‹ Traité des désinfectants et de la désinfectionChapitre 22 sur 138 · Ï5 - .l-i.i)g^ne · texte numérisé non relu

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La faculté absorbante du charbon porte à la fois sur la vapeur d'eau et sur les gaz ; c'est ce qui explique avec quelle rapidité le charbon de bois, récemment éteint, augmente de poids et perd sa capacité pour les gaz.

Eulenbcrg et Vohl (1), dans leurs recherches sur l'action désinfectante du charbon, sont arrivés à cette conclusion : ■ Les charbons poreux (ceux de bois, de tourbe, de coke) absorbent énergiquement l'oxyde de carbone, l'acide sulfureux, l'hydrogène sulfuré, le sulfliydrated'am-

(I) Eulcnberg ei Vohl. Die Kohte ali Deiinfectiontmiltfl und AtHdol. {Vifrtetjahrttdirift far gtriehtUehe und offtnllieKt Meiicin», juillet 18T0.)

VALLIK. — DËSIKFECTiklITl. 3

moniaque, etc. Ces composés s'oxydent aussitôt après leur absorption par le charbon . L*hydrogène sulfuré se transforme en acide sulfureux et celui-ci en acide sulfurique, l'ammoniaque en nitrate d'ammoniaque . La plupart des matières odorantes sont détruites par l'oxydation. Les charbons les plus désodorants sont ceux de bois légers, de tourbe légère, dont les cendres contiennent du gypse et des carbonates terreux. Les mélanges de chaux, de magnésie et de charbon, fixent l'ammoniaque et l'acide phosphorique des excréments . >

Letheby a analysé les filtres au charbon, placés audessous des bouches d'égouts à Londres, et destinés à filtrer l'air de l'égout avant de le laisser s'échapper sur la voie publique. Il a trouvé dans ces filtres une quantité assez notable de composés ammoniacaux, qui lui semblent provenir de l'oxydation de l'azote contenu dans les particules de matière en décomposition, arrêtées par le filtre.

Sepys a trouvé qu'en 7 jours :

Le charbon do sapin augmonto en poids de 13,0 pour 100.

— do hélro — 16,3 —

— do chèno — 16,5 —

— d*acajou — 18,0 —

C'est l'humidité surtout qui cause cette augmentation rapide de poids, laquelle, de ce fait, atteint d'ordinaire de 8 à 12 pour 100.

Le charbon absorbe donc d'autant plus qu'il a été plus récemment éteint. Hubbart, de New-York, qui, l'un des premiers, a appliqué le pouvoir absorbant du charbon aux besoins de l'hygiène, purifiait avec du charbon encore enflammé certaines mines et puits, où l'air était rendu irrespirable par l'acide carbonique et autres gaz dangereux. On faisait descendre à plusieurs reprises au fond de l'excavation, des fourneaux de braise bien allumée : le charbon s'éteignait, en absorbant au bout de plusieurs heures la plus grande partie des gaz suspects. Il est évident qu'une

pareille pratique serait extrêmement dangereuse dans tous les cas où la présence de j^az inflammables et détonnants est à craindre. Ce procédé doit être complètement distingué de celui où on allume des feux pour établir des courants d'air et déplacer les gaz nuisibles, par la différence de densité des zones chaufTées. Il va de soi qu'il est indispensable de remplacer souvent le charbon destiné à filtrer l'air, ou de déplacer et de détruire les gaz emprisonnés dans ses pores en le revivifiant par une nouvelle combustion.

Les gaz ainsi absorbés paraissent n'être le plu^^ souvent que mécaniquement retenus dans les pores du charbon ; car, si l'on porte sous le vide d'une machine pneumatique un fragment de ce corps qui a absorbé une quantité déterminée d'un gaz, on peut retrouver sous la cloche la presque totalité du gaz emmagasiné. Le même effet se produit d'ailleurs pour les principes colorants. Si l'on décolore par du charbon une décoction de cochenille, ou de bois de Fernarabouc, ce charbon ne cède point à l'eau bouillante la couleur qu'il a enlevée au liquide; mais, si on ajoute une solution faible de potasse a l'eau bouillante où plonge le charbon, celui-ci dégage immédiatement la couleur rouge.

Nous savons qu'un même volume de charbon absorbe des quantités très différentes de gaz différents. C'est sans doute par cette aRînité plus grande des gaz ammoniac, sulfureux, sulfhydrique, etc., qu'il faut expliquer le pouvoir désinfectant de ce corps. Lorsqu'on entoure de braise ou de poussière de charbon une pièce de viande, de poisson ou de substance organique facilement altérable, l'altération en est retardée, et ta décomposition ne se traduit par aucune odeur appréciable. Ce pouvoir désin^fectant du charbon est connu depuis très longtemps, «t il a été utilisé, dès 1790, par un chimiste russe, iorvitz, pour la marine de l'État. L'on peut admettre

3j ABSORBANTS PHYSIQUES.

avec M. Stenhouse, que cette action résulte de raccomolat ion d'une énorme quantité d'oxygène dans les pores du charbon ; il y a sans doute, non seulement emmagasinoment, absorption des gaz et des miasmes putrides, mais aussi oxydation rapide de ces miasmes qui se transforment en composés nouveaux, inodores et inoffensifs.

Il semble, cependant, que le charbon puisse avoir encore un autre mode d'action, qu'il retarde ou empêche la putréfaction, qu'il soit antiseptique. Déjà, les Égyptiens faisaient usage de la poudre de charbon dans Tembaumement des cadavres, et lui attribuaient la vertu de conserver, de momifier les corps. Il est de pratique assez répandue, dans les grandes chaleurs et en temps d'orage, pour empêcher la décomposition des substances alimentaires, de les plonger directement dans une couche épaisse de poudre de charbon ; non seulement bs produits putrides sont absorbés, mais la fermentation est prévenue ou retardée, peut-être par Tobstacle à l'arrivée jusqu'à la viande, des germes de l'atmosphère.

M. Stenhouse, de Londres, Pettenkofer, et plus récemment M. le D'Hornemann(l) de Copenhague, au Congrès de Bruxelles, en 1816, ont préconisé l'emploi du charbon pour prévenir la décomposition des cadavres dans le sol. Le procédé suivant, employé par Hornemann, parait avoir donné de bons résultats. On place une mince couche de copeaux au fond de la bière ; on y étend un lit de poudre de charbon de 2 à 9 centimètres d'épaisseur. On dispose le linceul ; on y verse une nouvelle couche de charbon pilé de 6 à 1 centimètres d'épaisseur, et sur cette couche on fait reposer directement le corps. Les bords du linceul sont relevés de tous côtés, et avant de fermer la bière on répand sur le drap replié une nouvelle couche de

(1) Hornemann, in L'exposition et le Congre» d'hygiène et de sauvetage de Bruxelles en 1876, par le D'O. Du Mesnil. {Annales d'hygiène et de médecine légale, 1877, C XLVH, p. 52.)

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charbon de 6 à T centimètres. Non seulement on peut conserver ainsi les cadavres à l'abri de toute émanation odorante pendant 8 ou 10 jours, avant une inhumation retardée, mais encore le corps se dessèche à la longue et se momifie. M. Hornemann a enfermé dans une boite en bois très mince un enfant nouveau-né, entouré d'une couche de charbon de cinq centimètres d'épaisseur ; au bout de 11 mois, après suintement de quelques grammes seulement d'un liquide épais et semblable à du goudron, le corps s'clait changé en une masse noire, cassante, ressemblant aux restes carbonisés d'un corps consumé par le feu ; l'on ne dit pas si ces restes avaient une odeur putride.

Malgré les observations de MM. Stenliouseet Hornemann, il nous reste encore quelques doutes sur la valeur réellement antiseptique de la poudre de charbon ; peut-être n'y a-t-il qu'une absorption très complète des liquides ou des gaz putrides, et oxydation ultérieure de ces produits par l'action de l'oxygène accumulé dans les pores. On comprend toutefois que la présence d'une couche épaisse de charbon empêche l'arrivée, jusqu'au coips enveloppé, de tous les germes, ferments, microbes que l'air peut contenir ; la fermentation putride serait ici prévenue, comme dans l'urine neutre bouillie, contenue dans un flacon bouché avec un tampon d'ouate sortant de l'étuve à 120 degrés.

0. Réveil (1) a fait, en 1860, des expériences analogues à celles de Stenhousc, et il a obtenu, non pas un retard de la décomposition des corps inhumés, mais du moins une décomposition sans dégagement au dehors de produits odorants.

Le a juillet 1860, six volailles plumées, accidentelle-

(1} Réveil, Mimoire tur le* diiiufeetanU, Arehivet ginéralei de miieeine 1803, et Formulaire raitomti 4e* aUHeamenU nouveaux. S* «dit.. Pari* ISftS, p. S11.

38 A BSORBANTS PHYSIQUES .

ment empoisonnées par du phosphore, ont été placées dans six boites égales, et entourées d'une couche épaisse des poudres suivantes :

N* 1 Charbon do bois.

— 2 Plâtre au coaltar.

— 3 Plâtre goudronné.

— 4 Charbon animal.

— 5 Poudre de tan.

— 6 Chlorure de chaux.

Les caisses clouées ont été enfoncées à une profondeur de 70 centimètres, et examinées tous les 15 jours. Le 8 août, c'est-à-dire le IT jour, on constata les résultats suivants :

N* I Pas trace d'infection.

— 2 Odeur de coaltar pur.

— ;i Odeur de goudron pur.

— 4 Odeur putride prononcée.

— .*> Odour putride très prononcée.

— 6 Odeur de chloro avec légère odeur putride.

Le 15 septembre (55" jour) :

N* 1 et 2 Nulle odeur.

— 3 Odeur de goudron avec légère odeur putride.

— 4 et 5 Odeur putride légère.

— 6 Très Iég«''re odeur de chloro et odeur putride.

Enfin le 20 octobre, on ouvre les caisses ; on les trouve remplies de larves, excepté le n° 6. Le n^ i n*a aucune trace d'odeur ; mais le poulet est exactement réduit à son squelette, sans trace de chair et de ligaments ; il est évident que la putréfaction et les larves ont tout fait disparaître, mais les gaz et les liquides putrides ont été absorbés par le charbon, ce qui explique l'absence complète d'odeur. X« 2. L'odeur de coaltar persiste ; le poulet est desséché ; des parties charnues se remarquent au bréchet et aux cuisses ; légère odeur putride. N° 3. Le corps est dans le même état que le précédent; l'odeur de goudron a disparu ; l'odeur putride est prononcée. N^ 4. Le corps laisse

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