‹ Traité des corps étrangers en chirurgieChapitre 5 sur 304 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

ÉTIOLOGIE

Presque toutes les classes de corps étrangers ont une étiologie partiou- Hcre, de sorte qu’il serait très difficile d’entrer ici dans des considéra-

ÉTIOLOGIE.

lions spéciales. Donc, laissant de côté les détails, je n aurai en vue dans ce chapitre que l’influence prédisposante qu’exercent les sexes, 1 âge, les professions, l’état mental des individus, etc. Il y a la des notions utiles qui font de droit partie d’un travail d’ensemble et ne sont pas dé-

nuées d’intérêt.

Influence des sexes — Et d’abord, il y a une grande différence entre la proportion des corps étrangers observés chez 1 homme et chez la femme. Plusieurs raisons rendent compte de cette particulaiite, d autant plus accentuée qu’on considère 1 homme et la iemme à 1 âge adulte. Au début de la vie ces raisons n’existent pas, mais la différence apparaît vers l’époque de l’adolescence. Tandis que l’homme appelé par sa nature aux travaux manuels s’expose continuellement aux traumatismes, au contraire la femme se trouve abritée en quelque sorte par son existence sédentaire. Non-seulement elle n’est pas comme l’homme exposée aux chances des champs de bataille, mais encore elle n’a pas comme lui des habitudes qui la prédisposent à la pénétration des corps étrangers. Que de fois l’ébriété, l’ivresse ont été l’origine d’accidents de ce genre ! Sous

l’influence de cette excitation, l’homme engage des paris dont ses organes sont souvent le théâtre et les victimes. Ici c’est un malheureux qui avalera par gageure, une pipe ou un couteau; ailleurs c’est un ivrogne qui, insensibilisé par la boisson, s’introduit quelque corps étranger dans l’urètre. Chez la femme, cette cause n’existe pas; il est vrai que d’autres tendent à établir une compensation, mais elles ont moins d’importance. Je veux parler entre autres, de l’hystérie dont le sexe féminin a le monopole à peu près exclusif et qui pousse les jeunes filles aux actes les plus insensés. Les cas d’épingles ou d’aiguilles avalées par des hystériques sont innombrables, et chez quelques unes cette manie bizarre les a portées à avaler plus de mille corps de ce genre. Malgré tout, la prédisposition beaucoup plus grande de l’homme reste incontestée, bien qu’il soit difficile d’établir une proportion exacte.

influence «le l’âge. — L’influence de l’âge sur la prédisposition aux corps étrangers est fort curieuse à étudier. Chaque âge a ses défauts, et l’homme se trouve exposé aux corps étrangers depuis sa tendre enfance jusqu’à l’extrême vieillesse. Suivcz-le depuis sa naissance, et vous le verrez souvent victime de cet instinct puissantqui lepousse à porter à sa bouche tout ce que sa main peut saisir. Longtemps cette cause agit et elle n’est pas une des moins importantes dans la production des corps étrangers de l’œsophage, du tube digestif et des voies aériennes. N’a-t-on pas vu des enfants avaler leurs jouets, les petits plateaux de leurs petits

mena <>es, les sifflets, les billes de marbre, les haricots, les croix métalliques, etc., etc., dont ils se servaient pour s’amuser? N’est-il pas surprenant de voir une petite fille avaler une roulette de pied de table? Cependant tous ces laits existent et sont l’apanage de l’enfance; d’ailleurs ce ne sont pas les seuls, car les jeunes enfants sont encore victimes d’autres accidents et de la mauvaise habitude d’enfoncer dans les orifices naturels, surtout le nez et l’oreille, tout ce qu’ils tiennent à la main. Voilà pourquoi une bonne partie des cas de corps étrangers des fosses nasales et du conduit auditif externe s’observent chez des enfants, et il n’est pas toujours facile de comprendre comment des corps déjà gros, comme une tète de poupée en porcelaine, ont pu s’enfoncer dans les narines d’une fillette . Donc, à l’enfance la spécialité des corps étrangers des voies naturelles surtout de celles qui occupent la tctc.

Avec l’adolescence apparaissent d’autres causes prédisposantes, bien plus nombreuses, plus graves, -et qui diffèrent suivant qu’on les considère dans l’un ou l’autre sexe. Le contingent des voies naturelles diminue sensiblement chez l’homme pour céder le pas à l’effraction. Ici ce sont de jeunes espiègles qui sont victimes de leur imprudence en jouant avec la poudre, les armes à feu, etc. Les vices n’existent pas encore chez le jeune homme et la lubricité honteuse n’arme pas encore sa main pour réagir contre l’affaissement du sens génital. A peine existe-t-il quelques exemples de jeunes gens victimes d’une habitude précoce, tels que les bergers. Si la jeune fille est moins exposée aux causes extérieures, aux corps étrangers par effraction, elle est malheureusement plus souvent victime de la lubricité; aussi les corps étrangers de l’urètre, du vagin sont-ils déjà fréquents à cet âge. C’est dans la jeunesse encore que les tentatives d’avortement abondent et que les exemples de corps étrangers de l'utérus apparaissent.

Malgré ces prédispositions spéciales à l’adolescence, bien autrement grandes sont celles de l’âge adulte parce qu’alors toutes les causes agissent avec une égale intensité, suivant les professions, le sexe, les habitudes, les maladies, etc. L’ivresse, l’aliénation mentale, les passions déréglées interviennent alors et se joignent aux autres causes qui, comme le métier des armes, favorisent l’introduction des corps étrangers.

Toutes ces influences décroissent à mesure que l’âge augmente et glace les passions, surtout dans le sexe féminin ; mais malheureusement d’autres prédispositions naissent des infirmités mêmes des vieillards. Ainsi, les fonctions ne s’exécutent plus aussi régulièrement qu’auparavant, et c’est là une source de corps étrangers. La mastication par exemple

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drvii'iU souvent défectueuse et les morceaux d’aliments entiers vont asphyxier les malheureux en obstruant les voies aériennes et 1 œsophage. Ou bien ce sont des fausses dents, des portions de râteliers qui, mal fixes, tombent dans le pharynx et produisent des accidents. Les affections de l’urètre, delà vessie, sont fréquentes chez les vieillards et souvent les sondes dont ils se servent pour satisfaire leurs besoins se sont brisées. De même chez la femme, les infirmités de l’âge entraînent encore d’autres accidents. Que de fois des pessaires oubliés dans le vagin pendant nombre d’années ont donné lieu aux complications les plus graves. Enfin, c est encore dans la vieillesse qu’on voit de vieux débauchés poussés par l’imagination lubrique et dépravée, cherchera raviver par l’introduction des corps étrangers les plus excentriques dans leur rectum, des sensations artificielles. En résumé, tous les âges sont représentés dans la longue liste des corps étrangers, chacun avec ses prédispositions spéciales.

Influence «les Professions. — H U est pas moins inteiessant d( poursuivre cet examen étiologique pour les professions diverses des malades. Tout un groupe de corps qui sont plutôt du domaine de la médecine que de la chirurgie, et qui s’introduisent par les voies aériennes ont depuis longtemps attiré l’attention sur l’influence nocive de certaines professions. Je veux parler de cette classe d affections auxquelles Charcot donne le nom de « pneumokonioses », et qui, suivant la profession, s appellent l’anthracose, la sidérose, la phtisie cotonneuse, etc. Est-il besoin de dire que le métier des armes expose aux corps étrangers par effraction? De même tout le monde sait combien l’organe de la vue est exposé aux éclats de pierre, de fer, de cuivre, etc., chez les casseurs de pierre, les mécaniciens et tous les ouvriers qui travaillent et façonnent les métaux. Il n’y a presque pas de jour où des cas de ce genre ne se présentent dans une clinique ophtalmologique. On a encore remarqué que les tapissiers avalent assez souvent les clous dont ils se servent et plus d une lois ces derniers sont devenus la source d’inflammations ano-rectales. Citerai-je

aussi les acrobates forains qui sont quelquefois victimes de leurs farces, et dont la vie a été plus d’une fois le prix de l’habileté mise en défaut. Tantôt l’objet qu’ils font semblant d’avaler leur échappe, tantôt leur tube digestif se révolte contre les exercices bizarres auxquels on les soumet depuis un certain temps.

Enfin, toutes les professions qui isolent les individus et les laissent abandonnés à leur imagination, prédisposent plus que d’autres aux actes d insanité qui aboutissent quelquefois à l’introduction de corps étrangers dans le rectum et surtout l’urètre. A cette classe appartiennent los

bergers dont les habitudes dépravées sont connues, et dont on trouvera de curieux exemples dans le cours de cet ouvrage. Il faut encore y faire rentrer toutes les personnes qui, comme les prisonniers ou les habitants des monastères, religieuses, etc., fournissent au tableau des organes génitaux un contingent notable de corps étrangers. Enfin, il existe presque toujours une relation entre la nature du corps et la profession de la personne ; ainsi on ne trouve guère chez les femmes que des objets qui servent à leurs métiers, chez l’homme que des instruments, outils, etc., qu’ils emploient ordinairement.

Influence «le la perversion «les i«lées. Avec la perversion des ideCS,

temporaire ou définitive, les conditions favorables à l’introduction des corps étrangers augmentent beaucoup. Et sous cette expression générale, je rangerai l’aliénation mentale, le délire pathologique, l’ivresse, la manie du suicide et meme l’hystérie . Saul 1 ivresse, presque tous les autres états pathologiques aboutissent à une monomanie de suicide et c’est dans ce but que certains aliénés lypémaniaques, avalent les corps les plus extraordinaires dont on trouvera la liste et l’histoire plus tard; d’autres s’en introduisent dans tous les orifices, espérant mieux arriver à leur but. S’ils ne réussissent pas toujours, les accidents qui suivent ces tentatives bizarres sont fort intéressants a étudier à plus d un titre. L homme ivre, sous l’influence de l’excitation alcoolique, se livre aux actes les plus extravagants, mais sans tendance marquée au suicide. Enfin les hystériques ont presque exclusivement la spécialité d’avaler des aiguilles et des épingles, et les faits de ce genre sont très-nombreux.

A toutes ces causes prédisposantes, il faudrait encore ajouter la malveillance, la lubricité, l’influence delà volonté, des affections organiques congénitales ou acquises, etc., et de l’intervention chirurgicale.

Cil API IRE IY

Tout musée pathologique possède un certain nombre de pièces qui témoignent de l’infinie variété des corps qui se trouvent fortuitement dans l’économie, et les tableaux dressés par les auteurs et ceux qui sont dans cet ouvrage donnent une idée de leur diversité. C’est par milliers (pi il faut les compter et l’imagination aurait peine à embrasser cette série si longue des objets les plus bizarres. Cependant, pour mettre un peu de méthode

dans l’exposition qui va suivre, je. diviserai tous ces corps en plusieurs •n-oupes, suivant qu’ils appartiennent à la série animale ou aux objets

inanimés

unujuo.

Cette distinction sépare de la masse générale un assez petit nombre de faits d’autant moindre que je ne considère comme réellement corps étrangers, que les animaux qui pénètrent tout formés dans l’économie. Ainsi Je n’admets pas qu’on puisse ranger dans cette étude les parasites de la peau, qui se développent et prolifèrent sous l’épiderme, les parasites des muqueuses qui ne sont que des produits de larves déposées par des insectes, et même les (Maires, la chique qui différent trop des autres corps étrangers et n’ont avec eux qu’une analogie apparente. Cette étude se trouve donc réduite cà un petit nombre de laits curieux qui se rapportent à l’ingestion des sangsues, accident assez fréquent sur tout le littoral méditerranéen, cà quelques cas de poissons entiers déglutis, de mouches, de grenouilles, chauve-souris, souris, vipères, salamandres avalées. Mais déjeà ces derniers animaux m’entraînent hors des limites de ce qu on peut admettre comme authentique et je reviendrai en traitant des corps du tube digestif sur l’histoire intéressante des premiers et sur les accidents auxquels ils peuvent donner lieu.

C’est donc aux substances inanimées d’origine animale, minérale ou végétale que le plus grand nombre des corps étrangers appartient. Ces considérations ne sont pas sans importance au point de vue des phénomènes ultérieurs parce que l’organisme ne se conduit pas de la même manière dans ces trois cas. Ainsi la tolérance des tissus pour les corps d’origine minérale et inertes est bien connue, comparée à l’intolérance presque absolue pour les corps d’origine organique. Les végétaux tiennent le milieu, en se rapprochant cependant^ davantage des corps d’origine animale. D’autre part les sucs qui se trouvent dans les conduits 11e sont pas indifférents à l’arrêt des corps étrangers et ils peuvent les dissoudre, les altérer, et même les rendre inoffensifs. Un morceau de gomme arrêté dans l’œsophage, un fragment de viande volumineux peuvent cesser d’être nuisibles par la seule action des sucs digestifs. Mais c’est surtout au point de vue de l’enkystement, de l’irritation produite que cette division est justifiée, parce que les balles par exemple, s’enkystent beaucoup plus facilement que le bois, l’os, etc.

Je passerai successivement en revue quelques-unes des propriétés les plus intéressantes pour initier le lecteur, et lui donner une idée de la variété de la pratique. J’aurai donc à considérer la forme, le volume, le nombre, la consistance, la solubilité des. corps étrangers.

La forme est une des propriétés qui intéresse le plus le chirurgien, parce qu’elle lui servira souvent de guide dans le choix des moyens thérapeutiques. Si elle est régulière, elle peut affecter des formes géométriques ou autres et cette circonstance les rend en général moins dangereux pour les parties, mais aussi plus mobiles. Une balle ronde, un tube de verre, une pièce de monnaie, un pois sont des. types de ce genre et dans ces conditions, ils restent bien logés dans les conduits naturels sans grande tendance à les perforer primitivement; il n’en est plus de même quand les corps sont irréguliers, parce qu’alors leurs pointes ou leurs aspérités s’enfoncent dans les chairs et s’opposent non-seulement aux déplacements, mais encore aux fonctions qui sont singulièrement gênées. J’excepterai de cette classe les corps réguliers et pointus comme les épingles, les aiguilles, barbes d’épis d’orge, de graminées, qui obéissent à certaines lois de progression et traversent les organes. Leur forme joue dans ce mouvement de migration un rôle considérable et rend compte de ces faits bien constatés, où on voit des aiguilles avalées, cheminer jusqu’au bas du pied. L’étude de la lorme n est pas moins féconde en considérations précieuses par rapport au siège des corps étrangers. Ainsi les corps qui entrent par effraction affectent deux formés bien distinctes : ou bien ils sont petits et courts comme les balles, ou bien l’un de leurs diamètres l’emporte très-sensiblement sur l’autre. Telles sont les épines, les aiguilles, les lames de couteaux, les pointes de fleuret, etc. De même dans les conduits, ce sont encore les mêmes types qui se reproduisent. Qu’il s’agisse de Lœsophagc, de l’urètre, du rectum la disposition reste en général la même, tantôt plus marquée pour la forme allongée (urètre), tantôt pour la forme globulaire ou irrégulière sans dimension dominante (œsophage).

Ces différences, très-marquées dans la forme, n’excluent pas de grandes diversités dans le volume. Entre le boulet de plusieurs livres qui secache dans la plaie d’un blessé et l’hameçon qui s’accroche dans l’œsophage, entre la bouteille ou le bâton de vingt-cinq centimètres que le rectum humain a pu contenir et le grain de poudre qui tatoue la peau brûlée, les différences sont très-considérables. D’ailleurs, il y a une certaine proportionnalité entre les organes et les corps étrangers, qui établit une limite maxima que comporte chacun d’eux. Assurément les corps introduits par effraction sont de tous, ceux qui peuvent le plus lacilement acquérir un volume considérable, parce que n’étant pas contenus dans un organe spécial, ils ne sont pas limités ni pour l’introduction ni pour la pénétration. Au contraire, un corps étranger qui pénètre l'urètre ne peut

avoir que les dimensions de ce canal dilaté, mais il est plus souvent d une longueur plus grande. Il en est de même pour l’œsophage qui ne permet pas°l’introduction de corps très-volumineux, parce que l’écartement des maxillaires s’y oppose et que le conduit œsophagien a des diamètres assez restreints. Cette question de relation entre l’organe et l’objet est si importante que tel corps qui tout à l’heure était un obstacle dans un conduit, ne mérite plus le nom de corps étranger dans un organe voisin. En veut-on une preuve? il suffira de se rappeler ce qui se passe pour l’oesophage et l’estomac. Une châtaigne ou un oignon arrêtés dans l’œsophage menacent les jours d’un malade; le chirurgien, après de vains efforts d’extraction, se décide à les repousser dans l’estomac. Dès qu’ils y sont arrivés, un soulagement surprenant se produit, et le malade passe en quelques instants du péril le plus grand a un état de santé tiès-satisfaisaut. Ailleurs ce sont les orifices qui comme de vraies filières s’opposent au passage des corps étrangers ; à ce titre le pylore, la valvule iléo-cæcale méritent une mention toute spéciale. Enfin, on peut résumer tout ce qui concerne cette question de volume, en disant que la limite extrême est atteinte quand la distension des organes est arrivée à son plus haut point.

Si, pour quelques-uns, cette élasticité n’est pas très-marquée, il en est d’autres comme le rectum qui sont d’une complaisance incroyable. Seule la ceinture osseuse du petit bassin a mis un Irein à 1 imagination de ces dépravés qui poussent par leur anus, des chopes de verre, des bouteilles, des pilons, etc. N’a-t-on pas vu un malheureux récidiviste essayer de briser lui-même avec un manche de pelle à feu introduit dans le goulot, une carafe de verre qu’il ne pouvait retirer de son rectum ! Rien d’étonnant dès lors à ce que le vagin, organe éminemment souple, dilatable, donne accès aux mêmes corps, à des pots de confitures, de pommade, gobelets, compas, etc. D’ailleurs, il est plus difficile à comprendre comment les sphincters permettent une pareille ampliation cle leurs lèvres, et le chirurgien qui lutte contre eux pour les franchir, se rend bien compte des résistances que les corps ont dû vaincre.

Fort heureusement dans ces exemples, ces objets d’un gros volume son! uniques ; mais à mesure que les dimensions décroissent on voil les corps devenir multiples, et quand ils atteignent la limite inférieure, ils sont quelquefois très-nombreux. Bien plus, quelques-uns ne deviennent nuisibles qu’autant qu’ils se réunissent entre eux; c’est ce qui arrive aux graines des fraises, aux noyaux de cerises, de prunes qui s’agglomèrent dans quelque anse intestinale. Ailleurs, ce sont des projectiles qui existent en plus ou moins grand nombre dans les plaies de chasse par

exemple; ailleurs encore soixante-dix escargots qu’un paysan s’introduit par l’anus. Mais les corps peuvent se trouver en très-grand nombre tout en présentant un volume déjà respectable. Tout le monde connaît l’histoire de ce forçat dont Fournier de Brest fit l’autopsie et dont V estomac démesurément dilaté par cinquante-deux objets divers s’étendait du pubis au diaphragme. Quelques-uns de ces objets, dont l’ensemble pesait plus d’une livre, étaient de longs fragments de bois provenant do cercles de barriques. Ce fait n’est pas unique, puisqu’on a vu toute une collection de couteaux chez un marin, de cailloux chez un acrobate et mille huit cent quarante et un corps chez un aliéné. On trouvera dans le cours de cet ouvrage de nombreux faits de ce genre, qui se rapprochent de ceux dont certaines avaleuses d’épingles ont la spécialité. N a-t-on pas trouvé dans l’estomac et l’intestin d’une de ces dernières plus d’une livre d épingles!

Ce serait une erreur de croire que le tube digestif a le monopole de la multiplicité, car ces faits existent pour d’autres conduits quoique à un moindre degré. La vessie par exemple a été le réceptacle de plusieurs corps étrangers à la fois, soit qu’ils aient été successivement poussés dans l’urètre par quelque malheureux ou qu’un masturbateur aux abois ait essayé sans succès de retirer un premier corps perdu avec des crochets, etc. Enfin dans certaines plaies par la poudre à canon, les grains de poudre s’incrustent par milliers dans la peau et y constituent un véritable tatouage.

Quant à la consistance, elle prête à des considérations sur lesquelles je reviendrai en parlant du traitement. Certains corps sont très-durs comme les pierres, le fer, le plomb, la fonte et ne peuvent pas êtreiragmentés, tandis que d’autres comme le cuir, les champignons, les Iragments de vêtements entraînés par les balles, etc, sont très-mous. De la, pour leur découverte et leur recherche, des difficultés sans nombre; les uns sont rigides et ne peuvent être ni ployés ni segmentés; les autres sont souples, comme un cordon de cuir, une sonde en gomme, un lil métallique et se laissent plier. Chaque variété comporte donc des indications thérapeutiques et un manuel instrumental spéciaux. Un giand nombre de corps étrangers, par leur seule composition, méritent toute l’attention des chirurgiens. Ce sont les corps en verre qui ne doivent jamais être divisés, parce que leurs éclats sont très dangereux. \oilà pourquoi il a fallu plus d’une fois se servir de forceps pour extraire des verres et des chopes du rectum ou du vagin, pourquoi il a fallu taillei des malades qui avaient un tube de baromètre ou un thermomètre dans la vessie. Enfin, dans une étude générale il faut encore tenir compte du

nature des corps étrangers en général.

acnré de friabilité des corps, parce que cette considération peut cire utile soit qu’il s’agisse de les fragmenter au moyen d'instruments spéciaux soit qu’on veuille les écraser par pression (œsophage), etc.

Je passerais presque sous silence la solubilité de certaines substances, si de tous les temps des chirurgiens n’avaient essayé d’utiliser cette propriété au profit de la thérapeutique. Autrefois, Lcdran avait cru dissoudre un fra ornent de sonde de plomb dans la vessie avec du mesure; d’autres ont tenté de diminuer les aspérités de corps étrangers métalliques avales. Plus récemment Leroy d’Étiolles, Nélaton en France, et d autres clnruroiens n'ont-ils pas poursuivi la solution du problème de la dissolution de la cire par les injections d'huile de naphte dans la vessie? Toutes ces tentatives louables auraient plus de succès si les réactions se passaient dans l’économie comme dans le verre à réactifs du chimiste. Cependant, on a réussi dans quelques cas en se servant de remèdes qui ramollissent les corps étrangers. L’administration de vinaigre a pu ramollir les arêtes d’un poisson qui fixé dans l’œsophage ne pouvait être déplacé, et certains os plats seraient peut-être ramollis par l’administration de boissons aci-

dulées.

Je ne quitterai pas ce sujet sans rappeler que certains corps par leur nature sont susceptibles de se gonfler et de prendre un volume bien supérieur à celui qu’ils avaient en s’imbibant des liquides organiques ; les éponges sont de ce genre. D’autres, comme toutes les graines, peuvent au contact de l’humidité et de la chaleur trouver un milieu propre à leur fermentation, et un commencement de germination se manifeste. Des faits de ce genre se sont produits sur des haricots qui avaient séjourné un certain temps dans les bronches, sur des noyaux de cerises arrêtés dans le cæcum, etc. Enfin, quelques corps métalliques comme le fer sont attirés par l’aimant, et cette propriété a été plus d’une fois mise à prolit pour la découverte ou l’extraction de quelques corps profondément situés ou très superficiels (œil).

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