‹ Traité des constructions rurales et de leur dispositionChapitre 19 sur 89 · FERMES ANGLAISES · texte numérisé non relu

FERMES ANGLAISES

Le climat spécial à la plus grande partie de l'Angleterre, climat favorable à la production fourragère et exempt de brusques variations de température, permet l'élevage des animaux domestiques sans qu'il y ait besoin de les renfermer dans des étables closes, et la conservation des récoltes à l'air libre sans qu'il soit nécessaire de les emmagasiner dans des granges ; ainsi l'on ne rencontre pas de bergeries dans ce pays où cependant on élève tant de bêtes à laine, et l'on voit de simples hangars, avec une cour attenante, servir à l'entretien et même à l'élevage des bêtes bovines ; partout les fourrages, comme les céréales, sont entassés en meules dans le voisinage des exploitations.

D'ailleurs, la moyenne culture y est peu en usage : des travailleurs [labourers) exploitent quelques acres (40 ares) de terrain, ou bien des cultivateurs [gentlemen farmers) dirigent de très-grandes entreprises agricoles qui prennent les proportions d'établissements industriels considérables, de véritables fabriques de produits ruraux.

Les constructions à l'usage des premiers se bornent à un cottage et à un petit bâtiment annexe ; celles nécessaires aux seconds constituent une agglomération de bâtiments entourant plusieurs cours, qu'on pourrait presque désigner par quartiers. Les premières n'ont rien qui mérite d'être signalé, nous renverrons aux exemples donnés pour les habitations dans la première partie de notre travail ; mais la disposition des grandes fermes est remarquable par les facilités qu'elle offre aux différents services de l'exploitation.

C'est pour cette raison que nous présenterons quelques exemples de la forme générale des fermes anglaises; elles ont été l'objet de tant d'éloges chez nous, que nous ne pouvons omettre d'en parler. Nous croyons cependant qu'elles ne sont guère imitables en France : l'absence des locaux nécessaires sous notre climat, comme les bergeries et les fenils, la grande séparation entre les diverses parties du domaine empêchant une surveillance immédiate, le défaut d'harmonie entre les constructions contrastant avec nos habitudes, et enfin l'éloignement du logis ou au moins son emplacement en dehors des autres bâtiments du domaine, sont des motifs que nous croyons suffisants pour justifier la difficulté d'imitation des fermes anglaises. Il y a cependant une partie de leur disposition qu'on ne saurait trop recommander, c'est l'addition de cours particulières à chacun des logements d'animaux, ou la division de la cour générale en compartiments ; nous en avons donné deux exemples d'imitation dans les plans des domaines représentés dans les pl. 159 et 160 (page 670)etdans les pl. 167 et 168 (page 681); l'application pourrait en être étendue à beaucoup d'exploitations rurales.

La disposition compliquée des grandes fermes anglaises peut être ramenée à deux types principaux représentés dans les fig. 790 et 791. Dans l'un comme dans l'autre, la maison d'habitation est

placée en avant ou sur le côté à quelques dizaines de mètres de distance ; cet intervalle est occupé par un petit parterre ou une pelouse. Il en est de même pour les fermes peu nombreuses dont l'importance est moyenne ; celles-ci comprennent généralement deux cours séparées par un petit bâtiment; l'une d'elles est destinée au service général, l'autre aux bestiaux et aux fumiers.

La ferme (fig. 790) se divise en trois parties ou plutôt comprend trois cours : la première A, dans laquelle s'ouvre l'entrée principale, est la cour de service, les deux autres sont réservées aux bestiaux et aux chevaux. En voici la distribution générale : a, magasin; b, hangars ; ce , écuries et étables ; dd , bergeries; ee , étables ;

grange et machine à battre.

o'",ono5

Fis, 7'JO.

La ferme (fig. 791) ne diffère de la précédente que parce que les cours des animaux sont divisées en deux parties par des bâtiments.

Fi-. 791

Elle se compose ainsi : A, cour de service entourée d'un côté par des écuries, del'autre par des hangars, et au f( nd par la grange g, avec un

magasin pour la paille à gauche et des magasins pour grains à droite ; B, cour des écuries ; C, cour des bergeries ; DD, cours des étables.

— Gomme exemple, nous reproduisons ci-contre le plan (fig. 793) et l'élévation (fig. 792) d'une ferme que le professeur écossais David Low a décrite dans ses Éléments d'agriculture pratique (voir note, page 417), et qu'il recommande comme les plus convenables pour une ferme de grande étendue, répondant à un système d'agriculture mixte, de culture et d'élevage des bestiaux. La légende en indique la disposition ; on peut voir facilement qu'elle est basée sur la nécessité, dont le constructeur était préoccupé, de faire communiquer la grange avec les logements d'animaux ; car, les granges étant l'endroit d'où la paille pour fourrage ou litière est portée dans les écuries, dans les lieux où l'on prépare la nourriture et dans les hangars, il faut faciliter ce service, et par conséquent placer les granges au centre de la ferme.

« La disposition la plus convenable pour les hangars d'une ferme qui réponde au système indiqué ci-dessus, dit David Low, est dans la forme d'un rectangle ouvert d'un côté , généralement de celui du sud, afin d'admettre l'air dans les cours pour les bestiaux et les laisser jouir du soleil en hiver. C'est une règle qui demande la plus grande attention dans la pratique, car il n'y a pas de faute que commettent plus souvent les architectes, en élevant les bâtiments d'une ferme, que celle de les entasser les uns sur les autres, sous le prétexte de leur donner plus de solidité, comme si quelques pieds d'espace de plus entre les bâtiments, espace absolument nécessaire, faisaient quelque chose sur une ferme.

•< 11 faut se rappeler que les bâtiments représentés dans le plan ci-contre sont destinés pour une ferme de grande étendue et où l'on suppose que tous les arrangements sont complets ; sur un domaine moins considérable, on peut en diminuer et même en supprimer plusieurs. On doit dire aussi que ces bâtiments servent pour une ferme où l'on élève et engraisse des bestiaux. Il est donc à présumer que, déviant de cette méthode, il sera nécessaire de faire les changements qu'exigerait le mode de culture qu'on emploierait. »

— Sir John Sinclair a proposé, dans son Agriculture pratique, un plan de ferme qui serait peut-être plus applicable chez nous que les précédents ; il est indiqué dans la fig. 794 ci-après ; sa forme se rapproche de l'une de celles que nous avons indiquées précédemment (fig. 734, page 639). Il se compose ainsi : A, maison d'habitation suivie d'un jardinet,;'; BB, poulailler et volière ; C, écuries; D, étables; E, grange ; F, machine à battre mue par le manège ad-

Fig. 794. Fig. 795.

jacent ; derrière la grange est la cour des meules ; ff, fumières dons la cour séparée du jardin / par un mur; HH, habitations pour les ouvriers.

— La fig. 795 représente l'indication d'un plan analogue que nous avons dressé, sur la demande d'un propriétaire anglais voulant imiter, dans la disposition de sa ferme, la régularité et la composition des nôtres, tout en conservant la maison d'habitation en dehors de l'enclos où circulent les animaux entretenus dans l'exploitation. Voici sa composition : A , maison d'habitation suivie d'un jardin j ; BB, poulailler et volière ; C, écuries; D, étables; f ', fosse à fumier ; F, grande grange isolée, aboutissant sur la cour du domaine par le pignon, auquel est accolé le manège. De chaque côté de la grange sont établies des meules de blé. Les habitations des ouvriers sont placées comme dans la ferme précédente, ou bien en face de l'habitation, dont un chemin les sépare.

Page

i s 3 s c j ir

— Si nous allons étudier les dispositions des fermes anglaises, serait-il bien téméraire de supposer que les Anglais soient quelquefois venus en France examiner nos domaines ? Cette idée ne pourraitelle pas naître à l'inspection du plan de la ferme ci-après décrite ? A part quelques détails, ne semble-t-il pas qu'il s'agisse d'un domaine de moyenne importance bâti sous la forme de double équerre, avec l'habitation élevée séparément et vis-à-vis des autres bâtiments?

Le prince Albert, époux de la reine d'Angleterre Victoria Ire, s'est occupé beaucoup d'améliorations agricoles ; il a fait construire plusieurs fermes dans les propriétés de la couronne, et il a désiré que les dispositions qu'on y établissait pussent servir de modèle aux agriculteurs de son pays. La pl. 183 représente l'une de ces fermes (4) en vue à vol d'oiseau par la fig. 796 et en plan par la fig. 797. Nous l'extrayons d'un travail en préparation sur les travaux agricoles du prince Albert (2). Voici la disposition du plan de ce domaine qui, à part quelques détails (3), pourrait être recommandé à l'imitation.

a, cour ouverte avec auge d'abreuvoir ; Cette cour, suivant les habitudes françaises, pourrait recevoir les fumiers ; mais, suivant les usages anglais, elle est gazonnée, ou forme un petit parc entouré de claies pour mettre un animal en liberté. Les fumiers sont relégués par derrière les bâtiments.

6, charretterie dont l'accès a lieu par le pignon (bonne disposition, mais qui exige une construction solide) ; c, grange : tasserie ; celle-ci s'étend aussi dessus la charretterie ;

(1) Terre de Balmoral : ferme d'Ingervelder ; elle contient 24 hectares de terre arable divisés en six champs situés parallèlement les uns aux autres le long de la rivière.

(2) Fermes modèles et maisons de cultivateurs construites en Angleterre parles ordres de S. A. R. le Prince Albert; Descriptions, vues el plans, par L. Bouchard-Huzard. Paris, 1869, gr. in-8° avec planches.

(3) La porcherie et le poulailler, placés derrière les bâtiments, sont bois de la surveillance générale et trop loin de l'habitation.

d, roue hydraulique faisant mouvoir la machine à battre placée dans la grange. On a ici profité de la proximité d'un ruisseau pour obtenir un moteur assez économique, et l'on recherche souvent ce mode de mouvement en Angleterre. A défaut de cours d'eau, cet endroit d serait nécessairement désigné comme la place du manège pour la machine ;

e, grange : emplacement pour la machine à battre et son service ;

ffff, deux étables à stalles et à couloir central pour l'alimentation, pouvant contenir chacune 8 vaches. Des ventilateurs sont établis au-dessus ; entre les deux étables est un passage couvert, servant de dépôt de nourriture et de local pour sa préparation ;

g y, porcherie : trois loges avec petites cours ;

h h, poulailler et cour aux volailles ;

i, sellerie ;

j, magasin, laboratoire, etc. -, ki écurie pour 4 chevaux ;

/, buanderie et fourneau pour la cuisson des aliments destinés au bétail ;

m, paneteric, pièce à provisions : un escalier ouvrant dans cette chambre donne accès aux greniers ; L'habitation placée à une vingtaine de mètres en avant de la cour comprend, au rez-de chaussée ; il, cuisine commune avec laverie : à côté, un cabinet d'aisances ; o o, deux chambres ou salles de réunion s'ouvrant dans un vestibule qui donne lui-même sur un petit porche pour l'accès du dehors.

Un escalier conduit au premier étage, où se trouvent de petits locaux avec lits.

Une clôture générale formée par une haie d'épines et des barrières n'a pas été figurée dans le dessin. L'habitation et la ferme sont au milieu d'une sorte d'herbage.

— Nous terminerons en décrivant la disposition de ferme propo-

sée par les ingénieurs anglais : le type, adopté par le gouvernement, en est imposé par lui aux propriétaires qui demandent qu'on leur confie des fonds destinés à des améliorations agricoles (1). La disposition, modifiable suivant l'importance de la ferme, est basée sur le principe de rapprochement des parties qui doivent se toucher. La pl. 184, fig. 798, en montre une vue que nous avons dessinée d'après le plan, fig. 799, pl. 185, ainsi composé : A, maison d'habitation placée soit en avant, soit sur le côté comme dans notre dessin ; elle comprend :

a, entrée ;

6, cuisine ;

c, petit salon ou parloir, cabinet pour les écritures ; (/, passage et escalier ;

e, passage et vestibule ;

f, garde-manger et réserve ; f, laiterie.

Au premier étage sont les chambres à coucher de la famille et au second celles des domestiques attachés à son service. La ferme proprement dite contient les locaux ci-après : (j) hangar pour voitures ;

h, chambre à outils ;

i, petite étable pour bêtes malades ; le, étable d'engraissement ;

/, chambre à fourrage ;

mm', grange avec machine à battre, tarare, hache-paille,

coupe-racine, etc. ; n, étables à couloirs transversaux pour 16 bêtes bovines; o, étables pour 4 ou 5 bêtes ; p //, grande étable à couloirs pour 20 bêtes ; </, fumière : elle consiste dans une aire surmontée par un hangar, ou simplement entourée par un mur haut de 1 mètre en- Ci) Loi du 15 juillet 1850. Voir Éludes sur le drainage, par M. Hervé Mangon, ingénieur des pouts et chaussées. Paris, 1853, in-8" avec figures.

viron, qui protège le fumier; au-dessous est une fosse à purin avec trou d'homme et pompe q' ; cette fosse reçoit les urines provenant des étables, qui y sont amenées par des rigoles en partie ouvertes (indiquées par des lignes ponctuées), en partie souterraines (lignes doubles pleines) ; des latrines sont aussi établies au-dessus, ainsi que le font voir les traces figurées dans le plan ;

r, chaudière pour la cuisson des aliments du bétail ;

r', chambre pour leur préparation ;

s, poulailler échauffé au besoin par la chaudière ;

t, vacherie à couloir pour 5 bêtes ;

u, porcherie : quatre loges avec petites cours ;

v, étable pour élèves, qui ont à leur disposition cour pour leur promenade ;

yz, entrées de la ferme, la seconde n'étant pas d'usage continuel.

Un puits avec pompe et pierre à abreuver se trouve à l'extrémité du bâtiment central, proche la pièce où l'on prépare la nourriture des bestiaux.

On voit que l'ensemble de cette ferme se compose d'une grande cour, sur les trois côtés de laquelle sont les bâtiments principaux, et qu'une construction accessoire, et centrale divise en deux parties à peu près équivalentes, dont l'une est occupée par le dépôt du fumier, et l'autre réservée au service et à des cours pour les animaux. Cette disposition, comme nous l'avons déjà dit, pourrait recevoir quelque application dans les domaines français.

ANNEXES DES DOMAINES

Page 1