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PIERRES

Les pierres sont les éléments les plus employés dans la construction des murs des bâtiments ; ce sont aussi ceux qui devraient toujours être utilisés pour cette destination ; malheureusement quelques localités en sont dépourvues, et, lorsqu'il faut en aller chercher au Io n, les frais de transport ajoutés à ceux d'extraction devenant trop élevés, on est obligé de recourir à d'autres moyens d'exécution.

Extraction. — Le propriétaire qui veut faire bâtir doit d'abord s'occuper des moyens de se procurer la quantité de pierres qui lui est nécessaire, soit par le commerce, soit par des recherches dans le sol. Les recherches se font au moyen de sondages entrepris sur les points où l'examen des terres, l'aspect des localités environnantes, les présomptions que fait naître la continuation des bancs exploités en carrière dans les environs, laissent à supposer qu'on trouvera la pierre dont on a besoin. On a souvent ainsi réussi à en rencontrer dans les environs des constructions à effectuer, et il en est résulté une économie considérable par la diminution des frais de transport. Les sondages consistent en des excavations aussi étroites que possible et faites à l'aide de la pioche et de la pelle, ou mieux encore par la tarière du mineur.

Lorsque les sondages rencontrent un banc de pierre, on l'exploite à ciel ouvert ou en galerie souterraine ; le choix de ces deux modes de carrière dépend de la profondeur à laquelle on est parvenu, de

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la cohésion des terres, de la solidité qu'offre le banc de pierre pour soutenir le sol supérieur.

Si l'exploitation de la roche doit avoir lieu en souterrain, on arrive aux galeries d'extraction de deux manières. Tantôt on creuse un trou vertical en forme de puits, qu'il faut quelquefois cintrer en bois ; on établit à son orifice un treuil à encliquetage pour monter la pierre à l'aide d'un câble au bout duquel est attachée une plate-forme à rebords. Tantôt, si la profondeur ne dépasse pas 6 à 8. mètres, c'est par un chemin à l'air libre, avec une pente de 0m, 10 à 0m,15 par mètre, que l'on opère l'extraction; sur cette pente on établit une espèce de petit railway en bois, soit en mettant tout simplement à plat un certain nombre de planches ou de madriers en chêne, soit en assujettissant avec des coins deux rangs de chevrons dans des troncs bruts, de manière à former deux lignes continues parallèles : c'est sur l'un de ces systèmes que glissera un petit chariot, dont les roues sont plates dans le premier cas et à rebords dans le second ; les roues en fonte, employées pour les waggons de terrassement de nos chemins de fer, conviennent très-bien à cet emploi (voy. Terrassements) ; on peut les remplacer par des roues pleines en bois, sur le bord desquelles on cloue un petit rebord circulaire en fer. Le chariot est descendu à l'orifice de la carrière et même jusqu'au fond de la galerie d'extraction, si on y a continué le chemin de bois ; ramené à l'orifice, le chariot est saisi par un crochet et halé sur la pente à l'aide d'une corde engagée sur un treuil à encliquetage. Ce système produit, sur celui qui consiste à remonter les pierres à bras d'homme, une économie qui n'est pas à dédaigner, surtout s'il s'agit de nombreux matériaux.

Si l'extraction a lieu à ciel ouvert, on commence par creuser une cavité assez grande pour opérer avec facilité, et on rejette ensuite sur l'emplacement déjà fouillé les terres nécessaires à un nouveau déblai. On peut encore établir un chemin de bois avec treuil ; mais il faut alors que le tout soit très-mobile pour qu'on le change de place à mesure que l'extraction s'avance.

— Lorsque l'on a créé une petite carrière pour son usage, après

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en avoir extrait ce dont on a besoin, il est bon de la conserver pour les réparations ou reconstructions, en l'entourant d'une haie ou d'une clôture suffisante pour en interdire l'accès aux animaux domestiques, accès dont il pourrait résulter de fâcheux accidents. Si on ne peut conserver la carrière, il faut la combler ou la boucher après avoir fait extraire une provision de réserve.

Séparation. — A mesure que l'extraction s'opère, on fait la séparation de ce qui constitue ordinairement les parties de la roche. On met à part les blocs offrant une cohésion suffisante pour former des pierres de taille nécessaires pour les baies et les encoignures, et on procède à leur équarrissage : les blocs qui présentent des fins, des coupures, des solutions de continuité sont brisés pour fournir des moellons, et on les range en piles qu'on puisse facilement cuber ; enfin les débris de toutes ces opérations sont rassemblés en tas à l'aide du râteau, afin de servir au pavage des chemins ou même des abords de la carrière.

Saison. — On doit procéder à l'extraction des pierres quelque temps avant de les employer. Au contact de l'air elles perdent ce qu'on appelle l'eau de carrière, et diminuent généralement de poids ; toutes, à l'exception des silex, deviennent aussi plus dures. Nous avons presque toujours fait extraire celles dont nous avions besoin un an avant l'époque où elles devaient être mises en œuvre. Il ne faut pas oublier, dans le cas où on a extrait des pierres calcaires poreuses, de les couvrir de paille pendant l'hiver, afin qu'elles ne soient pas exposées à être brisées par l'influence des gelées.

Qualités. — « Les qualités distinctives des bonnes pierresà bâtir sont la finesse et l'homogénéité du grain, la compacité de la texture, la facilité du travail, l'adhérence au mortier, la résistance à l'écrasement et à la rupture, et l'inaltérabilité sous l'influence des agents atmosphériques. » (Regnaud, Traité d'architecture, 1850.)

Beaucoup de roches ne présentent pas cette dernière condition ; les unes sont amollies par l'eau, d'autres la laissent pénétrer ; quelques-unes s'exfolient au contact de l'air; une grande quantité d'entre elles ne peut résister à l'action des gelées.

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S'il est assez facile de reconnaître celles qui présentent les premiers inconvénients, il n'en est pas de même pour celles qui sont gélives; quelques-unes résistent pendant un ou plusieurs hivers et se laissent briser ensuite par l'effet de gelées plus fortes. Voici une manière de les reconnaître, indiquée il y a quelques années (1) : « On fait bouillir, pendant une demi-heure, des morceaux de la pierre à essayer dans une solution de sulfate de soude saturée à froid ; puis on les suspend dans une cave ou dans une chambre maintenue à la température de + 1 5° environ, jusqu'à ce qu'ils soient revêtus d'efflorescences salines; on recommence ensuite avec les mêmes morceaux la même opération pendant quatre à cinq jours : si la pierre n'est pas gélive, il ne s'en est détaché aucun fragment, elle l'est d'autant plus qu'il s'en est séparé une plus grande quantité de petits éclats. »

Cette expérience ne doit point être faite aussitôt après l'extraction des pierres ; il faut attendre qu'elles aient perdu leur eau de carrière.

Si on a le choix, on doit rejeter les pierres qui présentent les divers inconvénients que nous venons de signaler, ou ne les employer que dans l'intérieur des constructions en les faisant reposer sur des matériaux moins altérables. Cependant il ne faut pas pousser à l'extrême cette exclusion des pierres gélives; lorsqu'elles ne sont point exposées directement à la pluie, il est rare qu'un bon enduit ne les protège pas suffisamment contre l'action des gelées.

Variétés. — Les pierres sont généralement classées par les constructeurs sous deux groupes : celui des pierres tendres, qui se débitent à la scie dentée, et celui des pierres dures, qui ne peuvent se couper qu'avec beaucoup plus de difficultés à l'aide de la scie sans dents, l'eau et le grès.

Les pierres tendres comprennent la plus grande partie des calcaires et des tufs argileux, les gypses et les laves; les pierres dures

(1) Héricart de Thury. Rapport à la Société d'encouragement sur le procédé de M. Brard. Paris, M" Huzard, 1824, in-4", figures.

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sont les granits, les grès, les meulières, toutes celles qu'on désigne sous le nom de siliceuses, parce qu'elles renferment beaucoup de parties de silice.

Les pierres calcaires se reconnaissent à ce qu'elles font effervescence avec les acides et ne donnent point d'étincelles sous le choc du briquet ; elles offrent différents degrés de dureté, depuis la craie jusqu'au marbre. Ainsi que leur nom l'indique, on en extrait la chaux pour la cuisson. Ce sont les pierres les plus répandues à la surface du globe, et aussi celles qui sont le plus généralement employées. Malheureusement beaucoup d'entre elles sont gélives.

Les pierres argileuses, qui, comme les précédentes, ne donnent point d'étincelles au choc du briquet, ne font point effervescence avec les acides; elles sont gélives le plus souvent, à cause de l'état lamelleux ou schisteux qu'elles présentent : leur surface, généralement polie, offre peu d'adhérence au mortier; aussi sont-elles peu employées dans les murailles et réservées pour des revêtements partiels de constructions.

Les ardoises, qui appartiennent à ce genre de pierres, servent à la couverture des bâtiments, fournissent des carrelages, des gargouilles, des éviers, des appuis de croisées, des chaperons de murs, et encore des dalles employées quelquefois pour des pavages et des clôtures, comme on en voit en Normandie et en Bretagne.

Les gypses, ne faisant point en général effervescence avec les acides et se laissant rayer par l'ongle, sont tendres, friables et déli. quescents; parla cuisson, ils fournissent le plâtre aux constructions sans y être utilisés d'autre manière.

Les laves sont ou trop dures ou trop poreuses pour être facilement employées, mais quelques variétés peuvent servir comme moellons, d'autres comme pavés; elles ont pour ce dernier emploi l'inconvénient de devenir trop glissantes.

Les pierres siliceuses se reconnaissent à ce qu'elles ne font point effervescence avec les acides et donnent des étincelles sous le choc du briquet; elles sont peu gélives. Après les pierres calcaires, ce

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sont celles dont l'usage est le plus fréquent : elles comprennent les granits, les grès, les cailloux et les meulières.

Les granits sont très-durs et résistants ; mais aussi ils sont lourds et difficiles à tailler. Quand on le peut, on réserve leur emploi pour les parties de constructions exposées à des chocs, à des causes d'usure fréquentes, comme les seuils des portes, le devant des auges d'écurie, des bornes ou pierres d'achoppement.

Les grès ne sont guère employés que pour le pavage ; ils n'offrent pas assez d'adhérence au mortier pour entrer dans la construction des murailles.

Les cailloux quartzeux, qu'il est impossible de tailler, ne sont utilisés que par fragments séparés à coups de marteau ; on peut alors s'en servir dans les constructions, surtout s'ils offrent de nombreuses aspérités permettant de les enchevêtrer et d'y faire adhérer le mortier, qui glisse sur leurs parties polies. Tout le monde connaît ces maçonneries construites en cailloux et en chaux hydraulique (surtout celle dite de Senonches), qui résistent si bien aux influences du temps. C'estavec les cailloux brisés qu'on faitles meilleurs bétons.

Les pierres meulières ne diffèrent des précédentes que par leur porosité qui facilite l'adhérence du mortier. Quoique assez dures, elles se laissent tailler de manière à fournir de forts moellons utilisables comme pierres de taille. On ne saurait trop recommander leur emploi pour les soubassements d'édifices, pour les parties d'encoignures exposées à des chocs, pour les portions de baies de portes ou de fenêtres dans lesquelles doivent être scellés des gonds ou des ferrures, pour les fosses d'aisances et les travaux hydrauliques.

Les pierres tendres, toutes les fois qu'elles offrent assez de résistance, sont préférées aux pierres dures, parce que leur emploi est moins dispendieux : il faut cependant faire une exception pour diverses parties des bâtiments que nous avons indiquées où la résistance à l'usure est nécessaire. Peut-être en serait-il de même pour les fondations : la plupart des pierres tendres étant hygrométriques, tandis que les pierres dures le sont peu, on emploierait utilement

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celles-ci pour toutes les parties au-dessous du sol , et les autres pour le surplus de la construction.

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