CHAPITRE II
ABSORBANTS, DÉSODORANTS.
La décomposition de la matière organique se traduit surtout par la formation de principes vnliitils ou de gaz qui se dégagent dans l'air et se dissolvent dans l'eau. Ces gaz ont le plus souvent une odeur infecte qui nous révèle l'existenco des matières en décomposition, et c'est déjà contribuer pour une part sérieuse à la désinfection, que de faire disparaître ces oiieurs nauséabondes.
Un certain nombre de corps et de composés chimiques ont la propriété de fixer d'une façon plus ou moins intime la plupart de ces gaz, tantôt par une comhinaison véritable, tantôt par une propriété physique, la porosité.
Il existe donc des corps qui méritent à la fois le nom d'absorbants et celui de désodorants ; après l'action de ces corps, l'atmosphère ne cesse [ws complètement d'être souillée; l'odeur a disparu, mais les produits malsains ou dangereux ne sont pas tous définitivement détruits; certains gaz, ou à la rigueur certains principes volatils sont simplement retenus, fixés provisoirement, emprisonnés dans les porosités des agents dits absorbants. Pour le public qui s'arrête à l'apparence et qui attache une importance excessive à l'odeur, la désinfection parait complète : pour l'hygiéniste, elle n'est réelleque si les gaz, les miasmes, les virus, les protorganismes que l'air pouvait contenir ont été détruits, s'iLs ont perdu à ]a fois leurs propriétés chimiques et leurs propriétés biologiques.
Pour ne venir qu'au second plan, la désodorisation n'en est pas moins une ressource précieuse, un complément ïd»
3i ABSORBANTS, DÉSODORANTS.
dispensable, d*autant plus que Tatmosphëre d*une localité peut, à la rigueur, être plus nauséabonde que dangereuse, parce qu'elle ne contient pas de principes morbifiques spécifiques. La souillure de Tair par des déjections récentes provenant d'un individu sain n*estrelle pas plus incommode que dangereuse? L'absorption de Thydrogène sulfuré, de Tammoniaque, etc., est facile; celle des produits moins volatils, du scatol, par exemple est plus mal aisée ; il existe sans doute enfln certains principes mal définis qui sont tout à fait réfractaires à l'absorption ; c'est ce qui fait le danger des milieux qu'on s'est contenté simplement de désodoriser.
Les premières expérimentations de Barker (i) sur la valeur des désodorisants étaient un peu primitives. Il prenait du lait, du sang corrompu, des débris intestinaux infects, et les mélangeait avec de la sciure de bois imbibée de divers agents réputés désinfectants, afin de rechercher quels étaient ceux de ces agents qui produisaient le mieux la désodorisation. Ceux qui firent le plus rapidement disparaître la mauvaise odeur furent : le vinaigre de bois, la solution d'acide sulfureux, la teinture d'iode, la térébenthine ; ceux qui diminuèrent seulement l'odeur furent : l'alcool, l'eau chlorée, le permanganate de potasse, le chlorure de soude, les sulfates de fer et de cuivre ; d'autres enfin, même après vingt-quatre heures de contact, n'avaient que faiblement diminué l'odeur : l'eau oxygénée, l'ammoniaque liquide, le sulfate de magnésie, le nitrate de plomb et de potasse, l'alun, etc.
II faut bien reconnaître que ces indications nous renseignent assez mal ; certains résultats nous semblent d'ailleurs difficilement explicables. Il est nécessaire de faire des divisions, et la classification fondée sur les agents pAy-
(1) Barkor, On desodoritalion and ditinfeetion. (Bristish médical jour^ jial, 1866 )
GHAKBON. sa
siques ou chimiquei qui font disparaître l'odeur, nous parait la meilleure.
ARTICLE I". — ABSORBANTS PBT8IQ0E8.
Charbon. — La faculté d'absorption du charbon est en rapport avec sa porosité ; les gaz se logent dans les pores, comme l'eau se loge dans les vacuoles d'une éponge. Le diamètre moyen des pores du charbon de bois est, d'après Hitschcrlich, d'environ un centième de millimètre; la sur- Ëice totale des cellules, dans un morceau pesant un gramme, sérail de 8 mètres carrés, et un centimètre carré de charbon représenterait une surface totale de i"",3Q^'. Le tableau suivant indique combien de volumes de gaz I volume de charbon peut absorber, à la pression et à la température ordinaires ; cette quantité varie singulièrement pour des gaz différents :
Un volume de charbon peut absorb«r 90 Tolumes de g" ammoniac.
— 65 — lie gai acide sulfureni,
— SS — iluiiazaeidL'Suiniyrique
— 35 — [la ^»z :ir decarbooiqua
— 35 — di- gaihyilr.bicarbonc.