‹ Traité des corps étrangers en chirurgieChapitre 162 sur 304 · Journal de Bordeaux · texte numérisé non relu

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ont pénétré et disparu dans ses organes génito-urinaires (sondes, pessaires). A moins qu on ne veuille ajouter foi aux histoires fantaisistes deb victimes de leur manie érotique, qui prétendent souvent n’avoir eu , d’autre but que de réprimer quelque démangeaison incommode. Si la femme, douée d’un canal urétral moins imparfait que celui de l’homme, parait par cela même échapper à cet ordre de causes pathologiques, il ne huit pas oublier qu’en revanche, la honte et de mauvais instincts poussent bien des malheureuses à aller solliciter des manœuvres criminelles pour arrêter les progrès d’une grossesse. Ces essais, ordinairement tentés par des personnes ignorantes, aboutissent quelquefois à des accidents multiples, et j ai trouvé enregistrés dans la science un petit groupes de laits fort intéressants dans lesquels des corps étrangers de diverses natures, abandonnés dans l’utérus, sont devenus l’origine d’accidents graves dont l’histoire est assez peu connue.

Si on ne considère que l’origine érotique, les cas de corps étrangers chez la femme sont beaucoup plus fréquents, surtout si l’on tient compte de l’affaissement assez précoce du sens génital chez elle. En effet, tandis qu on voit des vieillards se livrer avec les instruments les plus divers à des manœuvres honteuses sur leur canal de l’urètre pour réveiller la sensibilité des organes génito-urinaires, pareille chose n’a jamais été constatée chez les femmes âgées, et presque tous les accidents de ce genre s’observent sur des personnes jeunes, de dix-huit à vingt-quatre ans. A quoi tient cette différence entre les deux sexes? 11 est difficile de le dire, et rien ne permet de comprendre pourquoi chez l’homme la puissance génitale se prolonge beaucoup au-delà de celle de la femme.

2 Influence de l âge. — Ces considérations m’amènent naturellement à parler de l 'influence de l'âge sur la production de ces accidents. Tous les âges figurent sur la liste des corps étrangers des voies urinaires, depuis la plus tendre enfance jusqu’à l'âge mûr et la vieillesse. A coté d un entant de deux ans dans la vessie duquel existe une aiguille, se trouve un vieillard de quatre-vingts ans qui a un fragment desonde ou un autre objet fourvoyé dans ses organes.

Cependant, certains âges paraissent beaucoup plus favorisés nue d’autres : les exemples de corps étrangers dans l'enfance sont assez rares et ne peuvent être attribués qu’à des manœuvres malveillantes ou à une cunosité malsaine. .le citerai à l’appui cet enfant de cinq ou six ans nui setait introduit, en s’amusant, trois petits cailloux dans le canal de urètre. Vers l’âge de dix ans, les habitudes vicieuses apparaissent, plus précoces chez les petites tilles que chez les garçons, qui n’ont que faire

d’instruments étrangers. Aussi, tandis que chez les femmes l’emploi d’un corps étranger n’est qu’une manœuvre quelque peu instinctive, l'exagération et une fausse interprétation d’un besoin prématuré, commun à celles qui abusent de la masturbation comme à celles qui ne sont pas atteintes de manie érotique, au contraire, chez l’homme, on ne voit apparaître le corps étranger que chez les individus qui, poussés par une bestiale frénésie, ont de bonne heure dépensé toute la puissance génitale naturelle dont ils disposaient. A vingt ans, on trouve beaucoup plus de corps étrangers chez la femme que chez 1 homme; mais on en trouve encore à cinquante, à soixante-dix chez ce dernici alois que depuis longtemps, sauf de rares exceptions, les désirs féminins sont

éteints.

o° Influence professionnelle. — Rien n’est plus curieux que de jeter un coup d’œil sur les professions diverses de ces masturbate.urs qui constituent les deux tiers des observations, car il existe des relations intéressantes entre la nature de l’objet employé pour provoquer l’érec-

tion et les habitudes des personnes. En général ces malheureux, peu scrupuleux, arment leur main d’instruments familiers, et voilà pourquoi, comme l’a si bien montré Denucé, on voit : un bout de cierge chez une religieuse, un morceau de cordelière chez un capucin, une aiguille chez un tailleur, un étui chez une couturière, un os de mouton chez un berger, un manche de pinceau chez un peintre, un pampre de vigne chez un vigneron, un porte-plume chez un maîtie d’école, une aiguillette chez un soldat, un tuyau de pipe chez un fumeur, un fer à friser chez une blanchisseuse. Yoilà pourquoi encore les épingles à cheveux fournissent un contingent si fort; elles se trouvent à tout instant sous la main et se prêtent par leur forme aux manœuvres auxquelles on les destine. Est-il besoin de dire une fois de plus combien la vie oisive, l’éloignement honteux des plus nobles aspirations humaines, la solitude, favorisent le développement de ces habitudes dénaturées? Aussi, les professions qui ne développent pas 1 intelligence et n’exigent pas un déploiement de forces physiques en rapport avec l’âge, sont-elles plus spécialement représentées dans la longue liste des corps étrangers génito-urinaires. Telles sont, entre auties, celles de beiger, de couturière, etc., qui remplissent les conditions précédentes. J 1 semblerait que les devoirs et les soucis de la maternité doivent exempter les mères de famille de ce vice ; il n’en est cependant rien, puisqu’on trouve dans les auteurs des exemples de femmes plusieurs lois mères qui s’étaient introduites des corps étrangers dans l’urètre ! Comment ex-

cuser autrement que par une manie et une aberration morale incompréhensible, cette jeune femme de vingt et un ans, mère de trois enfants, de la vessie de laquelle des médecins durent extraire un morceau de bois pointu a l’une de ses extrémité, attaché à un fil de l’autre? Car il serait absurde d admettre avec elle qu’elle eut fait une chute sur un fagot et qu’un fragment eût précisément pénétré l’urètre! Ailleurs, c’est une femme qui reporte sur son mari la honte d’une manœuvre toute spéciale à ceux qui s’adonnent à des plaisirs solitaires.

L’esprit se refuse presque à comprendre jusqu’à quel degré cette manie de la masturbation peut être poussée et ce n’est qu’en se rendant compte par des exemples authentiques de la puissance d’une habitude si vicieuse, qu’on s’explique cette perversion des idées capable de pousser jusqu’aux plus affreuses mutilations. A ce titre, j’ai cru devoir rapporter 1 exemple suivant que j’emprunte à Chopart et qui n’est pas unique dans son genre. Il se rapproche par sa singularité, des faits de mutilation pendant le coït dans l’intention d’exalter les sensations *, el de cet autre cas mentionné par Demarquay à la Société de Chirurgie et concernant un masturbateur endurci qui lard a i t son scrotum avec un instrument tranchant et pointu pour émoustiller et provoquer des jouissances trop lentes au gré de ses désirs.

Observation. — Mutilation volontaire. Corps étranger dans la vessie. — « Gabriel Galien se livra à la masturbation dès l’àge de 15 ans, avec un tel excès qu’il la réitérait 8 fois par jour. Peu de temps après, l’éjaculation de la semence devint rare et si difficile qu il se fatiguait pendant une heure pour l’obtenir, ce qui le mettait dans un état de convulsions générales; et encore ne rendait-il que quelques gouttes de sang et point d humeur séminale. Il ne se servit que de sa main jusqu’à l’âge de 20 ans pour satisfaire cette dangereuse passion. Ne pouvant plus ensuite exciter l’éjaculation par ce moyen, qui ne faisait qu’entretenir la verge dans un état de priapisme presque continuel, il imagina de se chatouiller le canal de l’urètre avec une petite baguette de bois d environ six pouces de longueur. 11 l’y introduisait plus ou moins sans l’enduire d’aucune substance grasse ou mucilagineuse capable d’adoucir la rude impression qu’elle devait faire sur une partie aussi sensible. L'état de berger qu’il avait embrassé lui donnait souvent l’occasion d’ètre seul et de se livrer facilement à sa passion : aussi employait-il à différentes reprises quelques heures de la journée à se titiller l’intérieur de l’urètre avec sa baguette. Il en lit constamment usage pendant l’espace de 16 années; elle lui procurait une éjaculation plus ou moins abondante. Le canal de l’urètre, par un frottement de celte nature si souvent réitéré et si longtemps soutenu, devint dur, calleux et absolument insensible. Galien trouva alors sa baguette aussi inutile que sa main, se crut le plus malheureux de tous les hommes. L’aversion insurmontable qu’il avait pour les femmes, l’abstinence à laquelle il se voyait réduit, l’érection continuelle qui provoquait sa passion sans qu’il put l’assouvir semblaient, en effet, justifier son idée. Dans cet état d'effervescence mélancolique qui avait lieu tant au physique qu’au moral

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