PRONOSTIC ET DIAGNOSTIC
! Pronostic. — De tout ce qui précède il es» permis de conclure que tous les corps étrangers n’ont pas la même gravité; les uns, irréguliers, s accompagnent de douleurs beaucoup plus vives et provoquent rapidement des accidents, d’autant plus sérieux, qu’ils ont perforé la membrane du tympan ou les parois du conduit; les autres, réguliers, ne sont réellement dangereux que quand ils siègent au fond du conduit et que. par leurs propriétés hygrométriques, ils sont susceptibles d’aug-
monter de volume. Mais il faut encore tenir compte de la nature du corps, de l’irritabilité très variable du conduit auditif, et beaucoup des tentatives infructueuses ou inconsidérées qui sont faites parles premiers venus ; la plupart du temps elles aggravent le pronostic par suite des lésions qu’elles produisent. Aussi peut-on dire que le pronostic est moins grave lorsqu’un malade vient immédiatement demander les secours de l’art que quand on a déjà fait des essais ; les observations publi ées au cours de cette partie démontrent bien ce fait. Enfin, les corps étrangers animés produisent toujours de graves accidents, et Triquet considère leur pronostic comme très sérieux.
En terminant, je résumerai tout ce qu’on sait du pronostic en donnant un aperçu de la statistique de Mayer 1 basée sur 75 cas réunis dans la littérature médicale des cinquante dernières années.
« Le tympan fut blessé 15 fois par les corps étrangers ou par les manœuvres opératoires ; 5 fois on observa une hémorrhagie abondante après ces tentatives d’extraction ; 5 fois des douleurs violentes soit dans l’oreille seulement, soit dans toute une moitié de l’oreille ou de la tète. L’inflammation survint 13 fois, 10 fois avec gonflement considérable du conduit auditif. La terminaison par suppuration est signalée 15 fois ; 1 fois écoulement considérable de sérosité ; 5 fois ulcérations du conduit auditif; 4 fois formation de végétations polypeuses.
« La toux et le vomissement furent observés 5 fois et dans 5 cas il y eut lésion du facial, 5 fois convulsions générales, 2 fois atrophie d’un bras, 2 fois anesthésie de toute une moitié du corps, 2 fois épilepsie; sur quatre cas de mort il y en eut 5 par méningite suppurée et un par abcès du cerveau. »
2° Diagnostic. — Il est «absolument nécessaire que le diagnostic des corps étrangers de l’oreille soit posé avec la plus grande précision, parce qu’il sert de base aux manœuvres d’extraction, et que toute erreur est très préjudiciable aux malades. Ce n’est pas seulement l'existence ou l’absence du corps qu’on doit déterminer avec soin, mais il faut aussi que le médecin soit renseigné sur sa forme, sa position exacte et relative, sur ses diamètres, etc. Tout oubli de ces préceptes amènera des erreurs parfois cruelles, et il n’est pas de si petite faute qui ne puisse avoir un retentissement considérable. Si j'insiste autant sur cette nécessité du diagnostic rigoureux, c’est que la science est encombrée des histoires les plus navrantes, des méprises les plus regrettables, des fautes
\. Mon. schr. /'. Ohrenheilkunde, IV, 1-5, 1870.
les plus graves, commises par des personnes étrangères à l’art de guérir et même par des médecins trop crédules ou inexpérimentés.
Les renseignements nécessaires pour poser le diagnostic sont puises à quatre sources : les commémoratifs, les troubles fonct ionnels, l’exploration par la vue et l’exploration par le toucher.
1° Commémoratifs. — A peine est-il nécessaire de dire qu’ils ont une grande utilité, quand ils sont exacts, parce qu’ils attirent l’attention sur l’organe affecté et économisent un temps précieux ; ils sont ordinairement fournis par les malades eux-mêmes ou par les parents lorsqu’il s’agit d’enfants en bas âge. Autant que possible, le médecin se fera représenter un corps semblable à celui qui est présumé introduit, et au besoin il devra le faire figurer. Lorsque l’origine de l’introduction est accidentelle, les commémoratifs ont une grande valeur, mais ils font souvent défaut, et peuvent même induire le chirurgien en erreur. Si les parents n ont pas vu l’enfant s’introduire un corps quelconque, ils 11e savent pas au juste si la pénétration a eu lieu, surtout dans quelle oreille se trouve le corps du délit, et il est arrivé qu’on a précisément indiqué celle du côté opposé. Enfin, assez fréquemment l’existence des corps étrangers est absolument ignorée des malades cl leur étonnement est grand quand ils voient retirer de leur conduit des noyaux, des grains de calé, de chapelet, etc., dont ils ignoraient la présence.
S’il n’y a pas de commémoratifs, on n’abandonnera pas le malade, et il faut passer à d’autres examens; existent-ils, la première chose à faire est d’ajouter foi aux récits et de se rendre compte de leur valeur par l’examen attentif de l’oreille. De cette façon on évite de faire des essais inutiles dans les accidents simples, et dangereux dans les autres. Giraldès cite un cas où les parents et l’enfant ignoraient dans quelle oreille était le corps étranger ; un médecin l avait cherché en vain à plusieurs reprises dans l’oreille saine L Dans le lait suivant, grâce à un examen consciencieux, Lowcnherg réussit à redresser les renseignements erronés par l’exploration des deux conduits.
Observation. — Boutonde chemise dans une oreille. Indications erronées. 1 11 bouton de chemise avait été introduit dans 1 oreille gauche d un enfant de cinq ans et on l’y découvrit par hasard. Quand Lowenberg le vit, d se plaignait de 1 oreille droite ; il n’v découvrit rien, et lorsque, suivant sou hauitu le, il examina 1 oreille supposée saine, il vil le bouton qui était applique contre le tympan. Ce fait s explique par la frayeur et la terreur de l’enfant après les premiers essais qui lut telle, qu il piésenla