‹ Traité des corps étrangers en chirurgieChapitre 195 sur 304 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Trois questions se posent au chirurgien quand il se trouve en présence d’un malade chez lequel, d’après les commémoratifs, l’ensemble des symptômes, il a lieu de soupçonner l’existence d’un corps étranger dans la vessie. Il doit se demander d’abord :

1° S’il existe réellement un corps étranger ;

2° Quel est son siège et sa position ; o° Quelle est sa nature.

Pour arriver à la solution de ces questions, le chirurgien s’appuie sur les commémoratifs, les signes subjectifs et les signes objectifs fournis par l’exploration des organes génito-urinaires.

Les commémoratifs varient beaucoup, et cela suivant l’origine des corps étrangers qui peuvent être venus du dehors par les voies naturelles dans un but thérapeutique ou lubrique, qui peuvent être entrés dans la vessie à la suite de communication accidentelle avec des organes ou des produits pathologiques circonvoisins. D’une façon générale, les renseignements vont en décroissant dans l’ordre que je viens d’indiquer, et alors qu’ils sont explicites quand un individu s’est brisé une sonde dans le canal, au contraire ils font presque absolument défaut chez les per-

sonnes qui ont eu une pertoration enté/o-vésicale lente et silencieuse. Il y a encoie d auties différences entre ces divers groupes, d’où résultent des difficultés plus ou moins grandes de diagnostic. Tandis que les malades victimes d un accident pendant qu’ils se sondaient viennent immédiatement demander les secours, au contraire ceux des deux autres groupes n’arrivent qu’à la dernière extrémité, alors que les accidents se sont déjà développés, les uns par fausse honte, les autres par ignorance du genre d’affection dont ils sont atteints.

Quoi qu il en soit, pour les corps étrangers d’origine thérapeutique, les commémoratifs rendent de très grands services, surtout si le chirurgien peut se faire représenter un instrument semblable à celui qui a été avalé par le canal, ou le fragment de la sonde cassée retiré. C’est une précaution préliminaire indispensable, sans laquelle la thérapeutique est incertaine, parce qu il serait difficile, dans ce dernier cas, de savoir si toute la portion du corps étranger a été extraite, et s’il n’en reste pas des fragments.

bien autrement importantes, mais malheureusement incertaines sont les indications que donnent ceux qui, dans les manœuvres lubriques, ont vu leur instrument tomber dans la vessie.

Les renseignements puisés à cette source, qui pourraient être si utiles, sont le plus souvent inexacts, et il est rare que les malades ne cherchent pas un faux-fuyant, qu’ils ne racontent une histoire imaginaire, n’inventent quelque traumatisme, quelque maléfice pendant le sommeil. Cependant, malgré les incertitudes, cette source ne sera pas négligée par le chirurgien, car il peut en tirer un grand profit s’il sait user°de tact et de sagacité avec ces malades. Avant tout, il faut leur inspirer confiance et ne pas oublier que, dans l’exercice de ses fonctions le médecin n’est pas moraliste. Jamais on ne devra humilier ces malheureux ou se moquer de leur plaisante histoire. Jamais également on ne doit chercher a obtenir d’eux des aveux devant des témoins : rarement ils s’y résoudront. Mais il faut les interroger avec habileté en particulier, paraître accepter toutes les fables, et cela pour connaître la nature du corps étranger; ces deux points seuls intéressent h praticien. Peu importe de savoir si une personne étrangère est intervenue ou non, si c’est au moment du paroxysme érotique que l’accident est arrivé. Tout cela ne vaut pas le plus petit renseignement sur la longueur, la forme, la régularité de l’objet. Rassuré sur la possibilité d’être guéri, plein de confiance dans un homme dont le caractère et le devoir lui répondent du secret, enhardi par l’indulgence et la bienveillance, le malade avoue

très souvent sa faute et fait des révélations complètes. Mais les choses 11e se passent pas toujours aussi bien, et, quelquefois même les commé-

moratils ont été une source d’erreur. Même au moment où l’on va faire

l’opération pour extraire un calcul dont 011 ignore l’origine, l’opéré reste muet et ne consent à reconnaître sa culpabilité qu’en voyant la preuve irrécusable de sa honteuse pratique. Bien plus, il en est qui se récrient encore bien haut quand le chirurgien leur montre le porte-plume ou l’épingle dont ils disent ignorer absolument l’existence. Si, plus raisonnables, ils font des aveux avant l’opération, le chirurgien devra se procurer un corps semblable d’après les indications du malade. Quand cet objet n’a pas de semblable, comme certains morceaux de bois, il faudra faire tracer sur le papier la forme, les dimensions approximatives, etc. Enfin les commémoratifs sont encore plus obscurs ou nuis quand il s’agit de corps étrangers qui viennent d’un organe voisin.

Les signes subjectifs utiles pour le diagnostic du corps étranger sont très peu nombreux, et à eux seuls seraient insuffisants pour détêfminer leur existence. En effet, la plupart des symptômes qui accompagnent leur introduction dans la vessie n’ont rien de caractéristique puisque ce sont ceux de la cystite. Tout au plus peuvent ils éveiller l’attention et, joints aux renseignements, aider à préciser le siège qu’occupe le corps dans la vessie ou dans l’urètre. Si le corps a séjourné plus longtemps, les symptômes particuliers de calcul permettront d’en affirmer l’existence, sans qu’il soit possible de savoir s’il s’est formé ou non autour d’un noyau étranger. Voilà pourquoi nombre de ces malades ont été pris longtemps pour des calculeux ordinaires.

Il n’en est pas de même des symptômes objectifs qui sont fournis par l’exploration, soit externe, soit directe, au moyen d’instruments introduits dans la vessie. Avant tout, il faut s’assurer que le corps étranger n’est plus dans l’urètre, et, à cet effet, par des manœuvres externes examiner toute la longueur du canal; par la palpation pour la portion spongieuse, par le toucher rectal pour les portions membraneuses et prostatiques de l’urètre. Ce point acquis, 1 introduction d un instrument dans la vessie ne présentera pas l’inconvénient signalé de repousser dans sa cavité un corps étranger supposé dans cet organe alors qu’il était réellement dans l’urètre. Mais, avant de passer à 1 exploration instrumentale, on doit s’assurer qu’une des extrémités du corps 11’cst pas encore dans la prostate, et cela au moyen du toucher rectal. Les auteurs modernes paraissent accorder assez peu de valeur a ce mode d’exploration, quand il s’agit des corps étrangers dans la vessie

et suivant eux, il n’aurait d'efficacité réelle que dans le cas précédent, OU Jnen lorsque 1 une des extrémités d’un corps étranger, long et rigide

vessie .Sai * ° reCtUI“ C" rePoussant devant lui le bas-fond de la

L’exploration directe seule donne des renseignements précis sur

^ * **** »“ -a,„ point 'laTat:::

Iffie sonde métallique à courbure un peu accentuée, comme celle de

etmnger Ma, s ,1 s’en faut que tous les cas soient faciles, “et ,ï 7/1 qu un chnurgien habitue à la manœuvre de ces instrument» 5 ■ puisse affirmer l’existdhee d’un corps mon comme c , ™ tZ'

un fragment de drap, de cuir verni, etc. Les bougies et ffisti dë en gomme elles-memes sont très difficiles à sentir, et il faut le tact délicat et sagace du praticien exercé pour distinguer le frottement d’

«rr-, — * »... t. u sr ■' - “*■

Les laits admis, où doit-on aller chercher le corna» F*i ,

qu’en haut? Ordinairement, les corps occ n e, U lë , r 1 ‘ C" b8S

La sonde ne peut donner de renseignements exacts que ur l’existence [. corps etranger; la sensation quelle communique la a n dë ’

sssïstæ; ztjlt eZ:rz

excellents et donnent des notions trÏ.ërécises I r 1 n'ë T f*’ ^ les dimensions, la mobilité de l'objet Aussi ouand ' s“on- la nature,

ne.' qu’un corps étranger est da s ifv^i ™ "il" ^7^ d’emblée le litbotriteur que la sonde, 7 "'™

est bien supérieur par ses autres qualités. En saisissant le comas étr-^n h" entre les mors on peut déterminer scs dimensions COrps,etran«er tement des cuillers; si en écartant davantage et en im ^ ^ ^

mouvements antéro-postérieurs à l’instrument on ’U • ,luel,lues sensation du corps étranger c’est on’il "0 pCrCOlt plus ,a

bas-fond. Si au Ltrairel r este , v l 7° ,'e,°"",C da"S lc

rio-ide et appuie contre les parois par ses deux extrémités. Quelques auteurs ont même pu, avec le lithotriteur, suivre les corps étrangers longs d’un bout à l’autre. Enfin la percussion du corps au moyen de la branche mâle, la pression continue, etc., permettent d’apprécier avec beaucoup de justesse le degré de résistance. Chaque renseignement doit être contrôlé, enregistré avec soin, et il est rare qu’une exploration bien faite ne donne pas des notions très utiles sur l’objet. Est-il résistant, de petit diamètre, long, placé en travers de la vessie, le chirurgien pensera à un corps dur, analogue à un porte-plume métallique. Le même corps donnet-il une sensation de choc obtus, résiste-t-il moins à la pression, il y aura plus de chances pour que ce soit un corps en bois ou analogue à une sonde ; mais ces dernières se laissent beaucoup déprimer par 1 instrument. Il est impossible d’expliquer dans un traité général les mille et une petites particularités qui se rattachent à la recherche des corps étrangers dans la vessie : les notions qui précèdent suffisent pour faire voir qu’on doit attendre beaucoup de l’habileté manuelle du chirurgien, et l’on ne saurait assez exercer les élèves au maniement de ces instruments.

Il faut avouer que le diagnostic de quelques corps est une aiiaire de pur hasard, parce que la sensation qu’ils donnent aux sondes ou aux lithotriteurs est trop faible pour qu’on puisse toujours la percevoir. Dans le cas de Foucher 1 où il s’agissait de cuir verni, la sonde donnait plutôt la sensation d’un frottement que d’un choc. Enfin il serait bien difficile de préciser la nature d’un corps mou comme celui dont il est question dans l’observation suivante :

Observation. — Le neveu de Frère Corne, Pascal Barscilliac, raconte qu il a tiré de la vessie d’un gentilhomme trois corps longs et ronds comme un moyen doigt index et qui n’étaient exactement qu’un champignon de la nature de eetix qu °n 7°™/ lycoperdon ou vesse de loup. La sonde ne les rencontrait que par hasard, et le choc

était faible.

Récemment, Collin, sans cesse à la recherche des perfectionnements de l’arsenal chirurgical , a imaginé un explorateur d’une, extreme sensibilité et d’un maniement simple ; il a ainsi résolu un des problèmes assez difficiles de l’application de l’acoustique aux explorations chirurgicales. L’une des extrémités de cet explorateur ressemble aux deux becs d’un lithotriteur. La branche mâle porte à son intérieur une petite pédale sur laquelle vient appuyer tout corps saisi par le hthotri-

Page 1