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M4 TRAITÉ des corps étrangers en chirurgie.

encore un certain temps en dehors de l’action de la volonté. Là se borne l’action des muscles pendant l’émission de l’urine et du sperme, et au lieu d’un mouvement centripète il n’existe qu’un mouvement centrifuge. Demarquay se borne à constater que les efforts des malades favorisent puissamment la progression, sans chercher à en pénétrer le mécanisme; quelques auteurs, entre autres Mercier, Philips, font jouer un rôle prépondérant aux éléments musculaires du canal lui-même. Déjà Ségalas avait émis l’idée que les fibres musculaires de la portion membraneuse et le bulbo-caverneux devaient agir dans ce mouvement sans insister davantage. Philips ne pense pas que le bulbo-caverneux ait une influence quelconque et borne son action à la production de l’érection. Je ne partage pas à cet égard la manière de voir de cet auteur et je crois que, dans la production de l’érection, le muscle n aplatit pas le bulbe.

Mercier a cherché à expliquer de quelle manière s’effectue le passage dans la vessie en faisant intervenir les fibres musculaires du col qu’il aparticulièrement étudiées : « J’ai démontré, dit-il, que le col de la vessie se ferme par une traction de son bord postérieur au-dessus de l’anterieur. Ceci admis, supposons qu’une sonde ait pénétré dans le canal audelà du méat et que ce mouvement du bord postérieur s exécute avec énergie : il tendra à la faire basculer et glisser sur le bord antérieur et à P entraîner vers la paroi antérieure de la vessie. Elle montera donc a chaque contraction et, ne reculant jamais, elle finira par être absorbée

en entier. »

Cette explication ingénieuse s’applique seulement aux corps etrangers qui ont franchi la portion membraneuse et partant reste insuffisante. Faucher S faisant Justice de toutes ces idées, a montré que l'érection, les manœuvres et le retrait de la verge favorisent l’action des libres longitudinales et produisent la progression vers le point fixe. Au-delà du pubis, il serait saisi par un appareil musculaire puissant. De tous les auteurs, Granjux * me paraît avoir le mieux compris l’action des divers éléments anatomiques dans la progression des corps etrangers de l’urètre Comme Foucher il admet qu’au moment ou 1 érection cesse, le corps étranger est ramené vers le pubis qui sert de point fixe. Mais pour la progression plus profonde, il fait intervenir le sphincter uretral et les fibres circulaires lisses de la portion membraneuse, « anneau, qui giace au nombre et à la forme de ses fibres, ne lâche que difficilement sa proie. ..

1. Foucher. Bull, de Thcr.> t. UX, P- 50. y. Thèse de Strasbourg, 1870, p- 10.

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Il s établirait un antagonisme entre les fibres longitudinales qui tendent à rapprocher le corps étranger du col de la vessie, et les fibres circulaires qui tendent à le ramener en avant. Si les longitudinales prédominent, ce qui arri\c quand elles ont un point d’appui solide, la progression centripète aura lieu; au contraire, qu’une portion de sonde reste dehors, alors le point d’appui de ces fibres n’étant pas suffisant, les fibres circulaires irritées forcent le corps étranger à exécuter un mouvement rétrograde. On conçoit aisément, après cela, qu’il puisse exister un équilibre entre ces deux forces et il se produit quand une sonde est dans la vessie.

En résumé, pour qu’un corps étranger progresse, il faut qu’il soit enfoncé cntieiement dans le canal, parce qu alors les fibres longitudinales trouvent sur son extrémité glandulaire un point d’appui suffisant.

Mais si le corps est pointu, comme une aiguille à tcte, un poinçon, etc., comment se fera la progression? L’action des fibres longitudinales jointe ii la îcsistance des cnculaires aura pour action d’cntoncer la pointe dans la paroi. Cependant, ces corps avancent. C’est ici que doit intervenir une cause réelle, le retrait de la verge après l’érection. Qu’une épingle à cheveux de six centimètres, et à tète, se trouve introduite dans le canal de l’urètre et abandonnée au moment où l’éjaculation a lieu, la portion momentanément allongée du canal, qui mesure actuellement six centimètres, sera bientôt réduite à trois ou quatre, je suppose, quand cessera l’érection. Il faut cependant que le corps étranger, rigide, occupe six centimètres du canal. Ne pouvant sortir par le méat en raison de l’accrochcment de sa pointe et de la stricture assez lortc de cette partie, l’épingle prend cette longueur nécessaire à son développement dans les parties plus profondes, et voilà comment ce corps, qui pendant l’érection se trouvait au milieu de la verge, peu d’instants après, occupe la racine des bourses. Pour mieux saisir l’importance de ce mécanisme, je crois qu’on doit tenir compte du mouvement anti-péristaltique curieux qui .existe dans la verge lorsque le sang se retire. Le dégorgement se fait par saccades, et c’est par une série d’oscillations de plus en plus faibles que la verge revient à l’état normal. Or, ce mouvement est éminemment favorable à la progression du corps étranger, qui avance fatalement vers le périnée et jamais vers le méat.

Toutes les fois que l’érection intervient, on doit s’attendre, au moment de l’affaissement de la verge, à un mouvement de progression de l’objet. Cela est si vrai, que l’irritation seule produite par contact peut suffire pour expliquer cette progression jusqu’au périnée. En effet, les tiraille-

ments des malades et l’irritation provoquent après l’introduction de nouvelles érections successives. Au moment où le canal se distend, la portion de la muqueuse qui recouvre le corps arreté se déplisse, s’allonge et quand l’érection se calme, par le même mécanisme que tout à l’heure, celui-ci est entraîné vers le périnée. Ceci explique pourquoi des aiguilles, des épingles peuvent arriver jusqu’au périnée.

Les choses ne se passent pas toujours ainsi ; il est certain qu on trouve des corps étrangers enfonces dans la paroi par leur extrémité antérieure libre ; les tiraillements, les manœuvres bien plus que les libres circulaires qui sont très faibles dans la portion antérieure de 1 urètre en sont la cause. Voillcmicr avait entrevu le mécanisme réel de la progression de ces corps étrangers; mais il attribue aux tiiaillements ce qui n’est que le fait des érections produites par l’irritation. « Le malade inquiet, dit-il, voulant se débarrasser du corps qui le gêne, se tiraille la verge. Dans ce mouvement, les parois du canal glissent facilement sur l’épingle dont la tête est tournée du côté de la vessie. Mais, pendant leur retrait, elles se fichent sur la pointe de l’épingle et entraînent celle-ci en arrière. Le mécanisme est alors le même que celui employé par les enfants pour faire grimper un épi de blé dans leurs vêtements. » Seulement Voillemier ne fait pas intervenir l’allongement du canal pendant l’érection, et en cela, selon moi, il ne donne qu’une explication erronée.

L’influence de l’érection du canal se fait sentir jusqu’au bulbe. Là, d’autres causes interviennent pour faciliter la progression. D’une part, pour peu que le corps étranger soit long, l’action de la portion spongieuse continue et le force à franchir l’aponévrose moyenne. Une fois pris par la région musculaire, il est solidement fixé et sa progression devient un phénomène fort complexe dont la production est due en partie aux mouvements du plancher du bassin, en partie à 1 action du col, comme l’a démontré Mercier. Ce passage aura d’autant plus de chances de s’effectuer que le corps étranger sera souple ou court, parce qu’ alors il n’aura pas autant d’efforts à faire pour redresser la courbure

de l’urètre.

I! est donc bien établi que la région bulbeuse de l’urètre est un lieu d’arrêt temporaire pour un grand nombre de corps étiangeis, et définitif pour quelques-uns, sur l’étude desquels je reviendrai plus taid. Ordinairement, le passage dans la vessie s’elfectue assez promptement. En moins de vingt-quatre heures, un corps abandonné au méat a pu tomber dans la vessie; mais il est inutile d’insister pour faire ressortir les dilfé-

rences infinies qui peuvent exister, suivant la longueur, la forme, le volume et surtout le point du canal qu’occupait primitivement le corps étranger. Les sondes ou fragments de sonde, par exemple, qui se brisent dans les parties profondes seront beaucoup plus rapidement avalés qu’une épingle lâchée par un masturbateur au moment du paroxysme de ses sensations. L’exemple suivant montre que le passage dans la vessie peut ne s’effectuer qu’après plusieurs jours.

Observation. — Cure-oreille dans l'urètre. — Chute dans la vessie. — « Un ermite qui éprouvait depuis quelque temps une grande difficulté pour uriner (?) s’introduisit dans l’urètre un cure-oreille qu’il ne put retirer. Après qu’il eut ressenti pendant 3 jours au périnée de vives douleurs, le corps étranger tomba dans la vessie où il devint le noyau d’un calcul pour lequel on dut pratiquer l’opération de la taille. »

Dans un fait rapporté par Terrillon ‘, le corps étranger, un crayon serait resté pendant quinze jours dans la partie moyenne du canal avant de passer dans la vessie.

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