la disposition des habitations à l'usage des ouvrier^ de la campagne, nous en avons donné bien des exemples dans la première partie de ce traité (chapitre Ier) ; nous dirons seulement quelques mots de l'arrangement d'un certain nombre de ces demeures dans le voisinage de l'exploitation.
La condition la plus importante à remplir dans la distribution de ces logements, par rapport les uns aux autres, est que chaque famille puisse y être indépendante et qu'elle n'ait pas de communication indispensable avec ses voisins.
Quelques constructions accessoires seulement, comme les fours, les puits, les réservoirs, les lavoirs, peuvent être d'usage banal ; mais il faut qu'elles soient assez nombreuses pour que tout le monde en profite à^son tour, aussi fréquemment que le comportera le besoin et sans une attente qui deviendrait une gêne sérieuse.
On obtiendra ce résultat par la création d'une espèce de hameau placé à quelques centaines de mètres de l'exploitation, et dans des conditions de salubrité, d'orientation, de facilité d'accès, autant que possible analogues à celles où le domaine doit être disposé. Ce hameau, qui pourra, suivant son importance, devenir un village, sera tracé sur une ou plusieurs lignes de bâtiments d'habitation, dans l'intervalle desquelles on établira les constructions à usage banal.
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On accordera pour chaque ménage un jardin clos dont la surface variera entre 5 et 1 0 ares.
Chacune des habitations pourra être placée isolément, soit au milieu du jardin (fig. 800), soit en avant ou au fond de cet enclos.
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Fig. 800. Fig. 801. Fig. 802.
On obtient quelque économie dans l'exécution en accolant deux de ces maisons entre elles par le pignon (tig. 801), ou en les adossant par une des faces (fig. 802). Les maisons doubles ainsi formées présentent à peu près les mêmes garanties d'isolement aux ménages, pourvu qu'une clôture bien établie divise les jardins en s'appuyant sur le bâtiment à la ligne séparative dans la distribution intérieure : dans aucun cas, une fenêtre d'une des habitations ne doit ouvrir sur le jardin du compartiment voisin.
Les frais de construction seraient encore moindres si on établissait des maisons pour quatre ménages, suivant l'une des formes indiquées au plan dans les fig. 803, 804 et 805, surtout en exhaussant les bâtiments de manière à ce qu'un premier étage contienne une ou
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Fig. 803. Fig. 804. Fig. 805.
deux chambres, le bas étant réservé pour la cuisine et les locaux accessoires (1 ). Mais, avec ces dispositions, il est. impossible de donner à chacun des quatre compartiments la même exposition solaire; c'est
(1) Dans la ferme des Tirés de Saint-Germain, pl. 175 et 17G, page G'J2, on voil, B et B', deux bonnes dispositions de maisons ouvrières.
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une difficulté qui excite parfois des jalousies, à cause des avantages qu'un logement bien orienté présente sur celui qui n'a pas une exposition analogue. On pare bien à cet inconvénient par un système de roulement entre les habitants, en accordant le choix des logements vacants aux ouvriers les plus âgés ou à ceux qui sont depuis le plus long temps employés sur l'exploitation ; néanmoins nous croyons qu'il est préférable de disposer les habitations sur une seule ligne, comme dans lés fig. 800, 801 et 802.
Enfin, au même point de vue économique, on préférera placer les maisons d'ouvriers à côté les unes des autres sur une ligne continue plus ou moins longue, suivant le nombre de ménages que l'on doit loger : Sinclair avait ainsi construit (voy. fig. 794, page 708), a côté de sa ferme, deux lignes de maisons pour ouvriers ruraux. L'inconvénient de cette disposition est le peu de largeur qui en résulte pour les jardins, ceux-ci ne pouvant être plus étendus que la façade d'un des compartiments, c'est-à-dire ne dépassant guère 8 à 10 mètres de large ; il faudrait leur donner 50 mètres de long pour que leur surface fût de 4 à 5 ares. Pour faciliter l'accès de l'habitation, il sera préférable de disposer en avant une petite cour de 5 à 6 mètres seulement, et de rejeter le jardin derrière le bâtiment.
Un exemple de construction de ce genre destinée à cinq ménages est représenté, dans la pl. 186, en élévation longitudinale par la fig. 806, en élévation latérale par la fig. 808 et en plan par la fig. 807; nous en avons puisé les indications dans le travail d'un architecte écossais (1), mais en y apportant quelques modifications que nous croyons nécessaires pour nos ouvriers.
Le bâtiment se compose d'une partie centrale dont la distribution est seule particulière; de chaque côté se trouvent deux autres constructions symétriques et comprenant chacune deux habitations à peu près semblables.
Voici la composition du logement destiné à chaque ménage :
(I) Essay on the construction of cottages, by G. Smith. Edinburgh, 1834, in-8".
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», vestibule ou entrée au-dessus d'un perron ; au fond est un cabinet pour serrer les outils.
a, chambre d'habitation (3m,50X5m" 50).
6, cuisine avec alcôve fermée, ayant 2m,'IO de longueur et 1 m,20 de profondeur, pouvant servir pour un lit d'enfant;
c, laverie (2m,50X3m);
d, garde-manger (1m,50X3m);
e, bûcher et cellier (1m,50X3m) ;
/.:, latrines derrière lesquelles est un emplacement pour cendres, menus débris, fumier, etc.
L'habitation centrale est seule augmentée d'une chambre dans le comble ; on y arrive par un escalier ouvert dans le vestibule. Les pièces du rez-de-chaussée sont un peu plus grandes que celles des autres logements ; elles ont 4m sur 5m,50. A chacune des habitations extrêmes est ajouté un appentis formant un petit cabinet pour la chambre principale et un poulailler i ouvert au dehors.
Si on établissait un plus grand nombre de compartiments, les deux appentis seraient reculés aux extrémités.
Ainsi que le montre le plan, une petite cour est ménagée derrière, et un jardin devant chaque habitation. Suivant la disposition des localités, le jardin pourrait être placé derrière le bâtiment et on y accéderait en traversant la cour; il faudrait cependant alors qu'un sentier fût ménagé le long de la ligne des jardins, pour qu'on pût y amener des fumiers ou du terreau et enlever les débris sans être obligé de traverser la maison : le vestibule de celle-ci s'ouvrirait alors directement sur la rue ou sur le chemin ; nous croyons préférable de disposer une cour ou un petit jardin devant l'habitation (1 ).
(1) Ou consultera utilement pour la disposition des logements d'ouvriers les ouvrages suivants : — des Habitations ouvrières, par Henri Roberts, traduit et annoté par ordre du Président de la République (Napoléon III). Paris, 1850, in-4°, figures; — Habitations ouvrières et agricoles, cités, bains et lavoirs, etc. par E. Millier. Mulhouse, 1856, gr. in-8" et atlas in-folio ; — Sur la nécessité d'une double réforme de l'architecture domestique spécialement appliquée à la conslruciioji de maisons pour les classes moyennes et ouvrières, par F. Abate. Sahil-Germain-en-Laye, 1856, iu-i", figures.
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pl. I8G.
Jonslruclions rurales. —
Logements d'ouvriers.
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ANNEXES DES DOMAINES
Logement des ouvriers étrangers. — Il est encore un autre besoin qui se manifeste dans les grandes exploitations, où l'on emploie temporairement des ouvriers étrangers, comme à l'époque de la moisson; il faut leur procurer un logement pendant le temps où ils résident. On destine souvent à cet usage des parties de combles où l'on forme des cellules ou des dortoirs; mais il est préférable de leur réserver un pavillon isolé, comme celui qui a été indiqué précédemment (page 655, pl. 151 et 152).
II faut absolument interdire aux étrangers le séjour dans les écuries ou dans les étables ; on a prétendu que des épizooties pouvaient être transmises par des vêtements de personnes qui avaient séjourné dans des localités infestées par ces maladies; on a aussi quelquefois reproché, aux femmes principalement, de traire les vaches et de faire sécher des linges humides sur le dos des animaux ; on a encore attribué aux hommes qui fument le tabac des négligences ayant causé des incendies.
Une classe d'étrangers pour laquelle il faut prendre quelques précautions est celle des voyageurs inconnus demandant asile pour une nuit ; dans beaucoup de domaines, on dispose une pièce spécialement destinée à les recevoir ; on a même recommandé que ce local fût recouvert par une voûte, que les fenêtres en fussent grillées, que la porte se fermât solidement en dehors avec un bon verrou dont la queue s'engageât dans une serrure ; cette dernière précaution avait pour but d'éloigner les vagabonds, qui, n'aimant pas à être renfermés, ne viennent pas chercher une hospitalité dont ils seraient quelquefois tentés d'abuser ; ce dont il est bon de leur enlever les moyens.
Sans pousser aussi loin les craintes que peut faire naître la présence d'étrangers dans l'intérieur d'un domaine, le soin de la surveillance générale justifiera suffisamment l'établissement d'une construction spécialepour leur donner asile, construction qui sera divisée en deux parties, sans communication directe entre elles, l'une pour les ouvriers temporairement employés sur le domaine , l'autre pour les passagers ; dans celle-ci un lit de camp en bois et une fenêtre
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d'aération suffiront pour l'aménagement, tandis que dans la première il faudra installer des lits (en fer, autant que possible), des planches pour déposer des habits, une cheminée, des fenêtres de grandeur suffisante, enfin tout ce qui est nécessaire pour le séjour et le repos d'hommes qui contribuent par leur travail à la prospérité de l'exploitation.
• La construction de ce local spécial ne sera pas une cause d'augmentation bien grande dans la dépense, parce que le directeur du domaine trouvera toujours moyen de lui donner une utilisation profitable à ses intérêts, alors qu'il n'aura pas besoin d'y loger des ouvriers étrangers.