ANTISEPTIQUES
on pourrait dire qu'elle prévient, l'action des désinfec-tants.
La désinfection n'est pas seulement la suppression d'une infection déjà existante, c'est aussi la prévention de cette infection ; l'étude des antiseptiques rentre donc dans notre sujet, au même titre que la prophylaxie rentre dans la thérapeutique ; et cela d'autant plus, que souvent on désinfecte dans la crainte que les objets ou les milieux ne soient souillés, quoique peut-être cette infection n'existe pas. Il est toutefois nécessaire de garder une limite, sans quoi on serait conduit à traiter ici de l'isolement dans les maladies contagieuses, sous prétexte d'introduction à l'étude des désinfectants; ce serait vraiment aller trop loin.
On appelle antiseptique toute substance qui empêche la décomposition d'une matière susceptible de se putréfier. La plupart des moyens que les usages domestiques ont consacrés pour empêcher la décomposition des substances alimentaires, peuvent rentrer dans la classe des antiseptiques ; mais cette expression a un sens un peu plus limité dans la pratique de la méJecine et de l'hygiène, et ce serait dépasser les limites que d'étudier le sucre parmi les antiseptiques, sous le prétexte qu'il sert, sous forme de confitures, à empêcher la décomposition putride de la pulpe des fruits; peut-être, d'ailleurs, les confitures ne sont-elles préservées que parce que leur consistance empêche les germes de pénétrer dans leur épaisseur, alors qu'une ébullition prolongée les a privées de tout germe suspect.
L'expérience nous a enseigné depuis longtemps quelles sont les conditions qui favorisent et accélèrent la décomposition des matières organiques : ce sont l'humidité, la * chaleur, la présence de l'air et sans doute des germes qu'il contient. Les conditions inverses retardent cette décomposition. Par conséquent, il est juste de ranger parmi les moyens antiseptiques la soustraction de l'eau ou le
dessèchement, le froid, rocclusion hermétique et la filtration des germes contenus dans Tair.
Nous allons rapidement passer en revue ces différentes conditions, qui fournissent quelques applications à la désinfection médicale et hygiénique.
Soustraction de l'humidité. — Bien que la chaleur soit Tun des principaux agents qui activent la putréfaction, le dessèchement rapide est un moyen puissant de la retarder, et même delà rendre définitivement impossible ; or, la chaleur sèche est Tun des meilleurs procédés pour soustraire rapidement et complètement Teau des tissus.
On rencontre assez fréquemment au Pérou, dans les déserts de l'Afrique, de TArabie, dans les pampas du Nouveau-Monde, des momies blanches, c'est-à-dire des cadavres d'hommes et d'animaux que la dessiccation a rendus complètement imputrescibles. Les corps n'ont aucune odeur de putréfaction; ils sont poreux et légers comme des débris d'amadou. C'est en partie par le dessèchement, soit à l'air Hbre, soit par une courte exposition à un foyer enflammé, que les anciens Égyptiens conservaient leurs momies. A Vismejo, au Pérou, un médecin anglais découvrit, en 1781, sur le sable brûlant d'une baie déserte, un nombre extraordinaire de cadavres d'hommes, de femmes et d'enfants, desséchés au soleil, secs et légers comme du liège, et n'exhalant aucune mauvaise odeur; c'étaient les restes d'une tribu d'Indiens fuyant la domination espagnole, et qui, épuisés de fatigue, s'étaient ensevelis vivants dans le sable.
De même que par la dessiccation des herbes fourragères, des plantes médicinales, de certains fruits, on empêche leur fermentation, de même on conserve indéfiniment la