CHAPITRE VII
DU TRAITEMENT
Ce chapitre, le plus intéressant, comprend un grand nombre de petits procédés particuliers dont l’énumération seule exigerait des développements hors de proportion avec les dimensions de l’ouvrage. Pour armer à être complet, j’ai pensé qu’il serait utile de grouper ensemble tous
ceux qui sc rapportent à une même méthode et qui ne diffèrent les uns des autres que par quelques modifications nécessitées par les cas particuliers.
Traitement prophylactique. — Je ne puis parler de traitement piophylactique que pour les corps étrangers d’origine chirurgicale, et, dans cet ordre d’idées, souhaiter les progrès de la fabrication des sondes,
' bougies, etc., qui composentla plus forte partie du contingent de ce groupe de corps. Quant à établir un contrôle comme le demandaient Mesiier, Cloquet, H. Larrey, il est évident que c’est une idée qui n a poui se justifier que l’intention : car, comme le faisait remarquer un membre de l’Académie, on ne peut réellement pas instituer des inspecteurs de sondes. Tout ce qu’on peut dire dans ce sens sc borne à rappeler aux médecins les précautions indispensables à prendre pour le cathétérisme ou, dans le cas de séjour de sondes, à enseigner aux malades la manière de les fixei et les inconvénients qui pourraient résulter pour eux de 1 emploi d instruments trop anciens, etc.
Traitement palliatif. — Les accidents produits par le séjour des corps étrangers dans l’urètre sont de telle nature que le traitement curatif seul y remédie d’une façon efficace, et j’aurais passé sous silence les moyens employés pour apporter du soulagement aux troubles fonctionnels, si- quelques auteurs n’en faisaient mention. De tous ces troubles, la rétention de l’urine est celui qui réclame l’intervention la plus urgente. Il peut se faire que le chirurgien appelé auprès d’un malade n’ait pas sous la main les instruments nécessaires pour faire 1 extraction, et qu’ alors il ne puisse, en attendant, que procurer du soulagement en vidant la vessie. C’est pour cela que les auteurs conseillent de passer une petite sonde entre le corps étranger et le canal pour arriver dans la vessie. Cette petite opération rend d’utiles services, mais à la condition que le doigt d’un aide introduit dans le rectum presse sur le canal ou le col et empêche la chute du corps dans la vessie, accident qui est toujours grave, quoi qu’en puissent penser quelques-uns.
"Veut-on faire tomber le spasme du canal : on laissera à demeure une bougie filiforme dans la première portion, ou bien par le séjoui piolonge dans un bain on obtiendra une sédation qui fait prendre patience au malade et prédispose favorablement l’urètre aux manœuvres nécessitées
par l’extraction.
Traitement curatif . — Il est évident qitc l’expôctation est !a pratique la plus irrationnelle quand il s’agit d’un corps étranger de l’urètre, et que la temporisation elle-même offre plus d'inconvénients que d avantages.
Sans doute, il est des cas dans lesquels l’intervention est dangereuse quand, par exemple, les parties sont déjà le siège d’une inflammation plilgemoneuse, comme on le voit pour la ver.'-e.
Cependant, meme dans ces conditions, l’extraction sera de beaucoup préférable, parce qu’elle empêche la propagation des accidents aux parties voisines et peut conjurer des troubles graves. Donc, il faut toujours retirer les corps etrangers de l’urètre et sur ce point de pathologie tous les auteurs sont d’accord. Mais il n’en est plus de même sur la inarche à suivre pour atteindre ce but, et le plus souvent le chirurgien n’a d’autre guide pour se conduire que l’ingéniosité inventive de son esprit1 qui lui permet d’arriver à débarrasser le malade du corps importun! Trois grandes méthodes comprennent tous les petits procédés particu- 1 Méthode, comprenant tous les procédés qui ont pour but de favoriser l’expulsion spontanée.
2' Méthode, comprenant tous les procédés dans lesquels le corps étranger est retiré par le méat urinaire. 1
:>' Méthode, comprenant tous ceux qui créent au corps étranger une
voie artificielle a travers les téguments.
M.dm.ie, — Procédés .,,.i ont pour )mt de favoriser l'expulsion spontanée Cette première méthode est la moins certaine, mais elle com-
prend un certain nombre de petites manœuvres inoffensives par cllesinémcs et qui sont d’une application très facile.
I. On a coutume de conseiller aux personnes qui ont un corps étranger dans le canal de garder leur urine autant qu’elles le peuvent et de lancer avec force le jet liquide, de manière à agir autant que possible obstacle et à le forcer. Malheureusement l’urine fait vite défaut, comme je 1 ai montré, et il faut y obvier en faisant prendre au malade des boissons mucilagineuses, comme la tisane de lin, en assez grande abondance. Je me hâte de dire que ce petit moyen est le plus souvent infidèle n’est susceptible de donner do bons résultats qu autant, que le corps est régulier, et que rien dans sa forme ou dans l’état du canal ne s’oppose à sa migration.
H. Cbopart rapporte qu’à une époque déjà éloignée, l’usage de la succion du gland était assez employée pour favoriser l’expulsion. Cette petite manœuvre, qui venait des Arabes, est complètement tombée en désuétude, et, en dehors de considérations de haute dignité professionnelle son inutilité me dispense d’en parler autrement que pour mémoire.
111- Il n’en est pas de même des injections, qui comptent quelques
succès et quelques partisans. Leur but est de lubréficr les parois du canal, d’isoler le corps étranger de la muqueuse par l’interposition momentanée d’une couclie liquide qui, en le mobilisant, favorise son expulsion par les contractions vésicales. Cette manière de faire a donné un beau succès à Yigan1, et il a vu' le corps étranger qui avait provoqué des troubles très graves, cheminer insensiblement dans le canal et arriver au méat en dix ou quinze minutes.
1Y. Pour obtenir des injections tout l’effet désirable, il sera avantageux d’employer une petite précaution qui consiste à pincer le méat sur l’extrémité de la canule, de manière à empêcher le reflux du liquide.
Il n’est même pas nécessaire que le liquide soit injecté du dehors, et on pourra facilement essayer la môme petite manœuvre pendant l’expulsion de l’urine. Poussé par la vessie et ne trouvant pas une issue assurée, le fluide dilate l’urètre autant que possible et le corps étranger, isolé, peut être rejeté au moment où les lèvres du méat sont lâchées. Ce petit procédé a fourni un beau succès entre les mains d’Amussat père. Il fut assez heureux pour retirer une sonde métallique qui s était biiséo dans un rétrécissement, en ordonnant au malade d urinci pendant qu il tenait l’urètre fermé avec ses doigts; lorsque la distension lut assez grande il retira la main et le Ilot d’urine fut assez fort pour amener au dehors le corps étranger2. La même manœuvre réussit très bien avec l’eau, l’huile et en général tous les liquides; mais je ne crois pas qu’on puisse avantageusement et sans danger employer les injections d air comme l’a fait Troussct. Rien n’est moins démontré que l’innocuité de l’introduction de l’air dans les organes génito-urinaires, et en tous cas les liquides isolent mieux le corps étranger de la muqueuse. En résume, cette méthode, qu’on pourrait appeler de douceur, est lacile à mettre en pratique et, faute de mieux, on pourrait en utiliser les procédés.
2e Méthode. — Extraction des corps étrangers par les voies naturelles. — L’extraction par le méat urinaire peut se faire au moyen d’un très grand nombre de procédés qui rentrent tous dans les trois catégoiies
suivantes :
1° Manœuvres externes;
2° Préhension au moyen d’instruments divers;
5° Extraction après manœuvres spéciales qui modifient le 'volume du
corps étranger, etc.
1 London, Medical Gazelle, 1840.