ART. II.— DÉSINFECTION DES CHAMPS DE BATAILLE
A la suite d'une campagne, les champs de bataille, le voisinage des villes assiégées, les terrains qui ont été le
(1) Léon Colin, Rapport sur les mesures hyiju'niques à conseiller au sujet deCexêeution du canal de Tancarville, Société do méderino publique et d'hygiène professionnelle, scanco du 23 murs IHSi. (Revue d'hi/giêne et di police sanitaire ; avril 1881, p. 300). — Instructions, clc. [Hulletin de t Académie de médecine, 15 nov. 1881, p. 1377-1407). — Drouineaa, Conditiotu sanitaires des ouvriers de^ grands cliantiers. (1881, broch. in-8*i cl Revue d'hygiène, lH8l, p. 498.). — Consulter aussi roxcellont chapitre Sol des Nouveaux élémsnts d'hygiène, da Jules Arnould, 1881, p. 14 à 191).
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4» ^MuUfelv it iio :k>uâ (.-^ (MU permis (1« passer pnc ic w ^M^ ^<**>» iKHifi \ am-(ier.
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CHAMPS DE BATAlLIf. 181
tard à rattention du laboureur la présence de ces cimetières ; ils protègent ces tristes dépouilles des insultes des animaux immondes ; ils les protègent aussi contre le soc de la charrue qui a parfois mis au jour des corps à demi consumés et donné issue, en déchirant la terre, à des flots de gaz pestilentiels. Les cadavres d'animaux sont d'ordinaire enfouis dans le sol avec plus de négligence encore, et souvent c'est à peine sji une couche de terre de quelques centimètres en recouvre les parties saillantes.
Lorsqu'un champ de bataille a ainsi servi de sépulture à plusieurs milliers d'hommes et a un nombre considérable d'animaux de grande taille, il devient nécessaire de prendre des mesures pour désinfecter le sol et empèclier la souillure de l'air et des cours d'eau du voisinage. Le meilleur exemple des tentatives de désinfection faites dans des conditions semblables, est celui des champs de bataille de Sedan et de Balan où plus de :20,000 cadavres de soldats français et allemands avaient été rapidement ensevelis. Le danger était évident, menaçant. Un Comité pour Vassainissemenl des champs de bataille se forma en Belgique, sous la présidence du prince Orloff, et une commission dont faisaient partie MM. Guillery et Créleur se rendit vers le milieu du mois de mars 1811 à Sedan et à Balan, pour procéder aux premières tentatives de désinfection.
M. L. Créteur (!) nous a donné le récit intéressant des opérations auxquelles il a présidé.
On enlevait la couche superficielle de terre et l'on s'arrêtait quand on apercevait la teinte noirâtre et sulfureuse qui annonce le voisinage des cadavres ; on arrosait la surface avec une solution d'acide phénique impur, et Ton découvrait le cadavre. Celui-ci était saupoudré d'une couche mince de chlorure de chaux, aspergé d'acide
(1) L. Crétaur, Vhygiène tur let champs de bataillet BruxeUes, 1811, et Congrès d*hygien« d« Bruxelles, 1876, T. II, p. 323.
■,H, I)£st?tFECTl(M PU S
nitrique, et l'on vcrsaii sar In tosM noe gnade^wiitiii it goudron de Imuille ; 3 tonneaox suffisaient f^Mir lei fcww contenant 30 à 40 cadavres ; on l-d n^pandail 5 à 6 dus les trniK'hécs où 2»0 A 300 corps avaient pa tronvo' pbcc Le mi^langc de rhloiiiru d« diaux et d'acide phéo^iiB d(yR8gpait dans l'atmosphère ie. grandes quantii& de rblon. On n^pandair h la mirracc des corps <itn>i mis -^ na de* hranrhagcd, de la piiillfl, qtt'on iiabibail de pétrole: 3 Atnit alorH trè» facilp dVnrtatnmpj* leconteno de b kme <iui se transformait bienlùl en brancr. 1) se déga^cMÎt une hmAa &pnid8'], tellement acre que les mains et tt 6gm dcH trnvaillourH su couvrirent de vésicule* el que le* insi^ctcfl tombaient morts sur le sol. La chaleur Alait i^ []Uti la terre déplacée était crevasi^ h one assez gnade distance des fosses.
\u bout de deux heures, lo contenu de etUtB-ti s'tHait considérablement affaissé et réduit «ni 8/4 du volume primitif ; on ne voyait plus que des oascnvitlJ! t*\ciné» recouverts de résine concrèle et nnire. Les »em» enlevée» furent rcjetées dans In fosse, el leialds d^maU
feetion des champs de bataille do cette région. Une petite année de soldats du génie et d'ouvriers fut mise à la disposition de la commission, et au mois de mai 1811, le nombre des travailleurs ne s'élevait pas à moins de 1,200 à 1,500 par jour. Tous les débris trouvés dans les lieux de campement furent brûlés ou enfouis ; les fosses contenant des débris ou résidus organiques furent comblées avec de la chaux éteinte, surmontées de 50 centimètres de terre etphistard ensemencées avec du chanvre.
Les tertres dressés au-dessus des tranchées qui avaient servi à la sépulture des hommes ou à Tenfouisscment des animaux , furent généralement exhaussés de plusieurs pieds à l'aide de terre empruntée au voisinage, et semés de gazon. Dans certains cas, on creusait une fosse profonde immédiatement au voisinage de la tranchée primitive; pendant le travail, la terre souillée par les infiltrations était désinfectée à Taide de chaux vive, de chlorure de cliaax, d'acide phéniquo, d'huile lourde de houille et de goudron ; Ton enlevait ensuite les couches les plus superficielles des cadavres inhumés, et on les portait dans la fosse ainsi creusée, au fond do laquelle on avait répandu une couche de chaux et d'acide phénique (1).
C'est à peu près la même méthode que le Comité consultatif d'hygiène publique de France (2) conseilla au ministre de l'agriculture et du commerce, dans un rapport rédigé par A. Latour et adopté par le Comité le 20 mars 1811. Le ministre avait demandé son avis sur les mesures à prendre, en vue de préserver la santé publique des dangers qui pourraient résulter de l'inhumation, à une
(1) Bericht ùber die Désinfections Arbeitung in der Umgebung von Metz, erstaUcl von D' D'Arrcsl uu<l D"^ Bodc, (Happort manuscrit rominuni«iuo à W. Wolh, Handbuch der mititar-Gesitndheitspflege, 1872, T. I, p. 548.)
{i) Assainissement des champs de bataille. Rapport au nom d'une commission composée du MM. Bus»y, Fauvel, Michel Lévy, Bouloy, Hoynaud, et Amôdce Latour, rapporteur. {Gaiette hebdomadaire, 1871,
tu DÉSINFECTION DU SOL.',
profondeur insuRisante, des cadavres des coml: dans la dernière guerre sur plusieurs champs de '. autour de Paris et dans les départements.
Le Comité pensa qu'il fallait rejeter absolumen de l'exhumation immédiate d'un aussi grand nom cadavres en partie déjà décomposés. Il conseilla d' à l'aide de terre rapportée, des tumulus de 40 à 5( mètres seulement au-dessus de la fosse, et de le: mencer avec des graines de plantes A végétation et épuisantes. Ce moyen permettrait d'attendre prochain, pour procéder aux exhumations qui pou alors paraître indispensables.
II était arrivé fréquemment autour de Paris, ; époque malheureuse, que des corps isolés eussent < humés rapidement, aune profondeur insuffisnnte, d jardins, les enclos particuliers, où étaient toii)b combattants. Il dcvenaitdiflicile d'exiger des propi'u la servitude de plusieurs tumuli analogues à ceux < vient d'être question. Le Comité pensa qu'il y ava alors de prendre les mesures suivantes :
> Creuser puraM^kment & U Imso qui rt.'iiferDic le cadavrr, c prËs que pn^iible J'cllo, u:i' foise (4f Im, ûO à j isètr s de pro dimension presrrile par la dscrci du i3 prairial ou \ll enlever I do terre recouvrant le cadavre, répandre lar Cfllui-ci une quant, ■aolc dt chlorure de ctiaux pour le déainfecier, puii le faire flis U fosse nouvel lemenl rreusi^c, et placer le cadavre sur un lit d TÎïo dont il sera recouvert avanl do le couvrir de terre. •
Le ministre avait demandé s'il ne conviendrait i chei'clier d'autres garanties dans l'emploi sur pie certains agents chimiques et dans la mise en cultui une zone déterminée, des terrains les plus rapproch points d'enfouissement. Le Comité répondit que Vi des moyens chimiques exigerait le déterrement, l'exhumation des cadavres, si l'on voulait être sûi teindre les corps placés à une assez grande profoi que cette opération était inutile et dangereuse, et
très dispendieuse. Les agents chimiques pourraient d* ailleurs s'opposer à la culture et faire perdre le bénéfice de celle-ci :
« Lo Comité ne croit devoir conseiller l'emploi d^ancun agent chimique ou désinfectant, préalablement à rélévation du tumulus, car ces agents 8*opposoraient à la germination et au développement des graines ensemencées, alors que le Comité place, au contraire, toute sa confiance dans les phénomènes de la végétation comme moyen d'absorption rapide des produits de la décomposition putride. Il conseille même de diminuer considérablement l'élévation du tumulus, afin que cette absorption par les plantes soit prompte et sûre ; ces plantes doivent d'ailleurs être choisies parmi celles dont l'affinité pour les matières azotées est le mieux démonlrce. »
Sans méconnaître que l'élévation trop grande des tertres qui recouvrent les fosses empêche les végétaux qu'on y cultive de faire sentir leur action épuisante sur les corps placés profondément, il ne faut pas oublier que la transformation d'une aussi énorme quantité de matières azotées exige un temps très long, et qu'une couche épaisse de terre constitue la meilleure protection contre les émanations méphitiques. On pourrait, d'ailleurs, semer sur le tumulus des plantes ou des arbustes dont les racines pénétrent assez loin dans le sol; l'hélianthus annuus, par exemple, le houblon, pourraient être associés au ray-grass ou à la luzerne.
Pour prévenir l'infection des champs de bataille par les cadavres, on a proposé de détruire ceux-ci par le feu, non seulement pour remédier aux conséquences d'une inhumation mal faite, mais pour la remplacer. Ici, il faut se méfier de tout entraînement et de toute exagération. En principe, il nous parait désirable que la crémation des cadavres s'introduise dans nos mœurs, et les opérations auxquelles nous avons assisté à Milan (1) nous font penser qu'il n'est pas impossible d'arriver à surmonter des pré-
(1) E. Vallin, Une séance de crémation à Milan (Revue fF hygiène et de police ianitaire, 1880, p. 854.)
VaLLIIC. — DÉSCfFECTANTS. RO
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TtafeM M ààB T^uirnAnceâ légitimes. Mais, ce qo'oa pctu Ikw* Ain» un appnreil h demeara, tnginieuscDKni oui- «^tw^ ^Mv^ l« Cn-iHulorinm il'uDe grande ville, sur an smI MtLixK. u>»i en rion comparable avec les difliculit'^ ^'<MR T«*coMn; kv^iu'it s'a{(it do détruire par )e fvu. <mi ^•ikiwil JMTs. t''<i^''urs milliers de corps. CoiQiii'-ni ^■rrt^li»-*""' k tMtubn; considérable d'apparcilâ qui dcwiMii ftUKttanMT ca uMoe temps, aait et jour? o£t troa- *«»-»-«« h cuaibttitible néesssairo ?
Il ■'•«a fm siNaMUibk qu'on songe & dresser des bâcben «• pll<« \«K; \i a« tu» pas se laisser s«duiro par le saa- \vtùe Jk-s k«cu» d'BMDir* M des bàcliers ma^uifitiocâ >fa\Mi ï\>cr\ui fum les nia» M Iss pnoeura des pimplf» : Àr ttikHiM W ûuÛMcan «te It crioutioa eu Italie ont bitm vit. ctt t!Vi^ ^tt A tak pfeK liifficila de briUer le corps ■U n^db Je l.,.:Ltt^)c« & t> proawMds dos Casdne. à Fbtwh.-^. >iw sttf K-s tenais wcaHamie marlKv qui desoen-
)U tufeocuetlK^WL (OoMbieapcopoBA. m iyifi.da &m »av r« W« «raat» ib ftMfioaa erteuioiie» oà dciu soles
Il faut réserver la crémation pour les villes assiégées» pour les armées de siège campées devant une forteresse. Quand des épidémies meurtrières multiplient les décès par maladies infectieuses et transmissibles, les cimetières qu'on improvise dans Tenceinte d'une ville fortifiée deviennent insuffisants et dangereux ; il n'est pas bon que les morts disputent la place aux vivants, ni que les vivants foulent la tombe des morts. Les appareils ou fours crématoires pourraient alors rendre des services ; il est facile de les improviser sur place. Voilà dans quelle mesure la crémation nous parait utilisable pour le champ de bataille ou une armée en campagne.
Les animaux tués par Tennemi ne sont pas une cause moindre de dangers et d'infection de Tair et du sol. En 1814, on détruisit par le feu, sur de longues barres de fer, 4,000 chevaux tués pendant les batailles autour de Paris, et qui jonchaient la plaine. L'opération fut longue, difficile, dura 15 jours, nécessita d'énormes quantités de combustible, et recouvrit pendant plusieurs semaines tout le voisinage d'une fumée épaisse, salissante et infecte. Aujourd'hui, une telle opération se ferait sans doute plus facilement, à l'aide des appareils à incinération que la pratique de la crémation a fait naître. Il nous semble, en effet, que c'est sur les animaux que l'on devrait faire l'expérience des procédés crématoires ; on est sûr de la sorte de ne froisser ni sentiments ni préjugés, et l'on diminuera d'autant les sources d'infection du sol. Il faut espérer, d'ailleurs, qu'il ne s'écoulera pas un trop long temps avant que la viande de cheval n'entre dans la ration aUmentaire du soldat, en temps de paix aussi bien qu'en campagne. € Alors que le soldat épuisé par des marches rapides et un travail excessif, disions-nous au Congrès international d'hygiène de Turin (1), a tant besoin de réparer ses forces
(ti K Vallin, Quels soins faut -il prendre des cadavres sur le champ de bataille, Comple rendu du Congrès d'hygiène de Turin. {Revue d'hygiène et de police sanitairsy 1880, p. 928.)
■m DÉSINFECTION DU SOL.
par une alimentatioD richement animalisée, et qu'il a diflîcile de se procurer des vivres, on ne comprend qu'il abandonne k la putréfaction une masse énorme viande fyaiche, de la viande qui marche, provenant chevaux bien nourris, en excellent état d'entretien et i quelques heures avant, ont été abattus en pleine santé un projectile, de la même manière pour ainsi dire qi animal de boucherie à l'abattoir. Ce n'est pas sur des chers, c'est sur des grils qu'il fiaut porter la chair des ( vaux tués par l'ennemi. >
Nous venons de passer en revue les principales circo tances où la désinfection est nécessaire ; le nombre grand des cas particuliers où l'on doit encore recour de telles opérations. Les principes et les exemples qui [ cèdent traceront par anEdogie la marche à suivre et moyens k employer.