‹ Traité des constructions rurales et de leur dispositionChapitre 65 sur 89 · CD · texte numérisé non relu

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BIBLIOGRAPHIE

« On a demandé à quoi pouvait être utile une bibliographie spéciale ; on pourrait aussi demander de quelle utilité sont les livres, ceux qui les ont écrits et ceux qui les lisent. On ne peut rien répondre à de pareilles questions, et ce n'est point pour ceux qui les font que cette partie de notre ouvrage est destinée. Celui qui veut connaître l'histoire des progrès de l'art qu'il exerce, qui cherche la vérité, et qui veut s'éclairer et s'instruire de bonne foi, sera bien aise de trouver dans l'analyse d'un ouvrage ce qu'il doit en penser et quel est le degré de confiance qu'il mérite. (Huzard, Instructions vétérinaires, tome II, 1791.) » Il sera même bien aise de trouver, à défaut d'analyse, l'indication des titres des livres écrits sur le sujet dont il s'occupe, parce qu'il pourra en faire la recherche et les lire lorsqu'il aura eu l'occasion de se les procurer.

Ces paroles sont la justification du travail que nous avons entrepris pour faire connaître les ouvrages publiés sur les Constructions rurales -, elles s'appliquent aussi bien à ce sujet d'études qu'à l'art pour lequel notre aïeul les a écrites; car on peut les résumer ainsi : Toute instruction spéciale doit comprendre la connaissance des livres écrits sur le sujet.

Cette connaissance d'ailleurs est pleine d'attraits. Il y a un vif

plaisir à retrouver clans les auteurs anciens des idées que l'on voit émettre comme nouvelles, et que l'on serait tenté de regarder comme telles : en outre, cette connaissance des livres fait voir la marche et les progrès de l'art ou de la science dont on s'occupe ; die prévient des erreurs, en montrant les essais déjà tentés; elle apprend à juger les travaux en cours d'exécution ; elle permet de repousser de prétendues innovations, dont on a déjà vu l'inutile application ; peut-être enfin contribue-t-elle à faire rendre justice au véritable talent, soit de l'écrivain, soit de l'inventeur, qui le premier a émis une idée, a formé un projet. Pour tous ces motifs, serait-il trop prétentieux de dire que la bibliographie aide à la formation du jugement, de l'entendement humain ?

L'objet spécial dont nous nous occupons ne peut réclamer qu'une faible part dans un si beau résultat; cependant celui qui étudiera les livres dont la liste est ci-après trouvera peut-être à y faire l'application des remarques que nous venons d'exposer; dans tous les cas, il se perfectionnera dans la connaissance des dispositions ou des modes de construction proposés par les auteurs ; et de là pourront naître chez lui des idées nouvelles ou des modifications aux idées qu'il aura conçues ou à celles qui lui auront été suggérées, d'où résulteront des applications fructueuses dans l'arrangement de ses constructions rurales.

Tel est le mobile principal qui nous a conduit à rédiger et à compléter autant que possible le catalogue ci-après : nous l'avons divisé en deux sections, l'une pour les ouvrages spéciaux et l'autre pour les ouvrages généraux ou particuliers dans lesquels se trouvent quelques indications relatives au sujet qui nous occupe.

Dans chacune de ces deux sections, nous nous sommes attaché à reproduire exactement les titres et les désignations bibliographiques utiles pour retrouver les ouvrages. Toutes les fois que nous avons eu un doute sur quelqu'une ou sur plusieurs de ces indications, nous l'avons exprimé en intercalant à la suite un point d'interrogation (?). Enfin nous ayons cru devoir compléter par des notes les titres de quelques ouvrages, principalement des traités spéciaux.

BIBLIOGRAPHIE

L'ordre adopté pour les ouvrages de la première section a été celui des dates de publication ; mais, lorsqu'un livre a eu plusieurs réimpressions, nous les avons rangées à la suite de la première édition, afin d'éviter des répétitions qui pourraient être causes de confusion.

Dans la deuxième section du catalogue, l'ordre alphabétique de noms d'auteurs a été choisi, afin de faciliter les recherches; pour la même raison, les noms cités dans la première section y ont été reproduits ; ce qui fait servir cette liste alphabétique comme table générale des auteurs. Les titres des livres déjà indiqués dans les précédents chapitres de notre ouvrage n'ont pas été répétés, mais des numéros correspondants aux noms des auteurs relatent les pages où ces titres sont détaillés.

Personne n'a encore réuni les titres des ouvrages sur les constructions rurales ; on trouve bien quelques indications dans les travaux bibliographiques de Lallemant, de Vitet, d'Amoreux, de Buc'hoz, de Tenon, de Lafond-Poulotti, de De Musset-Pathey, de Huzard. mais elles ne concernent que très-peu de livres et ne sont pas groupées de manière à former une liste qu'on puisse consulter pour des recherches spéciales.

— Quand on parcourt les ouvrages écrits sur un sujet quelconque, aussi bien sur celui des constructions rurales que sur tout autre, on est bientôt tenté de s'écrier, en essayant d'imiter un vers de notre inimitable comique, de notre grand penseur :

Il est de faux auteurs, comme il est de faux braves.

(Molière : Tartufe, acte 1er, scène 6.)

Les faux auteurs sont tous ceux qui reproduisent les idées 'des autres, qui copient leurs livres, sans indiquer à quelle source ils ont puisé, sans désigner le nom de la personne à laquelle ils font emprunt; ces écrivains espèrent qu'on leur attribuera le travail qu'ils publient, et ils l'espèrent si bien, que nous en avons vu qui finissaient par se persuader que le travail emprunté était à eux, qui ne permettaient pas qu'on en doutât, qui s'irritaient si on en voulait reproduire

quelque parcelle ! Malheureusement, ils réussissent parfois à le faire croire par ceux qui les consultent, et l'erreur peut durer quelque temps !

U est une autre classe de faux auteurs, c'est celle des compilateurs : on peut les partager en deux sortes, ceux de bonne foi et ceux de mauvaise foi. Les derniers ont beaucoup d'analogie avec la classe de faux auteurs que nous avons indiquée ci-dessus; mais, au lieu de copier textuellement, ils altèrent légèrement les idées, changent les expressions, défigurent les tournures de phrases, modifient l'ordre du discours; inutile de dire que jamais ils n'indiquent la source où ils ont puisé : ils préfèrent qu'on leur attribue l'origine du travail ; parfois leur plagiat est assez difficile à reconnaître : il faut l'œil exercé de l'érudit pour le découvrir. Une sorte intermédiaire de compilateurs est celle des écrivains qui disent dans leur préface : nous avons emprunté à quelques-uns ou à beaucoup ; et puis qui ne s'occupent plus d'indiquer chacune des parties prises à autrui; de sorte que le lecteur naïf doit leur attribuer la plus grande portion du livre. Quant aux compilateurs de bonne foi, ce sont ceux qui puisent dans les travaux d'autrui, mais avec la précaution M'en avertir le lecteur, et en indiquant toujours le nom de l'auteur qu'ils citent, à côté des emprunts (quelques-uns se donnent le titre d'encyclopédistes, à raison plus ou moins juste) ; ces écrivains, presque toujours opiniâtrement laborieux, rendent parfois service à la science, parce qu'ils remettent au jour des travaux ignorés, et que souvent ils ont assez de discernement pour choisir dans les auteurs ce qu'ils trouvent de bon et laisser de côté le mauvais. Mais leur mérite personnel est assez faible; il a été justement, quoique sévèrement, apprécié dans ces paroles du poëte :

Au peu d'esprit que le bonhomme avait, L'esprit d'autrui de complément servait : Il entassait adage sur adage; Il compilait, compilait, compilait !

On le voyait sans cesse écrire, écrire Ce qu'il avait jadis entendu lire.

(Voltaire, Le Pauvre diable, satire.)

Enfin il est un dernier genre de faux auteurs qu'il est assez difficile de reconnaître ; on ne peut y arriver que par des indiscrétions, dont on doit toujours mettre en question l'exactitude, lorsqu'il n'y a point de preuves qui viennent divulguer l'infamie du marché ; c'est la classe d'écrivains qui a été personnifiée dans un seul nom pai notre célèbre satirique :

On dit que l'abbé de Roquette Débite les sermons d'aulrui :

Mais moi qui sais qu'il les achète, Je soutiens fort qu'ils sont à lui (1).

(Boiliîau : Épigrammes.)

— Soit, dira-t-on ; nous vous abandonnons ceux que notre grand fabuliste a stigmatisés de la qualification de geais,

Qui se parent souvent des dépouilles d'autrui Et que l'on nomme plagiaires.

(La Fontaine : Fables, liv. IV, fab. IX.)

Mais comment fera l'homme qui a bien étudié un sujet, qui connait une science, un art dont il a pu approfondir tous les détails, comment fera-t-il lorsqu'il voudra écrire et propager ce qu'il sait, s'il ne lui. est pas permis de répéter ce qui a été dit par d'autres ?

— Avant de répondre, nous lui demanderons s'il a quelque chose de nouveau à faire connaître, s'il doit rendre service à ses contemporains en publiant ce qu'il a pu apprendre. S'il n'en est point ainsi, peut-être aurons-nous la cruauté de lui crier, comme Alceste :

Et qui diantre vous pousse à vous faire imprimer ?

(Molière : le Misanthrope, acte 1er, scène 2.)

Mais, si notre homme nous persuade que la publication de son ouvrage doit être utile, s'il nous fait voir que nul n'a traité ce sujet

(l) L'abbé de Roquette achetait ses sermons; on peut faire pis encore, prendre sans payer, etc. Il parait qu'il s'est trouvé des amateurs plus forts que lui, si l'on en croit l'épigramme de Chénier :

Hoquette dans son lrm|is, P clans le nôtre,

Furent tous 1rs ck'u* prélats il 1 A u tti il ; Tnrtule est le portrait de l'un ;

Ali! si Molière eût connu l'autre!

BIBLIOGRAPHIE

d'une manière assez complète, assez raisonnée, assez détaillée, peutêtre alors nous oserons lui conseiller d'écrire ; mais, comme recommandation première, nous lui dirons :

« Travaillez, prenez de la peine :

« C'est le fonds qui manque le moins.

(La Fontaine, Fables, liv. V, fab. IX.)

« Rappelez-vous de rester dans les limites de votre savoir, de vos études, de ne point vous écarter du but que vous vous proposez : être utile. Pensez à la maxime suivante :

« Ne forçons point notre talent ; s Nous ne ferions rien avec grâce :

« Jamais un lourdaud, quoi qu'il fasse, « Ne saurait passer pour galant.

(La Fontaine : Fables, liv. IV, fab. V.)

« Lorsque vous écrivez sur un sujet scientifique, vous devez^profiter des travaux de vos devanciers. Si même vous voulez les reproduire en totalité ou en partie, vous le pouvez, mais indiquez la source où vous puisez, citez les noms des auteurs qui vous fournissent des matériaux pour votre livre; ce sera leur rendre la justice qui leur est due. Si vous leur empruntez des passages, écrivez-les entre guillemets, entre parenthèses, en note et avec le nom de l'auteur à côté, de manière que l'on voie bien que vous n'avez pas l'intention de vous les approprier (1). Ce sera là de la probité littéraire ; il en

(1) L'auteur d'un travail éprouve une joie réelle, quoiqu'un peu amèrc lorsqu'il découvre que des passages écrits par lui ont été reproduits dans un livre qui porte le nom d'un autre auteur, ou même dans un recueil où ne figure aucun nom. Le début de nos études sur les Constructions rurales nous a déjà plusieurs fois fait éprouver cette satisfaction intime, à laquelle nous étions bien loin de prétendre (voir la liste alphabétique ci-après). — Nous en avons encore ressenti une autre ; depuis que la première partie de notre travail a été publiée, deux ouvrages analogues ont été annoncés comme sous presse. — Enfin on est venu nous dire : J'attends la fin de la publication de votre livre pour terminer le mien; car j'espère y trouver des renseignements dont j'ai besoin! — Oserons-nous donc espérer que notre essai aura servi à propager quelques connaissances utiles?

Eli bien ! défender-vous . . . .

De se donner des soins pour le plais» d'aufnii? Cela même est un fruit que je goûte aujourd'hui.

(La Fontaike, Fables, liv. XI, fab. VIII.)

BIBLIOGRAPHIE

résultera une lueur d'autorité, d'estime, qui se reflétera sur votre travail. Soyez persuadé que le lecteur appréciera votre abnégation, qu'il vous en tiendra gré, et qu'il conservera votre livre, sans être tenté de s'écrier, comme on l'est parfois, à la lecture de tant d'ouvrages que l'on rejette :

« Chacun se dit auteur, mais fou qui s'y repose, « Rien n'est plus commun que le nom, « Rien n'est plus rare que la chose. »

(La Fontaine, Fables, liv. IV, fab. XVII.)

— Qu'on nous pardonne cette digression : nous qui- avons été élevé au milieu des livres, nous avons entendu tant de récriminations de la nature de celles que nous venons de rapporter, nous avons vérifié l'exactitude d'un si grand nombre, que nous n'avons pu nous empêcher de profiter d'une occasion de la mettre au jour.

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