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DES DÉPENSES DE FABRICATION. — COMPTABILITÉ DES ATELIERS

DE fabrication:

Nous avons vu dans le chapitre précédent, que les ateliers de fabrication du chemin de fer belge, étaient au nombre de deux. Le premier, établi à Malines, s'occupe de la confection de la graisse jaune dont on se sert pour les essieux des voitures, des tenders et des locomotives. Le second, qui se compose en réalité de plusieurs ateliers distincts, distribués sur différents points du chemin de fer, s'occupe de la fabrication du coke destiné à l'alimentation des machines; il comprend des magasins de eoke et de charbon de terre, et des fours à coke.

Avant de nous occuper spécialement de ces deux espèces d'ateliers, nous dirons quelques mots de la comptabilité dès ateliers en général.

Les dépenses des ateliers comprennent des frais spéciaux et des frais généraux. Les frais spéciaux sont ceux qui sont proportionnels aux produits obtenus, au travail exécuté; les frais généraux sont ceux qui ne dépendent pas du travail, dont* ils ne forment qu'un accessoire obligé.

Dans les frais spéciaux on considère généralement à part les dépenses en matières et celles en main-d'œuvre. Les frais généraux se considèrent plutôt globalement.

Pour parvenir à connaître le coût total d'un produit, la dépense entière d'un certain travail , il ne suffit pas de tenir compte seulement des frais spéciaux relatifs à ce produit ou à ce travail, il faut encore y ^joiitier bne certaine partie proportionnelle des frais généraux. Il convient donc, pour compléter la comptabilité des ateliers , de répartir les frais généraux sur le produit ou sur le travail total. Selon quelles bases cette répartition devra-t-elle se faire?

Dans la répartition dont il s'agit, il est évident qu'il faut avoir égard à la valeur relative des ouvrages effectués , c'est-à-dire à la dépense qu'ils ont occasionnée. Mais cette dépense elle-même est complexe; faut-il se baser sur la dépense en matières, sur la dépense en main-d'œuvre,' ou sur la dépense totale?

Pour résoudre cette question, remontons un peu plus haut, et disons de quoi se composent principalement les frais généraux. Intérêts des capitaux, entretien et renouvellement de l'outillage et du matériel, frais de surveillance, frais d'éclairage et de chauffage, tels sont les principaux articles de dépense qui constituent les frais généraux des ateliers. Parmi ces dépenses, le$ unes, telles que les intérêts des capitaux, les frais d'entretien du matériel, sont proportionnelles au temps; les autres, telles que les frais de surveillance, d'éclairage et de chauûage, sout proportionnelles à l'étendue des locaux et au nombre des .ouvriers; les autres enfin, telles que les frais d'entretien et de renouvellement de l'outillage , sont proportionnelles à la main-d'œuvre employée. En y regardant de plus près, on voit que toutes ces dépenses indistinctement sont en relation directe avec la main-d'œuvre, et que c'est cette main-d'œuvre qui doit servir de base à la répartition des dépenses dont il s'agit. En effet, en ce qui concerne

d'abord les intérêts des capitaux et l'entretien du matériel > dépenses proportionnelles au temps, il faudra que les ouvrages exécutés par les ateliers, supportent ces dépenses en proportion de la durée de leur exécution; et comme cette durée, toutes choses égales d'ailleurs, est en raison directe de la main-d'œuvre que l'exécution réclame, on voit que Von peut, sans erreur grave, prendre la dépense en main-d'œuvre pour base de la répartition des frais généraux proportionnels au temps.

Quant aux frais généraux qui dépendent de l'étendue des locaux et du nombre des ouvriers, leur affinité avec la maind'œuvre est encore plus frappante et plus directe.

Enfin les frais d'outillage étant uniquement dépendants de la main-d'œuvre, on voit qu'il n'y a aucune des principales dépenses dont se composent les frais généraux des ateliers, qui ne soit en rapport direct avec la main-d'œuvre; de sorte que la loi, d'après laquelle il convient de répartir les frais généraux sur les ouvrages effectués, se conclut d'une manière très-simple de la proportionnalité qui existe entre les frais généraux et la main-d'œuvre : il suffit de répartir sur tous les ouvrages exécutés, les frais généraux en proportion de la main-d'œuvre qu'ils ont employée.

Il n'est pas besoin d'ajouter que tout ce que nous venons de dire sur la répartition des frais généraux, ne trouve son application que dans les ateliers dans lesquels on s'occupe en même temps d'opérations de nature différente, et où .par conséquent rien ne détermine la part de frais généraux qui revient à chaque genre d'opérations.

Dans les ateliers qui ne s'occupent que d'une seule fabrication, d'où ne sort qu'un seul genre de produits, la question que nous avons agitée ne se présente point , puisque là où il n'y a pas d'opérations distinctes, il n'y a pas non plus de répartition à opérer entre elles, et que les frais généraux comme les frais spéciaux doivent concourir en bloc, les uns

et les autres, à la détermination du prix de revient ou de fabrication.

Ces préliminaires posés , nous passerons à l'exposition détaillée des opérations effectuées par les ateliers dont nous avons à nous occuper au chemin de fer belge,

§ 1- — Atelier de fabrication de la graisse jaune.

Il a été fabriqué pendant Tannée 1844,. une quantité totale de graisse jaune s élevant à 76,680 kilogrammes.

Les matières premières, entrées à l'atelier et employées à cette fabrication, ont été de :

Suif, 6,390 kil.

Sel de Soude.' 1,066 </* » •

Huile de palmier .... 15,876 </s »

Le surplus du poids se composant d'eau ordinaire. Les dépenses se sont présentées comme suit :

Matières :

Suif , fcil. 6,390 àfr. 1.08 = frs. 6,901.20

Sel de Soude. ...» 1,066 </t à » 0.61 = » 650.58 Huile de palmier . . » 15,876 «/s à » 0.78 = » «2,383.67

Total. . . frs. 19,935.44 Main-d'obuvre » 617.70

Frais généraux :

Intérêts et dépérissement des appareils» frais de surveillance, chauffage etc » 1,000.00

Total. . . frs. 21,553.14

La dépense totale de frs. 21,555.14 , se rapportant à 76,680 kil. de graisse, donne pour le prix de revient d'un kilogramme :

= fr. 0.28

D'après les proportions indiquées ci-dessus, on voit qu'un kilogramme de graisse jaune est composé de :

Suif 0k .085

Sel de Soude. . . 0 .OU

Huile de palmier. . 0 .207

Eau ordinaire . . . 0 . 696

Cette composition est une moyenne des proportions de toute une année; mais celles-ci varient selon les saisons.

En été, lorsqu'il fait chaud, on augmente la quantité relative d'eau; en hiver, au contraire, on la diminue.

§ 2. — Ateliers de fabrication du coke.

Les ateliers qui s'occupent de la fabrication du coke au chemin de fer belge, sont au nombre de cinq : ils sont établis dans les stations d'Ostende, Gand, Malines, Ans et Jemmappes. Le tableau u°-3 ci-après indique en détail la marche de leurs opérations. Il montre que la quantité totale de coke, fabriquée dans les cinq ateliers, s'est élevée à 23,801 tonneaux de 1,000 kil. et que l'on a obtenu en outre un déchet de 900 tonneaux de menu coke. Ce menu coke, qui est de trop petite dimension pour pouvoir être employé dans les machines pendant leur marche, parce qu'il serait entraîné dans les tubes et les obstruerait, ou qu'il tomberait entre les grilles du foyer, est utilisé à

différents usages, tels que chauffage des ateliers, des bureaux, des réservoirs d'eau, etc., alimentation des machines de réserve * etc.

On ne peut pas attribuer à ce menu coke un prix égal à celui du coke propre au service des locomotives. On ne saurait par conséquent mettre ces deux produits sur la même ligne, et leur faire porter ensemble la dépense totale de fabrication. La différence qui existe entre leurs valeurs exige au contraire que le gros coke, qui est le produit principal, supporte seul toute la dépense, et que le menu coke, évalué d'après un prix à déterminer, vienne en déduction sur les frais de fabrication. Ainsi la dépense réelle relative au gros coke, qui devra servir de base à la détermination du prix de revient de ce combustible, se trouvera fixée par la somme des frais de fabrication, 'diminuée de là valeur à attribuer au menu coke obtenu. Le résultat de cette opération, divisé par la quantité de gros coke fabriquée, donnera le prix de revient du gros coke.

L'administration attribue au menu coke une valeur moyenne de fr. 0.50 l'hectolitre , soit fr. 14.50 le tonneau. Nous adopterons celte valeur dans nos calculs.

L'ensemble des dépenses de fabrication relatives au coke, est indiqué dans les trois tableaux qtri suivent, n08 1, 2 et 3; le premier donne en détail les frais généraux de la fabrication ; le second contient les dépenses de réparation et de consommation du matériel des ateliers; le troisième montre la dépense proprement dite en matières premières et en main-d'œuvre, ainsi que les produits obtenus ; il indique en même temps quelques résultats moyens , qui résument en peu de chiffres les opérations effectuées. Ainsi l'on y voit, que le prix moyen du charbon a été de fr. 1.25 l'hectolitre, ou de fr. 14.32 les mille kil. ; que la dépense en main-d'œuvre s'est élevée en moyenne à 6 Va centimes environ par hectQlitre de coke, ou à fr. 1.85 par tonneau, mais que cette dépense a varié dans des limites assez

étendues d'un atelier à un autre, et que les ateliers où la fabrication a été la plus considérable, offrent la moyenne la plus faible, tandis que ceux où la fabrication a été la moindre, donnent la moyenne la plus forte, ce qui montre combien il est avantageux de concentrer la fabrication, même indépendamment des frais généraux que Ton économise.

On y voit encore que la proportion moyenne des produits obtenus aux charbons enfournés, a été à peu près constante pour les divers ateliers, et s'est peu écartée de la moyenne générale. Cette moyenne générale a offert des résultats tout-à-fait différents, selon que Ton considère la proportion en poids, ou en volume. En poids, les produits ont été de 65 p. °/o de coke et de 2 Va p. % de petit coke; en volume, au contraire, les produits ont été de 162 p. °/o de coke, plus 6 p. °/o de menu. Ce dernier résultat aurait de quoi étonner, si Ton ne savait que le charbon gonfle considérablement dans la cuisson, et occupe un volume beaucoup plus grand, tout en perdant une forte partie de son poids, de manière qu'à poids égal, le coke occupe un volume au moins deux et demi fois plus grand que celui du charbon.

Le rendement moyen en poids, qui vient d'être indiqué, peut être considéré comme satisfaisant, puisqu'il résulte d'analyses faites à Liège * que les houilles contiennent de 17 à 25 p. °/o de matières volatiles, et ne peuvent par conséquent donner en matières solides un rendement de plus de 75 à 85 p. °/o, même par la distillation en vases clos. Or, il faut remarquer que dans la distillation en vases clos , il est nécessaire de dépenser une certaine quantité de combustible dans les fourneaux qui entourent ces vases, pour produire la chaleur nécessaire à la distillation, tandis que dans la carbonisation de la houille dans les fours à coke, c'est à l'intérieur

1 J finales des Travaux Public» de Belgique, Tome III, page 469.

même des fours que cette chaleur se produit par la combustion d'une partie du carbone contenu dans la houille, et par celle des matières volatiles qui s'en échappent. Si maintenant on a égard au poids des produits obtenus dans nos fours, qui sont de 63 à 67 p. °/o de gros coke, de 2 lk p. °/o de menu coke, et en outre d'une quantité assez grande de petites escarbilles dont on ne tient aucun compte, à cause du peu d'utilité qu'on en peut tirer, on verra que nos fours à coke rendent en tout de 70 à 75 p. °/o de tnatières solides combustibles, et que, sur le poids de la houille enfournée, il ne se perd réellement qu'une faible fraction de 5 à 8 p. °/o, pour produire la chaleur nécessaire à la carbonisation.

Passons au calcul du prix de revient du coke fabriqué.

La comptabilité des ateliers de coke peut se résumer comme suit :

Main-d'œuvre. . . frs. 44,066.38

Matières :

Charbons enfournés.. frs. $22,333.3$ \ ^ 53390931

Consommations et réparations du matériel. . . » 11,666.96 '

Frais généraux » 27,370.91

Total. . . frs. 603,436.60

Dont à déduire :

La valeur du petit coke obtenu : 25,704 hectolitres , à 0 * .50. . . » 12,832.00 Reste pour la partie de la dépense incombant au gros coke ... frs. 392,384.60

Si Ton répartit cette dépense sur la quantité de gros coke fabriquée, qui a été de 680,022 hectolitres, ou de 25,801 tonneaux, on obtiendra :

Pour le prix de revient d'un hectolitre :

Pour le prix de revient du tonneau :

Nous ferons remarquer ici que l'hectolitre de coke dont on fait usage dans l'administration, est une mesure fictive, qui doit toujours représenter un poids exact de 35 kil. de coke ; en conséquence il nous paraît, que comme c'est en réalité le poids seul qui forme la base du calcul, il est plus simple et plus rigoureux en même temps, de ne faire usage que d'une seule mesure, celle du poids, en abandonnant tout-à-fait celle du volume, qui n'est qu'apparente. C'est ce que nous ferons dorénavant dans tous nos calculs.

CHAHTRB QUATMÈU.

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