DU MODE D'INTRODUCTION. — SIÈGE. — MOBILITÉ. — FIXITÉ
Les différences sont si marquées entre les corps étrangers qui pénètrent par effraction et ceux qui sont introduits dans les voies naturelles qu’il est nécessaire de séparer leur étude. Je commencerai par le mode
d’introduction des premiers qui peuvent exister en tous les points de l’économie soit qu’ils résultent de l’action des armes à feu, soit qu’ils aient été poussés par une force quelconque. À vrai dire, le mode d’action ne diffère pas dans l’un et l’autre cas ; cependant le caractère tout spécial des corps étrangers qui peuvent accompagner les plaies par armes à feu, la force énorme qui anime le projectile en font un type particulier. Tantôt il n’y a qu’un cul-de-sac plus ou moins profond avec une seule ouverture d’entrée, tantôt un canal complet qui recèle le corps. Dans les deux cas, il y a une solution de continuité des tissus qui représente des caractères essentiellement différents de ceux des ouvertures faites par les armes blanches. Jamais la plaie par où sont entrées la pointe d’un fleuret, une lame de couteau cassée, n’est aussi contuse, aussi tuméfiée que celle d’une balle ou d’un éclat d’obus. De là l’origine de graves dissidences tant au point de vue de l’évolution que de la thérapeutique. Donc, suivant que le corps vulnérant perdu dans la plaie est piquant, tranchant ou contondant, il en résulte des conditions anatomiques différentes. La pointe écarte les tissus, la lame les coupe, la balle les sépare en les détruisant.
Jusqu’ici j’ai supposé que ces corps n’agissaient que sur les parties molles; combien ces données sont encore plus évidentes quand on considère les corps étrangers qui pénètrent dans le tissu osseux! Le corps est-il effilé, pointu, il se casse dans l’os en s’enfonçant dans sa substance si elle n’est pas trop dure ou trop épaisse. Des stylets, des fleurets, des aiguilles se sont de la sorte solidement fichés dans le crâne, les côtes. L’instrument tranchant s’arrête en général s’il n’est pas pointu, parce que l’os nese laisse pas facilement entamer. Mais les lésions les plus intéressantes sont surtout produites par les corps contondants mus comme les projectiles avec une grande force; ici, ce sont des fractures esquilleuses, là des perforations bizarres, complètes ou incomplètes avec retentissement éloigné traduit par des fêlures ou des fissures; à un degré moindre, ce sont des incrustations très solides à la surface ou dans la propre substance de l’os. Le chapitre des corps étrangers des plaies d’armes à feu est riche en faits semblables.
Les armes à feu prêtent encore à d’autres considérations, intéressantes au sujet de la pénétration. Je veux parler du mode de pénétration indirecte qui rend compte de Tinlroduction au sein de l’économie des corps les plus divers (pie les projectiles entraînent sur leur passage. Tels sont les fragments d’étoffe qui proviennent des vêtements, les pièces de l’équipement, les portions de corps humain des voisins, les pierres, le
nu MODE D’INTRODUCTION.
sable qui en ricochant viennent frapper les parties. Ce chapitre est rempli des plus curieux détails ; il faudrait encore y ajouter, l’influence de la déviation, de la fragmentation, du morcellement.
Rien d’étonnant à ce que les corps étrangers des plaies d’armes à feu pénètrent partout, et je ne connais pas un point de 1 économie où 1 on n an rencontré des balles, que ce soit le poumon, le cœur, le cerveau, ou les membres. Les autres corps n’ontpas un siège aussi général, et les exemples de lames enkystées dans la poitrine, le poumon, etc., sont encore aujourd’hui des curiosités.
Après tout ce qui précède, il est facile de comprendre qu’on ne peut établir aucune règle au sujet de la mobilité ou de la fixité des corps qui ont pénétré les tissus. Les uns, en effet, sont si solidement enclavés, que l’esprit inventif des fabricants d’instruments a dû être mis à contribution pour les extraire, et malgré cela, toutes les tractions ont échoué quand des corps comme les baguettes de fusil s’étaient recourbés dans les os. Ailleurs, on voit un chirurgien aussi habile que Ravaton lutter pendant une heure pour mobiliser et extraire au moyen de fortes tenailles un éclat d’obus solidement enclavé entre le tibia et le péroné. Et ce n’est pas seulement entre des os résistants comme les piecedents que cet enclavement peut mettre en défaut l’adresse de l’opérateur, puisqu’une balle enclavée entre les lames de 1 ethnoide d un blesse 11e put etie 1 étirée qu’en déployant une force énorme.
Non seulement il a fallu imaginer des instruments nouveaux, mais encore les chirurgiens ont dû recourir pour arriver à mobiliser ou extraire ces corps arrêtés dans les os à des procédés ingénieux, mais trèsradicaux. Ainsi les anciens conseillaient déjà d’appliquer autour du point où le corps était fiché une couronne de trépan. C’est ce qu’on a dû faire plus d’une fois pour le crâne, la colonne vertébrale, etc.
Quelquefois la fixité provient de l’élasticité des tissus : une balle enclavée entre la rotule et de fémur n’a pu être délogée qu’au prix de débridements très-larges. Mais en général, les corps qui s’arrêtent dans les parties molles sont susceptibles d’une certaine mobilité, soit qu’ils changent de position pendant les mouvements de la partie, soit que la main leur imprime quelque déplacement. D’ailleurs, c’est là l’origine des changements de position qui sont assez ordinaires pour quelques corps, comme les épingles, les aiguilles et même les balles. Cette mobilité atteint son maximum quand le corps régulier arrondi vient à s’arrêter dan une cavité séreuse, dans un organe creux ou rempli de liquide. Les anciens avaient tondé un mode de traitement des plaies de poitrine ou de
l’abdomen avec séjour du corps vulnérant, sur cette mobilité. Ils plaçaient le blessé entre deux tables et lui imprimaient des mouvements, espérant que le corps viendrait se présenter de lui-même. C’est encore cette mobilité qui explique la difficulté de l’exploration des articulations qui sont le siège de projectiles; enfin, la pesanteur reprend ses droits sur ces corps qui llottent ainsi dans les séreuses ou les organes creux, et si l’on va à leur recherche, il faut se diriger vers la partie la plus déclive. Voilà pourquoi Larrey, Baudens, avaient établi un lieu d’élection pour aller à la partie inféro-postérieuredu thorax extraire les corps étrangers tombés dans la plèvre.
Les choses ne se passent pas de la même façon pour les corps étrangers qui ont été observés dans les canaux de l’homme. En général, la force disparaît, et sauf quelques exceptions, on ne trouve pas d’exemples d’introduction brusque avec déploiement de violence. Le fait de ce bouchon poussé dans l’œsophage d’un homme qui débouchait une bouteille de vin de champagne avec ses dents, ceux qui ont trait à ces poissons sauteurs arrêtés dans le même conduit, appartiennent à ces exceptions. Ne pourrait-on pas y joindre encore l’introduction forcée de ces volumineux corps du rectum, où les exemples de chutes sur le fondement. Mais ces faits sont très-rares, comparés à la majorité où l’on voit la main du malade pratiquer l’introduction, sans grande résistance. Bien plus, le plus grand nombre sont victimes d’un accident, et il ne faut pas de lorce pour avaler un os égaré dans les aliments, aspirer un haricot ou tout autre corps qui s’engage dans le larynx et la trachée.
Ici interviennent d’autres forces qui font cheminer les objets placés dans les conduits qui les avalent en quelque sorte. C’est un fait curieux, que tous les conduits naturels, soit par leur fonction, soit par une disposition particulière, tendent à attirer les objets. En veut-on des exemples? Je citerai l’urètre dont la tendance absorbante n’est ignorée de personne et qui fait très-facilement passer les corps qu’il contient dans la vessie. Ce fait domine tellement la question des corps étrangers de la vessie, que les trois quarts des cas en sont la conséquence. Je citerai aussi l’action centripète de l’œsophage, qui agit malgré les individus et se conduit à l’égard des substances étrangères comme pour le bol alimentaire. Faut-il mentionner encore le pouvoir d’aspiration thoracique qui attire l’air et les corps qu’il peut contenir, l’action toute particulière du muscle releveur de l’anus, etc., etc. Il n’est pas de canal si petit, d’orifice si étroit, comme l’ostium ombilical du canal de Warthon, que des corps étrangers appropriés ne puissent franchir et pénétrer. On en trouvera des