‹ Traité des corps étrangers en chirurgieChapitre 254 sur 304 · Journal de Santé. Vol · texte numérisé non relu

Journal de Santé. Vol

Comme pour les corps étrangers du conduit, les accidents qui surviennent dans les cas de perforation sont de deux ordres : les uns sont des troubles éloignés consécutifs à l’irrilation ; les autres résultent de l’inflammation du conduit auditif, de la membrane du tympan, de l’oreille moyenne; mais dans le cas présent les symptômes débutent beaucoup plus rapidement, presque d’emblée, et peuvent même emporter les malades en quelques jours. Un grain d’avoine entré dans l’oreille d’un homme observé par Belbeder amena la mort eu peu de temps à la suite de convulsions épileptiques ; il y avait eu perforation du tympan par le grain d’avoine; chose assez curieuse, les convulsions avaient été plus marquées à droite, bien que le corps étranger fût trouvé à gauche.

Dans la majorité des cas, la souffrance est très sensiblement accrue, à tel point que les malades refusent absolument qu’on les touche. On a vu le simple toucher du corps étranger, enfoncé dans la paroi, produireimmédiatement des convulsions et de très violentes douleurs. « J’ai vu, dit Dard, une jeune fille qui, pour s’être engagé dans l’oreille une aiguille à coudre très fine, fut prise de lièvre, de convulsions et d’une otite des plus intenses ». Bien souvent les accidents inflammatoires apparaissent en même temps que les précédents et alors ils peuvent avoir une grande intensité. Je citerai comme exemple l'histoire de cet homme qui avait du plomb fondu dans l’oreille.

Observation. — Plomb fondu dans l'oreille. — Accidents divers. — « Le 22 juin 1874 un homme de 55 ans était étendu sur un canapé les yeux fermés, lorsque sa femme lui versa du plomb fondu dans l’oreille droite. Trois jours après, à son entrée à l’hôpital, on constata une brûlure profonde du pavillon et du conduit auditif externe, avec écoulement abondant par l’oreille. Il restait un lambeau à peine perceptible de la membrane du tympan derrière lequel l’oreille était remplie d’une masse d’un brillant métallique. Elle avait au dehors deux prolongements, l’un en dehors, l’autre en arrière du méat. On distinguait une portion du manche du marteau au devant du corps étranger. Paralysie faciale à droite ; le malade s’en est aperçu deux ou trois minutes après l’accident ; perte du goût et sécheresse de la bouche à droite. Pas de gêne de la déglutition, mais déviation de la luette à gauche, vertige constant et rotatoire. Le diapason entre les dents est entendu seulement à gauche. Le corps étranger ne put être extrait que le 25 février 1875, huit mois après l’accident ; il pesait 18 grains 1|2. Le manche du marteau était englobé dans sa partie externe. La face externe était assez exactement moulée sur la paroi interne du tympan. Un prolongement cylindrique de deux millimètres à la partie antérieure représentait la portion la plus élevée de la trompe d Lustache. À la fin d’avril la plaie de l’oreille était cicatrisée, mais il y avait persistance de la paralysie du facial, de la perte du goût et de la sécheresse de la bouche à droite, ainsi que la surdité du même côté. Il avait encore des vertiges. » [The amer ican Journal of Med. Science , 1875, p. 152, et Journal d'Hayem, 1878.)

11 est assez curieux de voir la vie conservée dans un cas aussi grave

que le précédent, surtout si on le compare à d’autres dans lesquels

l petits coi j)s étrangers, comme des grains d’avoine, des aiguilles, ont causé des accidents très graves et la mort. Fleury de Clermont a public un fait de ce genre, terminé par une méningite suraiguë, cpii emporta la malade cinq jours seulement après l’introduction; c’est un des evt mples les plus saisissants de la gravité des corps étrangers irréguliers et perforants :

Obseï Lotion. Épingle dans l oreille. Méningite consécutive. — Mort au bout de cinq jours {Résumé.) — « Une fille de 25 ans vint consulter Fleury pour une épingle qui s était bnsee deux jours avant dans son oreille droite. Les tentatives qui avaient ete laites par des personnes étrangères à la médecine et un médecin étaient restées jaines et n avaient réussi qu’à enfoncer les deux extrémités dans la paroi du conduit.

. eping t était t irigée en travers, et sa partie moyenne s’appuyait sur la membrane du vmpan les qu on la touchait, la malade poussait des cris et éprouvait de vives douleurs. Le oe jour elle fut anesthésiée, il fut impossible de faire l’extraction avec des pinces dont on ne pouvait ouvrir les mors en raison de l’existence du gonflement, un croc et échoua également. Fendant qu’on faisait construire un instrument spécial, les douleurs de tète augmentèrent, mais il n’y avait pas encore de fièvre. Compresses mmibees de chloroforme et der baume tranquille sur le front et les tempes ; il n’y eut aucune amélioration. Le cinquième jour au matin, la céphalalgie n’avait pas perdu de son intensité; le pouls était devenu fréquent. Craignant une méningite, Fleury prescrivit une application de sangsues derrière les oreilles, renouvelée toutes les eux heures. \ésicatoire aux jambes, calomel à doses fractionnnées à l’intérieur. A peine les sangsues avait-clles piqué que la malade perdit connaissance ; la figure devint congestionnée, la respiration accélérée, de la contracture se produisit dans le bras droit et le soir à six heures elle expirait. » (Extrait de la Gaz. des hôpitaux , 1870, p. 58.)

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