‹ Traité des corps étrangers en chirurgieChapitre 163 sur 304 · Sédillot. Contributions à la chirurgie · texte numérisé non relu

Sédillot. Contributions à la chirurgie

ce berger laissait souvent errer son troupeau ; il ne s occupait que de la recherche d’un nouveau moyen propre à se satisfaire. Après bien des tentatives également infructueuses, il revint avec un nouvel acharnement à l’usage de la main et de la baguette mais voyant que ces moyens ne faisaient qu’irriter ses faux besoins, il tira, comme par désespoir, un mauvais couteau de sa poche, avec lequel il s’incisa le gland suivant la longueur du canal de l’urètre. Cette incision, qui aurait causé à tout autre homme les douleurs les plus aigues, ne lui procura qu’une sensation agréable suivie d’une éjaculation complète. Enchanté de son heureuse découverte, il résolut de se dédommager de son abstinence forcée toutes les fois que sa fureur le dominerait. Les fossés, les buissons, les rochers lui servaient d’asile pour répéter ou exercer son nouveau procédé qui lui procurait toujours le plaisir et l’éjaculation qu il en attendait. Enfin, donnant tout l’essor possible à sa passion, il parvint, peut-être en mille reprises, à se fendre la verge en deux parties exactement égales depuis le méat urinaire du gland jusqu’à la partie de l’urètre et des corps caverneux qui répond au-dessus du scrotum et près de la symphyse du pubis. Lorsque le sang coulait en abondance, il arrêtait l’hémorrhagie en liant circulairement la verge avec une ficelle, et il serrait suffisamment la ligature pour s opposer à l’écoulement du sang sans en intercepter Je cours dans les corps caverneux.

5 ou 4 heures après, il ôtait cette ligature et abandonnait les parties divisées à ellesmêmes. Les diverses incisions qu’il faisait à la verge n’éteignaient pas ses désirs. Les corps caverneux, quoique divisés, entraient souvent en érection en se divergeant à droite et à gauche. M. Sernin, chirurgien en chef de l’Hôtel-Dieu de Narbonne, qui ma communiqué ce fait, a été témoin du phénomène de cette érection.

Ne pouvant plus se servir de son couteau, parce que la section de la verge se portait sur les os pubis, Galien se vit dans de nouvelles détresses : il reprit l’usage d’une seconde baguette plus courte que la première; il se l’insinua dans le reste du canal de l’urètre, et titillant à sa volonté cette partie du canal et les orifices des conduits éjaculateurs, il provoquait l’éjection delà semence. C’est ainsi que ce masturbateur vi aiment extraordinaire s’est amusé les dix dernières années de sa vie sans avoir la moindre inquiétude sur la division de sa verge ; la longue habitude qu’il avait de 1 exercice de sa baguette le rendait intrépide et quelquefois nonchalant dans l’usage qu’il en faisait. Le 12° juin 1774, il l’enfonça avec si peu de ménagement qu’elle lui échappa des doigts et qu’elle tomba dans la vessie. Bientôt après, des accidents graves se manifestèrent : douleurs aiguës dans ce viscère et au périnée, difficulté d’uriner, fièvre, pissement de san^, hoquet, vomissement, diarrhée sanguinolente. Tourmenté de ces maux, il faisait encore des tentatives pour se débarrasser d’un si cruel ennemi. Il s’introduisait plus de 100 fois le manche cl’une cuillère de bois aussi avant qu’il put dans le rectum, et il poussait cette cuillère avec effort de derrière en devant afin de faire ressortir la baguette par la même voie qu’elle était entrée; mais le mal était au-dessus des secouis qu’il pouvait attendre de lui-même. On l’engagea enfin à retourner a 1 hôpital de Narbonne, où il avait été reçu par 5 fois dilférentes dans 1 espace de 2 mois 1/2 et dont il était sorti sans éprouver de soulagement, parce qu il ne voulut jamais consentir qu’on le visitât pour connaître la cause de sa maladie. Quelle fut la surprise de M. Sernin lorsque, examinant la région hypogastrique de ce malheureux berger qui se plaignait d’une rétention d’urine, il lui trouva deux verges dont chacune avait a peu prèsD la grosseur ou le volume d’une verge naturelle! Cette singularité augmenta l’attention de ce chirurgien. Quoique le malade assurât d’abord qu’il était né avec cette conformation, l’examen des parties, des cicatrices très apparentes, des duretés calleuses dans l’étendue de la division firent juger que ce n’était pas un vice naturel de conformation. Galien fit alors l’histoire de sa vie et donna tous les détails que nous venons de rapporter. M. Sernin s’assura de la présence du corps étranger dans la vessie par le inoven de la sonde, et se décida à en faire sans délai l’extraction par l’operation de la taille. Le malade, tourmenté de douleurs affreuses et n’éprouvant pas de calme quoiqu î

prît jusqu’à 100 gouttes de liqueur anodine de Sydenham, se soumit à cette opération. L’incision faite, on porte le doigt sur le corps étranger pour en changer la direction, et une des extrémités fut ramenée vers la plaie. La baguette fut retirée avec une pince à polypes. Comme cette baguette n’avait séjourné dans la vessie que pendant 3 mois, on fut surpris de la voir inscrustée d’une grosse masse olivaire de matière calculeuse à l’une de ses extrémités. L'autre bout était libre de toute incrustation.

Hémorrhagie légère, sommeil tranquille, les urines coulèrent sans peine ; le cinquième jour, une toux qui le tourmentait depuis longtemps augmenta. Fièvre, frissons irréguliers, cours de ventre, gangrène à la cuisse gauche, aux fesses, au sacrum..,. Tous ces accidents cédèrent peu à peu à un traitement approprié. Mais l’affection de poitrine persista, et ce malheureux berger mourut 5 mois après avoir été guéri de l’opération de la taille.

On trouva à l’autopsie une collection considérable de pus verdâtre dans un sac formé entre la plèvre et le poumon droit. » Chopart (Mal. des voies urinaires, t. II, page 114.)

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