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NATURE DES CORPS ÉTRANGERS SOLIDES

L’infinie variété des corps étrangers des voies respiratoires donne lieu à quelques considérations intéressantes sur leur nature, leur fréquence relative, leurs propriétés.

Pour en donner une idée, j’ai réuni dans un tableau ceux qu’on rencontre le plus souvent, en les classant d’après leur origine, leur composition et leur altérabilité. Je me suis servi pour dresser ce tableau de la statistique de Bourdillat qui porte sur plus de 500 faits, chiffre bien suffisant pour permettre de poser quelques conclusions.

Pleins

Inorgani-

ques

Irréguliers

Corps

étrangers

des

voies

respiratoires

Inanimés

Creux

Réguliers

Perles de verre.

Aiguilles.

Réguliers { Pièces de monnaie.

Doutons.

Dalle.

Pierres.

Clous.

Anneaux de verre.

Tubes à trachéotomie.

Sifflets.

Embouchures.

Tuyaux de pipe.

Noyaux percés, etc.

Haricots.

Noyaux.

Grains de blé, de café, de pastèque. — Tamarin.

Pilules. — Pois.

Fragments de noyaux.

Dents.

Os.

Arêtes.

Épis.

Morceaux de viande.

Aliments.

Liège.

Sangsues.

Lombrics.

Animés ( ) Mouches.

' Uydatidcs.

/ Huître.

1 Poissons.

On peut voir que, dans cette classification, les propriétés les plus importantes ont servi de base à la division; j’ai cru devoir conserver la

Organiques/ Pleins

Irréguliers

distinction classique en corps étrangers animés et inanimés; elle n’a pas une très grande importance, parce que les premiers ont assez rarement été observés. A peine existe-t-il dans la science un certain nombre d’exemples de vers lombrics introduits dans les voies aériennes, la plupart réunis dans la thèse d’Aronsohn. Ailleurs, ce sont des sangsues avalées avec des liquides; elles pénètrent insensiblement dans le larynx; je n'ai pu en réunir que six exemples certains. Sennert rapporte que le pape Adrien IV mourut des suites de l’introduction d’une mouche dans les voies respiratoires. Enfin Remy, Gautier ont observé des cas de pénétration de poissons dans la trachée.

Observation de Gautier. Poisson dans la glotte. Mort. — Le '12 août 1784, un fermier de Brandeau alla à la mer avec ses domestiques et gens de journées pour y pêcher. Au sixième coup de seine, il amena un petit poisson qu'il saisit avec ses dents pour le mieux retenir; le poisson s’étant dégagé se glissa précipitamment dans la trachée artère avant que le fermier eut pu le prendre avec ses mains. Les efforts que cet homme fit furent inutiles, ainsi que ceux de scs compagnons. En arrivant je trouvai le malade sans pouls, sans mouvement, froid et expirant. Je ne remarquai que quelques légers mouvements convulsifs dans les muscles du larynx. Avec le doigt je rencontrai la queue d’un poisson qui dépassait l’épiglotte de trois ou quatre lignes. Je tentai de faire l’extraction de l’animal avec des pinces, mais je ne pus en arracher qu’une portion de la longueur de neuf à dix lignes, qui me parut être une loche de mer. L’administration de deux grains d’émétique ne réussit pas mieux. L’opération de la bronchotomie proposée fut repoussée. Ce malheureux mourut moins de deux heures depuis son accident . Je ne l’abandonnai néanmoins qu’après les plus longues tentatives. — Le doigt permit de s’assurer que ce poisson était étroitement engagé dans la trachée artère. ( Journal de médecine et de chirurgie , 1785, t. LX1V, p. 249.)

L’auteur de cette observation ajoute que « les habitants de cette cote sont dans la malheureuse habitude de saisir avec leurs dents les petits poissons qui se trouvent emmailles; il se passe peu d années qu on ne voie arriver quelque accident semblable à celui que je viens de rapporter. »

Wilkinson rapporte aussi, d’après des renseignements qui paraissent dignes de foi, qu’une huître avalée et une mouche (musca vomitoria) auraient pu causer la mort en s introduisant, dans le larynx.

A lui seul, le groupe des corps étrangers inanimés forme presque la totalité de ceux des voies aériennes, et se divise lui-même en inorganiques et organiques. Cette dernière catégorie comprend le plus grand nombre des cas et peut présenter une infinie variété, depuis les Iruits et les graines de petit volume, jusqu’aux débris de trachée, de cartilage, d’épiglotte et môme aux ganglions bronchiques. Enfin la forme devait

\. îjanert, J u 1 y 18 m, p. 28.

jouer un rôle important dans une classification de ce genre, parce que cette propriété n’est pas indifférente au point de vue pathologique. 11 en est de même de la forme tubulée qui a été observée quelquefois.

Fréquence relative. — En jetant les yeux sur un relevé de trois ou quatre cents faits, comme celui de Bourdillat, la fréquence relative de certains objets, toujours les mêmes, frappe l’esprit. Ainsi, sur les 500 faits de Bourdillat, dans 71 le corps étranger était un haricot. La proportion supérieure à un quart ne peut être comparée à celle d’aucun autre objet, et c’est à grand peine qu’on arrive à réunir 56 cas de noyaux ou fragments de noyaux introduits dans l’arbre respiratoire. La présence si commune des haricots entre les mains des enfants, rend cette curieuse particularité un peu plus compréhensible, mais elle ne suffit pas à expliquer cette disproportion si accentuée entre ces corps et les petits cailloux, par exemple. Je citerai encore quelques chiffres qui donneront une idée de la fréquence relative d’autres substances. Des coques ou coquilles, des noyaux de fruits ontéte observes 56 fois; les fragments d’os dans 20 cas; des graines diverses, de blé, de calé, de pastèque, dans quinze. Enfin, il faut encore mentionner, ensuivant l’ordre de fréquence, les épis ou épillets, les petits cailloux, les dents, les arêtes, les aiguilles, les clous, etc.

Foi me. Sous le rapport de la forme, les corps étrangers des voies aériennes comprennent trois variétés : lu les corps étrangers réguliers, 2° les corps irréguliers, 5» les corps étrangers creux. Les premiers sont les plus nombreux ; il suffit de dire que les haricots en font partie ainsi qu’un grand nombre de graines; cette condition facilite beaucoup leur introduction dans les voies aériennes. D’autres sont curieux par leur il régularité et, sous ce rapport, les épis de graminées, offrent quelques particularités intéressantes. En effet, introduits dans le sens des barbes, ils pénétrent encore assez facilement, mais il leur est impossible de rebrousser chemin, parce qu’ils en sont empêchés par l’implantation dans la muqueuse. Il en est qui, comme les agrafes, les aiguilles, es épingles, les arêtes, présentent des aspérités qui en rendent a mobilité plus difficile. Quelques-uns sont aplatis et peuvent occuper des positions diverses, suivant qu’ils sont placés de champ ou transversalement dans les conduits; telles sont les pièces de monnaie et tous les corps qui s’en rapprochent par leur forme. Enfin, les corps eieux quoique beaucoup moins nombreux, constituent un petit groupe spécial qu, présente des caractères intéressants, parce que, quand ils sont places dans axe de la trachée ou d’une bronche, ils n’empêchent pas

le passage de l’air. Ce sont, des canules à trachéotomie, des anneaux, des tuyaux, une trachée d’oie, nn sit’tlct, une embouchure d’instrument, etc.

Du volume . — Les voies aériennes ne constituent pas un conduit susceptible d’extension et tous les corps qui le pénètrent ne dépassent pas ses dimensions intérieures. 11 faut cependant faire une exception pour les corps étrangers de la partie supérieure du larynx que Laboulbene appelle vestibulaircs, et dont le volume assez considérable peut empêcher la pénétration. Ces derniers peuvent acquérir des dimensions assez grandes et les faits où le volume est considérable, concernent pour la plupart des morceaux de viande avalés par des vieillards édentés dont la mastication est devenue imparfaite. Les Recueils de Médecine Militaire 1 renferment un cas de mort par des corps étrangers sus-glottiques observé chez un vieillard de quatre-vingt-quatre ans. A l’autopsie on trouva au-dessus du larynx un morceau de viande de la grosseur d’un œuf de pigeon, fermant exactement l’ouverture de la glotte et dont une portion était même encore engagée dans cette ouverture. De même Millard a présenté à la Société anatomique (1859) un cas dans lequel il y avait dans la partie inférieure du pharynx et dans l’ouverture du larynx, un morceau de viande, taillé irrégulièrement, trapézoïde à grand diamètre vertical ne mesurant pas moins de 0m,038 et 0'ü,059 de largeur. Le sujet de cette observation, un vieillard glouton et édenté, était mort immédiatement. J’aurai l’occasion de revenir plus

tard sur les faits de ce genre.

A mesure qu’on descend dans les voies aériennes, les corps étrangers qu’on y rencontre deviennent plus petits, et cela se comprend, parce que les divisions bronchiques empêchent le passage de ceux qui sont volumineux. 11 y a même à cet égard une différence entre la bronche gauche et la bronche droite en faveur de cette dernière, différence sur laquelle je reviendrai bientôt. Aux extrémités des bronches, seuls les corps très ténus peuvent pénétrer et ils î entrent alors dans l’étude des phtisies acquises.

Multiplicité. — Tandis que la multiplicité est chose fréquente pour les corps étrangers du tube digestif, au contraire, elle est îaicmcnt ( onstatéc pour les corps des voies aériennes; ce qui s explique par l intensité et la rapidité des phénomènes qui succèdent a leur introduction. Cependant, on a cité un cas dans lequel deux corps auraient été expulsés;

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