CHAPITRE PREMIER
I^S PTiAC E tlEUfT DES B ATI M EIÏTS.
L'endroit le plus favorable pour asseoir une exploitation n'est pas toujours celui qu'on peut choisir; des considérations spéciales sont souvent un obstacle ; il faut alors tâcher de se rapprocher le plus possible des conditions générales qu'il est à désirer que la situation réunisse : nous allons les exposer.
— La condition la plus essentielle à remplir, lorsqu'on construit les bâtiments nécessaires à une exploitation, est le choix d'un emplacement salubre, où la santé des habitants et la prospérité des animaux entretenus ne soient pas compromises par des influences provenant du sol même ou des localités voisines.
Un examen attentif du terrain devra présider à ce choix d'emplacement; à moins de circonstances particulières, on se gardera bien de construire sur des tourbières, même sur des sols rendus humides par un fond de tourbe et de glaise, à proximité de marais ou d'étangs,
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ou du moins dans des endroits où se fait sentir, pendant la plus grande par tie de l'année, l'influence des vents qui amèneraient les émanations de pays marécageux. Si des localités de cette nature se trouvaient à peu de distance du lieu où l'on veut construire, on devrait interposer des rideaux d'arbres à haute tige et principalement d'arbres à feuilles persistantes, ou utiliser comme abris ceux qui seraient déjà plantés, pour rompre les vents provenant de ces endroits humides. De pareils rideaux pourraient également abriter l'exploitation contre les vents trop froids, comme ceux du nord et de l'est dans quelques localités. En général, ces plantations contribueront toujours à l'assainissement de l'emplacement. Il est inutile d'inscrire ici le drainage du sol comme concourant au même résultat.
Un plateau incliné légèrement au sud et à l'est, une plaine abritée par des collines contre les vents de l'ouest et du nord, le versant d'une vallée exposée aussi à l'est ou au sud, sont généralement recommandables pour la situation d'un domaine : cependant rien d'absolu ne doit être posé à cet égard ; car il est telle localité où on pourra très-avantageusement construire sur un coteau exposé au nord et garanti contre les vents d'ouest et du sud, tandis que dans une autre la situation inverse sera celle à préférer, dans l'intérêt bien entendu de la salubrité.
L'élévation des bâtiments au-dessus du terrain environnant est favorable à leur conservation aussi bien qu'à leur assainissement. Il est utile d'exhausser tout l'ensemble des constructions et de la cour de l'exploitation avec les déblais provenant des fondations et même avec des terres rapportées.
— Si l'on devait construire dans une vallée, sur les bords d'une rivière ou d'un ruisseau, il faudrait choisir un emplacement qui ne fût point exposé aux inondations. Et, à cet effet, il ne suffirait pas de se mettre à l'abri des débordements qui se renouvellent presque périodiquement sur les cours d'eau, il faudrait encore s'efforcer de s'établir hors des parties où s'étendent ces grandes inondations qui ne reviennent qu'à des intervalles éloignés, mais encore trop rappro-
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chés. Un examen très-attentif des localités, une enquête minutieuse auprès des habitants du pays les plus âgés, une étude même des documents historiques locaux, feront connaître les limites qu'ont atteintes ces grandes crues d'eau; elles sont toujours des fléaux d'autant plus violents qu'ils sont plus rares.
On parvient quelquefois à se mettre à l'abri des inondations en exhaussant tout le terrain qui supportera là cour, les bâtiments et les jardins d'exploitation ; il faut, pour cela, que les terrassements s'appuient sur un des coteaux qui enserrent la vallée, et que cette vallée elle-même présente, sur son autre côté, un espace suffisant pour l'écoulement des eaux qu'y rejettera nécessairement l'exhaussement artificiel établi. Mais ces travaux n'empêcheront généralement pas les infiltrations des eaux sous les fondations des bâtiments, ce qui, dans certaines circonstances, pourra donner lieu plus tard à des émanations insalubres, ou dangereuses pour la solidité des murailles; des frais considérables seront, en outre, toujours nécessaires. La prudence et l'économie se réunissent donc pour proscrire la construction de bâtiments ruraux dans des endroits exposés aux débordements des cours d'eau.
— Indépendamment des conditions de salubrité, l'emplacement choisi pour établir des constructions devra satisfaire à des conditions purement économiques; aussi il sera le plus rapproché possible du centre des terres en culture, des routes ou de bons chemins vicinaux et des eaux potables.
— Pour fixer le centre d'exploitation, on aura seulement à considérer la plus grande portion agglomérée ou les diverses parties composées de parcelles réunies , en choisissant la plus centrale de celles-ci, sans faire entrer dans l'appréciation générale les pièces de terre éloignées qui dépendent du domaine. Dans cet examen, il faut avoir principalement en vue les terres arables, car les prés, les pâturages, et surtout les bois, exigent la présence des gens du domaine beaucoup moins que les champs.
On doit aussi prendre en considération la situation des terres sur un coteau et se rapprocher plutôt de celles-ci que des champs dans
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la vallée ou même dans la plaine; comme le transport des fumiers sur le sol arable demande presque toujours plus de voyages que celui des récoltes (au moins de céréales), il est préférable que les attelages parcourent en montant la plus petite distance avec le poids le plus lourd.
— La proximité d'un bois présente quelques inconvénients : sans parler des retraites qu'y trouvent les maraudeurs, les taillis et les futaies servent d'asile à beaucoup d'animaux nuisibles qui peuvent à leur abri atteindre facilement les bâtiments du domaine.
— Si cela est possible, on ne devra établir ni les constructions, ni la cour qui les comprend, près de la limite d'une autre propriété; il est quelquefois fort utile de pouvoir agrandir les bâtiments, ou au moins de jouir de la faculté de circuler autour, sans avoir à redouter les inconvénients résultant d'un voisinage trop rapproché.
L'intérieur d'un bourg ou d'un village cause aussi quelques désagréments au cultivateur : la surveillance générale est plus assurée quand le domaine est isolé d'autres exploitations.
Pour les mêmes raisons, il est préférable de construire à quelque distance d'un bon chemin vicinal, d'une route même, à une centaine de mètres, par exemple : une petite avenue cailloutée sera établie entre cette route et l'exploitation. 11 n'est pas besoin de dire qu'une plus grande distance serait la cause de dépenses considérables, soit que l'on se contentât d'accéder par les chemins ordinaires, soit que l'on établit une route, ce qui serait souvent encore plus économique.
— L'une des nécessités de la vie de l'homme et des animaux est d'avoir de l'eau pour boisson : il faut donc rapprocher le domaine des endroits où il est facile de satisfaire à ce besoin.
Les eaux potables à préférer sont celles d'un ruisseau plutôt que celles d'une grande rivière, celles de sources ou fontaines que l'on réunit en bassin et dont l'abondance des eaux puisse suffire, dans toute saison de l'année, aux besoins de l'habitation et à ceux des abreuvoirs pour les bestiaux.
A défaut de ces ressources, on aura recours à l'établissement de puits et de citernes; mais il est bien préférable de construire les bà-
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timents d'une exploitation à proximité d'eaux qui coulent naturellement sur le sol.
Un moyen d'y suppléer, que nous ne pouvons toutefois qu'indiquer, consiste dans le creusement de puits artésiens. Ces puits devront être forés à quelque distance de l'exploitation, et leurs eaux y seront amenées par des canaux ou fossés qui leur permettront de s'aérer suffisamment pour servir de boisson aux animaux.