‹ Traité des désinfectants et de la désinfectionChapitre 12 sur 138 · CHAPITRE Vlll. — DËSLiriCTion DD SOL · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vlll. — DËSLiriCTion DD SOL

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AKT. U- — ASEiltTdSIEHErtT DES COAHFS DE BATAILLE 779

Paix ArrnoxtiUTir des suistances dé^mtectantes 789

Table des figures 791

Table AirHABerioDE 793

EauTA 790

TRAITÉ

DES DÉSINFECTANTS

ET

La désinfection est la suppression de l'infection. Malheureusement, les acceptions si diverses qu'a subies le mot infection depuis un grand nombre d'années, empêchent de trouver dans cette antithèse d'expression et d'idée la base d*une définition rigoureuse. L'on ne saurait nier, toutefois, que le mot infection implique surtout ridée de souillure, ce qui est conforme à Tétymologie : inficere, souiller. On pourrait donc dire que désinfecter, c'est supprimer la souillure des milieux ou des matières qui peuvent agir d'une manière fâcheuse sur les sens ou sur la santé de Vhomme et des animaux.

Il est en effet difficile de ne pas tenir compte à la fois du sens vulgaire et du sens scientifique qu'on donne habituellement au mot désinfecter. Ce mot relient quelque chose des deux acceptions de son radical : infect^ toute

VaLLW. — DÉSL'VFECTANTS. 1

i NOTIONS PRÉLIMINAIRES.

chose qui a mauvaise odeur; infectieux, qui souille par des principes morbifiques, effluves, miasmes, germes, oontages, parasites, etc. A ce point de vue, désinfection a une signification bien plus étendue qu'infection. Dans le langage médical, Tinfection est une cause et un mode de développement de maladies; on Ta souvent opposée à la contagion, et cependant un mot unique, désinfection, s'emploie pour exprimer la destruction des propriétés à la fois infectieuses et contagieuses de Tair ou d'un foyer. On dit désinfecter les égouts, les fosses de vidanges contenant du sulfhydrate d'ammoniaque, désinfecter un navire en patente brute de fièvre jaune, aussi bien que désinfecter une salle qui a reçu des varioleux ; on dit même désinfecter les habits d'un galeux.

On ne saurait le nier, le mot désinfecter implique : I** une action sur certains principes volatils, sur des émanations dont l'existence matérielle se traduit par des réactions chimiques ou par des propriétés orijanoleptiques ; 2* une action sur des principes morbides de nature mal déterminée, variable ou ne se traduisant le plus souvent que par leurs effets sur l'organisme, germes s[)écifiques ou contages.

Au point de vue scientifique, il y a peut-être quelque inconvénient à introduire dans l'idée de désinfection la suppression des odeurs qui blessent l'odorat. La mauvaise odeur n'est pas nuisible par elle-même ; c'est un épiphénomëne qui ne donne pas nécessairement la mesure des fyopriétés nocives de l'air ou d'une substance quelconque. Le public, étranger à la médecine, a précisément une tendance fâcheuse à» juger de l'insalubrité par la mauvaise odeur ; l'absence de celle-ci lui donne une sécurité trompeuse ; en là masquant par des artifices divers, il croit d'ordinaire avoir fait disparaître tout le danger. Toutefois, il faut éviter ici de violenter le sens ordinaire des mots : une atmosphère qui ne blesse en rien l'odorat peut certainement être

insalubre et engendrer les maladies les plus graves ; mais les odeurs fétides ou désagréables sont un témoin révélateur qui implique la présence de principes nuisibles, île gaz toxiques, ou de matières organiques en décomposition ; il ne faut pas trop en diminuer l'importance aux yeux du public, pour qui, à juste titre, tout ce qui senl mauvais est suspect.

Sans doute, au point de vue de l'hygiène, la desinfection n'est vraiment nécessaire (|ue lorsque les émanations mal odorantes, infectes, sont capables de compi'oinetire la santé des êtres vivants; mais, quoi qu'on en ait dit, il est raie qu'une odeur vraiment infecte blesse longtemps le sens olfactif sans qu'il y ail en même temps quelque danger pour la santé de l'homme. 31. Chevreul, qui a fait de longues études pour s'efforcer de réduire les odeurs à des éléments chimiques saisissabics, croit pouvoir les ntltacher à l'ammoniaque, à l'acide butyrique, caproïque, etc., toutes substances qui sont pour la plupart de véritables poisons pour l'organisme. On peut dire avec raison que toute mauvaise odeur rend la désinfection nécessaire; mais il n'en suit nullement que la désinfection soit inutile quand il n'existe aucune émanation appréciable par l'odorat. C'est pour cela qu'il nous est impossible d'accepter la délinition donnée par Littré dans son Dictionnaire de la Utngue française : « Déslifectams, substances qui détruisent chimiquement les mauvaises odeurs. >

La décomposition des matières organiques, la présence des produits de la fermeniation putride, etc. sont certainement une cause très commune de cette souillure des milieux que la désinfection s'efforce de détruire; mais il est impossible de limiter à cet ordre de causes l'action des désinfectants. C'est aussi ce qui nous empêche d'accepter la définition de Fleury qui, dans son Couru d'hijyiène, a longuement discuté la signification qu'il fallait attribuer k ce mot. < La ventilation et la désinfection, dit-il, sont les

moyens que Ton met en usage pour prévenir et pour neutraliser les émanations animales putrides. » Dans tout le chapitre, il n*est question que de ces émanations putrides; pour lui, la désinfection semble ne pas s'appliquer aux germes morbides, il paraît oublier que la désinfection, comprise dans ce dernier sens, est mentionnée à chaque page de nos règlements sanitaires et des prescriptions quarantenaires. Aussi, sommes-nous étonné de voir encore M. Rabuteau(l) définir les désinfectants : « Lesagents qui détruisent les mauvaises odeurs développées pendant la fermentation putride; » il est vrai qu'il ajoute : c ou produites par une autre cause. »

A ces définitions trop limitées, nous préférerions celle de Tardien (2) : c On donne le nom de désinfection à Topération à Faide de laquelle on cherche à détruire les qualités nuisibles de l'air. > Mais à quelle limite s'arrêter? L'extrême sécheresse, l'extrême chaleur, le refroidissement excessif, sont assurément d^s qualités nuisibles de Vair; il est impossible de faire rentrer dans la désinfection la suppression de ces conditions fâcheuses. En outre, la désinfection ne s'applique pas seulement à l'air : on désinfecte les plaies aussi bien pour empêcher la souillure de l'air, que pour prévenir la résorption de liquides putrides ; on désinfecte des objets matériels, des vêtements, la literie, les parois intérieures d'un navire; on désinfecte les eaux industrielles, les égouts, les selles d'un cholérique, etc.

Tandis que les uns limitent la désinfection aux émanations putrides, que les autres retendent à tout ce qui peut nuire, Parkes (3) au contraire la restreint exclusivement à ce qui empêche l'extension des maladies infectio-conta-

(l)Rabutcau, Manuel de thérapeutique; désinfectants.

(2) A. Tuidicu, Dictionnaire d'hygiène publique et de salubrité, S* édilion, 18(>2 ; t. I, p. 688.

(3) Parkoi, A JUanual of practical hygiène, 5« édition by F, do Chaumont, LondoD, J. et A. GhurchiU, 1878 , p. 508.

gieuses, en détruisant leurs poisons spéciriques. Dans son Traité d'hygiène, la désinfeclion ne s'applique qu'aux coulages, aux virus, aux germes morbides, aux parasites; à la rigueur il y rattacherait ia destruction des enlozoaires, les leeniruges, etc. Le terme général de purificateurs de l'air eut donné par lui aux agents, quels qu'ils soient, qui peuvent nettoyer (to cleanse) l'air, et la désinfection n'est qu'une forme particulière de cette purification. Le traitement hygiénique des égouts, des vidanges, etc., rentre dans l'étude des air purifiers, non pas dans celle des désinfectants. A tout médecin français, cette conception paraîtra arbitraire et trop restreinte : dans noli'e pays au moins, le désaccord serait trop grand entre le langage courant, l'acception usuelle, et une acception scientifique aussi rigoureuse; nous n'oserions affirmer qu'il en soit ainsi dans la langue anglaise.

Nous disions en commençant que, grammaticalement, désinfection était la suppression de l'infection; on voit que Parkes n'a pas reculé devant cette donnée, et qu'il a pris pour point de départ le sens moderne, spécial, très limité du mot infection. Nous sommes bien loin de l'époque où Rocheux (Dictionttaire de médecine, 1823 et 1835) concluait, avec Arejula. que > les fumigations désinfectantes étaient sinon nuisibles, tout au moins inutiles contre les maladies infectieuses >.

Chalvet (1), dans le mémoire que l'Académie de médecine a couronné en 1863, a donné une définition qui nous parait très complète, et qui serait irréprochable si elle n'était trop longue et trop compliquée ; elle s'applique, il est vrai, plutôt aux désinfectants qu'à la désinfeclion : ■ Un « corps est dit désinfectant, lorsqu'il possède la pro- « priété d'enlever à l'air ou â une matière quelconque,

(t) Clialvct. Dti déiinfeclanîi et dt leurt applùatiom à ia thérapeuliqut et à Chggiiiti. {Èlémoira dt FAeadémU de médecine, 1863, tomo XXVI, p. i13.)

Dans les Fastes où Ovide décrit, parmi beaucoup de choses, les cérémonies religieuses et les coutumes domestiques, il dit : livre IV, vers 135 :

Pastor, oves saturas ad prima crepuscula lustra ; Cœrulei fiant vivo de sulphure fumi ; Tacta que fumanti sulphure balet ovis.

€ Berger, répands Teau lustrale sur tes brebis repues;... que le soufre vierge jette une flamme azurée; que la fumée arrivant jusqu'à la brebis, provoque ses bêlements. »

L'emploi des antiseptiques dans les embaumements remonte aux temps les plus reculés de l'histoire ; Tusage du goudron, des résines, de la poix, s'est transmis d'âge en âge jusqu'à une époque récente. Parmi les produits de la distillation du bois, employés par les Égyptiens pour la préparation de leurs momies, se trouvaient l'acide pyroligneux, la créosote, dont l'action antiseptique est très énergique. Pline raconte que les embaumeurs égyptiens faisaient usage des produits de la distillation du goudron; la substance désignée par eux sous le nom de maatkaio^ huile de poix, représente sans doute nos huiles lourdes de goudron, Tanthracène, le chrysène, le pyrène, des chimistes modernes, et aussi l'acide phénique.

Pendant la peste d'Athènes, le médecin Acron se rendit célèbre en faisant allumer de grands feux au milieu des places publiques et dans les rues remplies de cadavres. Au dire de Plutarque, on attribua à ce moyen le mérite d'avoir purifié la ville et d'avoir arrêté l'épidémie.

Tout le monde connaît les mesures sévères et parfois étranges de purification que la loi mosaïque inspirait aux Hébreux .

Les grandes épidémies qui ont fait tant de ravages au moyen âge et jusqu'aux premiers siècles de l'ère moderne , la terreur qu'inspiraient des maladies contagieuses ou réputées telles, la peste, la lèpre, et tant de ces épidémies disparues dont Anglada nous a retracé l'histoire,

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