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MORTIERS

Les mortiers sont des compositions qui servent à lier ou à réunir ensemble les matériaux des constructions ; on les appelle ainsi

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parce que tous exigent pour leur préparation une trituration assez longue.

C'est généralement dans des bassins, et avec un rabot mû à la main, que l'on môle les diverses parties qui constituent les mortiers, au moins quand on n'a besoin que d'une petite quantité ; presque toujours le mortier est d'autant meilleur que la trituration est plus prolongée. Dans les grands travaux on se sert de machines : ce sont des meules verticales roulant dans une auge circulaire, ou des cônes horizontaux tournant autour d'un axe vertical sur une aire à rebords, appareils analogues les uns aux moulages pour les pommes à cidre, les autres aux moulins à huile ; une pelle ou racloire installée en avant des roues ramasse le mortier, et une porte latérale sert à l'extraction. Ces machines, mues par des chevaux, sont bonnes pour la fabrication des mortiers compactes, et peuvent produire jusqu'à 20 mètres cubes de mortier par jour. On emploie encore des tonneaux à peu près cylindriques, dits malaxeurs, au milieu desquels se meut un axe vertical armé de dents disposées en fractions d'hélice ; on jette à la pelle, par en haut, les éléments du mélange, et on retire par une porte inférieure le mortier fabriqué ; ces tonneaux ont généralement une hauteur (1m,80 le plus souvent) égale à trois fois leur rayon; plus la matière est difficile à mélanger, plus ils devraient être hauts. L'emploi de ces appareils mus également par des chevaux donne un résultat peut-être moins rapide, mais meilleur que celui des précédents.

Les précautions à prendre dans la fabrication des mortiers consistent à ne pas trop les mouiller ou à ne pas trop les laisser sécher, et surtout à bien mélanger les diverses parties. Quand le mortier est corroyé à la main, il est utile de le faire sur un plancher en bois, pour empêcher son mélange avec des parties du sol.

Les mortiers sont tous attaqués par la gelée, quand ils ne sont, pas encore durcis, en général avant deux à trois mois d'âge ; les mortiers hydrauliques résistent, un peu plus tôt que les autres; il faut donc couvrir les maçonneries fraîches avec de la terre ou de la paille, lorsqu'on craint le froid.

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— On fabrique des mortiers avec divers éléments que nous allons passer en revue.

Mortiers de terre. — Dans les constructions rurales, le mortier de terre est assez fréquemment employé : tantôt on l'emploie seul, tantôt pour remplir des intervalles entre des matériaux plus résistants, tantôt pour réunir et souder ces matériaux entre eux.

Dans le premier cas, c'est un mortier de bauge, composé de terre grasse humectée et de paille ou de foin, qui n'est guère utilisé que pour des murs de clôture; c'est encore de la terre à piserdont on forme des constructions (voir les mots Pisé et Bauge, chapitre 2).

Dans le second, ce sont encore les mêmes éléments qui servent à remplir des vides entre les poteaux de constructions en colombages ou entre des piliers en maçonnerie, dans les localités où la pierre est rare.

Dans le troisième, on emploie la terre pour réunir les pierres, les briques, etc., entre elles : c'est une maçonnerie économique qui est souvent utilisée à la campagne, et dont la durée est encore assez grande toutes les fois qu'elle est à l'abri de l'humidité.

11 est difficile de désigner la terre qui convient le mieux à l'emploi de mortier : c'est, en général, une terre qui n'est ni très-sablonneuse, ni très-siliceuse, ni très-argileuse, mais qui participe de ces trois qualités à la fois. L'expérience locale est le meilleur guide à consulter à cet égard.

Comme la terre, en se desséchant, éprouve un grand retrait, il ne faut faire que de petites parties à la fois, et procéder par assises horizontales.

Quand les murs sont très-épais, comme ceux de soutènement, le mortier de terre est à peu près inutile ; il vaut mieux réunir les pierres par de la mousse ; nous en avons fait établir ainsi qui présentent toutes les conditions de durée désirables.

— Pour la construction des fours, on se sert d'un mortier de terre bien passée au tamis, ce qu'on appelle terre à four; elle est composte d'un cinquième de bon sable, de deux cinquièmes de terre argileuse qui ne rougisse pas beaucoup au feu, et d'à peu près autant

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de terre calcaire. On peut remplacer cette dernière par du sable, surtout lorsque l'argile est très-liante. On arrive même alors à faire un mortier de parties égales en argile et en sable.

Mortiers de chaux aérienne. — Le mélange de la chaux aérienne et du sable est le plus communément employé dans les constructions qui n'ont point à redouter l'humidité, soit pour assembler des pierres ou des briques , soit pour des revêtements ou enduits. Les proportions du mélange varient pour ces deux emplois; le résultat donne toujours un volume plus petit que la somme des parties dont il est composé. Il est à remarquer que plus on met de sable, plus la résistance aux intempéries est grande, et plus la prise du mortier est rapide, mais c'est plutôt un motif d'économie qu'une cause de dureté de la masse; au contraire, l'excès de chaux augmente l'adhérence, mais le mortier est long à faire prise.

Les sables gros sont à préférer, pour ces chaux, aux sables fins; il en est de même pour ceux qui sont anguleux et rudes au toucher.

Pour les hourdages de maçonnerie, la proportion moyenne est de deux volumes de sable pour un de chaux; on augmente quelquefois la quantité de sable jusqu'à deux et demi; mais c'est un peu au détriment de l'adhérence. Quand la chaux est éteinte spontanément, il faut un peu moins de sable.

Pour les enduits, suivant la finesse dont on a besoin, on emploie un mortier formé de volumes égaux de sable et de chaux, et quelquefois d'un demi-volume de sable pour un volume de chaux.

« Les mortiers à chaux grasse, dit M. Vicat, ont tout à gagner à être corroyés à plusieurs reprises; ce qui justifie le procédé lyonnais, qui consiste à en fabriquer d'avance un grand las; d'où l'on tire, en le rendant souple avec addition d'eau, celui dont on a besoin pour la consommation journalière... Au lieu de noyer la chaux dans une grande quantité d'eau en l'éteignant, et de gâcher le mortier à consistance très-molle, presque fluide, il faut employer la chaux en pâte ferme, et n'ajouter de l'eau que lorsque le sable trop sec l'exige absolument, afin d'obtenir un mortier de bonne consistance. »

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Mortier s hydrauliques . — Les mortiers hydrauliques sont utiles à employer partout où pénètre l'humidité, soit par l'action directe de l'eau, soit par suite des influences atmosphériques; dans certaines parties des constructions, celles qui sont sous l'eau par exemple, ils sont indispensables, et on doit les choisir très-énergiques; dans d'autres parties, comme les fondations et les soubassements des maisons, ils devraient être uniquement utilisés, si l'on voulait assurer la durée de ces bâtiments, mais on pourrait faire usage d'éléments moins énergiques que dans le premier cas.

On prépare des mortiers hydrauliques de deux façons principales, soit par le mélange de chaux hydraulique naturelle ou artificielle avec le sable, soit par addition à la chaux aérienne de matières qui lui donnent le caractère d'hydraulicité.

\° Les chaux hydrauliques naturelles ou artificielles, éteintes par le procédé ordinaire, sont broyées avec le sable, soit au pilon, soit au rabot, soit au manège, en employant le moins d'eau possible; le sable fin doit être préféré au gros, il ne faut pas que le mortier arrive à la consistance de bouillie, il vaut mieux mouiller les pierres et les briques que le mortier réunira entre elles. M. Vicat dit à ce propos: « Le secret d'une bonne maçonnerie est tout entier dans ce précepte: mortier ferme et matériaux mouillés. »

La proportion du mélange varie suivant les qualités hydrauliques de la chaux, en moyenne 1 volume 80 de sable pour \ volume de chaux en pâte. Pour les travaux immergés dans l'eau, on augmente la quantité de chaux, tandis qu'on la diminue pour des ouvages qui seront seulement exposés à l'air; dans le premier cas, il est nécessaire que le mortier ait la plus grande consistance possible.

2° Les mortiers hydrauliques s'obtiennent encore en mélangeant à la chaux aérienne ordinaire des pouzzolanes naturellesou artificielles, en guise de sable et en qualité équivalente (voir page 738).

Lorsque l'on a des ciments éventés, on peut en obtenir un trèsbon mortier hydraulique en les mélangeant comme pouzzolanes à la chaux grasse : on mêle 1 00 à 200 parties de ciment avec \ 00 de chaux grasse pour avoir un mortier hydraulique très-énergique, ou bien

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encore 100 parties de ciment avec 10 à 30 parties de chaux caustique, selon que l'on veut obtenir une prise plus ou moins rapide sous l'eau.

Mortiers de ciment. — Les mortiers de ciment sont traités comme ceux de plâtre (voir ci-après); la poudre, conservée à l'abri de l'air, est délayée avec l'eau dans de petites auges ou dans des coffres, au moment même de l'emploi ; la quantité d'eau est égale à environ la moitié du volume de ciment, qui se réduit alors de 100 de ciment à 83 de mortier : celui-ci fait prise en quelques minutes ; on n'opère que sur de très-petites quantités à la fois, en gâchant avec la plus grande attention.

On ajoute quelquefois, au ciment, du sable fin, pour en augmenter le volume et l'empêcher de fendre; mais on diminue ainsi son adhérence et son imperméabilité. Cependant on obtient encore souvent un bon emploi de ce mélange économique.

Pour les jointoiements, on emploie le ciment pur. On ajoute du sable en volume équivalent à celui du ciment, ou seulement à la moitié du volume de celui-ci, pour des enduits de fosse de citerne, de réservoir, de fosse d'aisances, de pavage et pour des tuyaux de conduite d'eau (voir page 439).

La proportion est de 1 volume de ciment pour 2, 2 1/2 ou 3 de sable, quand on doit employer le mortier en hourdage de maçonnerie, en enduits de murailles, en reprises en sous-œuvres, etc.

Trois parties de sable et une de ciment forment un mortier qu'on emploie avantageusement pour les murs, voûtes et massifs, qui n'ont pas besoin d'une complète imperméabilité.

Mortiers déplâtre. — Le plâtre pulvérisé (voir page 745) est tamisé dans un panier ; on obtient ainsi deux sortes de plâtre, l'un grossier qui reste dans le panier, et l'autre plus fin qui tombe en dessous. Le premier sert pour les gros ouvrages de maçonnerie, le second pour des ouvrages légers, enduits, crépis, etc. On mêle le plâtre avec l'eau, on le gâche dans une auge en bois, par petites quantités à la fois : la proportion est par 25 litres de plâtre 18 litres d'eau pour un gâchage serré, 25 litres d'eau pour un gâchage clair,

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et 30 à 35 litres d'eau pour un coulis, qui sert à remplir des vides où l'on ne peut faire pénétrer du mortier épais.

— Si, au lieu de gâcher le plâtre avec de l'eau, on emploie une dissolution de gélatine ou de colle de Flandre, on obtient un mortier qui prend le nom de stuc, et dont un enduit habilement disposé prend l'apparence du marbre, surtout quand on a le soin de le colorer avec des oxydes métalliques. La prise du stuc est beaucoup plus lente que celle du mortier de plâtre ordinaire : on procède le plus souvent par l'application successive de plusieurs couches très minces, on polit avec du grès pilé et une molette en pierre, on bouche les trous et les fentes avec du stuc plus chargé de gélatine, on ponce et on lisse au tripoli et à l'huile d'olive, ou avec des chiffons enduits de cire.

— On emploie encore une espèce de mortier déplâtre qu'on appelle stuc à la chaux, pour former la masse des corniches et des moulures, ou la couche intérieure des enduits pleins. Pour cela on prépare du mortier avec de la chaux et du sable tamisé, on a soin qu'il n'y reste pas de grumeaux; on humecte le mortier et on y ajoute du plâtre pulvérisé que l'on y mélange : on emploie ce stuc le plus vite possible. Les proportions varient ainsi pour 1 volume de mortier : 2 de plâtre, 1 déplâtre ou 1/2 de plâtre, suivant qu'on a besoin d'un enduit plus ou moins fin.

On perfectionne le stuc à la chaux par un enduit formé d'un mélange de chaux et de marbre en poudre tamisée, le tout broyé à la molette; on polit comme pour le stuc ordinaire.

— On obtient des enduits à peu près analogues, à l'aide du plâtre aluné : on prépare ce plâtre en le jetant, après la cuisson, dans un bain d'eau saturée d'alun, en l'y laissant tremper pendant quelques heures; on le retire, on le laisse sécher, on lui fait subir une seconde cuisson, on le pulvérise, et on l'emploie de la même manière que le plâtre ordinaire, en le gâchant encore avec une dissolution d'alun. Ce procédé est plus cher que celui du stuc ordinaire.

Blanc en bourre. — C'est un mortier mixte, formé de chaux grasse et de sable, ou de chaux et d'argile, auquel on ajoute de la bourre ;

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il sert à faire des enduits et des plafonds dans les pays où le plâtre manque. On choisit du mortier très-fin et purgé de cailloux et de corps étrangers; la chaux doit avoir été éteinte depuis plusieurs jours.

La bourre est formée de poils de vache ou de veau, ou encore de déchets de la tonte des draps ; on peut la prendre brune pour la première couche d'enduit, mais on la choisira blanche pour les couches d'enduit extérieur; on la bat avec des bâtons, pour bien séparer les fibres.

Pour fabriquer le blanc en bourre, on étend le mortier sur une aire plane en couche peu épaisse, on le couvre de bourre, et on mélange -wec soin.

On applique de suite cette composition en couche de 0ra,015 à 0m,020 d'épaisseur; quand elle est à moitié sèche, on ajoute une autre couche de 0m,005; plus tard une troisième de 0m,002. quelquefois une 4e et une 5e encore plus minces, formées de chaux trèspure; on lisse avec soin chacune d'elles, en appuyant la truelle afin de boucher les crevasses s'il s'en formait.

On couvre parfois les enduits de blanc en bourre par une légère couche de mortier de plâtre fin.

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