DÉFINITION. — DÉLIMITATION DU SUJET
L’expression de corps étranger est très ancienne dans la littérature médicale, puisqu’elle servait déjà aux Grecs et aux Latins, et elle s’est transmise jusqu’à nos jours sans avoir jamais été nettement définie. Tout le monde comprend le sens qu’il convient d’attacher à ce mot, mais l’esprit ne saisit pas aussi facilement les limites précises de son étendue. Au commencement de ce siècle, Maunoir, Delpech, envisageaient la question au point de vue le plus général et admettaient qu’on devait regarder comme corps étrangers tous ceux qui ne peuvent participer à la vie commune des solides ou des humeurs. Peut-être cette manière de voir est-elle correcte, mais à coup sûr elle ne répond nullement à l’idée que la majorité des chirurgiens se font d’un corps étranger. Aussi pour rester d’accord avec scs prémisses, Delpech était-il obligé de faire entrer l’étude des accouchements dans celle des corps étrangers. Pour lui, le fœtus, les calculs urinaires, biliaires, le gaz de l’emphysème, le sang épanché, etc., étaient des corps étrangers, et de
cette façon, il faisait rentrer dans son cadre trop vaste une bonne partie
de la pathologie.
Depuis le travail de Delpech1 2, le plus complet et le plus doctrinal qui existe sur le sujet, les divers auteurs qui ont traité dans leurs ouvrages ou les publications périodiques des corps étrangers en général, se sont attachés à démontrer que la définition du chirurgien de Montpellier était beaucoup trop vaste, trop théorique et ne répondait pas aux exigences de la pratique. Celte tendance est surtout bien marquée dans le chapitre consacré à cette question par les auteurs du Compendium - qui rejettent par dessus bord les virus, venins, poisons, eschares, altérations des humeurs, en un mot toutes les modifications chimiques ou vitales de l’organisme. Pour eux, la balle qui s’arrête dans les chairs, l’épine qui s’enfonce dans un membre, l’os qui séjourne dans l’œsophage constituent le type’ des corps étrangers et c’est pour traduire leur nouvelle conception qu’ils donnent la définition suivante.
« Ce terme ( corps étranger) ne s'applique en chirurgie qu'aux substances solides ôu demi-solides, qui ne participent point à la vie commune et nuisent plutôt par leur masse , leur dureté, leurs inégalités que par V action vitale qu'elles exercent sur nos tissus. »
On le voit, le cadre se restreint déjà beaucoup, mais malheureusement cette définition est insuffisante, parce qu’elle n’est pas assez explicite et quelle détermine plutôt ce qu’il faut séparer de l’élude des corps étrangers que ce qu’elle comprend réellement.
Récemment, Monod, dans un excellent article du Dictionnaire encyclopédique3, a repris la détinition du compendium, l’a précisée, en y faisant rentrer les liquides et les gaz que la première excluait. A quoi bon ranger les gaz dans les corps étrangers, puisque personne ne les considère comme tels! Monod lui-môme, après quelques mots consacrés aux gaz et aux liquides, reconnaît que les corps solides ou demi-solides feront « le principal objet de son étude, et qu’ils peuvent servir de types ». En effet, ne serait-il pas téméraire d’entreprendre une étude qui intéresserait les gaz, les vapeurs, les liquides, les solides, les corps animés ou inanimés, les parasites, les acides, les bases et les sels, les poussières et les corps volumineux. Réduite aux seuls corps réellement étrangers et venus du dehors, solides ou liquides, la question est déjà assez vaste, comme on pourra s’en rendre compte par la lecture de ce livre, et il