TABLEAU DES COUPS ÉTRANGERS DI VAGIN
Corps étrangers du vagin.
Pessaires.
Bobines.
Étuis à aiguilles.
Bouteilles.
Col de bouteille.
Verre à bière.
Verre à boire.
Éponges.
Aiguille à filet, en ivoire.
Pot de pommade Compas.
Gobelet d’étain.
Sangsue.
Manche de pinceau.
Fragment de seringue en verre.
Aiguilles diverses.
Épingles à cheveux.
Volume tle.s corps étrangers du vagin. — L’élasticité bien connue du vagin explique sulfisamment comment des corps étrangers aussi volumineux que des bouteilles, des chopes, ont pu y être introduits, et si l’on se rappelle les dimensions que l’orilicc vulvaire acquiert lentement pendant 1 accouchement, au moment du passage de la tête fœtale, ou ne sua plus étonne que, par suile de 1 habitude ou par l’effet de manœuvres lentes, on ait pu enfoncer sans déchirure cette série variée d’objets. Quelques-uns ont leurs diamètres très grands comme les verres, un pot de conliture dont parle Lislranc, etc.; d’autres, au contraire, n’ont <|u’un de leurs plans élargi : c’est le cas particulier aux pessaires facilement introduits de champ et qui sont placés de face dans le vagin pour soutenir ou redresser le col utérin. Le volume de ces corps n’a d’autres limites que celles des parois du petit bassin, c’est-à-dire qu’ils Peuvent être aussi volumineux qu’une tête de fœtus, mesurerO ou 1 0 centimètres de diamètre ; mais en général ils n’atteignent pas cette limite, et n en déterminent pas moins par leur séjour des accidents graves.
Jorrne «les corps étrangers «lu vagin. — Les Uns SOIlt réguliers et ai rondis, ce sont les plus fréquents; il faut toujours qu’ils soient mousses pour être introduits dans le vagin, sans quoi ils déchireraient les parties, reloueraient la muqueuse et produiraient des désordres sérieux : les gobelets, pessaires, bobines, etc., sont réguliers; quelquefois ils sont allongés comme le manche de pinceau dont parle Erichscn, les aiguilles à tricoter, les épingles à cheveux, le compas de cette femme citée par Sonnié-Moret.
Dans ce dernier cas, les corps étrangers se placent souvent en travers ou obliquement et sont maintenus dans le vagin par leur implantation dans les parois. En cela leur mode de tixité diffère sensiblement de celui des corps ronds et très gros. Tandis que ceux-ci sont arrêtés dans le canal par les contractions de la musculeuse qui est très énergique et qui immobilise fortement le corps, au contraire ceux-là sont fichés dans la paroi, qui se perfore sur eux en se contractant.
La longueur a été dans quelques cas' considérable : une fille dont parle Hilton, observée a Guy’s Hospital, s’était introduit dans le vagin une aiguille à filet en os de dix pouces de long. Ailleurs, c’est, un manche de pinceau en bois de cèdre mesurant cinq pouces et demi.
Une autre propriété intéressante des corps étrangers du vagin est leur composition : à ce point de vue, les uns sont en métal comme certains pessaires, en argent, en cuivre, en étain (gobelet), en bois (bobines), en bouc, mais il y en a un assez grand nombre qui, nar leur composition
(verre, porcelaine, grès), sont fragiles et constituent une classe à part, surtout intéressante au point (le vue du traitement : car il arrive qu’ils se brisent et peuvent devenir dangereux pour les parois voisines et pour le chirurgien.
Tantôt ils sont pleins, comme les bobines ; d’autres fois ils sont creux, à large ouverture, comme un verre, un gobelet, ou à ouverture étroite, comme une bouteille; enfin il en est quelques-uns qui, comme les pessaires métalliques, sont pourvus d’une cavité intérieure close de toutes parts. A cette catégorie il faut rattacher les étuis à aiguilles qui contiennent quelquefois des épingles ou des aiguilles. Ce 11e sont pas là des considérations oiseuses, parce que la muqueuse vaginale peut pénétrer dans toutes ces cavités et donner lieu à de curieux phénomènes d’invagination, dont les exemples sont loin d’être rares.
Jusqu’ici il n’a été question que de corps étrangers solides et résistants, offrant un point d’appui fixe aux contractions de l’organe; mais quelques-uns de consistance molle sont perdus dans les profondeurs du vagin. Telles sont les éponges égarées dans le vagin depuis longtemps et qui ne se maintiennent dans cette position que par l’élasticité de leur tissu. Telles sont encore les sangsues introduites accidentellement dans l’organe et qui se fixent aux parois en se gorgeant de sang. Elles donnent au toucher une sensation des plus trompeuses et qu’il est, comme on le verra, très facile de confondre avec d’autres affections graves, surtout quand les corps ont pour siège la partie profonde du vagin, ce qui arrive presque toujours.
siège, mobilité, fixité. — On n’observe jamais de corps étrangers au niveau de la vulve; ils siègent de préférence dans les parties profondes. Même quand des objets très volumineux ont été arrêtés, la vulve n’est pas entrouverte, et ce n’est qu’après en avoir écarté les lèvres qu’on peut s’apercevoir de quelque étrange anomalie. Ainsi que je l’ai déjà dit, les corps de forme régulière sont toujours volumineux et maintenus fixes par la contraction circulaire et l’élasticité des parois du vagin ; comme les corps ont presque tous une forme cylindrique ou cjlindroconique, la pression s’exerce de préférence sur les deux plans extrêmes plus saillants, et, en ces points, elle est très considérable et assez puissante pour étrangler sur lui les parties voisines. Or ces parties voisines font presque absolument défaut sur les parties latérales, qui sont plus lâches, plus extensibles, tandis que sur le plan antéro-postérieur se rouvent le canal de l’urètre, le bas-fond de la vessie et le rectum ; ce sont eux qui supporteront les efforts de la pression. Voilà pourquoi de
toutes les complications les plus graves du séjour des corps étrangers du vagin, les peifoiations de ces organes sont les plus fréquentes. L’analogie est complète entie 1 action de la tête du fœtus qui séjourne anormalement dans le vagin et toute cette catégorie d’objets; c’est le seul point de vue sous lequel Delpech aurait pu se placer pour expliquer l’hétérotopie de l’étude des accouchements, qu’il annexe à celle des corps étrangers. J ai supposé que l’axe de figure du corps coïncidait avec le giand axe du \agin, ce qui arrive le plus souvent. Quelquefois les dispositions inverses ont été observées, et Taxe de l’objet était plus ou moins oblique par rapport à l’autre : il en résulte une dilatation irrégulière du vagin, une pression latérale plus forte et des conditions de fixité nouvelles. Tantôt le corps, un gobelet par exemple, obliquement dirigé, refoule par ses extrémités la paroi supérieure à droite, la paroi intérieure à gauche, un peu plus en arrière d’un côté, un peu plus en avant de l’autre, et la muqueuse se coupe sur le bord tranchant du vase. Telle est l’origine des difficultés d’extraction, parce que la fixité est très grande alors, et qu’on arrive péniblement à dégager les portions les plus saillantes. Sous quelle influence se font ces déplacements, ces inclinaisons d’axe? etc. 11 est assez difficile de le préciser nettement; il paraît probable que les efforts tentés par les malades ellesmêmes pour les retirer ne sont pas indifférents à leur production.
Quand les corps étrangers longs sont dans l’axe du vagin, ce qui est assez rare, ils ne sont pas très fixes ; mais il n’en est plus de même de ceux qui sont placés en travers plus ou moins obliquement et dont les
pointes s’enfoncent dans les parois, tantôt d’un seul, tantôt des deux côtés.
Observation de Briess. — Épingle dans le vagin. — Une robuste servante de vin«ltrois ans disait avoir élc prise subitement de douleurs dans le bas-ventre six jours avant son entrée à l'hôpital. Ces douleurs étaient allées en augmentant, et il y avait de la strangurie et de la constipation. Nulle part on ne sentait de tumeur. Le palper de la moitié gauche du ventre provoquait un grand malaise : la femme avait ses règles. Au cinquième jour après l’entrée à l'hôpital, la menstruation ayant cessé, on examina le vagin, et l’on reconnut la présence d’un corps étranger mince et fortement fixé dans le cul-de-sac postérieur du vagin. On en fil difficilement l’extraction avec une pince, et l’on reconnut que c’était une épingle, qui était un peu recourbée dans son tiers supérieur. Des l’extraction, les douleurs cessèrent et la guérison arriva. (Wien. médical. Press IX, 1868 et Schmidt' s Jahrhücher 1870, V. 117. ."08.)