SIÈGE. — MOBILITÉ. — FIXITÉ
Tous les points du canal de l’urètre et de la vessie peuvent être le siège des corps étrangers ; tantôt ils sont contenus dans le canal, tantôt,
en même temps, dans le canal et la vessie, tantôt enfin ils sont en entier dans cette cavité.
11 n y a pas de raisons bien satisfaisantes pour expliquer ces diverses positions, qui peuvent d’ailleurs être successives, et on voit les épingles à cheveux tomber aussi bien dans la vessie, malgré leurs irrégularités, qu un fragment de bois ou un étui. Cependant certains d’entre eux, quand ils sont longs, n’entrent pas facilement, dès le début du moins, et restent un certain temps engagés dans le col. il est plus rare de voir une
extrémité faire saillie au dehors par le méat urinaire.
De même que chez l’homme, les corps étrangers tombés dans la vessie peuvent y occuper les positions les plus diverses, suivant leur forme, leur longueur, leur densité et leurs irrégularités. Ceux qui sont lourds, réguliers et peu volumineux occupent de préférence la partie inférieure, tandis que quelques-uns, plus légers que l’urine, flottent à sa surface: ainsi se comportent certains noyaux, haricots, liège, fragments de bois. Quand les corps sont allongés et rigides, ils prennent dans la vessie les positions les plus diverses, se placent en travers (Delens, Nélaton) obliquement (Marjolin), arc-boutant par leurs deux extrémités contre les parois vésicales qu’ils maintiennent écartées. Un crayon composé de
deux parties s’était divisé dans la vessie, et les deux fragments s’étaient placés obliquement et croisés l’un sur l’autre *.
En pareil cas, il est rare qu’il ne s’ajoute pas un peu d’implantation d’une des extrémités dans la paroi, sous l’influence des contractions vésicales qui, en prenant point d’appui sur le corps rigide et pointu, perforent la muqueuse et immobilisent le corps étranger dans une position déterminée. Les corps métalliques et pointus, aiguilles, épingles, présentent souvent cette disposition, et l’implantation peut avoir lieu dans tous les points de la vessie, aussi bien à la partie supérieure que dans le segment inférieur. Chez une jeune bile opérée par Guyon, une épingle à cheveux, tordue, contournée, était fichée dans la paroi supérieure de la vessie. Il en était de même chez une jeune fille opérée par Billroth, dont je rapporte l’observation :
Observation. — Epingle à cheveux dans la vessie. — Une tille de dix-huit ans souffrait depuis huit jours de douleurs dans la région vésicale ; l’urine était de temps à autre sanguinolente, trouble dans les derniers jours et laissait un dépôt épais. La malade avoua qu’elle s’était livrée à des manœuvres sur ses parties génitales avec l’extrémité arrondie d’une épingle à cheveux. L’aiguille aurait échappé de ses mains et vraisemblablement serait entrée dans la vessie. Billroth dilata avec un bistouri boutonné un côté du canal urétral de façon à introduire le petit doigt de la main gauche. Avec le doigt recourbé, il retourna en avant l’extrémité mousse de l’aiguille, qui était fixée obliquement à la paroi supérieure de la vessie, et en pratiqua l’extraction à l’aide d'une pince. 11 ne survint pas d’incontinence d’urine, qui était limpide trois jours après. L’aiguille commençait déjà à s’incruster. [Schmidt's Jarbücher, t. CXX. p. 209.)
Avalement des corps etrangers. — Comme chez 1 homme, il existe
chez la femme un phénomène physiologique spécial qui tend à faire passer dans la vessie les corps introduits dans l’urètre. Quant au mécanisme, il peut être encore plus obscur chez elle, et, en raison de la brièveté du canal, beaucoup plus rapide. Ce qui le prouve, c’est que dans des exemples authentiques comme celui de Chapman cite dans les oeuvres d’A. Cooper, une sonde de femme, en mêlai, avait glissé dans la vessie dans les quelques secondes pendant lesquelles l’opérateur était allé prendre un bassin placé sur une table voisine. Ce n’est pas le seul exemple d’une disparition aussi rapide, qui ne peut pas s’expliquer comme chez l’homme par un retrait après l’érection. De toute nécessité il faut admettre qu’une contraction brusque du canal entraîne le corps étranger en dedans et le fait passer dans la vessie; mais une semblable explication ne suffit pas pour rendre compte du phénomène, et force est
\. Bull, de la Soc. de Chir., 1805.
de constater le fait sans en chercher la raison. D’ailleurs, cette progression présente aussi chez la femme quelques particularités : elle n’estpas toujours continue, et il n’est pas très rare devoir des corps abandonnés dans l’urètre faire saillie à la fois dans le col et dans la vessie, ne pas pénétrer plus avant; d’un autre côté, les épingles à cheveux, dont la progression dans un sens s’explique très facilement, passent presque toutes d’emblée dans la vessie à la façon des barbes d’un épi dans une manche.