DESSICCATION
viande en la privant de Teau nécessaire à sa fermentation : au Brésil, à la Plata, la carne secca qui constitue Taliment journalier des populations ouvrières, loin des grandes lignes de communication, se conserve presque indéfiniment sans perdre ses qualités alibiles (1).
La privation d'eau par le dessèchement, comme la privation de chaleur par le refroidissement, méritenttoutds deux au même titre, d'être rangées parmi les ressources de la méthode antiseptique considérée en général.
La dessiccation suspend la vitalité de la graine, elle ne la détruit pas. Il en est de même pour les virus : desséchés, réduits en poussière, ils restent stériles, inoffensifs, et paraissent subir plus rapidement les oxydations destructives de Tair ; mais si, emportés par le vent, ils ne séjournent pas assez longtemps dans l'atmosphère pour être définitivement brûlés par Toxygène, s'ils viennent trop rapidement tomber sur un terrain favorable où ils trouvent de la chaleur et de Thumidité, comme sur les muqueuses, la peau moite d'un homme ou d'un animal, la graine germe, se développe, pullule, et l'envahissement de l'organisme par cette poussière fertile constitue une maladie infectieuse ou virulente.
La dessiccation est un des moyens de destruction natirelle, de désinfection spontanée des germes morbifiques. Au point de vue pratique, un local souillé par des |)rincipes virulents sera d'autant plus facilement désinfecté, purifié, qu'on évitera toute humidité qui pourrait permettre aux germes de conserver leur vitalité ou de se reproduire.
Renault, (jui a étudié avec un grand soin cette action désinfectante et neutralisante de l'air sur les virus, croyait que l'action destructive de l'atmosphère se rattachait à la dessiccation; il a vu en effet que les substances les plus
(1) ly Couly, L'alimentation au Brésil et dans les pays voisins, {Revue (fhftgiène et de police sanitaire^ 1881, p. 183, 279 ol i70.)
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virulentes deviennent inaclîves quand elles ont été lentement desséchées au contact de l'air. Il Tauilrait liien se garder de prendre ici l'effet pour la cause; il nous parail probable que c'est plutôt encore à l'action de l'air, qu'aux changements physiques apportés dans l'état moléculaire des parties, par la dessiccation, par la privation de l'eau, qu'il faut attribuer la destruction de la virulence ; les deui influences doivent concourir d'ailleurs h produire le même résultat.
Il y aurait à faire, sur ce point, sur chaque virus, des études positives que nous avons commencées, mais que nous n'avons pas eu jusqu'ici le loisir ou la possibilité de terminer; on ne sait pas encore d'une façon précise, au bout de combien de temps tel ou tel virus desséché perd son inoculabilité ; nous savons seulement que le vaccin sec est beaucoup moins actif que le vaccin liquide,
iVous avons fait quelques expériences de ce genre sur le virus du chancre mou, sur le pus de la morve, cl sur a matière tuberculeuse. Nous avons recueilli, sur des lancclles. du t"is de chancre dont il était utile, au point de
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temps persiste la virulence dans les matières abandonnées à l'anion de l'air et à la dessiccation.
M. Peuch (1) est entré dans cette voie en ce qui concerne le virus morveux , il a vu, après Renault, que la dessiccation faisait assez rapidement disparaître la virulence et Finoculabilité. Nous avons deux fois humecté des carrés de papier Joseph avec du pus morveux ; le papier était suspendu à l'air libre et devenait parfaitement sec au bout de 48 heures. Il était alors imbibé d'eau distillée, exprimé, et le liquide trouble qui en sortait était injecté sous la peau de jeunes cobayes ; deux fois l'inoculation resta sans suc* ces, alors que le pus frais, injecté l'avant-veille sur un autre animal similaire, déterminait au bout de quelques semaines un chancre morveux, une inflammation des testicules, Tamaigrissement et la mort. Nous avons eu le même insuccès dans un cas, avec du suc tuberculeux desséché de la même manière.
Les expériences sont encore trop peu nombreuses pour en tirer une* conclusion rigoureuse; mais il est probable que le danger de contamination par les objets souillés, dans une écurie ou une étable infectées, diminue avec le temps, par le fait de Faction destructive de Tair sur le virus desséché. Il faut alors que le virus soit étalé en couche mince, et très facilement accessible à l'air. On ne doit pas oublier toutefois qu'un des bons moyens de conserver le vaccin est d'en humecter de petites aiguilles d'ivoire ; en Angleterre, en Belgique, ce mode de conservation est usuel, et donne les meilleurs résultats. Au bout de plusieurs mois, il suffît d'humecter de nouveau la pointe d'ivoire avec une gouttelette d'eau pure, et l'inoculation peut se faire directement par une piqûre à la peau. D'ailleurs, de nombreux exemples de variole, de morve, de syphilis^ transmises tardivement par des objets souillés depuis plu-
(1) Qeuch, Dei effets de la deuiccatian êur la virulence du Jelage morveux. (Archives vétérinaires d^Alfqrt, 1880, p. 220.)
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sieurs mois, proaverii qu'il ne Taut pas trop compter sur Tmalon destructive, antivîrulente, de la dessiccation et du contact prolongé de l'air.
Ce n'est peut-être pas faire un rapprochement esa^ré, que de mentionner ici le dessèchement d'un sol humide et marécageux, comme le meilleur moyen d'en assurer la désinfection; on l'absence de toute humidité, les matières organiques contenues dans le sol ne fermentent pas plus que le foin bien séché qu'on entasse impunément dans nos greniers; quand, au contraire, ce foin entassé est humide, il fermente, dégage de l'acide carbonique et des odeurs malsaines; parfois mémo il s'enllamme. La comparaison est moins forcée qu'elle ne le parait à première apparence, et le drainage mérite de figurer parmi les moyens de désinfecter les localités marécageuses.
C'est sans doute en partie par la soustraction de l'humidité, que le traitement des matières fécales par. les poussières sèches en empêche la décomposition putride. De même,» c'est en faisant disparaître l'humidité de cei'iaines parties malades, en favorisant Tcvaporation des lii|iii(les sécrétés à la surface des plaies, des téiruments o
FROID. Si
nuisibles qui peuvent y être en suspension. G* est pour cela qu*il est en général si dangereux de respirer les brouillards qui se forment au coucher ou au lever du soleil ; mais ils contribuent dans une certaine mesure à laver Tair, et à le débarrasser de ses impuretés, en faisant retomber celles-ci sur le sol.
Froid. — Il n'est pas douteux que le froid mette obstacle à la décomposition des matières organiques; celle-ci est d'autant plus prompte que la température est plus rapprochée de 38**, ou notablement supérieure. L'altération des denrées alimentaires est infiniment plus rapide en été qu'en hiver. 11 est inutile d'insister.
L'un des plus remarquables exemples de la propriété antiseptique du froid, est la découverte, à la fin du dernier siècle, d'un mammouth préhistorique conservé depuis des milliers d'années dans un bloc de glace. Nous empruntons à M. Milne-Edwards la relation précise de ce fait, maintes fois cité et vraiment extraordinaire :
c En 1199, un pécheur toungouse remarqua sur les bords de la mer Glaciale, près de l'embouchure de la Lena, au milieu des glaçons, un bloc informe qu'il ne put reconnaître. L'année d'après , il s'aperçut que cette masse était un peu plus dégagée, mais il ne put encore en deviner la nature. Vers la fin de l'été suivant, il vit à nu une des défenses et tout le flanc d'un monstrueux animal; enfin, la cinquième année, les glaces ayant fondu plus vite que de coutume, cette masse énorme vint échouer. Le pécheur en enleva les défenses et les vendit pour une valeur de 50 roubles; on fit en même temps un dessin grossier de l'anjimal, et les Mcoutes du voisinage en dépecèrent les chairs pour nourrir leurs chiens ; des bêtes féroces vinrent aussi s'en repaître. Mais deux ans après, lorsqu'un naturaliste, M. Âdams, se rendit sur les lieux, l'animal, quoique fort mutilé, conservait encore des
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débris de chair et de peau couverte de crins noirs ayant jusqu'à IS ponces de long, et d'une espèce de laine rougeâtre, si abondante, que ce qui en restait ne put être transporté que difficilement par dix hommes. On connaJt encore d'autres exemples de mammouths si bien conservés dans les glaces, que les chairs n'étaient pas corrompues, et que les poils adhéraient à la peau. Cette espèce d'éléphant a cependant disparu de la surface de la terredepuis les dernières révolutions qui en ont bouleversé la surface. »
Depuis cette époque, les côtes de la mer Glaciale, entre la Lena et la Kolyma, ont été explorées maintes fois; à la suite du voyage du capitaine Becchy à la baie d'Elschdtz; on y a découvert des milliers d'éléphants, de rhinocéros, de buffles, en bon état de conservation, ensevelis dans la glace ou le soi glacé de ces contrées.
L'industrie a récemment employé la réfrigération pour empêcher la décomposition pendant les traversées, et pour permettre l'utilisation alimentaire de la viande des troupeaux qui abondent dans les plaines de la Plata et de l'Uruguay. Les Parisiens n'ont pas oublié les essais, d'ail- , tentés