‹ Traité des corps étrangers en chirurgieChapitre 172 sur 304 · Bull. Soc. Anat. 1876, p · texte numérisé non relu

Bull. Soc. Anat. 1876, p

douleur csl encore accrue quand l’objet égaré est irrégulier, car la verge ne revient pas complètement sur elle-même, et de fréquentes érections dues en partie aux tiraillements exercés sur elle dans des essais infructueux, 11e font que provoquerdes souffrances parfois très vives. Si le corps étranger est pointu, comme une épingle ou une aiguille, la sensation douloureuse est beaucoup plus aiguë, et comme tous les mouvements la déterminent, ces malheureux immobilisent autant que possible leur organe. Au contraire, quand le corps étranger se trouve placé primitivement dans la portion bulbeuse ou au niveau de la portion membraneuse de l’urètre, la douleur change un peu de caractère. Elle est plus supportable que dans le cas précédent, mais elle s’irradie au périnée, aux cuisses, au bas-ventre, à l’abdomen. Elle occasionne un sentiment de pesanteur au périnée et de dilatation pénible caractéristique qui se retrouve quand des calculs sont arrêtés dans cette partie. Les fragments de sonde, au début, peuvent ne provoquer aucune douleur.

2° Troubles fonctionnels . — Les troubles fonctionnels du début sont tous mécaniques, et résultent presque exclusivement de la gêne apportée dans l'émission de l’urine par la présence du corps étranger qui forme un obstacle sur son passage. Il est rare que cet obstacle soit suffisant pour produire une rétention absolue. D’ailleurs, des changements surviennent dans l’écoulement, de sorte que les conditions normales d’expulsion sont souvent un peu modifiées. En effet, 1 irritation locale qui siège au niveau du corps étranger, se transmet promptement au col vésical, et le besoin d’uriner apparaît à chaque instant. D’abord, les malades font tous leurs efforts pour repousser l’objet pendant la miction ; on en a vu qui ont réussi par ce seul moyen alors que d autres venaient d’échouer. Mais quand il n’est pas efficace, il ne faut plus espérer le renouveler, parce que l’urine continue à s écouler goutte à goutte, le besoin tenant à une irritation du col. Chez les individus dont le canal est assez large et chez la plupart, le liquide peut encore passer entre le corps étranger et la paroi du canal, de même qu’elle passe autour de la sonde à demeure chez les personnes alfcctécs de maladies des voies urinaires. D’autres lois, quand le corps étranger est percé à son centre, l’urine peut, pendant un certain temps, s écouler par ce conduit qui, provisoirement du moins, remédie à toute menace de rétention.

Velpeau a publié une observation de ce genre dans laquelle un homme urinait par le canal d’un tuyau de pipe arrêté dans son urètre l.

1 Velpeau. Bull . de Thérapeutique. 1849. t. XXXVI, p. 5ü7.

Ailleurs, il s’agissait d’un tube de verre permettant au début le passage de l’urine.

Observation. — Cas de corps étranger tabulé. — « En niai 1775, un garçon âgé de 25 ans fit une chute, étant chargé d’un sac de blé. Il eut un pissement de sang, puis une difficulté d’uriner, qu’il crut vaincre en s’insinuant par l’urètre dans la vessie un fragment de tube de baromètre long de 4 pouces 9 lignes 1/2, sur 5 lignes 1/2 de diamètre. 11 poussa le tube jusqu’à ce qu’il vit couler l’urine, mais ce corps étant trop court relativement à la longueur du canal urinaire, son extrémité externe, loin de dépasser l'ouverture du gland, se trouva cachée dans l’urètre. Ce jeune homme ne s’en inquiéta point, parce qu’il crut qu’en se couchant sur le ventre et que laissant pendre sa verge, cette espèce de sonde en sortirait par son propre poids. 11 s’aperçut bientôt qu’il s'était trompé dans sa spéculation; car, au lieu de se débarrasser du corps étranger, il l’enfonça de plus en plus, de sorte que le bout postérieur plongeant davantage dans la vessie, l’antérieur descendit jusqu’à la racine de la verge. A la vérité, ce fragment de tube a servi de conducteur aux urines, et le malade a supporté les incommodités qu'a pu lui causer un corps aussi long et d’un calibre aussi grand pendant 5 mois. On le lui retira par l’opération de la boutonnière. En 9 jours la guérison était complète. La partie du cylindre qui était dans la vessie et la face interne dn tube étaient incrustés, de sorte qu'au bout de peu de temps, le passage aurait été interdit.

Les sondes sont encore dans le même cas. Cependant les troubles fonctionnels ne sont pas toujours empêchés par l’existence de ce conduit intérieur, surtout quand le corps creux n’a pas une longueur suffisante. Ainsi les anneaux provoquent plutôt la rétention d’urine qu’ils ne l’empêchent, parce qu’il se forme à leurs deux extrémités des bourrelets muqueux qui obstruent l’orifice et peuvent même opposer au libre passage de l’urine une barrière insurmontable.

Observation . — Pavillon de sonde anglaise dans /’ urètre. — Un homme dont l’observation est rapportée par Andant et Louslalot, s’était introduit une sonde anglaise à pavillon en ivoire par cè dernier bout. En la retirant, le pavillon resta dans le canal. Quand il voulut uriner, il ne le put pas, aucune goutte d’urine ne sortit. L’abdomen enfla immédiatement par rétention.

Quand le corps étranger est très volumineux, les troubles fonctionnels sont encore beaucoup plus marqués. Ainsi la rétention était absolue chez cet homme dont j’ai déjà parlé, qui avait une fourchette de quatre pouces dans son urètre. Il fallut le sonder deux heures après l’extraction, car il n’avait pas encore uriné.

Les qualités de l’urine changent souvent de bonne heure : aussi n’est-il pas rare de la voir devenir sanguinolente, et toutes les fois que les malades s’efforcent de satisfaire un besoin incessant, ils éprouvent une gène et des douleurs intolérables. On ne voit presque jamais l’hématurie franche ; quand le corps etranger a blessé assez sérieu-

sèment la muqueuse, le sang apparaît en bavant au méat urinaire, ordinairement mélangé à ’urine.

5° Accidents inflammatoires. — L’irritation du début est très souvent suivie de phénomènes inflammatoires d’intensitc fort variable, en général proportionnelle au degré de fixité du corps étranger. Nulle ou peu marquée pour les corps mobiles, elle atteint son maximum dans les cas d’implantation parce qj’alors il se fait souvent un léger épanchement d’urine et de sang par la plaie de la muqueuse. L’uréthrite est la plus légère des complications ; elle se traduit par une douleur vive pendant la miction et un écoulement d’un liquide produit par la muqueuse, d’abord séro-sauguin, puis un peu plus tard franchement purulent. Les symptômes inflammatoires varient un peu suivant que le corps étranger siège dans la portion pénienne de l’urètre ou dans la portion périnéale.

Dans le premier cas, la verge ne tarde pas à se gonfler; elle double ou triple de volume, prend une coloration rouge, œdémateuse; toutes les parties participent à ce gonflement inflammatoire presque phlegmoneux, et le canal de l’urètre en est le point de départ. Les douleurs sont très vives, irradiantes, la fièvre s’allume dans presque tous les cas. Les caractères de cette fièvre tout à fait particuliers sont au début ceux auxquels on a donné le nom de fièvre urétrale; tantôt elle n’apparaît qu’au moment où les accidents inflammatoires se développent, c’est-à-dire vers le deuxième ou le troisième jour; tantôt, au contraire, et on en trouve de curieux exemples, elle survient avant tout autre accident, dans les douze premières heures, s’annonce avec une intensité exceptionnelle et présente le type intermittent. Au contraire, quand elle accompagne les phénomènes inflammatoires, quand la verge est rouge, chaude, tendue, infiltrée, elle persiste et prend le type continu. Le chirurgien a rarement l’occasion de voir se succéder sous ses yeux les diverses phases de cette période inflammatoire initiale; cela se comprend aisément, parce que les souffrances atroces des malades les obligent alors à venir réclamer de bonne heure ses secours, et que celui-ci pievient le développement des accidents par une extraction aussi rapide que possible.

Les phénomènes diffèrent un peu quand le corps étranger siège dans les parties profondes du canal de l’urètre. Alors, en effet, le gonflement n’est plus apparent comme dans le cas précédent, car tout se passe dans la profondeur du périnée qui est tendu, douloureux. La fièvre existe encore, se présentant avec ses deux variétés. Ce qui distingue les

accidents inlïammatoircs profonds, c est leur retentissement très rapide sm tous les organes ambiants et leur tendance a la propagation tout le long du canal. Piesque toujours il y a une constipation opiniâtre, des symptômes de cystite, un œdème douloureux qui s’étend à la racine de la verge, aux bourses. Un peu plus tard apparaît assez fréquemment 1 orchite. Mais ces derniers accidents sont déjà des complications ultérieures sur lesquelles je reviendrai.

En terminant, je mentionnerai encore les accidents de nature toute spéciale qui se développent quand le corps étranger, à l’irritation due à sa présence, ajoute encore une action caustique sur la muqueuse. Quelquefois des fragments de nitrate d’argent sont restés dans le canal avec ou sans la cuvette du porte-caustique, et dans ces cas, les dégâts ont été toujours assez considérables. A l’appui, je rapporterai brièvement l’observation suivante :

Observation. — Cuvette de porte-caustique dans l'urètre. — Extraction. — Un homme qui avait eu la cuvette du porte-caustique de Lallemand brisée dans l’urètre eut pendant les 2 jours qui suivirent des accès de fièvre absolument semblables à ceux J.1' lL‘vrc internntiente. On put retirer le corps étranger à l’aide d’une pince de Hunier mais on ramena en même temps une eschare tubuleuse de plus d’un centiiiietre. Il y eut une issue de sang à la suite de l'extraction, et une dysurie persistante. (Oazette des hôpitaux , 1845.)

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