‹ Traité des désinfectants et de la désinfectionChapitre 15 sur 138 · PLAN. J · texte numérisé non relu

PLAN. J

fermentations, la putréfaction, les miasmes, les virus, les contages, etc ; dans certains mémoires mêmes, ces généralités ont pris tant de place, qu'il n'en reste presque plus pour décrire les agents et les procédés de désinfection. De pareilles digressions sont inopiMjrtunes; elles ne rentrent pas nécessairement dans le sujet. La question est d'ailleurs à l'ordre du jour, et il se pourrait que telle page, au courant de la science la plus moderne au moment oîi elle a été écrite, se trouvât très arriérée lorsqu'elle sera imprimée dans ce volume. Donc, tout en appréciant la valeur dos considérations générales sur la nature de l'infection, contenues dans le chapitre du Traité d'hygiène de MM. Roth et Lex (1), ou dans le mémoire couronné de Chalvcl, nous croyons devoir nous abstenir ici de ce préambule un peu trop doctrinaire.

C'est surtout en ce qui concerne la classification des agents désinfectants, que les auteurs se sont donné libre carrière. Le plus souvent,il est facile de voir que certains articles ont été écrits par des chimistes, non par des hygiénistes. Il nous est impossible, par exemple, de suivre le plan adopte par 0. Réveil (2) dans le mémoire qu'il a présenté au concours institué par l'Académie de médecine en 1860 sur U question des désinfectants et de leurs applications à la thérapeutique, et reproduit en partie dans les Arckives de médecine de 1863.

Le but de la désinfection est ainsi défini par 0. Réveil ; i" détruire les odeurs incommodes; 2" rendre aux tissus ht vitalité nécessaire à leur reconstitution et à la cicatrisation; 3° s'opposer à la formation du pus, ou changer le pus de mauvaise nature en pus de bonne nature ; A" surtout et pardessus tout, détruire les miasmes, les émanations, et empêcher qu'ils ne portent autour d'eux leurs ravages.

(1] Rolh und Lt^x, Handbuth dtr nililar-Gnundhfittpflfgt, BrrIiD, lN7i, T. I, p. hOi.

|2) 0. Bévcil, Métaeirt tur Ui diiinftctanU. {Archivtt gêner, dt m<'d. 1863 cl Formubiir» rainniM d«* mcdieamentë noun/aïu. V cilition ma.)

Réveil divise les désinfectants de la façon suivante :

!• Agents physiques : ventilation, soustraction au contact de Tair, élévation ou abaissement de température;

i° Agents inémniques : corps poreux.

3** Agents chimiques purs : ce sont les plus nombreux ;

V Agents mixtes : association de plusieurs moyens ou mélange de plusieurs substances.

Nous oserions dire qu'un tel plan est l'erreur d'ua esprit très distingué ; car rendre la vitalité aux tissus est une tâche obscure et difficile, qui n'a rien à faire avec le but que poursuit la désinfection, etc. Ces distinctions sont beaucoup trop théoriques. La division des désinfectants en métalliques, par ojpidation chimique, absorbants et antiseptiques, adoptée par M. Roussin dans l'article Désinfectants du D/ct/o/<?m/ré? de Jaccoud, est déjà beaucoup meilleure, mais elle e:3t encore un peu chimique.

P. Chalvet dans son mémoire sur les désinfectants y distingue trois classes d'agents : la première classe est la désinfection chimique, la seconde est celle par modification de la vitalité ; la troisième, enfin, est obtenue par des moyens purement physiques. « Cette division, dit-il, nous parait plus pratique. Les désinfectants par modification de la vitalité sont les divers topiques employés pour changer Taspect et le mode de suppuration des plaies , tels que les caustiques, en général, les vésicants, etc. »

11 nous est impossible d'admettre cette troisième catégorie de désinfectants ; ilsemblequ'à cette époque les médecins, — et les pharmaciens — aient obéi à une sorte de mot d'ordre. On croirait qu'un maître, un haut baron de la médecine ou de la chirurgie, comme on disait alors, a exprimé cette opinion, et que tout le monde se soit cru obligé de s*y conformer. Aujourd'hui, plus indépendants, nous ne pouvons y souscrire, et personne ne consentirait plus à ranger les vésicants parmi les désinfectants.

Gubler et Bordier (1) , limilant d'ailleurs leur élude aux antiputrides et aux antifermentescibles, ont adopté une classiflcatiun qui est plus doctrinale que pratique. Ils distinguent les agents qui agissent directement sur le ferment et ceuï qui n'agissent sur ceux-ci qu'indirectement, en modinant les milieux dans lequels ils sont destinés à vivre et à se développer. A. Action sur le ferment: 1° agents coagulants (chaleur, acide pliénique, créosote, tannin, iode, perchlorure de fer, sublime, nitrate d'argent et de mercure, acides azotique, chlorliydrique, alcool, sulfate de fer) ; %" action toxique sur les ferments (soufre, goudron, sulfate dequinine.acide cyanhydrique, acides aromatiques) ; 3" action incrustante sur les germes ou ferments (silicate de soude). B. Action sur les milieux où vit le ferment : 1° agents qui détruisent ou empêchent la production du ferment, en rendant le milieu acide (pernicieux pour les ferments animaux), ou alcalin (nuisible pour les protorganismcs végétaux) ; 2" dessiccation du milieu (privation d'eau, alun calciné, poudres absorbantes) ; 3" substances à grande aflinité pour l'hydrogène (chlore); 4" substances oxydantes (tiypochlorites, phosphores); 5" substances réductrices (sulfites).

Ce plan est ingénieux, assurément, mais il est aussi trop théorique, et n'est pas d'une application facile dans la pratique journalière de la désinfection.

Kletzinsk y distingue les désinfectants en deux citasses: 1° ceux qui détruisent les miasmes, — a, par oxydation: térébène, chlore, oz,i)ne, hijpochloriles, fumigations de nitrate de potasse, liif permanganates alcalins, etc.; —

b, par absorption : corps poreux, charbon, terre sèche —

c, par précipitation : sulfates et chlorures métalliques, acide sulfureux, etc. â" ceux qui détruisent les contages; — d, lavage, froid, chaleur; — e, par coagulation de l'al-

(1) Gubler ot Bordier, Dti tabilanca antipnlridtt et antifertniAUieibit*. (A«U«fin de IhcTaptuliqut, 1BT3. T. Si*, p. i>5.)

i6 NOTIONS PRÉLIMINAIRES.

bumine des ferments: alcooly créosote, acide phéniqtte. sublimé, arsenic ; — /*, par destruction chimique des cellules : lessives alcalines, acides fortement oxydants,

gf, par soustraction de Teau : carbonisation par Vacide

sulfurique, par le feu.

Nous voyons trop, dans ce groupement ingénieux , la part faite à la théorie , pas assez celle qui doit être réservée à la commodité de l'application.

Hoffmann estentrédans une meilleure voie^en distinguant parmi lés désinfectants : les agents fixateurs, antiseptiques, oxydants. On voit qu'il s'est placé au point de vue du buta atteindre, et sous des désignations qui sont encore un peu trop chimiques, on reconnaît que sa classification est aujourd'hui même Tune des plus acceptables. C'est toutefois encore le chimiste qui prédomine.

Dans une conférence, d'ailleurs très riche de faits, donnée par M. Jeanuel (i),en 1810, à l'École d'application de l'artillerie et du génie, dans Metz assiégée par l'armée allemande, M. Jeannel divise ainsi les désinfectants : 1" agents comburants, qui détruisent les gaz fétides ou les miasmes en les brûlant par l'oxygène : ozone, air atmosphérique, permanganate de potasse, acide hypoazotique ; 2** déshydrogénants : chlore, hypochlorites, iode, brome; 3** désoxydants : acide sulfureux, sulfites, hyposulfites ; 4* désulfurants et coagulants des matières protéiques : chaux, sels d'albumine, sels de fer (sulfate, persulfate, perchlorure), sels de zinc (sulfate, chlorure, etc. ; b'* agents antiseptiques, qui détruisent ou paralysent les germes des fermentations : acides phénique et thymique , créosote, goudron de bois, goudron de houille ou coaltar, suie de cheminée; chloroforme, éther, sulfure de carbone, carbures

(1) Jeanne!, Conférence iur lee désinfectante, faite à V École d'application du génie et de Vartillerie de Metz, le 24 septembre 1870. (Union médicale, 14 septembre 1871.

d'hydrogène liquides, acide cyanhydrique, essence d'amandes amèrea, essence de laurier cerise; 6* agents absorbants : charbon animal.

On ne peut méconnaître que M. Jeannel a formé de la sorte certains groupements qui séduisent au premier abord ; ces groupes sont naturels ; en effet, ils rapprochent des choses comparables , mais comparables seulement au point de vue de ta théorie chimique. Il importe au contraire assez peu à l'hygiéniste de savoir que le brome désinfecte en enlevant de l'hydrogène, l'acide sulfureux en enlevant de l'oxygène, l'acide hypoazotique ou les permanganates en apportant de l'oxygène; ce qui lui importe, c'est de ne pas confondre le sulfate de fer, qui absorbe simplement les produits sulfurés au fur et à mesure qu'ils se dégagent, avec l'acide sulfureux qui détruit radicalement toute vie et toute virulence dans les milieux suspects.

A. Wernich {^}, dans son livre très récent sur la désinfection, s'est placé presque exclusivement au point de vue de l'hypothèse <les microbes comme agents de l'infection, et plus de la moitié de son traité (p. 1 à 153) est employée à démontrer la réalité de la doctrine parasitaire. Dans la seconde partie, consacrée aux applications pratiques de la désinfection, il adopte la division suivante qui est la conséquence naturelle de sa conception théorique: A. destruction de l'agent morbide (contrôle par la méthode bactérioscopique); B, rédintégration ou purification des objets tnate'riels souillés par les germes morbides (instruments de chirurgie, d'exploration, linge ou vêtements des malades) ; désinfection par la chaleur : purification de l'air, du sol, des navires, des voitures, souillés par les malades; purification des marchandises, des voyageurs, désinfection dans les quarantaines; C. prophylaxie méthodique ; interception par des moyens mécaniques de toute

(I) Wcmich, Grundriu cicr DeiUfecliontlthrt tum praclûthtn G*brauth. Wii'Q 1880, 1 vol. iii-8- ilv ï.'iS pages.

Valli:(. — DE9i:trECTA:(TS. t

18 NOTIONS PRi;XIMlNAIRE^.

communication entre le sujet exposé et les matières suspectes; méthode antiseptique; immunité acquise; isolement.

L'on voit que l'auteur a traité bien plus des moyens de préservation contre les germes parasitaires, que de la désinfection et des désinfectants. Le chapitre A contient des recherches intéressantes,* mais il est impossible d'adopter un plan qui repose sur une conception aussi théarique.

Nous avons déjà dit que la division adoptée par Parkes dans son Traité (Chygiène, est peut-être rigoureusement scientifique, mais qu'elle s'éloigne trop de Tacception ordinaire donnée dans notre langue au mot désinfectant. Parkes étudie, sous ce dernier nom, exclusivement les antivirulents, les agents neutralisateurs des virus, et dans une autre partie de son livre, sous le nom de purificateurs de Vair, de Veau, il passe en revue tous les moyens capables d'assurer c^tte purification. Ces chapitres, ou pour mieux dire ces paragraphes, sont excellents ; mais ils sont disséminés çà et là dans l'ouvrage, et au point de vue pratique, il est malaisé de les consulter.

Dans l'article très court et très élémentaire du grand Traité d'Hygiène dirigé par le docteur Buck (1), à New- York , M. Elwyn Waller n'a point cherché à suivre un plan méthodique ; il se contente de dire quelques mots sur chacun des désinfectants les plus habituellement employés.

Le plan adopté par MM. Roth et Lex, dans leur Traité d'hygiène militaire, nous parait déjà beaucoup meilleur.

Après des généralités trop étendues sur la putréfaction, es fermentations, les germes morbides, virus proprement dits et parasites, les contages, les épidémies, après un essai théorique de classement des désinfectants, les auteurs entrent dans le vif du sujet, ils en répartissent Tétude

(0 Elwyn Waller, Z>/«m/'eclan<<, io Ihc A. H. Back'i TreatUe on hygiène and pub'ic health^ 1879, 2 vol. in-8-. — T. 2, p. 545 à 5(>9.

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