BRIQUES
La brique s'emploie pour remplacer la pierre dans la construction ; si cette dernière manque complètement, la brique entre seule dans la composition des murailles. Si la pierre est de mauvaise qualité, si elle ne peut fournir des morceaux ayant des dimensions suffisantes, si elle est trop dure pour être taillée, si son prix de revient est trôs-élevé, l'emploi de la brique dans certaines parties des bâtiments vient suppléer à ces défauts ; c'est ainsi qu'elle sert aux soubassements, aux baies d'ouvertures, aux angles des bâtiments, aux corniches et entablements dans les constructions en moellons. Là où la pierre est trop lourde, là où elle présente peu de résistance, on utilise presque exclusivement la brique, comme pour les cloisons minces, pour les tuyaux et les âtres de cheminées, le pavage des écuries et des laiteries. Il est donc assez rare que l'on n'ait pas l'occasion de recourir à l'emploi de la brique; d'ailleurs elle est souvent même préférable à la pierre par sa légèreté, par son adhérence au mortier ; elle se met plus facilement et plus promptement en place et résiste aussi efficacement aux intempéries de l'atmosphère, si elle est de bonne qualité. Tous les terrains dépourvus de pierres réunissent généralement les éléments de la brique. Les meilleures terres pour leur fabrication contiennent de 20 à 50 pour 100 de leur poids en carbonate de chaux, et le surplus en parties équivalentes de silice et d'alumine (argile). Les terres purement argileuses et ne contenant presque pas de carbonate de chaux donnent des briques dites réfractaires, c'est-à-dire résistant à un feu violent, très-utiles pour la construction des foyers de cheminées.
Choix. — Une brique de bonne qualité doit être sonore quand on la frappe avec un marteau ou un corps dur, de conformation régulière et non gauchie, et généralement de couleur foncée ; elle ne doit point présenter de fentes et ne pas renfermer de cailloux calcaires ou argileux, ce qui la ferait éclater à la gelée ; les briques
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légèrement recouvertes d'un commencement de vitriûcation sont précieuses pour les emplacements exposés à la pluie. On s'assure de la cuisson de la brique en versant dessus une petite quantité d'eau : si elle est promptement absorbée, il faut rejeter la brique ; il en est de même si elle se laisse écailler ou entamer par la pression de l'ongle et si elle laisse échapper une poussière rouge qui teint ce qu'elle touche.
On donne aux briques différentes formes suivant leur destination : celles de voussoirs pleins ou creux pour les voûtes, de cylindres ou dedemi-cylindrescreux pour les tuyaux de cheminées ; on leur donne, pour les murailles, la forme aplatie qui facilite le mieux leur cuisson. Les dimensions en longueur et largeur des briques méplates sont à peu près uniformes partout, 0m,22 sur 0"',11 ; elles ne varient que par l'épaisseur. Les briques dites simples ont 0,n,03 d'épaisseur (fig. 81 0), celles dites semi-doubles ou bâtardes 0,n,045 (fig. 81 \ ),
Fig. 810. Fig. 811. Fig. 812.
les briques doubles 0m,06 (fig. 812). Les machines à faire les briques nouvellement inventées fournissent des briques creuses ou à tuyaux
Fig. 813. Fig. 814. Fig. 815.
dont la légèreté est plus grande. Ces briques exigeant moins de combustible pour leur cuisson, leurs frais de revient ne sont pas plus élevés que ceux des briques pleines (fig. 813 à 815).
Fabrication. — Si l'on ne peut se procurer la quantité de briques dont on a besoin, il est assez facile d'en fabriquer pour que nous
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puissions donner le conseil de le faire aux personnes qui en auraient besoin d'une grande quantité pour construire à la campagne.
On trouve presque partout l'argile convenable à cette fabrication ; il faut la faire extraire un an à l'avance ou au moins avant l'hiver, les alternatives de gelées et de dégels ameublissent la terre et rendent le travail plus facile. Au moment de l'employer, on la jette dans de petites fosses pratiquées aussi dans l'argile si cela est possible, mais, en tous cas, garnies de planches ou d'une maçonnerie en moellons pour éviter le mélange avec le sol environnant ; on arrose alors l'argile de manière à en former une pâte ferme, puis, lorsqu'elle est bien humectée, au bout de deux ou trois jours, un ouvrier descend dans la fosse, et, à l'aide d'une bêche et des pieds, broie et recoupe la terre de manière à en former une pâte homogène, en ayant soin d'en extraire toutes les petites pierres qu'il rencontre, puis il la rejette dans une seconde fosse où un autre ouvrier agit de même ; quelquefois on fait subir à la terre un troisième broyage. On la passe alors dans un moule ou cadre sans fond en bois ou en fer un peu plus grand que les dimensions des briques à cause du retrait de la terre pendant la cuisson; ce moule, légèrement humide, étant posé sur une table, l'ouvrier le remplit en pressant la terre avec la main et l'unissant avec un rouleau de bois ; puis il détache la brique par une petite secousse et la pose sur une aire recouverte de sable; on laisse sécher un peu, et, lorsque les briques sont assez dures pour être transportées, on les entasse, soit en plein air, soit sous des hangars, de manière à faciliter le passage du vent entre elles : si on les laisse à l'air libre, il faut les recouvrir de paillassons ou de planches pour éviter l'action trop vive du soleil ou celle de la pluie. Le séchage dure plus ou moins longtemps, un ou deux mois, suivant la saison.
On mélange encore la terre à l'aide des broyeurs mécaniques qui servent à faire le mortier et qui sont mus par un ou deux chevaux ; on fait passer ensuite la terre dans une machine à fabriquer les briques ou les tuyaux de drainage, une première fois 5 travers une filière à petits trous pour en extraire les graviers, et une seconde
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fois en reprenant cette pâte qui se présente alors sous forme vermicelleuse et la forçant à passer à travers une filière dont les trous donnent la forme que l'on désire ; c'est de cette manière que s'obtiennent les briques creuses dont nous avons parlé.
Cuisson. — La cuisson des briques s'opère soit à l'air libre, soit dans des fours qu'on peut établir tout simplement en argile, en ayant soin de les préparer quelque temps à l'avance pour qu'ils puissent sécher.
On range les briques dans un four en les plaçant sur champ en dessus du foyer et en les espaçant entre elles, de manière à faciliter le tirage. On chauffe soit au bois, soit à la houille, lentement d'abord, puis plus activement, pendant huit à dix jours. Quand on juge la cuisson terminée, on ferme hermétiquement, avec de la terre, toutes les ouvertures du four, et on laisse lentement refroidir pendant un temps à peu près égal à celui qu'a demandé la cuisson.
Si l'on veut opérer à l'air libre, on commence par établir de petits murs de 0m,30 de hauteur entre lesquels on place des fagots de bois recouverts d'un lit de houille. Par-dessus on dispose alternativement un rang de briques posées sur champ et un lit de houille, et on entoure le tout d'argile mouillée. Quand la combustion est achevée, on recouvre avec de la terre pour permettre un lent refroidissement.
Si ce procédé est plus économique pour de petites quantités, il donne aussi des résultats moins satisfaisants; nous pensons qu'il est presque toujours préférable d'établir des fours provisoires en argile ; car les débris en sont utilisés ensuite avantageusement, soit dans les mortiers, soit comme amendements pour certains sols.
Les figures 816 et 817 (page 741), à l'échelle de 0m,01 par mètre, montrent la disposition d'un four de campagne entièrement en terre à l'exception des carneaux et des alandiers ; il a été décrit par H. Mangon dans ses Instructions sur le drainage. « La fig. 816 fait voir à la fois l'élévation et une coupe verticale; la fig. 817 est le plan supérieur et une coupe horizontale au niveau des alandiers. Ce four circulaire a 3"', 30 de diamètre et 2m,15 de hauteur environ.
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La terre damée qui forme les murs peut être prise, si elle est de bonne qualité, dans une tranchée de 1"',20 ouverte au pied du fourneau et dans laquelle débouchent les alandiers, au nombre de trois quand on consomme du bois, et de quatre si on employait de la houille. Il entre environ douze cents briques dans la construction de ces parties du fourneau; il en faudrait un peu moins pour un four à houille, mais on aurait besoin de quelques barres de fer pour former les grilles. » Si l'on voulait conserver ce four pendant longtemps, il faudrait le mettre à l'abri de la pluie sous un hangar léger.