‹ Traité des désinfectants et de la désinfectionChapitre 13 sur 138 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

conduisirent à des pratiques de désinfection et de quarantaines qui se sont perpétuées dans nos lazarets jusqu'à la fin du xviu* siècle, comme les vestiges attardés et ridicules d'une civilisation barbare. A cette époque, les idées théoriques sur les esprits animaux, sur l'iatroctiimie, dirigeaient seules le choix et l'invention des agents réputés désinfectants ; c'est le règne des préjugés les plus grossiers, de l'empirisme le plus aveugle; c'est le chaos.

Pringle, l'illustre auteur des Observations sur les mahdies des armées, est un des premiers qui aient introduit l'expérimentation directe et méthodique dans l'élude des désinfectants. Dans son Mémoire sur les substances septiqueset a'ttiseptiques, lu en 1150, au milieu d'idées doctrinaires qui ne sont plus acceptables, on trouve 48 expériences, dont plusieurs peuvent encore aujourd'hui erre considérées comme très correctes. Il plaçait des morceaux de viande fraîche en contact avec des doses variées des substances en expérience, dans des flacons bouchés et soumis il l'étuvc, et notait jusqu'à quel moment la putréfaction était retardée. Il prit pour point de départ et de comparaison, pour unité, l'action antiseplîque de 60 grains de sel marin sur â grammes de viande de bœuf plongée dans 2 onces d'eau de citerne, maintenue à 38' centigrades ; le mélange se maintint en bon état, sans odeur de corruption, pendant plus de trente heures. Pringle a résumé ses expériences dans le tableau suivant, que nous avons complété en y joignant les résultats indiqués dans les autres chapitres de son mémoire.

Table de* eerlut relative» dei lei* pour ritùter à ta putréfaction :

S«I mftria I

Tartre vilriolé. . ■ ■

Esprit de Hindcrerui (A ce laia d'ammoniaque liquide), t

S«l diurétique (acélate de poLasse) . \

Tartre vilriolfl

(1) Pringle, Obitrsationt mr lei maUuliet du arméei, etc., édition Périer, 1S63, p. 144.

iO NOTIONS PRÉLIMINAIRES.

Sel ammoniac i ^ 3

Nilr« . , )

Sel de corne de cerf > 4

Sel d'absinthe (sous-carbonate do potasse) )

Borax 12à20elplus.

Sol de succin (acide succinique) 20

Alun 30

Myrrhe j ^

Alocs, assa fœtida, cachou |

Fleurs de camonille * ) .«^

Serpentaire de Virginie )

Camphre 60 à 300.

L'on trouve dans ce mémoire de curieuses observations, qu'il serait intéressant de contrôler. Les fleurs de camomille, soit en infusion, soit en poudre, sont pour Pringle un puissant antiseptique. En saupoudrant des tranches de viande fraîche avec de la poudre de quinquina, de serpentaire de Virginie, ou de camomille, il trouva que la putréfaction était retardée dans Tordre ci-dessus ; la camomille surtout rendait la viande sèche, dure, en apparence incorruptible, bien qu'on fût en plein été. Il faut sans doute faire la part de la forme pulvérulente qui favorisait la dessiccation ; cependant le même effet se produisit avec Tinfusion de camomille qui empêchait la putréfaction de la viande ou du jaune d'œuf(Exp. VII et XVII). Bien plus un morceau de viande en pleine putréfaction, qui était devenu mollasse et gonflé de gaz, perdit toute fétidité, resta frais et garda sa contexture ferme pendant plus d'un an, dans une infusion de fleurs de camomille (Obs. Xlll). Voilà un fait qu'il serait intéressant d'examiner de nouveau.

C'est de la création de la chimie moderne, c'est des dernières années du xviii* siècle, que datent les premiers travaux sérieux sur les désinfectants proprement dits. A l'empirisme encore grossier, aux théories humorales, à l'alchimie, succèdent les grandes découvertes de Priestley, de Lavoisier, de Scheele, de Gay-Lussac, etc., faisant connaître la véritable nature de l'oxygène, de l'eau, de l'air, du chlore, etc. A cette époque se rattachent les travaux de

HISTURIQUE. If

Carmichael Smitti , Guyton-Mopveau , Fourcroy, Hallé, Cruikshank, sur les ruminations d'acide nitreux, d'acide chîorhydrique, de chlore, etc. Mais on n'appréciait encore la valeur dos désinreclâitls que par leur action sur les émanations odorantes ; on connaissait trop mal la distinction entre les gaz de la putréfaction, les miasmes et les virus, pour distinguer les manières différentes d'agir des désinfectants: Cette étude est toute moderne : elle a été la conséquence des progrès n'enlisés en pathologie générale, en physiologie pathologique, en pathologie comparée. Il ne faut donc pas s'étonner si elle n'a commencé qu'en ces dernières années. Renault d'Alfori (1) est entré l'un des premiers dans cette voie : étant reconnu (pie certaines maladies donnent des produits inoculables qui reproduisent presque certainement l'affection primitive, Kenault a soumis ces liquides virulents à l'action des agents réputés désinfectants, il les a ensuite inoculés, et le résultat obtenu indiquait la valeur réelle du désinfectant. Baxter (2), l)avaine (3), Stcrnberg (4), en ces quinze dernières années, ont soumis à ce contrôle un grand nombre <le substances, et nous ont fourni une base scientifique pour l'appréciation et le classement de ces médicaments. Malgré les progrès accomplis, la question n'est qu'ébauchée : nous sonnncs encore ignorants ou incertains sur la valeur réelle d'agents

(1) JVuuPtou âielionnaire it mtdetine tt de chirurgie Boulry et Rcjnal. — Driinftelton pnr Rrjn:!!.

(i) Baxicr, R'porî on an ejperimtHtal iludg of t«rlain diiUftctanli (appcndicfl lo Ihï Rtparl of Iht médical offieer of (ht Pring Coniicit, tS16, T. VI, p. ÎKiii tr^i).

(3) Davuino , Retberchtt rtlativtê à i'aetio» de la chaleur tur le riruê charbonneux. {Académie de» leiencet, m srplcmbrc 1873.) — Recherche» rêlalive$ à l'action dei tubilancet atilUepUquei fur le cirui de la IfplieéMie. Ifiat. méd., 18T4.) — Brchtrchei $ut quelguei condilioni qui favoritent ou qui empêtktnt le développement de la lepUcèmie. (.Vrail. do raédccir.K, 18 ffïricr 18711.)

(<) Slcrnbcrg W. , Experimenli detigned lo tell the value of certaine gattuut and volatil diiinfectante, (A'oliottol Buard of hfatlh, Ifaihington 1S80,T. I, Q- » A 37 clfl«u« i-hygiine,imi, p. 810.)

qui jouissent d'une réputation peut-être mal justifiée ; une substance qui neutralise immédiatement tel virus peut être sans action appréciable sur un autre virus. Nosconnaissances sur l'action des désinfectants marchent d'un pas égal avec nos connaissances sur la nature intime des infections, des ferments, des virus, des germes parasitaires, des produits inoculables et transmissibles. Les travaux de Pasteur sur les fermentations ont conduit à la méthode antiseptique, au procédé de Lister, comme aux pansements par occlusion à l'aide de la ouate (A. Guérin), c'est-à-dire à ce que beaucoup considèrent comme l'un des plus grands progrès que la chirurgie ait réalisés depuis un siècle. Les découvertes de Davaine sur la nature du charbon et de la septicémie l'ont conduit à expérimenter l'action des antivirulents.

Nous ne savons ce que l'avenir nous réserve, mais il n'est pas douteux que l'emploi raisonné des désinfectants tend chaque jour à prendre une place plus importante au point de vue de l'hygiène et de la thérapeutique. La désinfection, c'est la prophylaxie, c'est la médecine préventive, c'est la suppression d'une cause incessante d'aggravation des maladies confirmées, et de l'éclosion de maladies nouvelles, c'est par conséquent un progrès qui ne s'arrêtera pas.

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