DU SIÈGE DES CORPS ÉTRANGERS DES VOIES AÉRIENNES
Les corps étrangers peuvent s’arrêter dans tous les points des voies respiratoires, mais ils ont, eux aussi, certains points d’élection où on a plus de chances de les retrouver que dans d’autres. Ainsi, on les rencontre beaucoup plus souvent dans la bronche droite qu’aillcurs, dans le larynx que dans la trachée. Il est évident qu’il ne s’agit ici que de ceux qui ont une position fixe définitive ou temporaire. En effet, les corps mobiles se trouvent tantôt dans le larynx, tantôt dans les bronches, le plus souvent dans la trachée. Au point de vue du siège on divise les corps étrangers, suivant qu’ils sont dans le larynx, la trachée et les bronches :
1° Corps étrangers du larynx. — SûUS le l'apport des accidents et de la thérapeutique, il existe une grande différence entre les corps étrangers qui occupent les différents points du larynx. Tandis qu’un corps logé dans les ventricules peut être assez longtemps toléré; au contraire, un corps placé sur l’ouverture de la glotte entraîne des accidents immédiats, quelquefois foudroyants. Il y a donc lieu de distinguer des corps étrangers sus-glottiques, glottiqucs et sous-glottiques ; cette division ancienne, adoptée par Aronsohn, Guyon, répond aux variétés de la pratique. Dans ces dernières années, Laboulbène a pensé qu’il serait avantageux de diviser les corps étrangers sus-glottiques en deux groupes; les uns vestibulaires, les autres ventriculaires. Le siège précis des premiers serait dans les replis ary-épiglottiques, celui des seconds dans la cavité supérieure de la glotte.
Cette subdivision, rationnelle en elle-même, n’offre pas de grands avantages et ne correspond pas à des variétés pathologiques bien tranchées. S il est viai que les corps volumineux comme ces morceaux de
I. Practical Treatease on foreign bodies in air passages, 1854.
viande énormes dont il a été question plus haut, sont plutôt vestibul.iiies que ventriculaires, il faut reconnaître que beaucoup d’entre eux pénètient plus ou moins dans la cavité et sont quelque peu ventriculaires, comme dans une des observations de M. le professeur Perrin. De plus, il y a beaucoup d’exemples dans lesquels le corps occupe en même temps/ non seulement le vestibule et le ventricule, mais meme la glotte. Je me bornerai à citer comme exemple, l’embouchure de trompette de Benoit 4, le cube de carotte de Vogel Vanger 1 2, l’aiguille armée d’un fil de Blandin, le morceau de bœuf «à la mode du malade de M. Perrin, 1 arête de hareng d’Annandale, etc. Voilà pourquoi ces subdivisions ne répondent pas aux besoins de la pathologie.
De tous les corps étrangers arrêtés dans le larynx, ceux qui sont susglot tiques sont les plus nombreux; j’ai pu en réunir plus de vingt exemples, et presque tous'sont relatifs à des corps volumineux : bille de marbre, morceaux de viande, etc. Guyon dit qu’ils se trouvent enclavés ; ce fait n’est pas absolu, car il en est qui ont pu être repoussés par un ellort de vomissement ; quelquefois ils sont peu volumineux, comme des noyaux de cerises et assez bien tolérés.
Les diftérents auteurs ne sont pas d’accord sur ce qu’il convient d’appeler corps étrangers glottiques; les uns n’entendent par là que la fente qui sépare les cordes vocales, les autres l’espace qui sépare les deux cordes vocales supérieure et inférieure. Je partage l’avis des premiers et je pense que cet orifice variable est fort rarement obstrué par un corps étranger. De telle sorte que, si l’on examine les faits de près, on ne tarde pas à reconnaître que les cas de corps glottiques vrais sont incompatibles avec l’existence, à moins qu’ils ne soient tubulés ou placés de champ quand ils sont aplatis. Je sais qu’on a trouvé à l’autopsie des exemples de corps étrangers glottiques, mais, quand on lit avec attention les détails de ces faits, on ne tarde pas à s’apercevoir qu’ils n’occupent cette situation que par suite d’un déplacement brusque, le plus souvent fatal.
Observation. Coque d'amande dans les voies aériennes. Mort. — Une enfant est renversée par une voiture. Revenue à elle, cette enfant peut rentrer à la maison; sa respiration est croupale. Quarante-huit heures après l’accident, en se levant pour qu’on fasse son lit, elle est prise d’une toux convulsive, jette la tète en arrière et expire. La nécropsie, fil découvrir dans le larynx un morceau de coque d’amande dont les bords étaient entrés dans les cordes vocales, de telle sorte que la lumière de la glotte était complètement bouchée. (Aronsohn. Thèse de Strasbourg, 1856. Obs. "22.)